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Accueil du site > Actualités > Société > Les ressorts de la société, d’Ibn Khaldûn à Bernard Stiegler

Les ressorts de la société, d’Ibn Khaldûn à Bernard Stiegler

Cet article fuit les évidences. Il a pour fond une traversée des siècles et de ce fait, inaugure peut-être un champ de recherche inédit mais pas vraiment inattendu. Des portes ouvertes, penseront certains. Un prétexte en fournit la trame, la parution récente du dernier livre de Bernard Stigler, Télécratie contre démocratie, qui ne sera pas au centre de cette réflexion.

Ibn Khaldûn est connu pour avoir été le plus grand historien depuis Thucydide, qu’il surpassa avant d’être à son tour dépassé à l’époque contemporaine. C’est cette idée que défend Yves Lacoste, auteur d’un ouvrage devenu classique sur la pensée de cet auteur qui a vécu au XIVe siècle, au Maghreb, alors que l’empire arabo-musulman achevait son déclin, amorcé depuis deux siècles. En fait, l’œuvre écrite par Ibn Khaldûn relève autant de la sociologie que de l’histoire. Comme le souligne Lacoste, les développements de la philosophie ont été beaucoup plus précoces que ceux de l’histoire, alors que les siècles antiques et médiévaux ont vu se succéder des grandes figures de la philosophie. Celle-ci, alors imbriquée dans la théologie, permettait d’aborder des questions métaphysiques qui se sont posées autant dans la Grèce antique que dans l’Empire romain, puis dans l’Empire d’Orient, l’Europe médiévale et, bien évidemment, dans la rayonnante civilisation islamique entre les VIIe et XIVe siècles. Le défi relevé par Ibn Khaldûn, conscient d’innover radicalement, fut de prendre la société, la civilisation, l’empire comme objet d’étude pouvant être non seulement décrit (avec une succession de faits, comme le faisaient les historiens d’alors, qui étaient des plutôt des chroniqueurs) mais aussi expliqué et compris à travers un ensemble de facteurs. La géographie, les modes de production économique, les caractères hérités de la vie, les manières d’exister, nomade ou sédentaire, la vivacité des tribus, le courage des citadins ou leur faiblesse face au luxe, à l’esprit de corps, à la nature des institutions, et le rôle de la religion... toutes ces choses se combinent pour expliquer comment un état de civilisation (umram), se met en place, se stabilise, puis décline.

Ibn Khaldûn (1380, Prolégomènes) fut bien placé pour étudier les « rouages et mécanismes » par lesquels se forment puis se délitent les instances sociales et leurs gouvernances. Une notion toute particulière est à retenir, celle d’asabiya, l’esprit de corps, traduit le Baron de Slane, traducteur des Prolégomènes, l’œuvre majeure. L’asabiya est une notion complexe décrivant la solidarité de corps, d’esprit, et l’allégeance des membres d’une tribu face à un chef. Cet esprit de corps constitue le ressort fondamental présidant à la formation d’un Etat lorsqu’une tribu passe aux commandes d’une cité, mais dès que l’Etat est institué, cette asabiya décline lentement, sans que l’Etat puisse se servir d’une force stabilisante et liante qui la remplace. Et voilà pourquoi le déclin s’amorce et que les Etats, tout comme les empires, déclinent selon des lois pour ainsi dire naturelles et cycliques. Parmi les causes du déclin, la vie citadine, le goût des plaisirs et l’affaiblissement des forces capables de faire se tenir droite la structure socio-politique.

Montesquieu (1748, L’esprit des lois). Autre figure de la pensée sociologique. Un lecteur attentif de L’esprit des lois comprendra que la démarche de Montesquieu s’apparente à celle d’Ibn Khaldûn et que ce philosophe des Lumières occupe une place éminente, sorte de maillon intermédiaire entre l’historien Ibn Khaldûn et les historiens contemporains, maillon du reste étrangement ignoré par les gens de la profession, Yves Lacoste le premier. La spécialisation et la catégorisation font que les sociologues se constituent en famille, comme les historiens, alors qu’ils ont comme même objet d’étude le fonctionnement de la société, et qu’il n’y a pas lieu de séparer les disciplines sur le plan gnoséologique. Voilà pourquoi l’auteur des Prolégomènes est considéré comme un historien alors qu’il est tout autant sociologue. De Montesquieu, on retiendra une notion importante, celle de ressort, traduisant de manière explicite et évidente l’empreinte de la métaphore horlogère sur cette période de la pensée. Les francs-maçons et autres déistes invoquaient le grand Horloger. William Paley exposait sa réflexion sur le vivant en imaginant un promeneur trouvant une montre mécanique sur son passage et se demandant qui pouvait bien l’avoir conçue. Formidable époque que celle des Lumières et son cortège d’étonnements allié à celui des espérances et de la foi dans le progrès. Autant dire que les Lumières ont été l’époque d’une « seconde révélation », sécularisée, laïque et profane, mais sujette à une extrapolation eschatologique et donc, à cette foi nouvelle en la Raison (étendue au « mécanisme social »), sous-tendue par l’observation des mécanismes artificiels et la mécanique céleste, et Dieu sait si le mécanisme incarne la perfection (céleste ?). Mais l’homme n’est pas une machine...

Pareto (1917, Traité de sociologie générale). Etrangement, le schème en forme de dilemme en puissance, dégagé par Ibn Khaldûn, se retrouvera, métamorphosé, au centre des préoccupations de Pareto, celui-ci pensant contre les civilisés et contre les barbares, contre les démocrates naïfs et contre les despotes. Comme si la nature humaine revenait au galop, ou du moins, poursuivait son galop en dépit des progrès politiques, culturels et techniques. La vie citadine, avec l’appui des biens matériels, semble rendre les individus démobilisés, sans force, enfin, c’est ce trait qui marque la pensée sociologique des temps modernes, de Pareto à Le Dantec, puis Spengler Evola et Jünger. Des penseurs jugés comme apocalyptiques mais l’histoire qui les accompagne ne peut que leur rendre justice. (Cela dit, on ne confondra pas le sociologue Pareto, qui décrit le monde sur un ton pessimiste, avec ceux qui jouent sur les fins du monde (la barbarie moderne a fonctionné sur la base d’une « composition organique » entre les puissances dominatrices et les masses dociles, avec comme courroie de transmission les opérateurs technocratiques, que ceux-ci soient nazis ou staliniens ou même cagouliens pour évoquer une tendance de même essence en France, mais neutralisée pour des raisons propres à cette nation).

La sociologie de Pareto est connue pour accorder une place prépondérante à deux notions, les résidus et les dérivations, formant la trame de la première partie de son traité. Avec les résidus, Pareto se propose de catégoriser, en les explicitant, différentes formes d’expression humaine motivées par des « instincts sociaux », des sentiments. Cette notion relève intégralement de l’anthropologie sociale, déterminant à la fois les motivations (logique ou non) présidant aux expressions, ainsi que le type de rapport au choses. L’existence de résidus fait que l’ensemble social tend vers un équilibre et une organisation, au lieu d’être un chaos d’actions sans cohérence. Ce qui est cohérent, puisque les résidus sont eux-mêmes des constantes dans le comportement humain. Pareto a dégagé six classes de résidus, mais les plus importantes sont les deux premières, celles qui sont à la base des combinaisons et celles qui les stabilisent. D’ailleurs, ces deux classes dominent dans la seconde partie du traité portant sur l’équilibre et la synthèse sociale.


Cette mise en perspective de trois auteurs permet d’éclairer comment l’approche systémique s’avère indispensable pour comprendre le cours des sociétés, naissance, vie, déclin ou transformation. On y voit l’emploi récurrent de notions systémiques traduisant de quelle manière les activités humaines supposent une efficience déterminée doublement, par un terme individuel et par un terme d’ordre collectif. En d’autres termes, le collectif est inscrit dans l’individu socialisé, alors que de l’efficacité et de la forme de cette détermination découle le fonctionnement organique de l’ensemble, avec sa cohésion, son ordre ou désordre, sa forme culturelle et politique. En analysant de près les textes, on constate que l’asabiya, le ressort, le résidu, respectivement employés par Ibn Khaldûn, Montesquieu et Pareto, explicitent les tenants et aboutissants de l’équilibre social. Chaque fois, on retrouve un type de lien reliant les actions individuelles selon un schème commun, comme si un dessein collectif était inscrit dans chaque esprit mais distinctement, selon le positionnement qui, le plus souvent, comprend des chefs, nobles, élites, dirigeants et des inféodés, administrés, exécutants... bref, un schème commun, mais décliné selon les périodes historiques, sultanat, Ancien Régime, société industrielle. Mais aussi en formes politiques aux traits spécifiques. Chez Ibn Khaldûn, alternance entre formes équilibrées puis désagrégation, chez Montesquieu, conceptions (la marque d’Aristote) des régimes, tyrannie, monarchie, république, et chez Pareto, on voit une préférence pour un libéralisme despotique mais éclairé, alors que l’histoire a montré les diverses possibilités de développement des sociétés industrielles avant puis après la Grande Guerre, démocratie, fascisme, impérialisme nippon, stalinisme, nazisme, puis après la Guerre de 1939, péronisme, maccartisme, gaullisme, social-démocratie allemande, etc.

Ceci nous conduit aux préoccupations de Bernard Stiegler, qui vient de sortir deux ouvrages, l’un personnel et l’autre en collaboration avec son association, ars industrialis. Dans Télécratie contre démocratie, Stiegler développe un peu plus ses thèses déjà exposées dans les trois tomes de Mécréance et Discrédit. Y est dénoncée la tactique d’occupation des temps de cerveau par l’industrie médiatique, avec comme conséquence le développement d’un « populisme industriel ». Cette tendance engendre des individus désaffectés, inaptes à penser des horizons collectifs en se sublimant et donc, réduits à l’état de larves soumises aux impacts émotionnels. D’où un projet, celui de réinventer un « esprit industriel civilisationnant » à visage raisonnable et raisonné, et par voie de conséquence, de soumettre le fonctionnement de la société à une instance solide et dépassant le simple comportement égoïste. Autrement dit, les sociétés ont besoin d’une puissance publique pour façonner un nouveau corps à la démocratie vouée à l’informe et au chaos populiste.

A travers ce modeste texte, abrégé pour ne pas décourager le lecteur du Net, on voit se dessiner un schème systémique assez récent à l’échelle de notre histoire, bien qu’élucidé par Ibn Khaldûn qui est à la sociologie ce qu’Aristarque de Samos est à la cosmologie. Une notion traduisant l’inscription du collectif dans l’individu (la transindividuation), explicitée par l’asabiya, esprit de corps, puis le ressort sociétal de Montesquieu, puis les résidus de Pareto et enfin, en occultant tant de métamorphoses de cet invariant sociologique, qui ressurgit en 2006 sous la forme de la puissance publique conçue à sa manière par Stiegler. Ce que l’individu (le sujet) recèle comme rapport transindividuel (transpersonnel) à titre de cause efficiente, dynamique, volontaire désirante et surtout formelle (symbolique), s’avère important pour saisir le sort des sociétés, et cela n’a échappé à aucune des figures de la sociologie, depuis Ibn Khaldûn. Les parenthèses sont placées à dessein.

En conclusion, l’idée-force de cette perspective reste la société, ce qui en constitue la force à travers une mise en commun des actions individuelles déterminées par des liens collectifs. Comment cela fonctionne, comment cela tient ensemble malgré cette insociable sociabilité évoquée par Kant, comment cela rayonne, comment cela naît et cela décline, se sclérose ou se métamorphose ; voilà les questions qu’un sociologue se posait et se pose encore actuellement. La pensée de Bernard Stiegler s’inscrit dans ce dessein gnoséologique mais aussi pratique. Nous savons pas le devenir des puissances de décomposition et désagrégation, mais nous savons qu’elles sont présentes. Si quelque catastrophe sociale advenait, nous ne pourrions pas dire que nous n’avons pas été prévenus. Prévenir et advenir ! Et... ? Puissance de recomposition ?


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12 réactions à cet article    


  • Marsupilami (---.---.223.69) 16 novembre 2006 10:29

    Excellent article qui donne très envie de lire le bouquin de Stiegler. Et en passant un petit lien vers Ibn Khaldun.


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 16 novembre 2006 11:00

      Invitation aussi à lire les écrits de Ibn Khaldûn dont l’oeuvre majeure est ici en ligne

      http://classiques.uqac.ca/classiques/Ibn_Khaldoun/Ibn_Khaldoun.html

      Et Pareto

      http://classiques.uqac.ca/classiques/pareto_wilfredo/pareto_vilfredo.html


    • (---.---.37.70) 16 novembre 2006 10:55

      « Si quelque catastrophe sociale advenait, nous ne pourrions pas dire que nous n’avons pas été prévenus. »

      Bha, le socialisme à toujours ruiné les pays, et ca tout le monde le sait. Simplement, les electeurs socialo-commiste se sont dit que ca ne tomberait pas sur eux, mais les prochaines générations (d’ou le mépris pour tout idée de Pays, Races, Ethnie, Nation). Bientôt l’Etat ne pourra plus se permettre d’emprunter, et l’heure de la facture arrive.


      • k (---.---.60.103) 16 novembre 2006 13:19

        Article interessant et merci pour les liens.


        • DEALBATA (---.---.166.140) 16 novembre 2006 13:44

          @l’auteur

          « Autant dire que les Lumières ont été l’époque d’une « seconde révélation », sécularisée, laïque et profane, ... »

          La métaphore d’une « seconde révélation » est intéressante car elle situe à la fois le niveau d’illusion qu’elle procure n’étant qu’une parodie de la première, l’originelle, et permet d’en déduire les sources démiurgiques de ces lumières noires qui ont aveuglé, perverti et détourné tant de pêcheurs vers ces phares de l’illusion, les menant en fait vers les récifs de la matière.

          « selon le positionnement qui, le plus souvent, comprend des chefs, nobles, élites, dirigeants et des inféodés, administrés, exécutants »

          Cette description, correspond peu ou prou, à la structure des sociétés dites « Traditionnelles » qui étaient composées majoritairement en système de caste, dont la première était toujours d’ordre spirituelle. Cet ordonnancement hiérarchique donne à réfléchir sur la structure des sociétés modernes à « l’horizontale » qui correspond à l’aplanissement, à l’écrasement, à la quantification de toutes qualités et donc de toutes compétences.

          « Cette tendance engendre des individus désaffectés, inaptes à penser des horizons collectifs en se sublimant et donc, réduits à l’état de larves soumises aux impacts émotionnels. » Aïe, ça fait mal ! Bien que les individus, même s’il sont « affectés » doivent « penser » en fonction de leurs qualités propres et donc de leur caste, ils doivent jouer leur « rôle » dans la collectivité qui est secondaire d’un point vu social puisqu’ils ne sont astreints qu’à la manipulation de symboles établis par la caste supérieure dans le but d’une élévation, non pas sociale donc, mais spirituelle. Il est a noter que l’émotionnel, dans nos sociétés, à remplacé sournoisement l’Amour et la dévotion fait à Dieu.

          « D’où un projet, celui de réinventer un « esprit industriel civilisationnant » à visage raisonnable et raisonné, et par voie de conséquence, de soumettre le fonctionnement de la société à une instance solide et dépassant le simple comportement égoïste. Autrement dit, les sociétés ont besoin d’une puissance publique pour façonner un nouveau corps à la démocratie vouée à l’informe et au chaos populiste. »

          C’est à mon avis, une chimère dans la chimère, tout projet en ce sens est voué à l’échec car il tente de rétablir un certain ordre social, économique, politique, ... avec les mêmes ingrédients mais en les reformulant ou les repositionnant d’une autre manière. Il rejoue, même avec la meilleure volonté du monde (et a n’en pas douter, comme celle des Lumières) un scénario qu’il pourrait aussitôt passer sous sa critique dès que celui-ci serait mis en place. Encore une fois, ce n’est pas en manipulant les éléments d’un système que l’on peut en sortir, la réintégration dans l’ordre des choses se fera par en haut, c’est à dire qu’elle viendra de l’extérieur du système qui n’est en fait lui-même qu’une illusion.

          « Si quelque catastrophe sociale advenait, nous ne pourrions pas dire que nous n’avons pas été prévenus. Prévenir et advenir ! Et... ? Puissance de recomposition ? »

          « Et il doit convaincre un monde incrédule que le cauchemar a déjà commencé. » B.Dugué les a vus, mais dans cet épisode, le « happy end » commence quand on éteint son poste.


          • Marc P (---.---.224.225) 16 novembre 2006 13:50

            Bravo,

            Mise en perspective foisonnante, un peu ardue mais toujours aussi édifiante....

            Si ceux qui sont aux commandes reprenaient à leur compte le 10eme de ce que vous nous dites là, nous connaîtrions peut être un changement de paradigme....

            Le regard sociologique, soit ! Et heureusement il s’approfondit et se répand, dans un certain occident en tous cas... Ailleurs, j’en suis moins sûr hélas...

            Mais ne perd on pas de vue que l’activité, l’évolution d’une société, de ses idées et de sa pensée est la somme d’actions, d’activités, de démarches, de pensées, de regards, d’idées, de reprise à son compte d’idées,de leurs mise en pratique individuelles, en particulier comment toucher du doigt que le « social » résulte de comportements individuels et interindividuels, personnels et interpersonnels... L’inverse est bien sûr vrai aussi.

            (rappelons qu’il n’y a pas si longtemps les promos de psycho en fac étaient composés très majoritairement de femmes et ceux de socio de garçons...).

            Bref, le regard social n’escamote t il pas l’approche par le lien de l’individu à l’autre, aux autres et à lui même...

            En résumé, je crains que le progrès social ne soit plombé par l’absence de progrès des individus, étourdis, par la vie qu’ils subissent ou croient choisir... comme on dit anesthésiés du cerveau, ou plûtot du coeur,qu’ils soient ministres, rois ou capitaine, ouvrier, employé ou désaffilié (j’oublie exprès le pape)... Bon, c’est vrai, je « répépète » ce que vous citez de Khaldun, Montesquieux Stigler et peut être Pareto et les autres...

            En somme comment attendre un progrès du collectif sans se ermettre suffisament individuellement en question ?... (ne sommes nous tous pas trop des citadins comme ceux dont parle Khaldun" ?

            Cordialement.

            Marc P


            • Bernard Dugué Bernard Dugué 17 novembre 2006 10:19

              Avant qu’il y ait un changement de paradigme, il faut un sacré travail de recherche en sciences de la société.

              Effectivement, la société dépend de chaque individu agissant et pensant, mais aussi avec des termes globaux traduisant à la foi l’esprit, le caractère de la personne et celui de l’ensemble, avec des termes inter-personnels. C’est ce côté systémique qui est le plus ardu, d’autant plus que la civilisation se fait technicienne, d’où l’idée d’un constaste entre Pareto Stiegler et Ibn Khaldûn - Montesquieu. La métamporphose des ressorts inclut le développement de technique, la vie urbaine (au effets parfois stimulants, dixit Simmel mais Hegel ou Kant auraient pensé de même, travail du négatif, intellectualisation et aussi avachissement )


            • gem gem 16 novembre 2006 14:26

              C’est un bon article. Je me souviens toutefois que l’idée que la ricesse et les biens matériels amolissent les individus et font le lit de la mort de leur civilisation est aussi ancienne que possible ; présente dès les premiers écrits, cette idée est même inscrite dans des lois, lois fondammentales à Sparte, lois somptuaires (et exortations rigoristes, comme celles qui ont rendu célèbre Caton) à Rome.

              Ce qui, sur le mode de la dynamique des peuples, se résume dans ce célèbre échange entre l’ambassadeur d’Angleterre et Surcouf devenu notable : « vous ne vous battiez que pour les richesses, nous pour l’honneur » — « Chacun se bat pour ce qui lui manque ».

              Qu’ajouter...


              • Bernard Dugué Bernard Dugué 17 novembre 2006 10:23

                C’est ce que j’ai dit dans mon commentaire précédent, en effet, la richesse et les bien n’amollisent pas forcément les individus, et si ce trait semble assez présent chez Ibn Khaldûn, il devient presque subsidiaire chez Pareto. Voilà pourquoi seulement un livre peut éclaircir cela. Développer une thèse en un billet de cette taille relève de l’impossible


              • Céline Ertalif Céline Ertalif 16 novembre 2006 23:35

                Le rapport entre « un terme individuel et un terme collectif » est un point qui retient également mon attention depuis longtemps. L’imaginaire est d’abord un formidable relais entre la société et l’individu. Le langage est lui-même au coeur du rapport entre le social et l’individuel.

                Illustration. On dit communément que le vent souffle, que la rivière coule ou que l’État régule par exemple. La séparation du substantif et du prédicat est à soi seul une conception du monde : le vent existe-t-il sans le souffle ? L’écoulement n’est-il pas le sens même du mot rivière ? Et la tension régulatrice n’est-elle pas la matière des institutions publiques ?

                On aperçoit bien les limites du code génétique inscrit dans le langage, mais on voit mal comment en sortir.

                Je ne sais pas si je parle tout à fait de la même chose. J’exprime simplement l’écho d’un article que je sens dans un esprit de recherche et qui est donc, par définition, ni abouti ni séduisant.


                • Bernard Dugué Bernard Dugué 17 novembre 2006 10:30

                  Oui, l’individu et la société, la transindividuation, comment se constitue-t-on, quels rapports avec les autres et quelles émergences aussi.

                  Le langage est l’élément clé des relations entre les hommes socialisés, un élément essentiel. Intéressant que vous évoquiez l’image. S’il y eut une querelle iconoclaste au Moyen Age, c’est certainement que l’imaginaire s’avère aussi un moyen d’intermédiation symbolique. Et maintenant, un élément qu’on ne peut négliger.

                  A noter un désir d’image présent dès 1843, quand la revue l’Illustration naît

                  Mais au fait, un rapport entre cela et 1848 ?


                • Marc P (---.---.57.221) 18 novembre 2006 12:27

                  Réflexion intéressante,

                  Le langage, qui à la fois nous libère et nous emprisonne, qui permet de nous distinguer ethniquement et culturellement.

                  Le sujet et le prédicat, sujet locuteur exprimé ou pas, statut relatif social ou autre exprimé du « je » (au moins 6 formes en Japonais).

                  Ne peut on pas s’interroger sur le sens « caché » des verbes « déponents » en latin (de forme passive et sens actif) « sequor » (je suis (suivre), « patior » (je souffre).... « loquor » (je « suis parlé » comme si parler était perçu comme une action semi active, voire passive par les latins), bref qu’est ce qu’un verbe déponent veut exprimer que nous ne connaissons pas en français ?

                  Le vouvoiement se veut exprimer le respect quand de nos jours il ne sert qu’à « garder son interlocuteur à distance » .. en fait d’échange social... hum....

                  Que seraient nos relations entre Français avec l’abandon du « tu », ou du « vous » ?

                  En bulgare, il n’y a pas d’infinitif... « je veux manger » se dit « je veux que je mange »... comment cette nuance les ou nous structure t elle ?

                  Enfin en GB dans un commerce on vous salue en vous appelant « love » (« can I help you love ? ») -peut être pas entre 2 hommes- . Comment en France dit on la même chose ? Et si on ne le dit pas qu’en résulte t il dans les mentalités.

                  « merci » en russe, « spasiba », veut dire « Dieu sauve ».

                  Cela est il vraiment sans effet sur le fonctionnement psychosocial de tous ceux qui le disent ou l’entendentd ? (peut être en Français aussi puisque cela veut dire en réalité « pitié » mais on ne s’en rend pas compte...

                  Pardo à Khaldun et Stiegler dont je m’éloigne « un peu »...

                  Marc P

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