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Lettre ouverte à Jacques Attali sur sa « Brève Histoire de l’avenir »

Je viens de lire votre livre avec un grand intérêt, souvent avec une certaine inquiétude, parfois avec un certain amusement et ponctuellement non sans un certain agacement. Il a l’originalité de mixer différents genres littéraires : l’étude socio-économique, la science-fiction et le programme politique, de faire se rencontrer mythe et réalité.

Je vois en ce livre de nombreux mérites :

  • il parle à tout être humain, de son essence et de son devenir, en l’interpellant, en le provoquant, fût-ce par la caricature et parfois la simplification, qui ont des vertus pédagogiques, en le conduisant à réfléchir sur lui-même, son rapport avec autrui, les valeurs essentielles, sur l’humanité ;

  • j’ai bien aimé votre rétrospective sur l’histoire depuis l’homme préhistorique, car il faut en effet connaître et comprendre le passé pour mieux appréhender l’avenir et tirer des leçons de l’histoire, sachant qu’il ne faut pas à mon avis en tirer la conclusion que l’histoire répète les mêmes phénomènes, car les peuples gardent une mémoire des événements, des souffrances et des erreurs, justement pour ne pas toujours les reproduire... J’ai utilisé la même démarche pour une analyse sur les causes des inégalités croissantes parmi les hommes dans un article publié sur mon blog et en texte intégral ;

  • il permet de prendre du recul sur le monde d’aujourd’hui et de relativiser l’importance que nous accordons aux biens matériels, à la recherche du profit, ainsi que la suprématie ou la supériorité que nous reconnaissons à notre civilisation, nous rappelant, comme Paul Valéry, que « nous savons à présent que les civilisations sont mortelles » ;

  • il fait une analyse à mon avis très juste des points-clés des moteurs de la société et des tendances observées et de leur projection dans les 30 ou 50 prochaines années (toutes choses égales par ailleurs), à partir de données factuelles et mesurées (argent, individualisme, défiance, fuite dans la consommation et le divertissement...) et leurs conséquences (inégalités croissantes, perte du sens et perte de la relation, destruction de l’environnement...) ;

  • il livre à la fin un très bon résumé de données-clés, synthétiques, pertinentes, pédagogiques, sur l’état de notre société et de notre économie, en particulier de la France comparée aux autres pays ;

  • enfin, il est facile à lire et divertissant.

J’y ai retrouvé de multiples données et réflexions déjà lues dans des ouvrages antérieurs, récents ou moins récents, tels que :

  • les livres de Hubert Reeves (Mal de Terre notamment, paru en 2003) et de Nicolas Hulot (notamment Pour un pacte écologique, paru en 2006) ;

  • les livres du biologiste Joël de Rosnay (2020-Les Scénarios du futur, paru début 2007 et L’Homme symbiotique, paru en 1995) ;

  • la trilogie de La Fondation d’Isaac Asimov, grande référence de la science-fiction, paru en 1966, dans laquelle l’auteur imagine le futur de l’humanité. Il commence avec l’effondrement d’un empire galactique qui se décompose. Un savant invente alors une nouvelle science, la psycho-histoire, basée sur la loi des grands nombre et le calcul des probabilités qui permet de prévoir l’avenir ou, plus exactement de calculer les probabilités des différents avenirs. Le scénario rappelle au lecteur des phases connues de l’histoire : l’émiettement du pouvoir des empires romains et ottoman, l’ascension de personnes charismatiques comme Alexandre le Grand, Jules César ou Napoléon Bonaparte, les civilisations successivement dominées par la religion (Moyen Âge), l’armée, l’industrie... (et maintenant l’empire marchand sous le règne de l’argent, de l’informatique et de la communication). Jusqu’à ce qu’intervienne un personnage, nommé le mulet, qui va tout perturber, enrailler les prédictions... ;

  • concernant la France et son déclin comme ses atouts, La France qui tombe de Nicolas Baverez et Les Bullocrates de Jean-François Kahn, parus en 2006, qui en prend le contre-pied ;

  • sur la domination du capitalisme et du règne du profit et de ses excès, Le Capitalisme total, de Jean Peyrelevade, paru en 2005 et décrivant l’évolution du capitalisme vers un capitalisme financier et total, régnant sans partage ni contre-pouvoir sur le monde et ses richesses, l’exigence de rentabilité excessive et à court terme des actionnaires polluant la volonté d’entreprendre et se faisant au détriment des projets industriels, économiques et durables.


Aussi aurais-je apprécié que vous eussiez fait référence à ces ouvrages, qui ont probablement alimenté vos réflexions ou celles des personnes qui vous ont aidé à écrire ce livre.

Enfin, ce qui me gêne ou m’agace, c’est la manière autoritaire avec laquelle vous embarquez le lecteur en obligeant son consentement et son adhésion, par l’emploi sans réserve du futur et l’unicité du scénario proposé. Parfois, la prédiction que vous faites de l’avenir correspond déjà à la réalité du présent, on ne peut donc qu’y adhérer, et vous y glissez subrepticement une prédiction beaucoup plus incertaine qui, noyée dans le reste, passe clandestinement dans le cortège des évidences.

Vous semblez convaincu notamment de la future décomposition totale des Etats au profit des entreprises privées, y compris pour les questions régaliennes, de sécurité, de santé, de protection sociale... La décomposition totale des familles, le nomadisme physique et l’hyper concentration des villes. Vous auriez pu à tout le moins présenter différents scénarios en fonction de différentes hypothèses.

Par exemple, on peut envisager que la conjonction du progrès technologique (Internet, vidéoconférence, traduction automatisée...) et de la nuisance des transports conduise de plus en plus à travailler à domicile ou dans des centres de proximité, permettant une plus grande décentralisation de l’habitat en province et dans les campagnes, de travailler pour des entreprises basées à l’étranger et même utilisant une autre langue.

De même la baisse de la natalité n’est pas irréversible dans les pays riches et sa croissance importante dans les pays pauvres pourrait être endiguée par le recours à la contraception, l’éducation, etc.

J’ai aussi trouvé dangereux diplomatiquement et politiquement la manière dont vous prédisez des guerres entre certains pays et assimilez globalement l’islam à un groupe hostile à l’Occident.

Enfin, après la description apocalyptique, convaincante et irréversible d’un avenir proche (2030) insupportable de stress, d’obsession de la surveillance, de l’autoprotection et de fuite effrénée dans le divertissement, avec la perte des valeurs humaines, familiales, spirituelles, sous l’hyper empire dominé par les Etats-Unis, puis celui de l’hyper conflit planétaire d’une hyper violence, vous laissez espérer l’avènement d’une hyper démocratie (si néanmoins la planète a survécu ainsi que l’espèce humaine), ce qui reste hypothétique dans de telles conditions.

Puis vous dressez soudain à la fin du livre des pistes de salut, des portes de sortie grâce à une évolution des mentalités, des gens tournés vers le relationnel, ou plus exactement « l’économie relationnelle », développant un commerce équitable ou charitable, de la fraternité, de l’intelligence universelle, démontrant l’évidence que l’altruisme est la source du bonheur et de l’accomplissement de soi, de l’épanouissement... dans un lyrisme caricatural et peu crédible, pas assez argumenté pour convaincre. Sans expliquer comment cela peut arriver et devenir un système dominant, sans expliquer quel peut en être le moteur. Toutes vos phrases des pages finales (p. 390 et p. 391) commencent par « je veux croire » ou « je veux espérer »... Il faut y croire, c’est tout.

Enfin, vous opérez un zoom sur la France, sur les arguments attestant son déclin comme sur ceux attestant ses atouts, ce qui est du reste intéressant et peu reluisant pour notre pays, pour terminer sur une liste de propositions qui paraissent très « ras des pâquerettes » comparée à la dimension philosophique et planétaire du livre, traitant de l’essence de l’humanité et des civilisations, même si elle reste en cohérence avec les principes vers lesquels vous avez préalablement conduit le lecteur avec argumentation, démonstration... et croyance.

Je suis d’accord sur l’essentiel, avec cependant trois remarques :

  • les actions que vous préconisez visent toujours à développer l’empire marchand et à suivre le modèle américain, donc à renforcer l’hyper empire, en ayant toujours pour objectif la croissance du profit, renforcer l’efficacité du marché. Même les entreprises relationnelles sont décrites en termes marchands. Il n’y a rien sur l’éducation, la prise de conscience et la responsabilisation du citoyen, sur la proposition d’une autre manière de donner un sens à sa vie, dans la vie quotidienne citoyenne, sociale et politique ;

  • les actions permettant de faire naître l’hyper démocratie ne sont pas assez développées (dommage !), elles sont esquissées sur seulement deux pages finales (p. 420 et p. 421) en termes vagues : « favoriser la constitution d’entreprises relationnelles », « développer la démocratie participative, en particulier régionale, en employant les technologies de l’ubiquité nomade et de l’hyper surveillance, et organiser des espaces urbains et virtuels pour que s’y rencontrent ceux qui ont envie de se rendre utiles et ceux qui peuvent offrir des occasions de l’être »...
    Or il aurait été intéressant de proposer des actions concrètes telles que des bourses d’échanges relationnelles en bénévolat, incitant chaque citoyen à donner un peu de son temps sur une compétence dont il peut faire bénéficier autrui (soutien scolaire, aide à domicile, conteur d’histoires, cours de jardinage, de couture, de cuisine, discussions philosophiques, atelier artistique, covoiturage, prêt d’outils...). On pourrait par exemple au départ, dans la logique marchande, envisager des « points de temps » donnant droit en retour à des services gratuits. A terme ce ne devrait plus être marchand et le plaisir de donner devrait dépasser le désir de recevoir ;

  • vous ne parlez jamais de la relance par l’offre, pour améliorer la compétitivité des entreprises et favoriser les PME pour développer l’emploi et l’innovation. « La recherche universitaire et industrielle devra se voir attribuer des moyens beaucoup plus importants... » (p. 417), certes mais par qui ? L’Etat (par augmentation des impôts) ? Le privé (les actionnaires de grandes entreprises) ? Une aide aux PME novatrices, par qui et sous quelle forme ?

La majorité des économistes étaient d’accord pour dire que le « Small Business Act » à la française préconisé par François Bayrou lors de la campagne présidentielle pour les PME, était de loin la meilleure proposition pour la croissance, pour une relance par l’offre : avec simplification administrative, protection des jeunes entreprises avec exemption fiscale dégressive, réduction des délais de paiement de leurs clients grandes entreprises ou Etat, accès des PME aux marchés publics (20% du volume des grands marchés et marchés < 50 000 euros), ainsi que les deux emplois sans charges (limitées à 10%), qui coûtaient moins de 6 milliards d’euros. Sachant qu’en 15 ans les PME ont créé près de 2 millions d’emplois pendant que les grandes entreprises en supprimaient près de 300 000.

Alors pourquoi ne pas en parler ? Pourquoi ne pas proposer cette idée dans la commission pour la libération de la croissance française, que vous présidez ? C’est pourtant une idée développée avec succès par les Etats-Unis, qui semblent être pour vous un modèle de croissance. Avez-vous aussi proposé d’exempter d’impôts sur les revenus les brevets déposés par des chercheurs français ou résidant en France (idée également développée par François Bayrou) ?

N’ayez pas peur de reprendre les idées de Bayrou et même de le remercier pour les avoir justement proposées, c’est cela la vraie ouverture !

En tout cas merci pour ce livre, que je recommande, restant à votre disposition pour en discuter et bien à vous,

Marie-Anne Kraft


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21 réactions à cet article    


  • morice morice 14 janvier 2008 11:18

    "En tout cas merci pour ce livre, que je recommande," euh je dirais l’inverse : livre à jeter dont il ne faut plutôt pas faire la publicité. On fait de même avec les bouquins de scientologie, dont cet ouvrage s’approch par bien des aspects. Attali n’est pas un futurologue, c’est un charlatan.


    • logic 22 janvier 2008 17:28

      Bien sûr Pour moi il fait partie avec Srauskhann des grands acteurs qui ont bouzillé notre économie française des les années 81 Lui en tant qu’éminence grise (lanceur d’idées)et l’autre en tant qu’exécuteur faisant passer nos richesses et savoir faire de l’autre côté de l’Atlantique

       Ce sont eux qui nous ont mis dans la merde et aujourd’hui ils auraient la solution miracle ??? je pense qu’ils refont surface pour parachever la triste besogne commencée il y a 1/4 de siècle

       Les illuminati vous connaissez ? Tous les moyens sont bons pour justifier leur fin et petit à petit leur philosophie prend corps


    • pepin2pomme 14 janvier 2008 13:01

      Je pense que l’auteur de ce post a oublié 2 livres dans la liste des livres auquels Attali aurait pu se référer, et non des moindres :

      - Le choc des civilisations

      - Effondrements

      Le premier, dont le titre est devenu une expression, envisage aussi des guerres, et plus précisément avec des pays islamiques. Il a été écrit voici une dizaine d’années, et l’évolution du monde confirme beaucoup de points évoqués par Samuel Huntington. Le second, écrit aussi par un américain (Diamond si je me souviens bien) est aussi un monument, qui fait froid dans le dos si on extrapole à notre civilisation ce qui est arrivé à bien d’autres civilisations.


      • Parpaillot Parpaillot 14 janvier 2008 14:32

         

        @ Auteur : 

        Article intéressant reflétant assez bien le livre d’Attali, tel que je l’ai lu il y a un an déjà … 

        Quelques remarques toutefois :

        • Vous déplorez que l’auteur (J. Attali) n’ait pas cité les ouvrages et les personnes qui ont nourri ses réflexions. Si je partage vos regrets s’agissant d’éventuels ouvrages de références, auxquels on pourrait d’ailleurs ajouter « 1984 » de George Orwell, ces reproches sont cependant infondés, selon moi, pour les personnes citées en fin d’ouvrage, en post-scriptum, sous la rubrique « Remerciements ».
        • Dans le « … zoom sur la France … », vous reprochez à J. Attali d’en rester au « ras des pâquerettes » en ne développant pas suffisamment ses propositions propres à la France, mais cela n’était pas l’objectif du livre, tel que je l’ai lu, sa dimension étant avant tout « philosophique et planétaire » comme vous l’avez relevé vous-même fort justement. Le zoom sur la France n’occupe d’ailleurs qu’un seul chapitre de l’ouvrage, le dernier, intitulé « Et la France ? ».
        • A la fin de son livre, Jacques Attali suggère aux lecteur de lui faire part de leurs commentaires. J’imagine donc que cette « lettre ouverte à Jacques Attali sur sa "Brève histoire de l’avenir" » de Marie-Anne Kraft va dans le sens souhaité par Attali…

        Quant au livre proprement dit « Une brève histoire de l’avenir », j’ai trouvé l’analyse d’Attali très lucide et j’ai eu beaucoup de plaisir à le lire. J’ai relevé cependant quelques erreurs géographiques :

        • Par exemple au chapitre 2. intitulé « Une brève histoire du capitalisme », page 78, l’auteur écrit « … De plus, un pont audacieux lancé sur le Brenner ouvre la voie du Saint-Gothard … ». L’auteur confond le passage alpin du Brenner entre l’Autriche et l’Italie, avec celui du Saint-Gothard situé tout de même à près de 300 km plus à l’ouest, en Suisse. L’auteur fait probablement référence au « Pont du Diable » (Teufelsbrücke) dans les « Gorges du Schöllenen » sur le flanc nord du « Col du Saint-Gothard », pont construit au Moyen Age. http://fr.wikipedia.org/wiki/Pont_du_Diable_%28Suisse%29 

        Sur le fond cependant, cela n’enlève rien à l’intérêt du livre d’Attali.

        Merci à Marie-Anne Kraft pour son article !

        Cordialement !


        • Marianne Marianne 14 janvier 2008 16:26

          Le livre est sorti en septembre 2007 et non l’an dernier.

          En effet, la référence à Orwell est tellement évidente que je ne l’avais pas mentionnée.

          Merci à Parpaillot pour toutes ces précisions concernant les ponts du Brenner, du Saint-Gothard ou du Diable ! Les lectures vigilantes ne laissent décidément rien passer ...


        • Parpaillot Parpaillot 14 janvier 2008 16:42

          Non Marianne, le livre est sorti en 2006 ...

          Cordialement !

           


        • Jason Jason 14 janvier 2008 18:55

           

          Bonjour,

          Bon article et qui me conforte à ne pas lire le livre de l’auteur. Il semble que c’était le but recherché dans votre recension, si je ne me trompe, à en juger par la conclusion et malgré les mérites que vous lui accordez en premier.

          Il y a trop d’urgences, trop de choses graves pour se livrer à ce genre de projections dans l’avenir, le tout entrecoupé de voeux pieux, d’incantations et de visions dignes de Mme Soleil ; si j’en juge par votre commentaire.

          Urgences disais-je, telles que celles de l’alimentation mondiale (un enfant meurt sur la terre toutes les 5 secondes de malnutrition), ou encore du nomadisme du capital autour du globe face au travail qui est structurellement sédentaire, urgence à parler de l’analphabétisme, de la condition des femmes (plus de 5O% de la population mondiale), de l’eau, de la pauvreté, du travail des enfants, de la brevetabilité des molécules découvertes dans des sites naturels, etc. la liste serait longue.

          Les temps ne sont pas aux rêveries (du penseur, même, solidaire) mais à l’engagement. Nous croulons sous l’information, comme jamais dans l’histoire de l’humanité. Faut-il ajouter un livre de plus ?

          Merci de m’avoir fait découvrir votre blog, que je trouve fort intéressant car bien documenté.

          Cordialement

           


          • logic 22 janvier 2008 17:50

            Pour compléter vos réflexions sachez que nous produisons sur la planéte de la nourriture pour 12 milliards d’êtres humains . Depuis des decennies ont subventionnent des gens pour qu’ils travaillent la terre !!! Dans toute société intelligente on produit et on travaille pour créer la richesse et dans notre civilisation moderne et progressiste on paye pour produire de la bouffe Si ce n’est pas marcher sur la tête ?? et aprés on s’étonne que l’on crève de faim au 21ème siècje et que les populations des pays évolués s’appauvrissent

             Nos grands penseurs et stratèges ont interét à réviser leurs bases En effet on peut avoir un excellent échaffaudage mais s’il est mal assis plus on l’élévera plus il deviendra dangereux jusqu’au jour de la cata où tout le monde sera étooné ne comprenant pas pourquoi


          • Deneb Deneb 14 janvier 2008 18:56

            J’ai lu le livre il y a 6 mois, je l’ai trouvé pertinent, sauf 1 chose : Attali dit que les ordinateurs sont aujourd’hui bien trop puissants pour l’usage que l’on en fait. Je ne suis pas d’accord. Aujourd’hui tout le monde peut manipuler les images, les vidéos, beaucoup de choses hier réservées aux professionnels sont aujourd’hui accessibles à tout un chacun et là, où hier il fallait du métier, aujourd’hui l’enthousiasme suffit. La loi de Moore a fait que tout le monde peut s’exprimer de plus en plus facilement, car les machines ont suffisamment de marge de puissance. Cette puissance est un formidable moteur de progrès et une démocratisation du savoir.


            • ddacoudre ddacoudre 15 janvier 2008 00:43

              bonjour deneb

               

              je ne pense pas que le savoir s’apprene par internet, mais j’ai cru comprendre qu’il mettait à disposition descurieux tous ce qui était disponible commeconnaissance y compris la pensée de particulier, comme nous sur agox.

              le savoir ne se construit pas au petit bonheur la chance ou au fil de ses sources d’intérêts, mais cela ne retire rien à l’usage instructif que l’on peut faire d’internet une fois que l’on évacue la soupe.

              j’ai connu cela dans la formation professionnelle au début beaucoup de marchands de soupe puis cela c’est clarifié.

              cordialement.


            • Sigefroid 15 janvier 2008 15:17

              Cette puissance est un formidable moteur de progrès et une démocratisation du savoir

              Ou bien engendre une telle dispersion de superficialité de savoir qui fait que l’on perd un gigantesque temps de site en site, d’info non vérifées en info non vérifiées, en verbiages, en confusion, en contradiction ... que ce que l’on imagine être du savoir n’est in fine qu’un bouillon d’informations sans ordre, ni cohésion que l’on arrive plus à traiter ni rigoureusement ni rationnellement !

              Cette déferlente d’informations tout azimut, zapée, non assimilée, produit de la confusion mais sûrement pas du savoir. Par contre, c’est indéniable, elle donne le moyen d’une intercommunication plus rapide et l’accès facilité à une forme d’information, mais une seulement parmi tant d’autres alors qu’elle semble par effet de mode devenir unique et prioritaire ... Mais ce n’est pas le savoir !

               


            • Sigefroid 15 janvier 2008 15:26

              @ deneb

              en regardant votre profil, j’ai lu "athée militant" ; c’est quoi un athée "militant" ? Vous vous battez tous les jours contre Dieu le Père ? Il me semblait qu’être athée était un "état" d’esprit, mais de quelle dynamique cela relève-t-il ? Sarkhoziste militant ou phallangiste ou socialiste militant je peux imaginer ce que c’est ! Mais athée, j’ai difficile. Vous attaquez les musulmans à la sortie des mosquées ? Faites sauter les Eglises ou villipendez les juifs le jour su sabbat ?


            • logic 22 janvier 2008 17:54

              A conddition que l’on soit capable d’avoir l’esprit critique et ne pas rentrer dans la pensée unique à force de manipulation par la médiatisation dont ils détiennent les rènes


            • vieuxcon vieuxcon 15 janvier 2008 00:10

              merci Marianne, je ne savais pas si je lirais ce livre (il faut bien cher des choix.)

              Par contre comme vous citez de nombreuses références, que j’avais fortement appréciés, je me lancerais, peut être (ne pas se laisser influencer, surtout par une faible femme et je précise que c’est une plaisanterie car je me suis déjà mort verbalement suite à des remarques du genre)

              Par contre, je risque d’être un peu déçu. J’aime te je crois en la générosité (même imposée via l’impôt si nous ne sommes pas d’assez grandes filles ou grands garçons pour la pratiquer nous même).

              Je reste sous l’influence d’une toute petite modification de loi de Paretto, qui fait qu’après l’intrusion d’une variable (appelons là générosité) qui redistribue un tous petit peu de la richesse d’un niveau au niveau immédiatement inférieur. Aussi incroyable que celà puisse paraître, non seulement la courbe se lisse un peu, ce qui est effectivement attendu, mais en plus l’ensemble des richesses créés augmente plus et plus vite que dans le modèle sans générosité. Etonnant n’est-il pas ?


              • ddacoudre ddacoudre 15 janvier 2008 00:30

                Bonjour mariane

                Je confirme pour 2006, et  pour la somme de 20 euros. Merci morice de ne pas me dire que je les ai gaspillés.

                Il fait un travail somme toute difficile de récapituler des millénaires qui nous ont laissé leurs traces pas toujours bien précis et que nous interprétons avec nos moyens, de plus en plus performant plus l’on se rapproche des décryptages de notre époque.

                Pour avoir fait le même travail il est comme je l’ai été dans la construction linéaire, et d’ailleurs il le dit, car avec notre cerveau nous ne pouvons pour l’instant faire que cela parce que nous l’y avons contraint. Ce la rend nos projections incertaines, sauf quand nos comportements sont conditionnés par des stimulations rationnelles, dont qui peuvent être mesuré et dont l’on peut envisager une prédominance de comportements stables.

                Il est donc assez simple de convenir depuis la chute du communisme, qui laissait planer quelque interrogation, l’orientation qui se dessine.

                L’accord sur les AGCS de 1994 pose déjà le principe accepté du tout marchand comme règle mondiale, et sauf fait sociétal imprévu et d’envergure dont on ne voit pas de traces significatives poindre nulle part, sauf les forces de l’alter mondialisme où le fait que les opposant au tout marché envahisse les organes d’informations par la force du fait et demande un droit d’expression de l’opposition ; nous sommes donc dans une quasi évolution linéaire où l’aléatoire ne réside que dans les formes de ce qui est envisageable. Il ne s’agit pas d’être futurologue mais de comprendre par exemple que les seules décisions nationales ou européennes ne suffiront pas à réorganiser les événements qui sont en cours d’exécution et qui génèrent leurs effets.

                Ce n’est pas être futurologue que de savoir que les banque règnent sur la monnaie, que les compagnies d’assurances brassent des sommes phénoménales et impose des comportement, y compris aujourd’hui dans le domaine médical, car il ne s’agit plus pour elle de garantir un risque mais de servir des placement financiers juteux qui suppose de minimiser au maximum les risque quitte à dicter des modes de comportements etc…

                Morice est sévère dans son jugement, il n’a pas fait un travail de tendance évolutive qui ne peuvent être rigoriste, et bien sur son histoire reste marqué par la sienne et qui plus est moralisatrice à bon marché car toujours après la pluie vient le beau temps, mais je doute que ce soit une hyper démocratie. Moi j’ai plutôt envisagé après la disparition des matières première un contrôle de notre psyché par le savoir

                Cela repose sur le constat que celles qui se sont élevés sur le déclin des autres ont toujours été plus performantes, sauf que cela risque de ne pas être chez nous.

                Je te colle la conclusion de mon essai.

                Pour conclure cet essai où je fais un pari sur un futur fondé sur les progrès de notre intelligence cérébrale, d’un cerveau doté d’une capacité psychique extraordinaire pour développer une nouvelle richesse, je me sens intellectuellement parfaitement limité pour le développer, tant j’ai abordé de disciplines dont je n’ai que quelques fragments de connaissance. Si d’aventure quelques érudits voulaient le reprendre, le sujet est libre.

                Je crois qu’à l’instar de l’imprimerie qui a marqué une étape importante dans la diffusion du savoir et de l’information, la connaissance des sciences de la physique, par la mécanique quantique, va marquer une autre étape dans le développement sociétal de notre civilisation. Il nous faudra regarder beaucoup de nos relations, ou « requalifier » beaucoup de nos relations sous son auspice, inventer d’autres mots, alors que d’autres rejoindrons les dictionnaires des mots rares et précieux, en mémoire du passé. Si la théorie du chaos permet d’exploiter la plus petite donnée économique, elle peut également nous permettre d’en mesurer son incidence à très long terme et d’envisager un regard sur notre existence, non plus à la seule mesure de nos perceptions sensorielles mais à celle de notre intelligence. Néanmoins, il nous faudra pour cela faire le même effort qui a suivi la découverte de l’imprimerie, créer un enseignement. Mais non plus seulement à destination des enfants, mais pour tous les adultes tout au long de l’existence, sans attendre quatre cents ans pour le mettre en œuvre. Ceci, pour que la démarche d’apprendre devienne un plaisir et non pas une souffrance, comme celle à laquelle nous avons réduit nos relations vitales avec le travail.

                Ceci surtout, parce le savoir est l’élément dans lequel baigne notre nature culturelle et il nous faudra regarder notre existence à l’échelle de l’espèce et de sa durée. Chacun sachant prendre au quotidien au travers des mots, le plaisir que cela lui offre d’y appartenir. Pour réaliser cet objectif les hommes existent aujourd’hui, et si j’en ai critiqué certains d’entre eux c’est parce qu’ils peuvent mieux faire. Il suffit peut-être de leur donner seulement un autre but qui soit autre qu’un but comptable.

                Cordialement.


                • ddacoudre ddacoudre 15 janvier 2008 00:35

                  correction

                  "Morice est sévère dans son jugement. Attali a fait un travail de tendance évolutive qui ne peut être rigoriste"


                • gnarf 15 janvier 2008 09:22

                  Il faut quand-meme etre gonfle, debordant de soi-meme, pour ecrire ce genre de bouquins. On ne sait toujours pas prevoir le temps 3 semaines a l’avance...presque personne n’avait prevu l’explosion de la telephonie mobile...presque personne n’avait prevu internet...mais Attali nous fait des pronostics sur des siecles.

                  Plus c’est gros plus ca passe.


                  • Sigefroid 15 janvier 2008 15:04

                    "J’y ai retrouvé de multiples données et réflexions déjà lues dans des ouvrages antérieurs, récents ou moins récents"

                    Rappelez-vous, en d’autres temps plus mittérandien on évoquait déjà un Attali, maître es photocopieuse, "n’écrivant que la nuit" car le courant était moins cher la nuit pour faire les tonnes de photocopies dont il se servait en copier/coller pour faire des bouquins !

                    Cherchez de vrais intellectuels, producteurs d’idées neuves ou originales ou alors lisez les anciens (trop long à citer ici) et non pas ces hasbeen pseudo penseurs se répétant et se recopiant sans cesse ! Il n’y a que les bobos qui mettent ce genre de bouquins sur la table de salon pour faire intello ! Dans le même panier, BHL et tous les journaleux à 3 sous ! La France a produit des gens intellectuellement formidables, oubliés par les médias au profit de mecs douteux soutenus par le pouvoir, genre Attali. Revisitez vos intellectuels... il y en a tant et si fascinants !


                    • jay 15 janvier 2008 19:55

                      totalement d’accod avec vous.... surtout que cet ouvrage n’est qu’une vulgarisation, mal faite, d’Empire et Multitude de Négri et Hardt ; deux tomes, denses mais très bien écrits. Mais il ne faut pas compter sur, (comment l’avez vous appelé ? ), maître ès photocopieuse pour le reconnaître.


                    • Sigefroid 15 janvier 2008 22:11

                      Tous ces « livres » sont des non-événements, largement plébiscités par des journalistes en mal de soutien politique pour durer. Ah Pivot, qui fit vendre Montaillou à des centaines de milliers de lecteurs et invitaient autant Michel Foucault que Gainsbourg ou Georges Duby ET les écoutait en leur donnant la parole en échangeant des clopes ! Belle époque révolue de la vraie spécificité française et d’une belle forme de liberté... pas du terrorisme hygénio-intellectuel à 2 balles aux discours creux et sans avenir !


                    • quetzal quetzal 29 janvier 2008 00:14

                      Merci Marie-Anne, pour cette revue du dernier livre de Jacques Attali.

                      J’ai lu cet ouvrage en une soirée, tellement il est "facile à lire", ce qui en l’occurence n’est pas ici une qualité, mais se dégage de son caractère superficiel. Je partage entièrement votre agacement devant ce "futur impératif", et pas du tout votre accord "sur l’essentiel", qui est contradictoire avec ce que vous écrivez plus haut.

                      Je suis convaincu que la finalité est dans le processus, et qu’on ne peut parler futur en alignant des affirmations univoques. On est bien loin d’une prospective scientifique, et bien plus proche effectivement d’une forme de charlatanisme. J. Attali est bien trop fasciné par le marché et par la technologie.

                      D’autres futurs sont possibles, à condition de savoir les laisser ourdir.

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