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Accueil du site > Actualités > Société > Lettre ouverte aux journalistes : à quand la fin de la Djihad Académie (...)

Lettre ouverte aux journalistes : à quand la fin de la Djihad Académie ?

Des visages de jeunes hommes, souvent souriant, qui s’étalent dans les média. Des récits de leur vie, des interviews de leurs proches, des vidéos de réseaux sociaux où ils se mettent en scène reprises jusque dans les journaux télévisés. Les participants au dernier casting musical télévisé ? Non, les terroristes qui ont décimé les rues de Paris vendredi. Réflexion sur une dérive médiatique.

 
Exhibitionnisme et sens de la mesure
 
Bien sûr, la large diffusion des photos d’un terroriste en cavale peut permettre son arrestation. Et, à ce titre, elle est légitime. Mais même si cela intéresse et buzze, quel est l’intérêt de diffuser si largement les photos, souvent insouciantes, d’assassins sanguinaires ? Bien sûr, il n’est pas inintéressant, pour notre société, d’essayer de comprendre ce qui peut amener ces jeunes, souvent passés par l’école de la République, à se transformer en monstres criminels. Mais au final, surtout dans de telles circonstances, ces « informations » sont relayées le plus souvent à plat, sans toujours de remise en perspective, d’une manière étonnamment proche de celle dont les émissions de télé-réalité présentent leur candidats. En somme, ils sont présentés comme les héros de ce qui serait la Djihad Academy.
 
Le plus effarant, pour ne pas dire écœurant, était la diffusion de vidéos, certes floutées, de celui qui serait l’organisateur de ces attentats, tout sourire, rassemblant des cadavres qu’il transporte. Et finalement, on se demande quel est l’intérêt de diffuser de telles images, qui, si elles sont profondément révoltantes pour la grande majorité de ceux qui les voient, pourraient aussi représenter une forme de promotion de la vie au sein de Daech, présentée d’une manière assez troublante. Quel est l’intérêt réel de diffuser ces images, si ce n’est le buzz et l’audience ? Au final, j’ai un peu l’impression que cela revient, quelque part, à présenter les djihadistes comme des héros des temps modernes, même s’ils sont les méchants, d’autant plus qu’ils sont souvent présentés de manière un peu trop neutre.
 
Des ruisseaux et du fleuve terroriste
 
Plus globalement, même s’il est bien évident que ce n’est pas ce traitement médiatique seul, qui explique qu’ils aient fait les choix qu’ils ont faits, ni même que ce soit un facteur majeur de leur dérive vers l’horreur, on peut quand même se demander si cela ne joue pas quand même un petit rôle. En effet, dans un monde individualiste, qui a perdu le sens du collectif, la télévision expose des exemples de réussites individuelles dans ses émissions, au point que certains finissent par reproduire cela sur les réseaux sociaux, où l’on peut être le héros d’une vie plus ou moins amendée. Et il est tout de même frappant de constater à quel point ces jeunes djihadistes jouent avec les codes de la communication moderne et il devient très troublant que les médias diffusent leurs vidéos d’auto-promotions.
 
En effet, dans une société dure où certains ont du mal à trouver leur place (notamment ceux qui finissent par gonfler les rangs des djihadistes), n’offrons-nous pas, à notre insu bien sûr, une forme de médiatisation très malsaine à la communication de Daech ? Ce traitement médiatique ne normalise-t-il pas un peu ce qui ne devrait pas l’être, d’autant plus que ces images ou vidéos peuvent peut-être donner envie, les djihadistes ne semblant pas malheureux. C’est notamment le cas du commanditaire supposé des attentats : les images que l’on diffuse de lui ne le présentent-elles pas un petit peu comme un Che Guevara moderne ? Ce faisant, Daech offre aux candidats au djihad un cadre communautaire et aussi une forme de réalisation individuelle, à travers les réseaux sociaux, surtout quand on les reprend.
 
Voilà pourquoi, dans notre société un peu myope, et malgré toutes les difficultés du métier de journalistes, que je reconnais bien volontiers, je pense que nous devrions adopter beaucoup plus de mesures dans la diffusion de certaines informations, les noms, les photos ou les vidéos des terroristes. Ne nourrissons-nous pas le mal en starifiant de la sorte les terroristes, au point de favoriser marginalement le recrutement de djihadistes en mal de reconnaissance ?
 

Je publierai demain la suite du papier d’hier


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7 réactions à cet article    


  • eric 19 novembre 2015 19:57

    Je suis assez d’accord, mais il me semble que vous négligez différents facteurs :

    - Dans la période récente, les « terroristes » se sont attaqués aux journalistes et à leur milieu social ( voir liste et profession des victimes dans le figaro et Libé). Il est compréhensible que ces gens surréagissent et se sentent concernés ; On a quand même déjà plus parlé de Charlie que de l’hyper kasher, et je ne vous dit pas pour le petit entrepreneur prêt de paris ou celui qui s’est fait coupé la tête dans l’Isère. Les bandits islamisant ont compris, tuer du juif ne paye guère en France dans les médias....

    - Il y a un effet de fascination un peu morbide : les islamiste disent un peu la même chose que beaucoup de journalistes très engagés. Les malheurs du monde sont d’abord de la responsabilité de « l’occident libéral colonialiste néolibéral anglo-saxon israélien qui sont les vrais criminels qui ont tué des centaines de millions de gens » ( ex, un article sur trois dans Agoravox, deux sur trois dans les inrocks...° Mais les terroristes musulmans passent aux actes, là ou les grandes âmes se contentent de bêler.

    - Il y a aussi un effet de sidération et d’incompréhension : on en voit des tas tellement sous le choc, qu’ils se fendirent d’articles pour expliquer aux tueurs de Charlie qu’ils s’étaient trompés de cible, que les vrais méchants était Zemour, Le pen and co...Cette fois, ci... ? Eh bien comptez, au nombre d’articles sur le sujet, ce sont Sarkozy et les républicains qui sont à blâmer pour l’essentiel...

    - Enfin, oui, cela fait vendre et tous le monde regarde autant pour de bonnes que pour de mauvaises raisons. Et les gens ont peur ( baisse du trafic annoncé par la RATP, même si il faudrait pondérer les causes), ils veulent savoir ce qui se passe.


    • Aristide 20 novembre 2015 10:18

      Ne nourrissons-nous pas le mal en starifiant de la sorte les terroristes, au point de favoriser marginalement le recrutement de djihadistes en mal de reconnaissance ?


      Allons, les français dans leur quasi totalité ne sont des veaux qui suivent les médias sans aucun esprit critique, distance et analyse. Je trouve assez déplorable d’en appeler à une censure, ou une autocensure pire, des médias sur le simple fait que cela serait un mauvais exemple.






      • JDCONSEIL 20 novembre 2015 16:05

        @Aristide
        Je ne suis pas aussi pessimiste que vous... Nous ne sommes pas presque tous des veaux.. Contrairement à ce que pensent les chaines d’info en direct qui diffusent une sorte de « soap » destinés uniquement à vendre de la pub au meilleur prix. La loi sur l’état d’urgence de 1955 comprenait un chapitre destiné à contrôler l’information. Cette partie a été abrogée dans la loi en cours de vote au parlement pour prolonger l’état d’urgence de trois mois. Les lobbies de la presse arguant de la défense de la liberté ont agi vite et fort pour qu’il en soit ainsi. Est-ce bien ou mal chacun jugera à l’aune de sa conscience. Pour ma part, nous devrions pouvoir compter sur la charte de la presse signé à Munich en 1971 par tous la fédération européenne des journalistes pour éclairer le chemin que les journalistes devraient suivre. 


      • zygzornifle zygzornifle 20 novembre 2015 10:49

        on a en plus Valls académie sur toute les chaines comme quoi MOI JE .....


        • zygzornifle zygzornifle 20 novembre 2015 10:54

          il y a peu de temps le PS tous ses ministres en cœur, le FdG de Mélanchion, les Verts et Boeufsancenot nous hurlaient en chorale avec presque du fanatisme que l’immigration était une « chance pour la France »...... Ouais c’est surtout une chance pour les pompes funèbres et les fleuristes snif.....


          • ETTORE ETTORE 20 novembre 2015 12:45

            De plus en plus « l’intelligence des gens » se limite à la taille du support médiatique qu’ils ont dans leurs mains et devant leurs yeux

            C’est dire la profondeur de la réflexion qu’on peut en attendre.
            Ah..... j’ai cru ouîre qu’un nouveau smartphone réagissait à la pression du doigt sur l’écran pour avoir accès à des sous menu ?

            Sauvés !!!



            • Pyrathome Pyrathome 20 novembre 2015 14:39

              Bonjour,

              Est-ce que quelqu’un a des compléments d’infos là-dessus ??

              http://www.mirror.co.uk/news/uk-news/paris-attack-witness-says-black-6834503

              .

              Mahoud Admo, témoin : 

               

              "Le tireur n’a montré aucune émotion quand il a commencé à tirer sur les clients.

              Il ne cessait pas de recharger son fusil d’assaut, cela, sans rien dire. Les clients sont morts tout de suite. Il y avait des ruisseaux de sang et du verre brisé partout."

               

              L’Attaque à Le Belle Equipe a eu lieu peu de temps après la première des trois explosions qui a secoué le Stade de France, où le pays hôte jouait contre l’Allemagne.

              M. Admo, 26 ans, qui séjournait à l’hôtel de l’Armée du Salut, rue de Charonne, juste en face de la Le Belle Equipe, de nous raconter depuis le début :
               

              "J’étais à la fenêtre de ma chambre. Je voyais beaucoup de personnes assises à l’extérieur du café en train de se restaurer. Il était environ 21h30 quand une Mercedes noire est apparue. Des coups ont alors étaient tirés vers le haut depuis les fenêtres teintées de l’arrière du véhicule. Le conducteur, lui, tirait vers le bas. Je pouvais voir clairement le visage du passager car il ne portait ni chapeau ni masque. 

              Dès que la voiture s’est arrêtée, l’homme à l’arrière a ouvert doucement la portière et est sorti en face du restaurant. J’ai vu alors qu’il tenait dans sa main une mitraillette qu’il a posé sur sa hanche. Je ne pouvais pas croire ce que je voyais. Les gens au-dehors qui avaient repéré le tireur fou se sont mis à courir vers l’intérieur du bistro. IIs se sont fait tirer dessus devant la porte. Les clients de l’intérieur se sont approchés pour voir ce qu’il se passait. Des balles ont alors pulvérisé les vîitres. 

              Sur ce, j’ai tenté de les prendre en photo avec mon téléphone, mais le tireur a vu la lumière sur mon portable et je me suis baissé derrière le mur. Ils ont tiré sur mon hôtel. Le tireur a calmement rechargé son arme à plusieurs reprises. Il a fait le tour des fenêtres de la rue pour s’assurer que personne ne filmait ou ne prenait de photos. Cela a duré plus de six minutes, il a tiré beaucoup de balles.

              Il était blanc, rasé de près, et avait les cheveux noirs soigneusement taillés. Il était habillé tout en noir, excepté un foulard rouge. Le tireur devait avoir 35 ans. Il est était extrêmement musclé. Il ressemblait un haltérophile. Il ne portait pas de gants et son visage était inexpressif tandis qu’il se dirigeait vers le bar. 

              Le conducteur a ouvert sa porte peu avant le début de la fusillade. Il est sorti, a posé sa main et son fusil d’assaut sur le toit de la voiture. 

              Blanc, lui aussi était grand, avec des cheveux noirs, et aussi assez musclé. Les deux tireurs ressemblaient à des soldats ou des mercenaires, exécutant leur affaire comme dans une opération militaire. Il était clair qu’ils étaient tous les deux très lourdement armés.

              Ensuite, ils se sont tous les deux froidement r’assis dans la voiture et ont filé en direction du Théâtre du Bataclan. 5 minutes plus tard, la police et les ambulances sont arrivées. Il y avait environ 20 corps gisant morts à l’extérieur du bar et toutes les fenêtres étaient criblées d’impacts de balles.

              Environ huit ambulances sont arrivées pour aider les survivants. Les gens pleuraient et criaient quand ils ont commencé à réaliser ce qui était arrivé. Autour de cinq heures du matin, les cadavres ont été sortis dans la rue, déposés sous des couvertures jaunes jusqu’à ce qu’ils soient emmenés dans des ambulances ".....................

              .

              C’est « wikistrike » qui relaye ce témoignage publié sur le Mirror...

              http://www.wikistrike.com/2015/11/attentats-de-la-belle-epoque-un-temoin-parle-de-mercedes-noire-d-hommes-blancs-et-rases-de-pres.html

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