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Accueil du site > Actualités > Société > Mai-68, une épiphanie païenne à la recherche de son Evangile

Mai-68, une épiphanie païenne à la recherche de son Evangile

Il y a dix ans, Mai-68 a été commémoré. Cette date est devenue emblématique pour la culture historique française. Elle revêt semble-t-il plus d’importance que la naissance de la Constitution qui précède de dix ans, ainsi que la libération de Paris en 1944. Si le XVIIIe siècle résonne de 1789, et le XIXe de 1848 (ou 1871, la Commune ayant débuté un 17 mars, s’achevant à la fin du printemps), alors le XXe semble être traversé par ces événements d’une rare intensité eu égard à la période disons pacifiée qu’a connue la France après la guerre. Il y a dix ans, en 1998, le gouvernement Jospin anesthésiait la société avec ses 35 heures et les emplois jeunes. La France jouait à la nouvelle économie. Période euphorisante pour les acteurs de la net économie naissante. Le mot start-up faisait reluire le regard intéressé des politiques alors que, maintenant, ça fait plutôt marrer. Et puis, les Bleus, bientôt en lice, bientôt champions, et un et deux et trois zéro ! Autant dire que les 30 ans de Mai-68 sont carrément passés à la trappe et les éditeurs ont dû activer le pilon pour recycler les invendus. Cette année sera sans doute différente. Dix ans de plus, et cette fois, un président qui en ayant eu la bonne idée de vouloir « liquider Mai-68 » incite plutôt à revenir sur ces événements. Et d’ailleurs, Dany l’a dit, si Sarko n’avait pas tenu ces propos incisifs, il aurait rangé ces événements, telles de vieilles reliques poussiéreuses dont on se débarrasse à la cave. Et justement, en 2008, certains seraient tentés de dépoussiérer ce flot d’images et de paroles pour essayer à nouveau d’y voir plus clair et de percer l’énigme de Mai-68. Un mystère qui du reste n’a pas été élucidé par les protagonistes sur l’instant ni même les années suivantes. Pour s’en convaincre, on lira ce panorama complet des événements, édité en 1970 par François Beauval, en trois tomes, intitulé Les Grandes Enigmes de Mai-1968.

Mai-68, une irruption, un bouillonnement, une effervescence, mais pas le moindre récit, affirme Michel Butor. Autant dire que ces événements apparaissent diversement, selon d’où ils ont été vécus ou alors où ont été les acteurs et qui ils furent. D’où parles-tu, formule lacanienne souvent déclinée dans les AG et les manifs. Et maintenant, qu’as-tu vu, compris et qu’en penses-tu de Mai-68 ? Ces questions font l’objet d’une intense activité éditoriale, avec des dizaines d’ouvrages parus. Vous trouverez le Mai-68 d’Alain Geismar qui témoigne alors qu’Henri Weber s’interroge sur l’héritage de Mai et que Patrick Rotman tente un panorama mais est-ce utile puisque ses deux tomes de Générations co-écrits avec Hervé Hamon sont réédités. La formule de Butor résonne d’une saveur particulière. Pas de récit, mais un événement ayant marqué l’Histoire. C’est cette absence de récit, et donc de cohérence, cohésion, concept, qui fait défaut ; et qui fera dire à Lyotard dix ans plus tard que la condition post-moderne marque la fin du Récit. Et si c’était cela le sens de Mai-68. Des histoires personnelles entrecroisées, mêlées dans un chaos de trente jours, des histoires de classes qui ne se sont peu rencontrées mais se sont parlées. Des enjeux séparés. Les intérêts des ouvriers gérés par les centrales syndicales, les manœuvres d’un Etat au faîte de sa gaullienne grandeur, mais en défaut d’autoritarisme et surtout une société française en voie de profonde mutation et l’apparition d’un « parti de la jeunesse étudiante ».

Les événements de Mai-68 sont multiples, par-delà les images paroxystiques de ces nuits d’émeutes au quartier latin, ces pavés et ces barricades. Ils marquent une étape singulière dans toutes les histoires attestant d’un monde en voie de divergence, de diversification culturelle, sociale, économique. C’est aussi la fin de l’Etat nation. Et l’avènement des individualismes contemporains. Il existe donc de multiples regards sur Mai-68. Ceux des acteurs et témoins de cette époque avec chacun une vision dépendant d’où il se situait. Et puis, autre axe, le temps, qui change, le temps des transformations et de l’Histoire. C’est sans doute avec cette expérience des évolutions sur la durée que quelques traits et quelques significations obscures de Mai sont apparus. On sait bien que, sur le moment, les révolutionnaires de 1789 n’avaient pas entièrement saisi ce qu’il adviendrait de leurs actions, étant certain d’une seule chose, en finir avec l’Ancien Régime. Alors que les populations reculées restaient dans l’ignorance de la partie historique se déroulant. Sans doute, Mai-68 offre une conjecture similaire. A la différence que les médias ont influé en étendant la portée du mouvement. Mais, là aussi, bien des Français n’ont pas anticipé la portée sociale signifiée par cette insurrection. Alors que de rares leaders avaient clairement en tête l’idée d’en finir avec de Gaulle. Mais rien de commun avec la Révolution de 1789 dont on a décrypté quelles ont été les racines idéologiques. La société française n’était pas contre de Gaulle. Loin s’en faut. Pour preuve, l’écrasante victoire de l’UDR, 60 % des sièges à l’Assemblée suite aux législatives de juin 1968. Et la gauche dans le décor, battue sous prétexte qu’elle aurait participé à la chienlit.

Mai-68, ni idéologie ni récit, des prises de paroles, des slogans, des mouvances gauchistes, une administration étatique bureaucratique, des vieilles valeurs éculées, une jeunesse en scène. Qui parle en Mai ? Les étudiants, puis, par effet de résonance, le peuple, disons une partie, les rebelles, les révoltés, les ouvriers, quelques bourgeois... De cette incroyable insurrection, on a voulu trouver un Logos, une parole. Mais cette jeunesse n’avait pas le don de prophétie. Il n’y a pas d’Evangile de Mai, ni canonique ni apocryphe, comme celle retrouvée à Nag-Hamadi signée Thomas. Une suite de logions. Mai-68, une suite de slogans, triviaux, prosaïques, poétiques, enfantins, rebelles. Interdit d’interdire, sous les pavés la plage, CRS SS... Inutile n’aller dans les caves de la Sorbonne en quête d’un éventuel texte révélant le Logos de Mai-68. Cette absence de sens circoncis a été comblée par tous ceux qui ont ensuite parlé, pour reprendre à leur compte ce mouvement de revendication et lui faire dire ce qu’on a en tête, comme si cette révolte soudaine, cette page blanche de sens, cette passion, cette énergie étaient là pour être appropriées par tous ceux qui, par procuration, auraient aimé en être les acteurs. Et là, on voit bien qui s’exprime. Lycéens et étudiants. Lire par exemple Un mois de mai orageux aux éditions Privat, paru en 1968. 113 étudiants ont tenté de transcrire les raisons du soulèvement universitaire. Evidemment, toute une intelligentsia parisienne, de Régine Desforges à Philippe Sollers, de Régis Debray à Serge July, a tenté de récupérer également ce moi(s) de Mai-68. Quant aux syndicats, ils ont eu l’augmentation du Smig et ont profité à leur manière de ce mouvement en s’y greffant et en jouant une belle partie de lutte de classes, la dernière en vérité, la dernière qui a eu une ampleur et des résultats.

En 1985, Luc Ferry et Alain Renaut écriront un livre critique vis-à-vis de Mai-68 en tentant d’y déchiffrer une pensée ou plutôt, une non-pensée, marquée par une absence de valeur et, par voie de conséquence, un soupçon avéré de nihilisme offensif dont on trouverait les sources chez Nietzsche. Et surtout, un anti-humanisme dont quelques intellectuels se seraient fait les chantres, Foucault, Derrida, Lacan et Bourdieu, comme si ces auteurs difficiles, parfois abscons, pouvaient être imputés des événements de Mai, rangés de ce fait au même niveau que les Diderot et Rousseau face à 1789. Allez, passons, la pensée 68 n’est qu’un slogan de Ferry, un prétexte pour engager une polémique philosophique, un règlement de compte avec une génération de penseurs ayant œuvré dans une direction étendue mais avérée sans pour autant être homogène. Et maintenant, à peine un an, c’est notre président qui s’est réclamé de la liquidation d’un soi-disant héritage de Mai-68, comme si le feu de cette époque était encore présent et comme s’il y avait vraiment un héritage. Car Mai-68 n’a pas de logions ni d’Evangiles et si le christianisme peut se réclamer d’un legs, et pas n’importe lequel, notre président ferait mieux de... se séparer d’une plume qui lui a susurré cette ineptie.

Mai-68 a entraîné son cortège d’évidences prononcées sur l’évolution de la France et, du reste, avérées dans la plupart des nations occidentales, voire d’autres pays moins développés. Tout ce que symbolise Mai-68 a été dit et, maintenant, la messe est achevée, le cadavre ne parlera plus. Mais un mystère persiste. Cette insurrection soudaine ? Quel fut cet inconscient collectif, perdu entre les filets intellectuels de Lacan, Jung et Lebon, qui se manifesta ? Quel message ? Faut-il oser dire la vérité ? Ce message, il restera comme un cri d’une jeunesse refusant l’aliénation de tous les acteurs d’un système, les ouvriers, les cadres, les profs, le pouvoir, l’Etat, la France. En ce mois de Mai-68, des chaînes ont été brisées mais faute d’ouvrir vers un espace de liberté qui ne pouvait se bâtir dans l’instant, par inertie et d’autres contraintes, la nouvelle société a pris du temps pour advenir et les chaînes de l’aliénation sont revenues sous d’autres formes, comme si c’était la condition naturelle de l’homme en société. Chassez le naturel, il revient au galop ! Brisez les chaînes, elles se reconstituent. Car le progrès se paye par une aliénation, autrement dit, la perte des racines ancestrales et l’absence d’un enracinement à la hauteur de la civilisation technicienne en marche.


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7 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 26 mars 2008 12:13

    C’est trop long et surtout trop lourd dans la manière de chercher des explications là ou elles n’existent pas

    Qui a voter pour cet article ????


    • sisyphe sisyphe 26 mars 2008 13:07

      Une fois de plus, un commentaire inutile de l’ineffable lerma.

      Ce n’est pas parce que tu ne comprends pas, que ça n’a pas un sens, mon bon lerma...

      Moi, je vote pour cet article, et quant aux "explications qui n’existent pas", c’est une solution un peu facile pour se débarrasser d’une analyse dont on se sent incapable, n’est-ce pas ?


    • tvargentine.com lerma 26 mars 2008 14:25

      @sisyphe

      A ce jour,nous sommes libre d’avoir des opinions sur d’étranges articles qui sont publiés en priorité alors qu’une liste impressionnante est en attente

      On pénalise donc ainsi des citoyens qui souhaitent exprimer une idée ou nous informer de quelques choses

      Hors,chaques jours ici,curieusement nous lisons toujours du DUGUE (qui a des avis sur tous !) d’ailleurs il appel ses articles des "billets" c’est dire si il se la joue pas notre ami en "quête d’emploi’

      Libre à vous d’accepter ses "billets" ou ses "idées libertaires" et généralement destructrices car il n’aime personne

      Ses articles sont tristes comme lui 

       


      • sisyphe sisyphe 26 mars 2008 17:48

        ,,,@ lerma :

        on attend donc vos articles, beaucoup plus interessants, je n’en doute pas une seconde.

        Mais quand le "billet" d’un autre est publié, fut-il "libertaire" (là, je vous vois déjà mordre votre souris de hargne), autant essayer, si on l’adjoint d’un commentaire, que celui-ci soit à la hauteur, ou tache de l’être, y apporte un autre éclairage, une analyse, une contradiction ; bref, fasse un minimum progresser le schmilblic.

        Les votres sont confondants de bétise, de ressentiment et, pour tout dire, parfaitement inutiles : gardez les donc pour votre journal intime : vous vous éviterez le ridicule d’être lu.


      • herope kayen 27 mars 2008 00:56

        De cet article plein de références pompeuses, je retiens essentiellement le phrasé plein de condescendance de son auteur, sans oublier le petit coup de patte (Jospin anesthésia la société avec ses 35 h) autre point de vue !

        Mai 68 lui pose problème : il n’est pas le seul, mais lui dénier un rôle sur le changement de société est vraiment irrationnel. Certains doivent se faire une raison : oui cela à modifier notre perception sur les évenements de nos vies. Je ne vais pas faire un inventaire. Lisez !

        le 14 mai 2008 à Lyon, mon groupe libertaire organise une soirée qui a pour thème : "pourquoi l’esprit de mai 68 leur fait-il toujours peur ?" : pour plus de renseignements a.l.herope@mondetron.org

         


        • Blé 1er avril 2008 22:07

          La lutte des classes est terminée pour ceux qui regardent ailleurs. Ils ne veulent pas voir ce qui se passe en ce moment dans notre société jour après jour. La lutte des classes n’a jamais cessé seulement on en parle pas. l’auteur de cet article est comme un aveugle qui sous prétexte qu’il ne voit rien, il n’y aurait donc rien à voir. Cela devient de plus en plus pénible ce décalage entre la réalité des faits et leurs "représentations".

          Oui, la société s’est transformée peut-être un peu plus rapidement grâce aux manifs et aux cortèges de 68 mais les transformations étaient déjà en cours. Ce qui n’a pas changé, c’est la mentalité de nos élites qui prennent le peuple de haut et qui impose un mode de vie qui ne convient qu’à eux mêmes et à leurs portefeuilles.


          • Radix Radix 6 avril 2008 20:18

            Bonjour

            68 ! Que d’ânerie a-t-on écrit dessus !

            La majorité des français grévistes étaient très loin des élucubrations maoïstes d’un microcosme parisien un tantinet déconecté des réalités. Ils nous ont laissé des slogans plein de poésie qui ont alimentés nos gazettes pendant des décennies : c’était la mousse qui cachait le fond. Chacun laissait libre court à son imagination ce qui nous changeait de la censure gaullienne qui sévissait dans tous les médias.

            Ce qu’il faudrait en retenir surtout c’est le changement qui en est résulté. Cela a été des augmentations de salaires pour les ouvriers qui étaient loin d’être négligeables, une ouverture plus grande de l’université et une prise de conscience des dirigeants qu’il vaut mieux éviter de pousser le bouchon trop loin.

            Radix

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