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Accueil du site > Actualités > Société > Manifeste pour la métamorphose du monde

Manifeste pour la métamorphose du monde

Souvenez-vous, c’était avant la crise. Fin 2007, Sarko nous souhaitait ses bons vœux et, surprise, sous la plume de monsieur Guaino, la voix de son maître, surgissait la politique de civilisation prônée par Edgar Morin, un de nombreux gimmick sortis de la manche du magicien.

Edgar Morin en était le premier surpris. Il commentait : « Je ne peux exclure que M. Sarkozy réoriente sa politique dans ce sens, mais il ne l’a pas montré jusqu’à présent et n’en donne aucun signe. Si sa reprise du thème de la politique de civilisation pouvait éveiller l’intérêt, notamment de la gauche, non pour l’expression mais pour le fond, ce ne serait que souhaitable. »

Hélas. Trois petits tours de journal télévisé et huit jours plus tard, quand sont arrivés les rois mages, la civilisation avait quitté la scène.

Pour revenir à des choses plus sérieuses, voici un manifeste important cosigné par Edgar Morin. Il y parle de sept réformes pour une métamorphose du monde.

  1. la réforme politique, politique de l’humanité et de civilisation ;
  2. réformes économiques ;
  3. réformes sociales ;
  4. réforme de la pensée ;
  5. réforme de l’éducation ;
  6. réforme de vie ;
  7. réforme morale.

A noter que le mot réforme sans expliquer de quoi l’on parle, ce qui est fréquent, n’a pas plus de sens que de parler de force sans expliquer à quoi cette force s’applique. Le manifeste s’explique longuement sur ces réformes. Allez le lire. En voici quelques extraits que j’ai choisis arbitrairement. On va sans doute me traiter d’utopiste. En si bonne compagnie, j’assume facilement.

LE MANIFESTE POUR LA METAMORPHOSE DU MONDE
dit "Appel de Bora Bora" lancé par Edgar Morin, Pierre F. Gonod et Paskua le 21 Mars 2009

Le vaisseau spatial terre n’a pas de pilote. Ses quatre moteurs, la science, la technique, l’économie, le profit, sont, chacun incontrôlé. En l’absence d’une gouvernance mondiale, le vaisseau va vers la catastrophe. C’est l’hypothèse la plus probable.

L’improbable c’est la capacité d’une guidance en temps utile pour suivre un autre itinéraire permettant de traiter les problèmes vitaux pour l’humanité, en premier lieu la dégradation de la biosphère sans oublier les menaces nucléaires qui ne sont pas disparues.

Il faudrait une métamorphose, qui dans l’état de conscience actuelle est une hypothèse improbable, quoique non nulle. Mais qu’est, au fait, une métamorphose ? Sinon le changement d’une forme en une autre, et, en biologie, une transformation importante du corps et du mode vie au cours du développement de certains animaux comme les batraciens et certains insectes. Ainsi on parle des métamorphoses du papillon ou des grenouilles. Ici l’auto-destruction est en même temps auto-construction, une identité maintenue dans l’altérité.

(…)

Il y a des raisons d’espérer.

(…)

La crise financière et économique pousse actuellement nombre de dirigeants et d’économistes réveillés de leur torpeur à « réformer le capitalisme ». C’est une nécessité que certains considèrent encore comme une contrainte conjoncturelle. Mais il s’agit d’une crise systémique, beaucoup plus large et profonde, la crise planétaire multidimensionnelle. Et avec elle est concerné l’ensemble des peuples. C’est dans leur sein que vont s’éveiller des forces créatrices et une volonté transformatrice. Si une hirondelle ne fait pas le printemps, des signes forts sont apparus.

Ainsi, de Seattle à Porto Alegre s’est manifestée une volonté de répondre à la mondialisation techno-économique par le développement d’autres formes de mondialisation, allant vers l’élaboration d’une véritable « politique de l’humanité », qui devrait dépasser l’idée de développement.

Nul ne peut faire l’impasse sur l’aspiration multimillénaire de l’humanité à l’harmonie, qu’elle prenne la forme du paradis, des utopies, des idéologies libertaire, socialiste, communiste, puis des révoltes juvéniles des années 60 (Peace-Love). Cette aspiration n’a pas disparu. Elle se manifeste par des myriades de pensées, d’initiatives, d’actions multiples dispersées dans la société civile et qui sont ignorées par les structures politiques et administratives sclérosées.

Les grands mouvements de transformation commencent toujours de façon marginale, déviante, modeste, voire invisible. Il en a été ainsi des religions, de Bouddha, Jésus, Mahomet, du capitalisme, de la science moderne, du socialisme. Aujourd’hui l’alter-mondisme devient un terme à prendre à la lettre : l’aspiration à un autre monde.

Des centaines de propositions ont vu le jour, cela ne suffit pas à en faire un projet sociétal cohérent, alternatif, réaliste et visionnaire. C’est ce « supplément d’âme » que nous proposons avec les « 7 réformes fondatrices » d’une « Voie nouvelle ».

(… réforme politique, économiques ; sociales…)

4 réforme de la pensée

(…)

La compréhension du monde est impossible avec le morcellement actuel de la pensée. L’enfermement disciplinaire rend inapte à percevoir et concevoir les problèmes fondamentaux et globaux, d’où la nécessité d’une pensée complexe qui puisse relier les connaissances, les parties au tout, le tout aux parties, et qui puisse concevoir la relation du global au local et du local au global. Nos modes de pensée doivent intégrer un va-et-vient constant entre ces niveaux.

5 Réforme de l’éducation

Elle est peut-être la condition permissive de tout le reste.

(…)

Les principes d’une connaissance pertinente sont les suivants : promouvoir une connaissance capable de saisir les problèmes globaux et fondamentaux pour y inscrire les connaissances partielles et locales ; enseigner la condition humaine ; expliquer l’identité terrienne ; éveiller à la compréhension de l’autre. Partant de ceux-ci il faut bâtir de nouveaux curricula.

L’enseignement doit contribuer, non seulement à une prise de conscience de la trinité individu-espèce-société, et ce qu’elle implique comme comportement vis-à-vis des autres et de la nature, avec notre Terre-Patrie, mais aussi permettre que cette conscience se traduise en une volonté de réaliser la citoyenneté terrienne.

6 La réforme de vie

C’est le problème concret sur lequel devraient converger toutes les autres réformes.

Nos vies sont dégradées et polluées par l’état monstrueux des relations entre les humains, individus, peuples, par l’incompréhension généralisée d’autrui, par le prosaïsme de l’existence consacrée aux taches obligatoires que ne donnent pas de satisfaction, et qui déferlent à présent dans le monde entier, par opposition à la poésie de l’existence qui est congénitale à l’amour, l’amitié, la communion, le jeu.

La recherche d’un art de vivre est un problème très ancien abordé par les traditions de sagesse des différentes civilisations et en occident par la philosophie grecque. La réforme de vie vise à régénérer l’art de vivre en art de vivre poétiquement. Elle se présente de manière particulière dans notre civilisation occidentale caractérisée par l’industrialisation, l’urbanisation, la recherche du profit, la suprématie donnée au quantitatif… Civilisation qui régit aujourd’hui sur la planète apportant non seulement ses indéniables vertus mais aussi ses moins indéniables vices et dégradations qui se sont révélées dans le monde occidental d’abord et qui déferlent à présent dans le monde entier.

(…)

La réforme de vie doit nous conduire à vivre les qualités de la vie, à retrouver un sens esthétique, à travers l’art bien sûr mais également dans la relation à la nature, dans la relation au corps, et à revoir nos relations les uns aux autres, à nous inscrire dans des communautés sans perdre notre autonomie. C’est le thème de la convivialité évoqué par Illich dans les années 70. Il existe aujourd’hui, un peu partout, des germes de cette réforme. Ils apparaissent à travers l’aspiration à une autre vie, le renoncement à une vie lucrative pour une vie d’épanouissement, les choix de vie visant à mieux vivre avec soi-même et autrui, ainsi que dans une recherche d’accord avec soi-même et le monde. Cette aspiration à vivre "autrement" se manifeste de façons multiples et l’on assiste à des recherches tâtonnantes, un peu partout recherche de la poésie de la vie, amours, fêtes, copains, raves parties. Si on considère ensemble ces éléments qui, séparément, semblent insignifiants, il est possible de montrer que la réforme de vie est inscrite dans les possibilités de notre civilisation. Le dénominateur commun en est : la qualité prime sur la quantité, le besoin d’autonomie est lié aux besoins de communauté, la poésie de l’amour est notre vérité suprême.

7 La réforme morale

Barbarie de nos vies ! Nous ne sommes pas intérieurement civilisés. La possessivité, la jalousie, l’incompréhension, le mépris, la haine, l’aveuglement sur soi-même et sur autrui sont notre quotidien. Que d’enfers domestiques sont les microcosmes de l’enfer plus vaste des relations humaines.

En conclusion : limites et possibilités

(…) Ceci est une énorme potentialité, mais nous devons aussi être conscients de leur limite. Homo est non seulement sapiens, faber, economicus, mais aussi demens mythologicus, ludens… On ne pourra jamais éliminer la capacité délirante, on ne pourra jamais rationaliser l’existence (ce qui serait au demeurant, la normaliser, la standardiser, la mécaniser…) On ne pourra jamais réaliser l’utopie de l’harmonie permanente, du bonheur assuré.

Ce qu’on peut espérer c’est non plus le meilleur des mondes, mais un monde meilleur.

Revenons au point de départ : nous allons vers l’abîme. Mais il y a des milliards de chrysalides végétales, animales, humaines qui sont en métamorphose. Ce sont des forces immenses potentielles mais conditionnées à leur environnement. Concernant l’humanité des forces, encore virtuelles pour l’essentiel, doivent se mobiliser. L’abîme comme la métamorphose ne sont pas fatals.

La Voie des sept réformes proposée ici nous semble la seule susceptible de régénérer assez le monde pour faire advenir la métamorphose, pour un monde meilleur.

En faire une réalité suppose la mobilisation de tous ceux qui y aspirent, en un véritable

Mouvement pour la Métamorphose du Monde.

Edgar Morin, philosophe, sociologue

Pierre F. Gonod, prospectiviste, politologue

Paskua, artiste plasticien

le site de Pierre Gonod http://www.prospective-projet-politique.eu/ppp.php
la page Wikipedia sur Edgar Morin http://fr.wikipedia.org/wiki/Edgar_Morin
la page Wikipedia sur Paskua http://fr.wikipedia.org/wiki/Paskua


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3 réactions à cet article    


  • Lisa SION 2 Lisa SION 2 7 avril 2009 15:56

    " Le vaisseau spatial terre n’a pas de pilote. Ses quatre moteurs, la science, la technique, l’économie, le profit, sont, chacun, incontrôlés. " Vous auriez dû intituler ainsi votre article. JoëlP

    Vous avez bien résumé les tenants du problème, mais pas cerné les aboutissants. J’ai lu à ce sujet, hier, un article qui m’a mis la puce à l’oreille et qui vient étayer votre montage :

    " A la Penn State University, Stephan Schuster, qui a le premier annoncé en novembre 2OO8 avoir complété le décryptage du génome du mammouth, cherche à lever aujourd’hui quelque dix milliards de dollars pour entrer dans la phase de clonage."
    . En effet, plus la science s’enfonce dans les méandres de la grande toile de l’enchainement moléculaire des plus complexes structures, et moins l’on trouve d’êtres capables de contrôler les théories qu’elle annonce.

    Comme l’exemple sus-cité pourrait le démontrer, la science userait de sa spécificité pour entrainer l’économie dans son sillage, et, en compliquant la technique utilisée afin d’échapper au contrôle des non initiés, dégager ainsi, de lourds profits... Qu’en pensez vous ?


    • JoëlP JoëlP 7 avril 2009 16:10

      Ce manisfeste d’Edgar Morin va bien au dela du problème énoncé au départ. C’est un constat d’échec de l’humanité comme en a fait Théodore Monod en son temps (Et si l’aventure humaine devait échouer) ou Yves Paccalet (L’humanité disparaîtra, bon débarras !) C’est une tentative de décrire l’incroyable métamorphose qu’il faudrait à l’homme et à la société pour espèrer s’en tirer. Ce que Paccalet appelle L’issue de secours. Je crois qu’il faut lire le manifeste en entier pour se faire une réelle idée. C’est ici


    • PtitLudo PtitLudo 7 avril 2009 17:09

      Bah l’utilisation de symboles par Sarko on a l’habitude, c’est pour l’épat, pour que ça en "jette", pour impressionner les journalistes subjugués par tant d’éloquence. Par contre pour le sens profond, historique, je suis certain qu’il ne sait même pas de quoi il parle dans la plupart des discours qu’il prononce, et de toute façon il n’en a rien à faire, il doit penser à ses prochaines vacances au soleil avec Carla, invité par ses amis milliardaires et autres trafiquants de drogue.

      Pour ce qui est des forces humaines qui doivent se mobiliser, ils finiront sous les coups de matraque et les gaz lacrymos, oui ! Si quelqu’un croit encore que le système se laissera faire, après ce que l’on observe actuellement, c’est faire preuve de grande naïveté !

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