On connaît les arguments des uns et des autres sur cette question, par exemple, une famille, c'est un père et une mère parce que c'est l'union de ces deux êtres différents qui donne l'enfant ; un couple homosexuel ne peut pas avoir d'enfant, donc il n'a pas à pouvoir en adopter pour les élever ; l'enfant a besoin d'un père et d'une mère pour son équilibre ; l'homme est fait pour la femme et inversement ; et autres assertions de la même farine, sans oublier les blagues du genre “ma mère s'appelle Henri”.
Le problème de ces réflexions, c'est leur caractère aliénant c'est-à-dire qu'elles tiennent compte de la société telle qu'elle s'est finalement constituée, elles ignorent volontairement ou non la plus longue histoire de l'homme à savoir la Préhistoire, qu'on la fasse remonter à deux cent mille ans ou à cinq millions d'années, pour utiliser les limites extrêmes.
Toute la Préhistoire a ignoré ce qui féconde la femme : l'homme préhistorique n'a jamais su pourquoi la femme est fécondée.
Il existe d'ailleurs, encore aujourd'hui quelque part dans le monde, des tribus primitives conservées telles quelles dans leur mode de vie primaire qui ignorent pourquoi la femme est engrossée et va enfanter.
C'est une connaissance très récente dans l'histoire de l'humanité qu'on peut dater de façon très approximative de quatre ou cinq mille ans.
Certains rétorquent : “ils regardaient les animaux”.
Oui, ils regardaient les animaux : et alors ?
Et alors, rien.
L'homme préhistorique ne peut pas appréhender le rapport entre un acte instinctif dont il a à peine conscience, et un enfant à venir sorti d'une femme neuf mois après environ, d'autant plus que ça ne fonctionne pas toujours, d'autres conditions très précises venant se greffer au processus, et que la compagne d'un instant possiblement rencontrée par hasard a pu également tailler la route et sera trouvée par d'autres dans son futur état.
Il lui a déjà fallu des millions d'années pour forger le concept de cause à effet : “j'ai reçu un coup de gourdin donc j'ai mal à la tête” est un raisonnement très tardif qui a coûté très cher en temps.
Donc l'homme n'a jamais su pourquoi la femme est fécondée.
Donc il n'y a jamais eu ni père ni mère dans la Préhistoire qui, je le rappelle, est la plus longue histoire de l'homme, même en ne la faisant remonter qu'à deux cent mille ans : l'enfant appartenait à la tribu et n'était la propriété de personne en particulier.
À partir de là, qu'on aille affirmer qu'il faut un homme et une femme pour faire un enfant n'a aucun sens puisque l'homme ne l'a jamais su : c'est un raisonnement aliénant en tant qu'apostériorique puisqu'il tient compte d'une connaissance très récente.
Car l'enfant vient non pas parce qu'on sait pourquoi il vient, la preuve : l'homme ne l'a jamais su et l'enfant est toujours venu.
L'enfant vient parce que la probabilité de réaliser pour les vivants un geste reproducteur à l’échelle de leur existence est suffisante au maintien de la vie ; si cette probabilité avait été insuffisante, la vie humaine aurait disparu sur Terre.
Il est certain que les animaux ignorent tout de la reproduction, ce qui ne les empêche pas de se reproduire.
Si une fée avec une baguette magique venait dire à l'humanité : “vous, les humains, vous savez désormais pourquoi l'enfant arrive : c'est bien, toutes mes félicitations. Maintenant, d'un coup de baguette magique, je vais changer le geste reproducteur qui fait arriver sur Terre un nouvel être, ce ne sera plus l'accouplement d'un homme et d'une femme mais tout autre chose que je garde secret”, eh bien, de deux choses l'une : ou bien la probabilité d'exécuter, sans avoir conscience de sa signification possible, ce nouveau geste à l'échelle d'une vie humaine est suffisante au maintien de l'espèce, et l'homme se maintiendra pour cette seule raison ; ou bien cette probabilité est insuffisante, et la vie disparaîtra.
Car la Nature n'est que probabilité, et rien d'autre.
Et une infime probabilité, avec un petit “un” loin derrière la virgule décimale (e.g. 0,00000001), lui suffit largement à se maintenir puisque sur les dizaines de milliers de graines sacrifiées, seule une fleur émergera de terre du fait que cette semence arrive au bon endroit ; idem pour l’unique spermatozoïde qui gagne une course effrénée parmi des millions sacrifiés à chaque occurrence.
Cette connaissance de ce qui féconde la femme a été une catastrophe pour deux types de personnes : la femme, qui a été dès lors reléguée au deuxième rang, et l'enfant qui est devenu la propriété du père.
À partir de là, la génitrice s'est appelée “mère” — car la mère en tant que telle n'a jamais pu exister avant cette connaissance dans le vocabulaire primitif — et celui qui a fini par se comprendre procréateur s'est appelé “père” : l'accouchée n'est donc devenue mère que parce que le mâle s'est finalement compris procréateur et s'est appelé lui-même père.
De là, une nouvelle notion, la famille, et son corollaire capitalistique immédiat à savoir l’héritage : la famille n'est autre qu'une immense arnaque capitalistique qui a permis aux fortunes de rester aux mêmes mains par filiation.
Or, quoi de plus contradictoire que la famille puisqu'on crée une famille avec des personnes qui ne sont pas de la famille ?
Mais qu'importe, “plus c'est gros, mieux ça passe” est un principe bien connu et qui a merveilleusement fonctionné : capitalisme oblige, transmission des fortunes par filiation.
À partir de là, l'enfant est devenu l'otage de sa famille, laquelle a pu dès lors le formater à sa guise, tant au propre qu'au figuré, tant physiquement que psychiquement.
On voit donc que cette conversation sur le mariage et l'adoption des couples homosexuels cherche à fortifier ce concept de famille alors qu'il faudrait purement et simplement l'abolir.
Car c'est un vrai scandale que l'enfant soit l'otage de sa famille.
L'enfant devrait appartenir à l'État, jamais à des individus privés.
S'il en redevenait ainsi, fini les particularismes aliénants, les écoles confessionnelles, les déguisements dans la rue, les mutilations rituelles, le lavage de cerveau pour obliger les enfants à penser ceci ou cela, les traditions imposées, les maltraitances en tous genres, fini les mères désespérées qui tuent leur bébé parce qu'elles n'ont pas les moyens de le nourrir puisque ce ne serait plus à elles de s'en occuper dans cette hypothèse, fini les mariages, les divorces, la famille, bref arriverait la vraie vie dans son innocence retrouvée où l'individu est lui-même, et non pas ce qu'on a voulu qu'il devienne.
Dans cette controverse sur le mariage et l'adoption par des couples homosexuels, on cherche à détourner l'attention du public en mettant en exergue l’orientation affective des individus, comme si cela regardait le monde, alors qu'en réalité, ce qu'ils veulent sans oser le demander frontalement, ce sont les mêmes droits patrimoniaux et successoraux que les hétérosexuels : si le mariage était une question d'amour, ça se saurait depuis le temps.
L'orientation intime des citoyens ne regarde personne, sans compter que l'amour des individus entre eux a pour but le bonheur, et non pas la reproduction : l'homme cherche instinctivement à être heureux mais n'a conscience que depuis peu qu'un certain type de bonheur donne par la suite un enfant dans certaines conditions.
Si l'on prend pour hypothèse la famille, comme dans le film “August Rush” que j'ai signalé, il est bien évident que le sexe de ceux qui élèvent un enfant, n'a aucune espèce d'importance, pas plus que leur nombre : l'enfant doit être nourri, lavé, habillé, éduqué, aimé, tout cela est absolument universel et n'est l'apanage d'aucun sexe en particulier.
S'il faut refuser l'adoption par des couples homosexuels, ce n'est pas parce que les candidats sont de même sexe, ce qui est sans aucune importance, c'est parce qu'il faut au contraire abolir la famille, et donc le mariage, de manière que l'enfant ne soit la propriété de personne mais appartienne à la collectivité dans son ensemble.
Voilà qui serait un progrès.

| Don défiscalisé 10€ ou plus |
|
Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.
|
Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
Le plus fun de l’histoire est que les homos français ne pourront jamais adopter dans la (...)
27/09 23:25 - bizoubMerde c’est con parce que les homos veulent se marier et fondent des familles. Pourtant (...)
22/08 21:56 - Romain DesboisVous passez le l’abolition de la famille à la copulation entre humain et animaux, je (...)
22/08 21:36 - Le chien qui danseBonsoir, article courageux que je salue, la famille n’est pas l’idéal pour les (...)
22/08 21:34 - Le chien qui danseUn article idéologique sur ce que doit être une famille. Ce n’est pas parce que on décide (...)
22/08 19:18 - antyOmar 33 L’auteur :« c’est parce qu’il faut au contraire abolir la famille, (...)
22/08 19:14 - OMAR
L’Agora reçoit Alain Minc !
Journée mondiale de la liberté de la presse : quel bilan en Europe ?
L’étoile du nord : un théâtre dédié aux auteurs contemporains
Le contrôle des médias, une question d’actualité brûlante
Odyssées : un projet et une distribution internationales Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.
Site hébergé par la Fondation Agoravox
Mentions légales Charte de modération