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Accueil du site > Actualités > Société > Les prisons de la honte

Les prisons de la honte

C’était au début des années 1970, avant la création de Libération. Une amie m’avait invité à venir assister à une réunion sur les prisons dans un petit local de la rue Buffon, derrière le jardin des Plantes à Paris. C’étaient les prémices du Groupe d’information sur les prisons (GIP) qui réunissait des intellectuels comme Claude Mauriac, Jean-Marie Domenach, Pierre Vidal-Naquet et, bien sûr, Michel Foucault. Par la suite nous nous retrouvions autour de Daniel Defert à l’Université de Vincennes. Les prisons françaises étaient dans un état lamentable et les droits des détenus, inexistants.

L’auteur de l’Archéologie du savoir s’investira pleinement dans ce combat pour la dignité, rappelant que la prison est née d’un projet humaniste de la Révolution française : mettre fin aux peines dégradantes de l’Ancien régime (question, supplice de la roue, pilori, pendaison etc.) en les remplaçant par la seule privation de liberté.

Michel Foucault en avait tiré Surveiller et Punir qui avait eu une certaine influence sur la politique pénale suivie, notamment, par Robert Badinter lorsqu’il était garde des Sceaux. Pourtant, j’ai l’impression, aujourd’hui, d’être revenu plus de vingt ans en arrière.

Depuis les rapports parlementaires de 2000, l’état de nos prisons n’a cessé de se dégrader au point d’être dénoncé par les organisations non gouvernementales accréditées auprès des Nations unies, comme Amnesty international ou l’Observatoire international des prisons. Nous établissements pénitentiaires sont classés par le Conseil de l’Europe parmi les pires de l’Union européenne alors que la France se veut la patrie des droits de l’homme.

Tandis que le gouvernement entend faire de l’ultra répressif le seul traitement de la délinquance, il convient d’avoir à l’esprit que, de nos jours, la prison est redevenue une véritable école d’exclusion au sein de laquelle règnent l’arbitraire, l’humiliation, l’avilissement, la violence, rendant impossible toute tentative de réinsertion et de reconstruction de l’homme que le prisonnier ne devrait jamais cesser d’être.

C’est le mérite du Nouvel Observateur de consacrer un dossier spécial à cette question, en publiant un appel signé par plus de 200 personnalités réclamant « la mise en oeuvre immédiate d’une politique de modernisation, favorisant les peines alternatives et le suivi, et d’humanisation de la prison, mettant en accord les actes de la France avec ses principes. »

Mais il ne s’agit pas simplement de dénoncer les pratiques existantes, de se contenter d’un simple état des lieux ou de formuler de simples voeux. L’hebdomadaire publie, également, des propositions constructives émanant de dix personnalités de toute opinion politique (de Christine Boutin à Marie-Georges Buffet en passant par Jean-Paul Delevoye).

Nous sommes tous convaincus, avec Robert Badinter, qu’il s’agit là d’une cause nationale interpellant chacun d’entre nous, et, surtout, ceux qui sont persuadés que la prison ne concerne que « les autres », c’est-à-dire les « mauvaises gens ». L’exemple du procès d’Outreau montre suffisamment que personne n’est à l’abri d’une détention susceptible de briser un jour sa vie.

Chaque être humain, quelle que soit sa condition, fût-il condamné pour le plus horrible des crimes, a le droit d’être traité avec dignité.

Aussi, je ne peux que vous inciter à venir nous rejoindre en signant la pétition.


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