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Accueil du site > Actualités > Société > Les martyrs du golfe d’Aden

Les martyrs du golfe d’Aden

Histoire vivante rapportée par la chaîne de Télévision suisse romande, sur les déplacés et réfugiés éthiopiens et somaliens fuyant les conflits et la misère secouant la Somalie depuis 1991 et l’extension de la culture des biocarburants au détriment des cultures vivrières pour les Ethiopiens dont plus de 50 % de jeunes sont obligés de traverser le golfe d’Aden en direction de Yémen sans aucun espoir d’y arriver vivant.

Selon le rapport du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, des centaines de personnes, jeunes femmes et enfants compris, ont déjà péri dans les eaux du golfe d’Aden avant d’atteindre les côtes yéménites à la recherche du travail et d’une vie meilleure. Ces personnes, dont une majorité d’Ethiopiens et de Somaliens, sont frappées respectivement par une crise économique endémique et une guerre civile interminable. Le Bureau des affaires humanitaires des Nations unies, basé à Addis-Abeba, estime que, malgré d’innombrables ressources agricoles, notamment l’huile de palme, le café, le thé de haute qualité et une croissance économique notable, l’Ethiopie affiche de grandes disparités économiques. C’est un pays aux immenses ressources agricoles, connu à travers le monde pour ses grands athlètes, mais qui a aussi subi une très grande sécheresse sur fond de famine qui a causé la mort de milliers d’enfants en 1982.

Récemment avec la hausse de cours du pétrole, l’Ethiopie est devenue en Afrique un de principaux précurseurs de développement des biocarburants, cultures encouragées par le Brésil et son allié américain en Afrique. Le pays a mis en place, depuis plus de trois ans, un vaste programme de développement des biocarburants, pour compenser les dépenses liées aux importations de carburants et afin d’en tirer des bénéfices substantiels. De milliers d’hectares de terres fertiles furent réquisitionnés par l’Etat pour produire de l’huile, du maïs destinés à la fabrication des biocarburants. Plusieurs milliers de paysans furent contraints d’abandonner leurs villages pour se réfugier dans les grandes villes sans emplois ni perspectives d’avenir. Ne supportant pas la famine, des milliers des jeunes, issus de ces familles dépossédées de leurs terres, sont tentés de fuir leurs pays pour se réfugier dans les pays du golfe Persique. Ils deviennent la proie de passeurs véreux qui leur promettent de leur faire traverser le golfe d’Aden, via le port de Somalie, afin de joindre les côtes yéménites. Selon la Télévision suisse romande, des milliers de jeunes se débattent pour réunir une somme de 50 dollars, équivalant à plus de six mois de salaires mensuels en Ethiopie, pour espérer traverser le golfe ; l’Europe occidentale devenant de plus en plus difficile à franchir. Les jeunes Somaliens aussi cherchent à fuir les conflits fratricides qui plongent leur pays abandonné par la Communauté internationale sous la pression américaine dont l’armée fut mise en déroute par les milices du général Aïdid. Depuis lors, les Etats-Unis refusent tout retour à la normale, malgré les efforts des Nations unies à encourager les différents pouvoirs en place à nouer des négociations.

La Somalie reste un pays plongé dans des violences inter-claniques. Cependant, le port de Mogadiscio, bénéficiant de la protection des milices locales grâce à l’activité commerciale avec la péninsule Arabique, constitue la voie obligée des passeurs pour proposer aux jeunes Somaliens et Ethiopiens la voie de sortie vers le Yémen. C’est un voyage à haut risque après lequel les rescapés du naufrage racontent les conditions dans lesquelles ils sont embarqués : un voyage d’enfer qui dure trois à une semaine selon la météo et la présence des gardes côtiers yéménites ; sans nourriture ni eau sur fond de violences physiques faites par les passeurs propriétaires de ces embarcations de fortune. Pendant le voyage, les réfugiés s’entassent les uns sur les autres sans respirer. Ces malheureux sont aussi, souvent, dépouillés de leurs biens, vêtements, bijoux avant d’être jetés dans l’eau. Un jeune garçon de 10 ans eut la chance de survivre pendant un naufrage et, depuis, il est devenu sourd et muet, à cause essentiellement des atrocités et massacres perpétrés envers ses parents qu’il a vécus dans son bateau de fortune. Pendant ce voyage également, ces migrants, dont ce voyage constitue la première sortie du pays pour la plupart d’entre eux, vomissent les unes sur les autres. Pesant 40 kg au départ, certains migrants arrivent, par miracle, dans les eaux territoriales yéménites avec 30 voire 25 kg de moins par manque de nourriture et d’oxygène. Ceux qui ont la chance d’arriver aux abords des côtes yéménites sont jetés à la mer avant que les gardes-côtes n’interceptent le bateau. Selon le HCR, la moitié des migrants qui empruntent cette route n’arrivent pas à destination à cause de l’épuisement ou des assassinats. La police yéménite témoigne que les migrants, ayant la chance d’atteindre les eaux territoriales, sont souvent obligés d’être hospitalisés pour arriver à survivre. Le séjour de ces migrants dans le pays d’accueil n’est pas non plus de tout repos. A défaut de trouver du travail, ces migrants s’occupent de petits boulots comme le lavage des véhicules ou la garde d’enfants. Les Somaliens s’en tirent mieux puisqu’ils sont facilement admis comme réfugiés. Mais les Ethiopiens deviennent indésirables et sont refoulés du Yémen. Soit ils se retrouvent à la rue, soit ils continuent le voyage vers l’Arabie saoudite qui ne les accepte pas non plus comme réfugiés et les retourne par avions spéciaux vers leurs pays d’origine.

Les agences des Nations unies dans la région tentent de sensibiliser les gouvernements éthiopiens, yéménites et somaliens afin d’engager des pourparlers pour freiner ces massacres de personnes livrées par des bandits n’ayant que le soucis de se faire de l’argent sur le dos de ces désespérés de la Corne de l’Afrique. Malheureusement, il est difficile de démasquer ces passeurs, véritable mafia agissant dans l’ombre, mais aussi véritables hommes d’affaires au grand jour, qui fructifient l’argent du sang tiré des pauvres migrants dans le business autour du port de Mogadiscio et qui mènent des voyages d’affaires dans les avions entre Nairobi et Dubaï sans aucun remords.


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4 réactions à cet article    


  • Yannick Harrel Yannick Harrel 16 avril 2008 14:55

    Bonjour,

    Merci de mettre en lumière cette résurgence de boat-peoples version Afrique de l’Est, tout en donnant encore du grain à moudre à ceux qui s’alarment de la crise alimentaire secouant le monde actuellement.

    Cordialement


    • Lisa SION 2 Lisa SION 17 avril 2008 17:58

      La mer Rouge porte bien son nom !

      Une histoire horrible était rapportée par je ne sais plus qui, il y a des années, et provenant de ce coin là. Ces réfugiés, émigrants vers nos latitudes, avaient échoué, ou avaient été abandonnés sur un ban de sable à quelques encablures de la côte salvatrice. Celle-çi était envahie à la tombée de la nuit, par des milliers de crabes voraces...


      • zelectron zelectron 20 avril 2008 11:59

        SARKOSY ferait bien de devancer tout le monde en interdisant la production, l’importation des biocarburants issus des cultures vivrières ! Ca ce serait la bonne idée choc et redorerait son blason, mais il n’a pas les conseillers necessaires peut-être ?


        • alceste 21 avril 2008 20:01

          @ Kilosho Barthélémy

          Votre article apporte un éclairage terrible sur le prix qu’on fait payer aux peuples pour disposer de l’énergie, qui sera partiellement gaspillée ailleurs : déforestations, expropriations, famines, exodes, guerres ...

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