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Métro parisien : Usagers usagés (2)

Autres portraits

Police, sécurité et contrôleurs :

La police est omniprésente dans le métro parisien, renforcé par la sécurité du réseau avec ses maîtres chiens, gentils toutous souvent avachis au pied de leur éducateur. Le GPSR, (Groupement de protection et de sécurisation des réseaux), service de sécurité interne de la RATP se veut visible et dissuasif, il ne fait le plus souvent que déplacer le problème sur la rame suivante. Mais l’incivique étant plus présent que le dangereux agresseur, le voyageur honnête peut se sentir rassuré.

Contrôles de sécurité et d’identité se passent devant le regard indifférent des passants. Rares sont les flagrants délits de violence sur voyageur, plus fréquentes, les interpellations de gamins roumains auteurs de vol à la tire qui seront irrémédiablement relâchés au bout de quelques heures du fait de leur minorité.

Bien arrogants avec les timides qui n’ont pas leur titre de transport, les contrôleurs se la jouent moins face à une bande de costauds qui les narguent et qui sont bien décidés de ne jamais payer.

La présence policière rassure le voyageur honnête jusqu’au jour où il se fait casser la gueule au moment où évidemment il n’y a pas de patrouille.

Par contre, loin du centre ville, le voyageur isolé dans une rame de RER se dirigeant vers une lointaine banlieue ne se sent guère à l’aise et appréhende seul sur sa banquette.

Les dormeurs :

Les fatigués somnolent, piquent du nez dans leur journal, se redressent brusquement, ouvrant un œil inquiet, apeurés d’avoir raté la station où ils devaient descendre. Ils ont le sommeil léger, finissant le matin une nuit trop courte, s’assoupissant le soir après un labeur qu’ils considèrent dur et épuisant.

Ils ne pioncent pas comme les loirs bourrés et crasseux qui jonchent sur une banquette de quatre désertée par les autres voyageurs incommodés par l’odeur. L’ensommeillé diurne affalé comme un sac, dérange quand il est aviné, car le laborieux contraint au déplacement supporte mal la présence de l’oisif.

Le dormeur de Chapon Val n’est pas un poète rimbaldien, mais un épuisé qui a raté sa correspondance à Chantilly et en écrase après une dure journée de labeur.

Celles qui ne dorment pas mais regardent dans le vague la joue adossée à la vitre, attendent l’improbable, le prince sans le charme qui leur parlera enfin. Car elles sont nombreuses les fatiguées de la vie, elles traînent leur petite mine triste et inspirent une compassion silencieuse. Les déranger dans leur rêverie serait incongru, pire, déplacé. On n’intervient pas dans la vie d’une mollement désespérée pour lui sortir une quelconque banalité. Laissons-la à ses chimères insignifiantes, à ses songes d’héroïne de roman à quatre sous. Il ne lui arrivera rien. Au mieux, épousera-t-elle un comptable avec qui elle achètera un pavillon qui sera revendu à perte dans la précipitation d’un divorce.

Dormir du sommeil du juste ou juste avoir sommeil, la belle affaire, alors que l’on serait tellement mieux dans son lit !

Les fêtards et les buveurs solitaires :

Boire est de plus en plus mal vu et mal venu en cette France frileuse qui renonce à vivre tout simplement au nom du principe de précaution et de la tempérance. Mais dans le métro, quelques irréductibles, avinés comme de vrais Gaulois, même s’ils sont quelques fois trop bronzés pour prétendre l’être, sèment la pagaille, gueulent, déblatèrent et s’écroulent. Bouches pâteuses, langue chargée, relents d’éructations sonores ne font pas bon ménage avec les buveuses d’eau minérale.

Misandrynes renfrognées entre deux âges s’accrochant à leur petite bouteille comme des naufragées, elles s’équipent comme si elles allaient traverser le Ténéré quand elles se déplacent de Père Lachaise à Duroc, regardant les intempérants sans complaisance.

Opposition entre la vie claire et saine les buveuses d’eau, fausses sportives guettées par l’embonpoint et les buveurs excessifs de 8.6 Bavaria ou autre Strong Beer en demi-litres. La bière remplace progressivement le gros rouge du clodo traditionnel, mais ça tape aussi fort que le Sidi Brahim. La cannette est devenue l’emblème des zonards, des punks avec piercing et gros chiens.

S’affaler bourré va cependant devenir un luxe, tant la tolérance diminue vis-à-vis des assoiffés. Le trouble à l’ordre public est de moins en moins supporté par une société de tempérance à la recherche du risque zéro. Plus de nuisances, plus d’inconvénients mineurs, est devenu un leitmotiv !

Pour beaucoup, l’idéal serait une civilisation sans ivrognes, sans bagarre, sans papiers gras et sans crachats ; un monde où l’on cacherait les pauvres, où les déviants seraient traqués. Le buveur exubérant, dépassant les limites du bien céans, ramène à la mauvaise conscience et au désir de prohibition. La bière est pourtant ce qui reste à l’homme lorsque Dieu lui-même n’existe plus !

Peu de chance donc de ne jamais voir de cortèges festifs de mariage dans le métro débouchant des magnums. L’endroit est trop sinistre pour inspirer la noce. Et pourtant, qu’il serait doux de surprendre des traînes et des robes blanches se photographiant sur les quais. Trinquer au champagne en occupant deux wagons, porter des toasts en robe longue et en queue-de-pie malgré le crissement aigu des rails.

Les bruyants, les comiques à la blague graveleuse et facile pensant faire profiter tout le wagon de leurs soi-disant bons mots sont pitoyables et rares sont ceux qui sourient à leurs facéties. Converser avec des inconnus n’est pas la règle. Cela est réservé aux importuns, mendiants, dragueurs de banlieue ou malades mentaux.

Même parler fort est considéré comme une entrave au calme qui sied à l’autre. Seuls les touristes Américains et les Africaines arrivées de fraîche date osent discuter à voix haute, quelques décibels au dessus de ce qui correspond à la politesse française.

Boire et se faire conduire au rythme ronronnant et lancinant des wagons sous les tunnels ! Gêner les autres sans vraiment le vouloir après une cuite mémorable n’a pas la même portée qu’une errance dissolue en bande, une canette à la main. Zigzaguer en braillant, tituber, se retenir pour ne pas tomber attire l’opprobre silencieux des lâches qui n’en pensent pas moins, mais n’osent protester ou émettre une brève remarque de peur de se faire agresser, alors que l’ivrogne est souvent bon enfant.

Les bombes et les petits museaux :

L’originalité vestimentaire, la banalité quotidienne, l’élégance ont déserté les rames, le négligé est de mise et la plupart des voyageuses sont de plus en plus ternes, mal fagotées, surtout en hiver, mais la belle saison n’apporte qu’une éphémère tentative de bon goût. Sortent souvent du lot :

Les Russes, souvent sublimes, bien que non provocantes on les reconnaît avant même qu’elles n’aient prononcé un mot. La jeune Russe est svelte toujours bien élégante, port altier parmi des truies peu altières, et on la voit de loin.

Quand elle n’est mère de famille nombreuse entourée de marmaille et portant boubou ou pagne, adipeuse couverte d’or, l’Africaine peut atteindre des sommets de grâce, de charme et de distinction.

Quelques Beurettes sortent du lot, évitant tant le foulard et la tenue islamique que le négligé criard de la banlieue. Assise à côté d’une femme entre deux âges, imperméable beige, somnolant en une béatitude larvaire, l’érotisme du bas filé de la jeune marocaine qui descend à Courcelles est beaucoup plus prégnant.

La longue jambe soulignée par l’éraflure sur le nylon, fait ressortir l’attirance équivoque pour la vulgarité en demi-teinte et le fond de teint appuyé.

Rien à voir avec la cavalière châtain et bourgeoise, sans cheval et sans cravache, dont les bottes de marques sont faites pour piétiner des masochistes ébahis.

Les maquilleuses avec tout l’attirail, crayon à cil, mascara, rouge à lèvres, oublient l’entourage, grimaçant devant un petit miroir de poche, rectifiant un cil ou une lèvre, elles se rassurent en usant et abusant de cosmétiques. L’exophtalmique aux forts contours de rimmel, au regard de vache amoureuse ne peut émouvoir qu’un novice ou un puceau.

Le téléphone :

Chaque minute perdue dans les entrailles de la ville est précieuse, d’autant que l’on habite loin. Reste le téléphone mobile qui permet de dire des banalités pour passer le temps, raconter sa vie et la faire entendre aux autres alors qu’il n’y s’y passe rien. La conversation via le téléphone est devenue un cri, un rappel que l’on existe au sein des inconnus qui vous ignorent. Piètre consolation que celle de parler par clichés, de dire « Je t’aime, ramène le pain ! » ou « Mon chéri, tu as prévenu la gardienne pour les odeurs dans la cage d’escalier ! » parmi des renfrognés qui ne vous regardent pas ou alors d’un air torve.

Jadis caractéristique de la femme jeune, outil indispensable à la féminité active, le téléphone s’est vulgarisé au point que vieilles barbes, bellâtres et insipides employés besogneux s’y sont mis à leur tour. Les personnes âgées à l’acuité auditive restreinte braillent des lieux communs, elles ont l’excuse de leur handicap, ce que n’ont pas les m’as tu vu beaucoup plus jeunes qui déblatèrent leurs poncifs, sans vergogne au vu et au su des anonymes qui les entourent. Malheureusement peu de grands-pères racontent la prise de la smala d’Abd-El-Kader avec moult détails à un petit-fils hospitalisé à Garges-Lès-Gonesse.

Trop peu déclament du Ronsard ou la recette de la daube de pied de porc aux marrons. Par contre, les hésitantes méditent longuement et de façon sonore sur la nécessité d’inviter Jean-Paul au dîner, parce que Mathilde ne peut l’encadrer, mais c’est tout de même l’ex de Jeanne et comme Jeanne ne sera pas là, parce qu’elle est au Maroc, alors, on pourrait peut-être…

Il est devenu impératif de paraître occupé et de connaître quelqu’un. Et quand personne n’appelle, il n’est qu’à voir la mine déconfite de celle qui tripote son mobile, en en regardant douloureusement le clavier. Le téléphone est devenu pour de nombreuses isolées du métro un petit objet rassurant entre l’ours en peluche et le godemiché que l’on peut caresser discrètement en rêvant à des aventures sentimentales dignes de la collection Harlequin.

Les enfants :

Gamins insupportables braillards, mainates impolis à qui l’on ne peut hélas couper le son avec une télécommande.

Uniformément vêtus, déjà jeunes et déjà pareils ! Qui a jamais vu un moins de quinze ans avec de vraies chaussures en cuir ou en simili peut le noter sur ses carnets tant le phénomène est rare !

L’enfant est de plus en plus présent dans la ville. Après le baby-boom des années 50 et 60, la natalité était en berne. Le gosse se faisait rare, il était devenu l’apanage, la quasi-exclusivité de la femme émigrée. Or, depuis le début es années 2000, les ventres et les poussettes se remplissent, les bébés rubiconds aux allures de chair à saucisses se font majoritaires dans les transports en commun. La frénésie de grossesse a gagné Paris et sa périphérie. Joie du petit pot et du changement de couches, remplaçant le plaisir du célibat festif.

Faces lunaires de gamins gavés de chips et de barre chocolatée ! Futurs diabétiques obèses tirant avec insistance la manche d’une mère qui abdique devant la véhémence d’un mioche qui veut se remplir le cornet de tout un tas de saloperies dont la publicité vante les mérites.

Dictature de l’enfant roi qui jadis se satisfaisait d’une seule barre dans son petit pain au chocolat.

La double barre est devenue le symbole d’une société d’abondance à crédit, de facilité, de renoncement à la difficulté et à la frustration nécessaire à toute éducation. L’enfant roi se goinfre, réclame, exige et la mère fait profil bas, n’ose hausser le ton devant sa progéniture et démissionne devant ses récriminations.

Les nouveaux pères ricanent stupidement en contemplant leurs rejetons, abandonnent toute autorité devant les cris, les réflexions stupides ou impolies des marmots.

Seules les vieilles osent encore interpeller les chérubins quand ils se montrent par trop bruyants et impolis. Combien de mères gênées baisent le nez quand un petit ange de six ans assis sur son siège comme un petit pontife déclare péremptoire : « je veux pas donner ma place à la vieille, elle a qu’à rester debout ! »

Perdre la ligne :

Les gros, les joufflus, les obèses de Brassens, on ne les trouve quasiment que parmi les membres du Sénat et les classes défavorisées qui faute d’exercice physique et d’une alimentation saine, se retrouvent en excès pondéral sans même y avoir pensé. Les sénateurs se faisant plus que rares dans le métropolitain, le voyageur encore svelte est donc confronté à des corpulents plutôt dans la dèche.

Le dodu ou la replète qui transpire dans le wagon est nourri de féculents, de plats surgelés et de pizza.

C’est l’amateur forcé de raviolis en boite qui privilégie sur ses maigres ressources l’écran plat et la console de jeux pour les gosses à la nourriture équilibrée.

Revenus harassés du travail, après avoir mangé gras le midi au restaurant d’entreprise, ils rentrent fatigués et glissent une barquette dans le four micro-ondes avant de se ratatiner avachis devant la télévision.

Le gros souffre de la chaleur, de l’entassement et du stress bien plus intensément que le maigre. Il déborde largement de sa place assise, il se meut plus difficilement pour sortir de la rame et gène de ce fait le toujours pressé Parisien s’apprêtant à se ruer pour ne pas rater sa correspondance.

Le rougeaud, à la respiration sifflante, au faciès lunaire a beaucoup de mal à se mouvoir. Il souffre en haletant sous la pression de la foule. Il cale entre deux marches, se fait bousculer car il se meut trop doucement.

Il doit regretter amèrement l’excès de calories qui l’a empâté quand il essuie un front qui sue à grosses gouttes.

De la gastronomie française à la junk food américaine la distance n’est pas aussi grande qu’il n’y paraît. La limite de verre réside dans les quelques centaines d’euros qui font quitter la zone du SMIC, où l’on galère bien avant la fin du mois, pour enfin atteindre le niveau de la classe moyenne.

Le peuple d’en haut préfère le saumon fumé, les tomates à la mozzarella sur du pain Poilane, les connaisseurs favorisent les garbures, daubes, cassoulets et coq au vin pour leurs agapes en ville. Le peuple d’en bas, lui, aime à se repaître de kebab, de frites grasses et de hamburgers. McDonald’s est son Bocuse, KFC ses trois lettres de noblesse.


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7 réactions à cet article    


  • Fergus fergus 15 mai 2009 11:15

    A l’exception des rares stations et gares concernées par le plan Vigipirate, il n’y a ni police ni armée dans le métro parisien, mais effectivement les membres du GPSR (agents RATP) sanglés dans leur tenue bleue.

    Sans oublier, le soir venu, les équipes CSA (contrôle, sécurité,animation) sanglées, elles, dans une tenue kaki.

    D’autre part, vous amalgamez dans votre description le réseau RATP et celui de la SNCF-banlieue dont la sociologie est assez nettement différenciée.

    Cela dit, comme dans le premier opus, vous mettez presque systématiquement l’accent sur ce qui ne va pas, sur ce qui est critiquable, sur ce qui est laid. Pourquoi ce parti pris résolument négatif et qui dénature la réalité de l’univers que vous décrivez ? 


    • Georges Yang 15 mai 2009 13:52

      Fergus, souvenez vous de Jack London et de son livre reportage sur l’East End de Londres,(le peuple des abysses) il y décrit le pire pour mieux dénoncer certaines injustices.

      Le monde est souvent laid, odieux, médiocre, cela fait aussi son charme.


    • Fergus fergus 15 mai 2009 18:51

      Mais on ne dénonce pas la Cour des miracles en décrivant seulement la Cour des miracles. Ses aspects repoussants ne prennent de relief que s’ils sont comparés avec un environnement plus plaisant, plus agréable.

      Il en va de même avec la population des transports parisiens : la description de ses laideurs prendrait plus de poids si elle contrastait défavorablement avec la masse des anonymes ni beaux ni laids, ni marginaux ni moutonniers, ni souriants ni renfrognés. Bref, la population que j’ai côtoyé (et que je côtoie désormais moins souvent) durant un demi-siècle.

      Cela dit, bravo pour le texte. Sur un strict plan littéraire, il me convient parfaitement.


    • Georges Yang 15 mai 2009 19:10

      L’ambiguïté c’est la vie ! Je ne suis pas un Bisounours.

      Et puis je déteste le manichéisme américain avec des bons et des mauvais, nous sommes les deux.

      Merci cependant d’apprécier ma prose.

      Et puis, il me semble je vous ai parlé e de Jack London sur Londres


    • eugène wermelinger eugène wermelinger 15 mai 2009 11:22

      Dr Yang : j’ai à nouveau apprécié, vous êtes notre nouveau Tocqueville. Félicitations.

      Ne laissez pas perdre votre prose, elle peut entrer dans l’histoire. 

      • Georges Yang 15 mai 2009 13:49

        Je ne vous lisais plus depuis les diners depuis les diners de con(vives). Merci de reprendre contact !


      • maxim maxim 15 mai 2009 17:28

        y’a pas à dire ,c’est rien que du bon ,bravo pour ce sens de l’observation et pour le style ...

        des articles comme ceux ci on en redemande !

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