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Accueil du site > Actualités > Société > Lutter contre le chômage : aller plus loin que le contrat de (...)

Lutter contre le chômage : aller plus loin que le contrat de génération

Dans les propositions des candidats à la primaire socialiste, une proposition retient l'attention : le contrat de génération. De quoi s'agit-il ? De contractualiser l'embauche d'un jeune en échange du maintien d'un emploi senior, celui-ci formant le premier. Le contrat de cinq ans suppose une exonération des charges sociales. Le financement de cette mesure sera assuré par la suppression d'autres exonérations (en particulier celles sur les heures supplémentaires). 

Cette mesure semble bien séduisante. Pourtant, est-elle aussi innovante qu'elle y paraît ? Après tout, il s'agit, encore une fois, de relancer l'emploi par une réduction des charges. 

Or, on connaît les conséquences de ces exonérations : le nombre de cotisants diminuant, les déficits des différentes caisses continuent de croître. Même si, pour la mettre en place, on supprime d'autres réductions, il n'en reste pas moins que ce dispositif, après tant d'autres, va participer à l'asphyxie progressive de nos caisses, répartissant les charges sociales sur un nombre toujours plus réduits de salariés. Cette mesure ne fera donc pas baisser le coût du travail en France

Nous allons proposer ici une autre méthode, bien plus innovante, construite autour de quelques principes :

-Il faut cesser de compartimenter les problèmes : le coût du travail, c'est les problèmes réunis du chômage, de l'assurance-maladie et des retraites.

-dans une société globalisée et complexe, il faut laisser les acteurs faire leurs choix en leur proposant des solutions qui les laissent assumer les avantages et inconvénients de leurs préférences.

-le coeur de nos problèmes est la réduction constante de la proportion de salariés dans la population active, il faut permettre au plus grand nombre d'accéder au travail, ce qui signifie un partage de celui-ci. Il faut tenir compte des erreurs commises dans la mise en place des 35 heures pour inventer un autre système.

Notre démarche se construit autour du système français de solidarité nationale.

En France, l'ensemble des prélèvements payés par l'employeur est équivalent au salaire net payé. Si un salarié reçoit chaque mois 2000 euros, son employeur cotise environ pour 2000 euros. Cet argent sert à financer les retraites, le chômage et l'assurance maladie. Créer un emploi, c'est donc pour l'entrepreneur, dépenser chaque mois 4000 euros.

Dans le système que nous proposons, la base de travail est de trois salariés pour créer un emploi nouveau similaire.

Prenons une entreprise et trois salariés qui ont tous acceptés de participer au nouveau dispositif de partage du travail, et donc de création d'un emploi. La durée légale du travail étant en France de 35 heures, ces trois personnes représentent un temps cumulée de 105 heures et un coût pour l'employeur de 12000 euros (sur une base de 2000 euros net par mois).

Une personne est embauchée. Ce nouveau salarié et les trois anciens travaillent désormais 30 heures chacun, soit une base de 120 heures. L'employeur a donc gagné 15 heures.

Il va pourtant garder un coût à 12000 euros pour ces quatre salariés. De quelle manière ?

Chaque salarié a accepté une petite réduction de salaire de 200 euros en échange de sa réduction de durée du travail, l'ensemble des salaires nets revient donc à 7200 euros (6000 euros précédemment).

Pour compenser cet effort de l'employeur, on réduit ses cotisations à 4800 euros (au lieu de 6000 euros). La collectivité doit donc trouver 1200 euros. 

Elle va d'abord pouvoir économiser les cotisations chômage du nouveau salarié. Elle va surtout demander des efforts supplémentaires aux entreprises et aux salariés qui n'auront pas faits les efforts effectués par ceux qui auront accepté de "jouer le jeu". Ces efforts vont prendre la forme de contributions demandés à la fois aux entrepreneurs et aux salariés. Ces contributions pourront être de l'ordre de 10 euros par mois par salarié et de 20 euros pour l'employeur. 

Dans le temps, que se passe-t-il ? Ces contributions vont augmenter chaque année de manière faible et progressive pour atteindre 100 euros par salarié au bout de 10 ans. Cette progression est nécessaire pour permettre de financer les volontaires qui rentreront dans ce nouveau système.

Les entrepreneurs, qui ont joué le jeu, bénéficent d'une réduction de leur cotisations mais elle est limité dans le temps (à trois ans par exemple). Puis, toujours de manière progressive, les cotisations recommencent à augmenter et retrouveront le niveau normal dix ans après le début du processus.

Quelques remarques sur la méthode :

-la démarche repose sur un double volontariat : celui de l'entrepreneur et celui de trois salariés acceptant de perdre une partie de leur salaire (10%) en échange d'une réduction de temps de travail de 15% et travaillant dans le même service ou ayant des emplois similaires. 

Réclamant ces conditions, la démarche ne sera acceptée que lentement ce qui réduira le coût de cette réforme.

-Celle-ci sera pourtant inexorable car l'avantage comparatif de salaires des "conservateurs" sera lentement rogné par leurs contributions. De plus en plus de "novateurs" apparaîtront, alimentant un basculement progressif puis définitif du système.

-quand nous proposons de passer de 3 à 4 salariés et de 105 heures cumulées à 120 heures, il ne faut pas le voir uniquement comme un avantage pour l'employeur. Aujourd'hui, la recherche d'une meilleure productivité pousse souvent les employeurs à exiger du salarié qu'il fasse en 35 heures ce qu'il devrait faire en 45 heures. En passant de 3 à 4 personnes pour les mêmes tâches, on va donc aussi réduire la pression sur chacun d'entre eux et donc augmenter leur confort de travail à tous.

-il est évident que si l'employeur licencie alors qu'il bénéficiait du dispositif de partage du travail, il en perdra les avantages.

-Ce chiffre de 120 heures s'explique aussi par le fait que l'un des salariés peut être âgé. Dans notre système de partage du temps de travail, les volontaires salariés acceptent aussi de partir à la retraite à 70 ans. Mais en échange, leur durée de travail passe à 20 heures hebdomadaire à partir de 60 ans. 20 heures annualisés qui permettront à ces salariés "pré-retraités" de partir en vacances 6 mois par an et de travailler 30 heures par semaine les 6 mois suivants ou de travailler 15 heures par semaine. Cette règle de 70 ans sera, bien entendu, modulée en fonction de la pénibilité de carrière.

-ce système de partage du travail ne cherche pas à opposer employeur et salariés mais, au contraire, de faire de chacun d'entre eux des bénéficiaires.

Chacun devra, pourtant, faire un choix qui présente des avantages et des inconvénients.

Rester "conservateur" pour un salarié, cela veut dire garder son départ à la retraite à 62 ou 67 ans selon les cas et garder son salaire mais cela veut dire aussi cotiser davantage pour participer à l'effort collectif de financement du partage du travail et de réduction du chômage et continuer à vivre la pression d'un travail assumé en petit nombre.

Etre volontaire pour devenir "novateur" pour un salarié, cela veut dire perdre un certain nombre "d'avantages acquis (départ à la retraite tôt) mais c'est aussi perdre du temps de travail, gagner en loisirs, réduire la pression et la souffrance au travail, c'est peut être aussi participer activement à la solidarité collective en créant un emploi. 

-Ce système ne devrait rien coûter à la société. Pourquoi ?

A court terme, le recrutement des "novateurs" se faisant progressivement, les contributions supplémentaires patronales et salariales vont équilibrer le système.

A long terme, le partage du travail aura des conséquences positives : moins de retraités et de chômeurs à indemniser, cela signifie aussi davantage de cotisants et donc des rentrées plus nombreuses dans les caisses. C'est surtout l'espoir de sortir du chômage de masse, un cancer qui ronge les sociétés européennes. 

Bien davantage innovante et globale que le sectoriel contrat de génération défendu par François Hollande, le système proposé dans cet article repose sur quelques principes :

-il est inspiré par  le système de contributions incitatives, inventé par l'auteur de cet article, pour répondre aux défis environnementaux.

-il est construit autour de quatre principes d'actions politiques :

*à problèmes sectoriels, solution globale

*la liberté de choix des acteurs doit leur laisser arbitrer entre des solutions différentes qui ont, chacune, leurs avantages et inconvénients

*les actes vertueux doivent être récompensés, les actes socialement coûteux doivent avoir un coût financier

*le choix de chacun doit être favorisé par une transparence complète et une progressivité du coût ou du bénéfice du choix de chacun.

 

Pour aller plus loin :

Le système du bonus-malus, un outil politique dépassé ?

L'auto-régulation au sein du système de contribution incitative


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9 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 22 septembre 2011 11:42

    Pour créer de l’emploi il ne faut pas alléger les charges des entreprises, qui ne
    sont d’ailleurs que des cotisations sociales, mais au contraire instaurer un impôt
    sur les sociétés indexé sur le nombre de chômeurs. Plus le nombre de chômeurs
    augmente, plus l’impôt augmente, le nombre de chômeurs diminue, l’impôt
    diminue et si le chômage disparaît, l’impôt disparaît ! Il faut que le MEDEF et le
    patronat n’ait aucun intérêt à ce qu’il y ait du chômage. Lire :

    http://2ccr.unblog.fr/2010/11/04/creer-de-lemploi-ou-des-richesses/


    • Kalki Kalki 22 septembre 2011 14:08

      Plus personne ne travail

      meme pas les fonctionnaires, plus de journalistes, de présentateurs, plus de docteurs, plus de députés

      RIEN

      Vous avez quelque chose à ajouter ?


    • foufouille foufouille 22 septembre 2011 12:24

      le smic est pas a 2000, le bobo
      la retraite a 70 ..........
      mdr
      tu veut pas soleil vert ?


      • AntoineR 22 septembre 2011 13:57

        Pas mal de choses ne sont pas prises en compte :

         - demander à une personne qui gagne 2000 de réduire de 10% son salaire, OK. mais pour un smicard, c’est déjà plus dure. Il ne faut pas oublier que le salaire moyen d’un français est de 1566 € net / mois (pour les temps pleins). Et je ne parle pas du salaire médian qui est inférieur et qui est beaucoup plus intéressant à regarder dans ce cas.

         - La productivité est en moyenne doublée tous les 13 ans en France. A moins de doubler la production tous les 13 ans (ça donne une idée des problèmes écologiques que cela peut poser), on ne peut pas fournir toujours autant de taches aux travailleurs. Le problème du chômage n’est pas un problème économique, c’est un problème de société.

        A-t-on encore besoin de travailler autant ?
        Doit-on uniquement miser sur le travail pour répartir les richesses ?
        Est-ce normal de plus imposer les revenus du travail que les revenus financiers ?

        Je suis par contre tout à fait d’accord sur le partage du travail. C’est une nécessité et c’est quelquechose de très juste. Dans notre société, les travailleurs bossent pour payer les chômeurs et (surtout) les patrons et les banques (et aussi les parasites : cumulards, partis politiques, .....)


        • André Martin 22 septembre 2011 15:59

          Merci pour cet article pertinent.

          On pouvait lire en 4ème de couverture d’un livre de Michel Rocard « Les moyens d’en sortir » publié en 1997 : « L’inexorable montée du chômage démontre l’inefficacité de toutes les techniques utilisées pour le combattre … On ne luttera efficacement contre le chômage massif que par la réduction massive du temps de travail. Toute la question est : comment faire ? ».

           Cela fait 20 ans que Pierre Larrouturou et quelques autres en ont fait la démonstration. Et proposé des modalités concrètes, souvent incitatives, pour aller vers la semaine de 32 heures. Votre principe des « contributions incitatives » me paraît très judicieux, d’autant qu’elles peuvent prendre différentes formes. Par exemple, les cotisations chômage pourraient être très élevées sur les heures dépassant les 1400 heures annuelles (30 heures par semaine) et nulles ou très basses en dessous de ce seuil.

           Donc, tous les candidats à la présidentielle qui ne proposent pas des mesures concrètes pour un partage plus équitable du temps de travail sont, pour moi, des démagogues incompétents et irresponsables. Pas question de voter pour eux.

           Autres explications dans le diaporama "Comprendre le chômage et les causes de la crise" à l’adresse http://www.retraites-enjeux-debats.org/spip.php?article520


          • lloreen 22 septembre 2011 16:10

            Kalki
            « Plus personne ne travaille ».
            Je suis tout à fait d’accord avec vous.Et savez-vous pourquoi ?
            Pour cela.

            http://www.dailymail.co.uk/news/article-502599/Prince-Charles-appear-conference-hologram.html


            • Le Yeti Le Yeti 22 septembre 2011 17:54

              Robotisation et informatisation galopantes, bénéficiaires du RSA travaillant 7h/semaine, âge de la retraite repoussé, délocalisation : on le trouve où le taf  !!?

              De plus : faites le total de votre salaire brut + charges patronales. Vous obtenez la richesse que vous avez produite...
              Prenez le montant de votre chèque de fin de moi, moins impôts sur le revenu, moins 15% de TVA en moyenne...
              Faites le ratio... Il n’y a pas comme un énorme soucis de gestion là ?


              • titi 22 septembre 2011 23:33

                Enfin une remarque intelligente sur AV dans un sujet qui parle du « travail ».

                En effet, il y un énorme souci de gestion, un colossal souci de gestion.

                Ce colossal souci de gestion c’est que plus de la moitié de la richesse produite est aspirée par le financement du social et du budget de l’Etat.

                Plus de 50 % !!! Et au final pas de place dans les crèches, pas de lit dans les hopitaux, des trains pas à l’heure, des médicaments pas remboursés...etc...

                La question est donc : où va l’argent ?

                L’Etat c’est le contraire de la pierre philosophale : il transforme l’or en merde.

                 


              • Yohan Yohan 22 septembre 2011 23:53

                Sur le papier, tout parait plus beau. Tout cela me rappelle la Loi de Robien, que tout le monde a oublié, les 35 heures en pire. Nous l’avons pratiqué et c’est une catastrophe. C’est comme les avions, en dessous d’un certain nombre d’heures, on décroche.... du boulot. Partager le travail, c’est toujours partager le revenu. Moins d’heures, moins de revenu ; moins d’envie de boulot et une boite qui finit par se crasher. Pas si simple. Il faut revenir aux fondamentaux. Faire de bons produits, les vendre, et récompenser le soutier

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