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Accueil du site > Actualités > Société > Les PME du BTP au bord du KO

Les PME du BTP au bord du KO

L’actuel marasme économique affecte bien sûr l’ensemble du BTP. Les grands groupes comme les PME. Mais ces dernières souffrent beaucoup plus au jour le jour, au point que certaines confessent « ne plus vivre que d’espoir ».

Comment rester vivantes en 2009 ? La question est violente. Mais malheureusement elle est parfois fondée pour les petites entreprises de travaux publics. Globalement, l’unique certitude pour les patrons du secteur est faite actuellement d’une incertitude totale quant à l’évolution de la conjoncture. La dernière enquête publiée en janvier par la Fédération nationale des travaux publics illustre cet état d’esprit chiffres à l’appui. 2000 patrons de sociétés de toutes tailles sont interrogés par la Fédération et l’Insee. Résultat : ils déclarent un solde d’opinions sur la croissance de leur activité de « - 60% par rapport à la normale » et avancent une prévision de baisse de leurs effectifs de 20 % pour les 12 mois à venir.

Tout est-il si uniformément négatif ? Certes non. Mais il est évident que les grands groupes sont bien mieux armés pour passer cette mauvaise passe que les PME. Leurs atouts ? La valorisation de leurs fonds propres leur permettant de réduire la voilure sans grands dommages dans l’attente de la sortie de crise. La diversification de leur activité sectorielle (par exemple les concessions pour certains d’entre eux) et géographique. Leur forte présence internationale, qui les engage heureusement à honorer des contrats de travaux engagés avant la débâcle financière. Si l’on ajoute que leur marge de manœuvre tient aussi à la possibilité de mettre en veilleuse leurs investissements en matériels en se reposant sur l’importance de leurs parcs, on ne peut que constater que la donne est radicalement différente pour les PME.

Ne serait-ce justement que pour la gestion du matériel : un engin défectueux dans une petite entreprise, ce sont dans le meilleur des cas des frais de maintenance à engager en urgence. Certes, la réduction des délais de paiement à 60 jours incluse dans la loi de modernisation économique adoptée l’été dernier est a priori un bol d’air pour les PME ( à noter qu’ils ne sont que de 16 jours ouvrables en Allemagne). Mais encore faut-il qu’elles soient attributaires de marchés, soit directement, soit comme sous-traitantes.

Il y a bien le plan de relance annoncé par François Fillon le 2 février à Lyon, qui comporte en un vaste volet de travaux publics réalisables « dès 2009 ». 870 millions d’euros pour les infrastructures de transports ; 400 millions d’euros pour le réseau routier, 300 millions d’euros au réseau ferroviaire, et 170 millions d’euros au fluvial et au portuaire, sur 149 grandes opérations sur le territoire national : le compte n’est pas mince. Pour la Bretagne par exemple, cela se traduit par 1000 logements sociaux pour un investissement de 23 millions d’euros. Autre exemple avec de la région Rhône-Alpes : l’A7 et l’A72 bénéficieront d’entretien préventif et de grosses réparations sur des structures de chaussées qui étaient devenues déficientes. 50 millions d’euros seront consacrés au financement de la galerie de sécurité du tunnel du Fréjus, qui est un enjeu essentiel. Les travaux doivent débuter dès le printemps pour une mise en service du tunnel en 2014 au plus tard.

Mais le problème des PME, c’est l’urgence d’un remède efficace. Et la bonne volonté des pouvoirs publics avec ses 10 projets pour les 100 départements rencontre vite ses limites sur ce plan. Entre le temps des études, des appels d’offres, des diverses démarches administratives et des autorisations de construire, il serait illusoire de croire que tous les chantiers promis démarreront effectivement cette année.

Travailler avec la peur au ventre

La question cruciale est de savoir si les grands groupes ne vont pas « siphonner » à leur seul profit la manne des chantiers concernés. En principe, les majors ont toujours besoin de sous-traiter des lots ou des travaux dans un contrat. Mais certains témoignages de petits patrons laissent pour le moins sceptique. Le directeur d’une entreprise de terrassement, voirie, assainissement et VRD de 40 salariés dans le Loir-et- Cher, s’alarme : « Nous vivons d’espoir en se disant que ça va peut-être se débloquer… Mais sur le moindre appel d’offres, nous nous retrouvons en concurrence avec de grands groupes. Ils viennent de loin et cherchent à occuper leurs salariés, n’hésitant pas à baisser leur prix de 30% à 40 % ».

Les grands groupes trustent les marchés

Un autre dirigeant d’une société nordiste de travaux routiers (80 salariés) renchérit : « Nos carnets de commandes vont jusqu’à 3 mois et demi, ce qui n’est pas si mal vu le climat ambiant. Les banques respectent les consignes nationales, même si elles sont très frileuses. La trésorerie, ça va encore. Mais dans mon secteur, les trois grands groupes autoroutiers ont des marchés captifs. Et ils ne prennent plus de sous-traitants ! Résultat, nous n’avons que des petits chantiers fixes réalisables en 2 ou 3 semaines. Et surtout, les maîtres d’ouvrages nous demandent de refaire nos devis trois ou quatre fois. Nous dépensons une énergie considérable pour réussir à serrer nos prix ». Les PME de 50 à 200 salariés sont ainsi nombreuses à se désoler de « vivre au jour le jour », « à la petite semaine ». Alors elles essaient de trouver des affaires au moindre prix en attendant un miracle. Avec quelquefois la peur au ventre : « Avant mes employés disaient que j’avais la belle vie, des déjeuners quotidiens avec les clients… Le chef était un sacré veinard, quoi. Mais aujourd’hui, moi je peux vous dire que le chef, il ne dort pas toutes les nuits. J’ai la responsabilité de 40 familles vous comprenez » nous dit le patron d’une société de terrassement qui préfère garder l’anonymat.

Il faut dire qu’existent aussi des raisons macro-économiques de s’inquiéter. Lors de son colloque parisien du 19 janvier dernier, l’agence de notation financière Coface a baissé sa note sectorielle du BTP pour l’Europe de l’Ouest à C+. Le secteur était noté B- en 2008. Rappelons que la notation sectorielle Coface mesure le niveau moyen de risque de non-paiement présenté par les entreprises d’un secteur. Or pour l’agence, « Si les grands acteurs de la construction devraient pouvoir surmonter le mauvais cap (…) les petits intervenants qui se sont multipliés souffriront beaucoup plus. » Pour un patron de PME qui voit son banquier pour se refinancer, ce jugement péremptoire (et très généralisateur) ne constitue ni un gage de confiance ni un atout pour négocier…

Quoiqu’il en soit géographiquement, les PME souffrent. Sans pour autant se plaindre, ce n’est pas le genre de la maison. Au contraire, certains dirigeants ont des arguments offensifs et de bon sens : « Si les maîtres d’ouvrages étaient raisonnables, ils passeraient commande auprès de nous. Car une fois la crise passée, ils ne vont se retrouver qu’avec des grands groupes qui auront toutes les cartes pour leur imposer leurs propres prix… ».

Paul Artz


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6 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 17 février 2009 11:08

    le BTP et travaux publics est un secteur particulièrement sinistré ! en plus de la crise , se rajoute aussi l’hiver particuliérement rigoureux cette année et qui est lui aussi un frein puissant à l’ouverture de chantiers . Et cerise sur le gâteau , la conccurence venue de l’est là aussi . Tout cela se répercute sur les cimenteries , briquetterie et autres fournisseurs , ainis que dans les transports qui sont terriblement frappés par ce manque d’activité BTP . QUAND LE BATIMENT VA , TOUT VA , c’est une réalité ! Il faudrait faire beaucoup plus d’efforts financiers dans l’isolement des logements anciens , cela donnerait une vraie bouffée d’oxygène au secteur !


    • foufouille foufouille 17 février 2009 12:04

      pas que l’isolation, mais aussi la renovation
      le probleme est que les pauvres ont pas de credits
      et la plupart des vieux logements appartiennent aux bourgeois qui preferent louer sans reparer


    • LE CHAT LE CHAT 17 février 2009 13:11

      @foufouille

       m’en parle pas , la mienne , ancienne pharmacienne , c’est pas des oursins qu’elle a dans ses poches , mais des porc-épics ! le montant des loyers est astronomique , l’isolation inexistante , les travaux de rénovation complétement absents .


    • foufouille foufouille 17 février 2009 14:27

      le pire est que c’est deductible des impots et qu’il peuvent avoir des subventions
      en fait c’est du racisme anti-pauvre


    • iris 17 février 2009 12:36

      mais il ya eu une période ou les promoteurs s’en sont mis pleins les poches !!


      • iris 17 février 2009 12:36

        mais il ya eu une période ou les promoteurs s’en sont mis pleins les poches !!

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