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Accueil du site > Actualités > Société > Marie Humbert : l’impossible débat

Marie Humbert : l’impossible débat

Vincent Humbert était un jeune tétraplégique dont le drame avait ému toute la France. Afin d’abréger ses souffrances, il avait demandé à mourir, et même écrit, en ce sens, au président de la République.

Sa mère, à l’aide de barbituriques qui le plongèrent dans un coma prolongé, et le docteur Frédéric Chaussoy ensuite, par une injection de chlorure de potassium en mars 2003, ont mis fin à ses jours, respectant ainsi le désir réitéré de Vincent.

Mais aux yeux de la loi, il s’agit d’un crime, pour lequel Marie Humbert encourt cinq ans de prison, et le praticien, la réclusion criminelle à perpétuité.

Le procureur de la République de Boulogne-sur-Mer, Gérald Lesigne, a requis un non-lieu général, estimant qu’au-delà de l’élément criminel caractérisé, il fallait tenir compte « de l’importance médiatique des événements, de la pression psychologique, avec ce jeune homme qui avait demandé publiquement à mourir, avec en plus, pour le médecin, la précipitation, le contexte entraînait une situation de contrainte. »

Certes, nous pourrions saluer l’humanité dont fait montre, dans ce cas, la justice par la voix d’un magistrat qui, à une autre époque mais dans un même lieu, fut celui qui avait suivi la fameuse et déplorable instruction du juge Fabrice Burgaud, avec les tristes conséquences qu’on connaît.

Si le Dr Chaussoy se dit soulagé, en revanche Marie Humbert n’est pas de cet avis : « J’ai l’impression qu’on me vole le procès de mon fils », déclare-t-elle à Libération ; « Il faut un procès. Je veux être reconnue non coupable devant la France entière. Ça voudrait dire que la justice a compris, que ce que j’ai fait, c’était bien, et honnête. »

La réaction de la mère de Vincent est compréhensible ; toutefois, il n’est pas sûr que le prétoire soit l’auditoire adéquat pour accéder à sa requête et débattre de l’assistance aux mourants.

La justice est là pour dire le droit, et pas autre chose. Les juges apprécient, et sanctionnent, le cas échéant, les désobéissances à la loi, ils ne sont pas les lévites de la moralité publique. C’est justement pour être, trop souvent, sortie de son strict champ, que l’institution judiciaire a sombré dans de ténébreux dysfonctionnements, dont le tragique procès d’Outreau est le plus sinistre symbole.

Le débat sur l’euthanasie fait partie de ces grands sujets qui interpellent la société dans son ensemble, et ressortit de la compétence des partis politiques et du Parlement.

En l’état actuel des dispositions légales, il paraît difficile, et paradoxal, de demander à une Cour d’assises de déclarer le Dr Chaussoy et Marie Humbert non coupables. La mère de Vincent et son médecin ont agi selon leur conscience, en toute connaissance de cause et en accord avec les vœux exprimés par le jeune malade. C’est tout à leur honneur, et leurs gestes imposent le respect. Il appartient aux tribunaux d’en tenir compte, y compris dans une très large mesure, mais certainement pas de se substituer au législateur et, encore moins, de délivrer un viatique de morale. À défaut de lieux où porter la parole, nous avons une fâcheuse tendance à confondre palais de justice et agora, tribunal et confessionnal, procès et thérapie.

Chaque homme doit rester responsable de ses actes. C’est la condition de sa liberté. « J’ai fait mon acte, et cet acte était bon », dit Oreste dans Les Mouches de Sartre.

Photo : AFP


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1 réactions à cet article    


  • BRILAND (---.---.66.241) 28 février 2006 12:21

    " Chaque homme DOIT être RESPONSABLE DE SES ACTES ......... , c’est la condition de sa liberté ......... " BELLES PAROLES !!!!!!! ......... , que les citoyens aimeraient voir mettre en application pour les fonctionnaires de l’Administration judiciaire qui rendent la justice « au nom du Peuple français » !!!!!!!!!!!!!!!!!!!! et qui , dans l’exercice de leurs fonctions , bénéficient d’une irresponsabilité et d’une impunité de fait " ( c’est la Collectivité et elle seule qui paye les réparations financières allouées aux victimes ...... , le juge incompétent ou malhonnête poursuit sa carrière tranquillement , protégé par sa Corporation ..... )

    MAIS , comme l’a très justement rappelé le Canard Enchaîné , dans ses articles consacrés à l’affaire ultra médiatisée d’Outreau .... ( et aux autres monstruosités judiciaires qui n’ont jamais été médiatisées .......... et dont les vistimes ont souffert autant sinon plus ..... ) , dans son dernier numéro paru le 22 février 2006 : « Le Burgaud des réclamations » : " Bavardons à perte de vue sur l’indépendance , la liberté , la responsabilité des magistrats , cela ne coûte rien tant qu’on n’a pas répondu à la question préalable : QUI JUGERA LES JUGES ? " ( Comme l’a rappelé le Canard Enchaîné ... : le « juge des libertés et de la détention » qui a oeuvré main dans la main avec le juge d’instruction BURGAUD pour envoyer les innocents en prison - un dénommé Maurice MARLIERE , avait été interpellé à deux reprises alors qu’il volait dans des supermarchés de la Roche-sur-Yon , en 1997 , ... et sa Hiérarchie , pour faire oublier ses exploits ... , l’a alors envoyé en poste à Fort de France ....... , avant de le faire revenir en Métrople pour l’affecter à Boulogne-sur-Mer ............................................

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