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Accueil du site > Actualités > Société > Libertad et le culte de la charogne

Libertad et le culte de la charogne

Ceux qui sont peu au fait de l’Anarchie, de ses thèmes et de son histoire ont au moins entendu parler de Bakounine, de Kropotkine et peut-être de Netchaïev, auteur du catéchisme révolutionnaire, dont l’histoire servit de base à Dostoïevski pour écrire Les Possédés. En France, tout le monde connait le nom de Ravachol et éventuellement celui de Jules Bonnot, mais c’est à peu prêt tout. Quasiment personne n’a entendu le nom d’Albert Libertad (1875 -1908), né à Bordeaux, mort à Paris, enfant de l’Assistance Publique, infirme, se battant contre la police avec ses béquilles et auteur d’une série d’articles publiés dans le journal l’Anarchie et édité sous forme de compilation sous le titre : « Le culte de la charogne », dont la citation phare pourrait être :

« Un mort c’est un corps rendu à la circulation, sous sa triple forme : solide, liquide, gazeuse. Cela n’est pas autre chose et nous devons le considérer et le traiter comme tel »

Ou encore :

« Si les hommes veulent vivre, qu’ils n’aient plus le respect des morts, qu’ils abandonnent le culte de la charogne. Les morts barrent aux vivants la route du progrès ».

Tout le monde se souvient de la polémique créée par Serge Gainsbourg, quand il chanta la Marseillaise en reggae. Certains disaient pis que pendre du chanteur et les mots n’étaient pas assez durs pour le fustiger. L’académicien Michel Droit, déclara même perfidement que Gainsbourg avait tort, car certains antisémites pourraient faire remarquer qu’il était juif. Et la polémique enfla, et Gainsbourg fut au cœur de nombreux scandales. Curieusement, à sa mort, les critiques se turent et aucun de ses détracteurs n’osa émettre la moindre fausse note. De crasseux puant et obscène, un peu juif, Gainsbourg était devenu un saint, une icône. Le respect des morts est tel que personne ne peut cracher, ne serait ce que symboliquement sur la tombe d’un ennemi. Actuellement, certains s’acharnent, à juste titre sur BHL, mais ils deviendraient immédiatement muets, si le fruit de leur ressentiment venait subitement à décéder.

 

Le respect des morts est ancré dans les esprits de façon culturelle universelle, il n’est pas de culture qui n’ait de rites funéraires élaborés et depuis l’homme des cavernes, les morts ont été honorés, hélas au détriment des vivants. On en arrive au paradoxe que la profanation d’un cimetière est ressentie plus douloureusement que l’exécution sous la torture d’un individu bien vivant. Or, sans minimiser l’importance symbolique de la profanation de Carpentras, l’affaire du gang des Barbares aboutit à la mort d’un jeune qui fut torturé et qui a souffert dans sa chair. Il est évident que le crime crapuleux contre un individu devrait nous interpeller beaucoup plus que les élucubrations de quelques désœuvrés dans un cimetière.

Le texte de Libertad insiste sur le fait qu’à force d’honorer les morts, on en oublie les vivants. Toutes les sommes dépensées en cercueil, en pierres tombales en cérémonies pourraient être déboursées au profit des vivants. Mais l’homme quelque soit sa religion, et même son absence de foi, a besoin de rituel pour faire passer ses cadavres en les honorant. Peu sont prêts à accepter le fait physiologique que le corps d’un défunt est voué à la putréfaction et que le souvenir de ceux que l’on a aimé devrait se traduire autrement que par du marbre et des couronnes. Encore moins par des convois funèbres où, l’expression est bien choisie, il se doit de faire une gueule d’enterrement.

Mais comme les hommes ont besoin de ce rituel, il faut les laisser faire, mais les inciter à ne point trop en faire serait judicieux de la part des pouvoirs publics. Pourquoi ne pas supprimer la TVA sur les frais funéraires à hauteur de 3000 Euros, et ensuite taxer à 33% tout ce qui dépasse ce plafond comme produit de luxe. Ainsi, les pauvres pourraient avoir une petite cérémonie pas chère suffisamment symbolique, et les autres devraient payer le prix fort pour leur gaspillage funéraire. Une autre solution serait de récupérer sur héritage les frais excessifs de funérailles. Car nous arrivons à un paradoxe que le mort coute plus cher que le vivant. Quand on se souvient que la sœur Térésa voulait que ceux qui avaient vécus toute leur existence comme des chiens puissent mourir comme des hommes on arrive à un paradoxe. L’action humanitaire serait de tout faire pour que le plus grand nombre arrivent à vivre dans la dignité quitte à ce qu’ils meurent comme des chiens, et non l’inverse. Peu importe de finir sur un tas d’ordure, si toute son existence n’a été que plaisir.

Le souvenir d’un être aimé ne se mesure pas à des fleurs, à du marbre à une robe ou une cravate noire. Trop de gens suivent des rituels par habitude, par conformisme sans se poser la question du signifiant de cette mascarade. Et s’il faut faire quelque chose de mémorable au cimetière, que cela soit au moins festif, gueuleton, beuverie, orgie, « pour un petit bonheur posthume », nous aurait dit Brassens.

Texte de Libertad

Publié ans le journal l’Anarchie 1907

Libertad soulève un point rarement abordé en littérature et encore moins en philosophie et en politique.

Extraits

Dans un désir de vie éternelle, les hommes ont considéré la mort comme un passage, comme une étape douloureuse, et ils se sont inclinés devant son “mystère” jusqu’à la vénérer.

Avant même que les hommes sachent travailler la pierre, le marbre, le fer pour abriter les vivants, ils savaient façonner ces matières pour honorer les morts. Les églises et les cloîtres, sous leurs absides et dans leurs chœurs, enserraient richement les tombeaux, alors que, contre leurs flancs, venaient s’écraser de pauvres chaumières, protégeant misérablement les vivants.

Le culte des morts a, dès les premières heures, entravé la marche en avant des hommes. Il est le “péché originel”, le poids mort, le boulet qui traîne l’humanité

Contre la voix de la vie universelle, toujours en évolution, a tonné la voix de la mort, la voix des morts

Jéhovah, qui il y a des milliers d’années l’imagination d’un Moïse fit surgir du Sinaï, dicte encore ses lois ; Jésus de Nazareth, mort depuis près de vingt siècles, prêche encore sa morale ; Bouddha, Confucius, Lao-Tseu, font régner encore leur Sagesse. Et combien d’autres !

Nous portons la lourde responsabilité de nos aïeux, nous en avons les “tares” et les “qualités”.

……..

Le mort n’est pas seulement un germe de corruption par suite de la désagrégation chimique de son corps, empoisonnant l’atmosphère. Il l’est davantage par la consécration du passé, l’immobilisation de l’idée à un stade de l’évolution. Vivant, sa pensée aurait évolué, aurait été plus avant. Mort, elle se cristallise. Or, c’est ce moment précis que les vivants choisissent pour l’admirer, pour le sanctifier, pour le déifier.

De l’un à l’autre, dans la famille, se communiquent les us et coutumes, les erreurs ancestrales. On croit au Dieu de ses pères, on respecte la patrie de ses aïeux… Que ne respecte-t-on leur mode d’éclairage, de vêture ?

Oui, il se produit ce fait étrange qu’alors que l’enveloppe, que l’économie usuelle s’améliore, se change, se différencie, qu’alors que tout meurt et tout se transforme, les hommes, l’esprit des hommes, restent dans le même servage, se momifient dans les mêmes erreurs.

Au siècle de l’Électricité, comme au siècle de la Torche, l’homme croit encore au Paradis de demain, aux Dieux de vengeance et de pardon, aux enfers et aux Walhalla afin de respecter les idées de ses ancêtres.

Les morts nous dirigent ; les morts nous commandent, les morts prennent la place des vivants. Toutes nos fêtes, toutes nos glorifications sont des anniversaires de morts et de massacres. On fait la Toussaint, pour glorifier les saints de l’Église ; la fête des trépassés pour n’oublier aucun mort. Les morts s’en vont à l’Olympe ou au Paradis, à la droite de Jupiter ou de Dieu. Ils emplissent l’espace “matériel” par leurs cortèges, leurs expositions et leurs cimetières. Si la nature ne se chargeait elle-même de désassimiler leurs corps, et de disperser leurs cendres, les vivants ne sauraient maintenant où placer les pieds dans la vaste nécropole que serait la terre.

La mémoire des morts, de leurs faits et gestes, obstrue le cerveau des enfants. On ne leur parle que des morts, on ne doit leur parler que de cela. On les fait vivre dans le domaine de l’irréel et du passé. Il ne faut pas qu’ils sachent rien du présent.

Si la Laïque a lâché l’histoire de Monsieur Noé ou celle de Monsieur Moïse, elle l’a remplacé par celle de Charlemagne ou celle de Monsieur Capet. Les enfants savent la date de la mort de Madame Frédégonde, mais ignorent la moindre des notions d’hygiène. Telles jeunes filles de quinze ans savent qu’en Espagne, une Madame Isabelle resta pendant tout un long siècle avec la même chemise, mais sont étrangement bouleversées lorsque viennent leurs menstrues.

…..

Alors qu’on laisse la jeune fille près de celui qui meurt, qui agonise, on l’écartera avec un très grand soin de celle dont le ventre va s’ouvrir à la vie.

…….

Les hommes qui n’ont aucun respect pour leur organisme vivant, qu’ils épuisent, qu’ils empoisonnent, qu’ils risquent, prennent tout à coup un respect comique pour leur dépouille mortelle, alors qu’il faudrait s’en débarrasser au plus vite, la mettre sous la forme la moins encombrante et la plus utilisable.

Le culte des morts est une des plus grossières aberrations des vivants. C’est un reste des religions prometteuses de paradis. Il faut préparer aux morts la visite de l’au-delà, leur mettre des armes pour qu’ils puissent prendre part aux chasses du Velléda, quelques nourriture pour leur voyage, leur donner le suprême viatique, enfin les préparer à se présenter devant Dieu. Les religions s’en vont, mais leurs formulent ridicules demeurent. Les morts prennent la place des vivants.

Des nuées d’ouvriers, d’ouvrières emploient leurs aptitudes, leur énergie à entretenir le culte des morts. Des hommes creusent le sol, taillent la pierre et le marbre, forgent des grilles, préparent à eux tous une maison, afin d’y enfouir respectueusement la charogne syphilitique qui vient de mourir.

Des femmes tissent le linceul, font des fleurs artificielles, préparent les couronnes, façonnent les bouquets pour orner la maison où se reposera l’amas en décomposition du tuberculeux qui vient de finir. Au lieu de se hâter de faire disparaître ces foyers de corruption, d’employer toute la vélocité et toute l’hygiène possible à détruire ces centres mauvais dont la conservation et l’entretient ne peuvent que porter la mort autour de soi, on truque pour les conserver le plus longtemps qu’il se peut, on balade ces tas de chair en wagons spéciaux, en corbillards, par les routes et par les rues. Sur leur passage, les hommes se découvrent, ils respectent la mort.

Pour entretenir le culte des morts, la somme d’efforts, la somme de matière que dépense l’humanité est inconcevable. Si l’on employait toutes ces forces à recevoir les enfants, on en préserverait de la maladie et de la mort des milliers et des milliers.

……

Les hommes acceptent l’hypocrisie des “nécrophages”, de ceux qui “mangent les morts”, de ceux qui vivent de la mort, depuis le curé donneur d’eau bénite, jusqu’au marchand d’emplacement à perpétuité ; depuis le marchand de couronnes, jusqu’au sculpteur d’anges mortuaires. Avec des boîtes ridicules que conduisent et qu’accompagnent des sortes de pantins grotesques, on procède à l’enlèvement de ces détritus humains et à leur répartition selon leur état de fortune, alors qu’il suffirait d’un bon service de roulage, de voiture hermétiquement closes et d’un four crématoire, construit selon les dernières découvertes scientifiques.

….

. Les anarchistes respectent trop les vivants pour respecter les morts. Souhaitons un jour où ce culte désuet sera devenu un service de voirie, mais où, par contre, les vivants connaîtront la vie dans toutes ses manifestations.

…..

Les premiers hommes, brutes à peine évoluées, dénuées de toutes connaissances, enfouissaient avec le mort son épouse vivante, ses armes, ses meubles, ses bijoux. D’autres faisaient comparaître le “macchabée” devant un tribunal pour lui demander compte de sa vie. De tout temps, les humains ont méconnu la véritable signification de la mort.

Pourtant, dans la nature, tout ce qui vit meurt. Tout organisme vivant périclite lorsque pour un raison ou pour une autre l’équilibre est rompu entre ses différentes fonctions. On détermine très scientifiquement les causes de mort, les ravages de la maladie ou de l’accident qui a produit la mort de l’individu

Au point de vue humain, il y a donc mort, disparition de la vie, c’est-à-dire cessation d’une certaine activité sous une certaine forme.

Mais au point de vue général, la mort n’existe pas. Il n’y a que de la vie. Après ce que nous appelons mort, les phénomènes de transformisme continuent. L’oxygène, l’hydrogène, les gaz, les minéraux s’en vont sous des formes diverses s’associer en des combinaisons nouvelles et contribuer à l’existence d’autres organismes vivants. Il n’y a pas mort, il y a circulation des corps, modification dans les aspects de la matière et de l’énergie, continuation incessante dans le temps et dans l’espace de la vie et l’activité universelles.

Un mort c’est un corps rendu à la circulation, sous sa triple forme : solide, liquide, gazeuse. Cela n’est pas autre chose et nous devons le considérer et le traiter comme tel.

Il est évident que ces conceptions positives et scientifiques ne laissent pas place aux spéculations pleurnichardes sur l’âme, l’au-delà, le néant.

Mais nous savons que toutes les religions prêcheuses de “vie future” et de “monde meilleur” ont pour but de susciter la résignation chez ceux que l’on dépouille et que l’on exploite.

Plutôt que de nous agenouiller auprès des cadavres, il convient d’organiser la vie sur des bases meilleures pour en retirer un maximum de joie et de bien être.

Les gens s’indigneront de nos théories et de notre dédain ; pure hypocrisie de leur part. Le culte des morts n’est qu’un outrage à la douleur vraie. Le fait d’entretenir un petit jardin, de se vêtir de noir, de porter une crêpe ne prouve pas la sincérité du chagrin. Ce dernier doit d’ailleurs disparaître, les individus doivent réagir devant l’irrévocabilité de la mort. On doit lutter contre la souffrance au lieu de l’exhiber, de la promener dans des cavalcades grotesques et des congratulations mensongères.

Tel qui suit respectueusement un corbillard s’acharnait la veille à affamer le défunt, tel autre se lamente derrière un cadavre, mais n’a rien fait pour lui venir en aide, alors qu’il était peut-être encore temps de lui sauver la vie. Chaque jour la société Capitaliste sème la mort, par sa mauvaise organisation, par la misère qu’elle crée, par le manque d’hygiène, les privations et l’ignorance dont souffrent les individus. En soutenant une telle société, les hommes sont donc la cause de leur propre souffrance et au lieu de gémir devant le “destin”, ils feraient mieux de travailler à améliorer les conditions d’existence pour laisser à la vie humaine son maximum de développement et d’intensité.

….

Si les hommes veulent vivre, qu’ils n’aient plus le respect des morts, qu’ils abandonnent le culte de la charogne. Les morts barrent aux vivants la route du progrès.

Il faut jeter bas les pyramides, les tumulus, les tombeaux ; il faut laisser la charrue dans le clos des cimetières afin de débarrasser l’humanité de ce qu’on appelle le respect des morts, de ce qui est le culte de la charogne.


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13 réactions à cet article    


  • zelectron zelectron 27 février 2010 10:30

    La conclusion ? : le « don du corps à la science », ceci évite de s’occuper d’une dépouille qui ne présente que l’intérêt soit d’un prélèvement d’organes soit de la dissection aux fins de l’apprentissage pour nos étudiant sen médecine, le reste ...enfouis pour que la poussière participe au renouvellement de la vie et permette l’éclosion des fruits de la terre durant les saisons.


    • cmoy patou 27 février 2010 11:13


      « Est-ce rester fidèle aux siens que de vivre replié sur le malheur »
      « On sort du cercle de la mort par l’action, par la vie. »

      « Etre fidèle à ceux qui sont morts ce n’est pas s’enfermer dans sa douleur. Il faut continuer de creuser son sillon : droit devant comme ils l’auraient fait eux-même. Comme on l’aurait fait avec eux. Pour eux.

       Etre fidèle à ceux qui sont morts c’est vivre comme ils auraient vécu. Et les faire vivre en nous.Et transmettre leur visage, leur voix, leur message aux autres. »
      Martin GRAY

      Sur son lit de mort, Geronimo délivre à ceux qui veulent l’entendre, un message prémonitoire pour l’avenir de l’humanité :
      “Quand le dernier arbre aura été abattu,

       Quand la dernière rivière aura été empoisonnée,

       Quand le dernier poisson aura été péché,

       Alors, on saura que l’argent ne se mange pas. ”

      C’est quand l’homme préhistorique a pris soin de son semblable mort en lui offrant une sépulture qu’il a pris conscience de son humanité, le commerce de la mort est devenu le commerce de la maffia dans de nombreux pays mais tant que l’on ne passe pas par la souffrance engendrée par la perte d’un être cher que l’on ne vienne pas me parler du culte de la charogne .


      • Fergus Fergus 27 février 2010 11:22

        Salut, Georges, et un grand merci pour avoir exhumé ce texte oublié.

        Un texte dont je partage la presque totalité des constats et un peu moins les conclusions.
         
        Pour moi, un mort n’est pas plus respectable qu’un vivant et si j’ai éprouvé du mépris pour une personne ou de la haine contre ce qu’elle a été, cela ne disparaîtra pas avec sa mort et ma parole critique ne s’en trouvera nullement entravée.

        Je ne crois pas non plus qu’il soit sain, dans une société moderne et progressiste, de vouer un culte aux morts quand, à côté, des vivants crèvent dans l’indifférence quasi générale. Qu’on enterre les morts dignement, oui. Qu’on leur dresse des mausolées et qu’on leur voue un culte, fût-il laïc, non.

        Mes parents ont été incinérés (à leur demande) et s’ils n’ont pas laissé de traces physiques de leur passage dans un cimetière, c’est très bien ainsi car l’important réside uniquement dans la place qu’ils continuent d’avoir dans la mémoire de leurs enfants. Mon épouse et moi seront également incinérés le moment venu, de même que mon fils et son épouse dont les dispositions d’esprit sont les mêmes.

        Un mot pour terminer concernant les profanations de cimetière. Je trouve naturellement cela odieux car il s’agit d’une atteinte, non aux défunts mais aux familles et à leurs croyances parfois profondément ancrées. Pour autant il convient d’en relativiser la portée, et je serai toujours beaucoup plus choqué par le saucissonage et la torture d’un couple de retraités ou par les actes de pédophilie commis sur des gamins en situation de dépendance que par des barbouillages imbéciles commis par des abrutis bas du front.

        Bonne journée.


        • Georges Yang 27 février 2010 11:32

          Fergus
          J’ai surtout ecrit cet article pour faire connaitre ce texte fondateur de la pensee anarchiste
          Libertad, qui vecu toute sa jeunesse dans un orphenit, devint infirme en bas age, autodidacte, est tres peu connu en France en dehors des historiens de l’anarchie
          Le vivant est au sein de ses preoccupations et comme il le dit, la mort est un passage , une tranformation
          Il ne nie pas le chagrin mais l’hypocrisie et le devoyement des sentiments ainsi que le frein economique et social qu’entraine le culte des morts
          Son texte est une provocation, mais lucide, structuree et repose bien sur sur le rejet de la religion , autre pilier de la pensee anarchiste


          • Fergus Fergus 27 février 2010 15:42

            Dommage que cet article ne soit pas plus lu car il est vraiment très intéressant et touche l’un des piliers de la vie en société. Encore une fois le seul reproche que je lui fais est la conclusion du texte de Libertad, à mes yeux quelque peu excessive, et notamment dans sa formulation de « culte de la charogne » délibérément destinée à choquer au risque de dénaturer un propos par ailleurs exprimé de manière équilibrée et pertinente.

            Petite correction en passant : on porte un crêpe de deuil, ce qui n’empêche pas d’aller déguster une crêpe, éventuellement alcoolisée à la santé du défunt.


          • Georges Yang 27 février 2010 19:20

            Fergus
            Des qu’un articlwe ne traite pas d’un sujet d’actualite , il est peu lu, ce n’esyt pas la faute d’Agoravox, mais le lectorat sur Internet est moutonier, on ne peut forcer les gens a lire


          • gruni gruni 27 février 2010 15:46

            Le texte de Libertad est au minimum violent . Sans parler de culte, parlons plutôt de respect mérité et de souvenir . En tous cas un article qui fait réfléchir sur la fin de vie .


            • Fergus Fergus 27 février 2010 16:20

              @ Gruni.

              Le « respect mérité » n’est dû qu’à ceux dont la conduite a précisément été « respectable ». Personnellement je n’ai strictement aucun respect pour les salauds morts. Et rien ne pourrait m’empêcher d’écrire ou de dire ce que je pense de ce que fut leur existence. En revanche, en aucun cas je ne me verrais troubler les obsèques ou souiller la sépluture d’un salaud, non par respect pour lui mais pour sa famille.


            • gruni gruni 27 février 2010 19:51

              @ Fergus.

              Nous sommes d’accord Fergus .


            • Romain Desbois 27 février 2010 21:46

              Souvent on ne pleure pas sur le mort mais sur notre peine de savoir la personne qu’on aime morte.
              C’est en fait sur notre peine que l’on pleure.

              Ce qui ne change rien au respect que l’on peut porter à toute personne en peine.
              Je pleure plus sur les vivants que sur les morts.

              Ni adieu, ni à mettre. smiley


            • antonio 27 février 2010 18:23

              Merci Monsieur Yang de nous faire connaître Libertad et ce texte.
              Allez, un peu de poésie soit ces quelques strophes d’un poème de Baudelaire intitulé « Une charogne » (Les Fleurs du Mal)

              Extraits :

              Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
               Ce beau matin d’été si doux
              Au détour d’un sentier une charogne infâme
               Sur un lit semé de cailloux,

              ....

              Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
               Comme afin de la cuire à point,
              Et de rendre au centuple à la grande Nature
               Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;

              Et le ciel regardait la carcasse superbe
               Comme une fleur s’épanouir
              La puanteur était si forte, que sur l’herbe
               Vous crûtes vous évanouir.

              Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
               D’où sortaient de noirs bataillons
              De larves, qui coulaient comme un épais liquide
               Le long de ces vivants haillons.

              .................

              -,Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
               A cette horrible infection,
              Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
               Vous, mon ange et ma passion !

              Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces
               Après les derniers sacrements,
              Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
               Moisir parmi les ossements.

              Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
               Qui vous mangera de baisers
              Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
               De mes amours décomposés !

              La mort physique est évacuée de nos sociétés : on meurt de plus en plus à l’hôpital et après congélateur et une séance de relooking...
              Les veillées mortuaires d’autrefois ( je ne parle pas des prières et autres gris-gris) permettaient une approche plus concrète de la mort...on pouvait déceler les premiers signes de décomposition, on faisait brûler du papier d’arménie pour camoufler l’odeur... Je ne dis pas qu’il faut revenir à cela mais au moins on avait une idée plus juste de la mort.
              Autrefois aussi, on emmenait volontiers les enfants au cimetière et qu’ils jouent parmi les tombes pendant qu’on arrosait les fleurs, pourquoi pas ?

              Moi, je me vois bien nourrir les asticots, fertiliser quelque paquerette ou rosier...La crémation
              ne me convient pas car, c’est idiot, le feu me fait peur, je crains de souffrir !!!

              Les morts sont vivants tant que l’on pense à eux...

              Pour le reste, je ne sais pas : la tombe est un lieu qui « aide » celui qui reste : il a besoin de l’illusion de pouvoir encore s’occuper de celui ou celle qui est parti. Il lui faut un support matériel à sa souffrance...Je n’ai pas beaucoup réfléchi à la question.

              PS : me revient en mémoire Meursault à l’enterrement de sa mère, durant la veillée...

              Cordialement.


              • Georges Yang 27 février 2010 19:24

                Merci pour cet instant poetique et morbide, l’un n’excluant pas l’autre


                • Abou Antoun Abou Antoun 3 octobre 2010 12:18

                  Soutien total à cet article de Georges.
                  Pour ce qui me concerne, j’ai signé à l’âge de 30 ans un contrat d’assurance avec une mutuelle crématiste. Mieux vaut laisser la terre aux vivants, particulièrement en cette période de surpopulation galopante. Je n’ai que f. des chrysanthèmes une petite pensée par ci par là me suffirait amplement et encore. Contrairement à ce que la plupart des religions voudraient vous faire croire quand on est mort on est mort. Et dans le fond ce n’est pas si mal, je trouve l’idée de la vie éternelle beaucoup plus angoissante que celle de la disparition totale et définitive, et vous ?
                  Je ne peux résister à l’envie de rappeler un texte de l’autre Georges :

                  Dans les comptes d’apothicaire
                  Vingt ans, c’est un’ somm’ de bonheur
                  Mes vingt ans sont morts à la guerre
                  De l’autr’ côté du champ d’honneur
                  Si j’connus un temps de chien, certes
                  C’est bien le temps de mes vingt ans
                  Cependant, je pleure sa perte
                  Il est mort, c’était le bon temps

                  Il est toujours joli, le temps passé
                  Un’ fois qu’ils ont cassé leur pipe
                  On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés
                  Les morts sont tous des braves types

                  Dans ta petit’ mémoire de lièvre
                  Bécassine, il t’est souvenu
                  De notre amour du coin des lèvres
                  Amour nul et non avenu
                  Amour d’un sou qui n’allait, certes
                  Guèr’ plus loin que le bout d’son lit
                  Cependant, nous pleurons sa perte
                  Il est mort, il est embelli

                  Il est toujours joli, le temps passé
                  Un’ fois qu’ils ont cassé leur pipe
                  On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés
                  Les morts sont tous des braves types

                  J’ai mis ma tenue la plus sombre
                  Et mon masque d’enterrement
                  Pour conduire au royaum’ des ombres
                  Un paquet de vieux ossements
                  La terr’ n’a jamais produit, certes
                  De canaille plus consommée
                  Cependant, nous pleurons sa perte
                  Elle est morte, elle est embaumée

                  Il est toujours joli, le temps passé
                  Un’ fois qu’ils ont cassé leur pipe
                  On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés
                  Les morts sont tous des braves types

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