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Millénarisme, révolution et théorie du complot (2/3)

Comme détaillé dans cet article introductif, depuis le temps que je fréquente et, modestement, participe à Agoravox, j’ai été amené à faire quelques constations assez déroutantes à première vue :

1. La prolifération des « théories du complot » apocalyptiques qui semblent ressortir d’une même mentalité millénariste ;
2. La nature foncièrement « préscientifique » de la mentalité conspirationniste au fond de laquelle on peut voir la résurgence de la mentalité anthropomorphique de l’âge préscientifique consistant à voir derrière tout phénomène une « intention » humaine ;
3. La tendance commune de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite à voir de tels complots : le « camp du mal » et le « camp du bien » différent, mais finalement le schéma mental est identique.
Ces trois constatations induisent à penser que, derrière le « symptôme » de la théorie du complot existe un phénomène social ou historique plus vaste et plus profond, dépassant les clivages politiques et idéologiques. Il faut donc pour le comprendre remonter à la racine du « conspirationnisme », de l’extrémisme et du millénarisme apocalyptique.
C’est l’objectif de la présente série d’articles, dont celui-ci aborde la question de l’origine du millénarisme et de la généalogie de ses ramifications actuelles, tandis que le troisième et dernier article traitera plus particulièrement des convergences entre millénarisme et théories du complot.
2. MILLENARISME ET REVOLUTION
 
2.1. Origine et histoire du Millénarisme
 
Millénarisme biblique
 
On appelle « Millénarisme » ou « chiliasme » (en grec, chilias = mille) une doctrine apparue au sein de l’Eglise catholique, puis rejetée au rang des hérésies, consistant à adopter une interprétation littérale de l’Apocalypse de Saint Jean, selon lequel, à l’issu d’une ultime bataille opposant les armées du Christ à celles de Gog et Magog, les Forces du bien triompheraient des forces du mal, prélude à l’instauration d’une ère de paix et de félicité pour une humanité « purifiée » de ses pêchés, le « Millenium », auquel succèdera enfin la « Fin des temps » et le règne éternel du Royaume de Dieu.
 
De façon plus précise, le Millénarisme repose sur l’enchaînement suivant :
 
1. 1. Des signes avant-coureurs de la catastrophe (bouleversement de la nature, phénomènes terrifiants, guerres, famines, apostasie universelle, etc.)
2. 2. Une Prophétie annonçant la venue d’un Messie (Messianisme)
3. 3. L’avènement du Messie (Parousie)
4. 4. La guerre contre une coalition d’impies sous la bannière d’un Antéchrist incarnation du Mal absolu, s’achevant par l’écrasement total des coalisés par les armées du Messie
5. 5. Le règne messianique avec une Jérusalem nouvelle, purgée des idolâtres qui la souillaient
6. 6. La transformation du monde par la consumation de ce que l’ancien avait de corruptible et de mortel
 
Les « millénariste » attendent ainsi le retour d’un « Empereur des derniers jours » qui lèvera les armées du Bien et guidera les « Purs » à la victoire finale. Cette hérésie a pris diverses formes au fil des siècles, l’ « Empereur des derniers jour » étant identifié tour à tour à un empereur romain, byzantin, carolingien, romain-germanique, un grand seigneur, ou de simples meneurs messianiques se prétendant choisis par Dieu pour délivrer le monde. Il s’est exprimé périodiquement tout au long du Moyen-âge au travers de soulèvements populaires, généralement d’une grande violence, prenant la forme de mouvements de foule anti-bourgeois, anti-nobles, anti-clericaux, anti-riches… se fédérant à l’appel d’un « Sauveur » autour de thèmes religieux millénaristes (on peut citer parmi les plus connus Joachim de Flore, l’Empereur des derniers jours, la Croisade des pauvres, le mouvement des Flagellants, des Taborites, la Guerre des paysans de Thomas Münzer, l’expérience proto-communiste et proto-totalitaire des Anabaptistes du Münster menés par Jean de Leyde, et d’autres mouvements similaires en Europe du Nord et Angleterre....), ou plus récemment les Témoins de Jéhovah
 
On peut ajouter que dès le début, une tendance « apocalyptique » s’est développée au sein de cette mentalité millénariste, réduisant la perspective à une sorte de « fin du monde » à attendre et même à favoriser, dans tous les cas objet d’une fascination touchant à la folie : c’est par exemple le cas de Joachim de Flore qui, reprenant le chiffre de 1260 dans l’Apocalypse de Saint Jean, avait annoncé l’Harmaguédon pour l’an 1260 ; comme l’an 1260 n’a rien donné de particulier, certains de ses disciples (dont le fameux Fra Dolcino popularisé par le Nom de la Rose) finirent par penser qu’ils devaient faire Harmaguédon et répandre la terreur eux-mêmes…
 
Il est absolument frappant de constater la similitude de cette trame générale millénariste avec la propagande actuelle de l’ultra-gauche révolutionnaire ou, mieux encore, avec certains articles d’Agoravox dont les auteurs semblent se donner le plus grand mal pour reprendre à la lettre cette dramaturgie millénariste apocalyptique et prédire la fin du monde pour les prochains mois…
 
Socialisme, marxisme et révolution
 
La période des « Lumières », caractérisé par une profonde remise en question de la religion en général et de l’Eglise catholique en particulier, a vu une forme de « sécularisation » de cette mentalité millénariste. L’Ancien Testament avait déjà marqué la transition entre une conception du temps cyclique et une conception « segmentaire » marquée par un début (la Création) et une fin (l’Apocalypse) au-delà de laquelle s’étendrait, en-dehors du temps (eschatologique), le Règne éternel du Royaume de Dieu. L’idéologie du Progrès continuel d’un Pascal ou d’un Rousseau conduit à ramener dans le temps humain l’avènement de ce « Royaume de Dieu » prenant les traits d’une société parfaite vers laquelle l’humanité, par le seul mérite de la science, peut se diriger petit à petit. L’expression millénariste de cette idéologie du Progrès continuel consiste à souhaiter l’avènement de cette société parfaite non pas progressivement, par une succession d’avancées, mais d’un seul coup et brutalement, par une transformation totale et immédiate de la société ; autrement dit, une « révolution » au lieu d’une « évolution ».
 
C’est l’âge des grandes utopies (Thomas More…) ; la découverte des « bons sauvages » d’Amérique ou d’Afrique inspire l’idée présocialiste d’une civilisation sans argent, sans division du travail ni commerce, une société fraternelle, collectiviste et égalitariste ; une « société alternative » nécessitant un changement radical, une « révolution ». Le « Millenium » laisse sa place au « meilleur des mondes », les armées de Gog et Magog aux tenants de l’ « Ancien régime » (Noblesse et Clergé), tandis que les « Elus » autoproclamés (ces Philosophes dont le mépris pour la stupidité du petit peuple est bien connue, de Voltaire à Rousseau) se donnent pour mission de guider le peuple vers cet avenir glorieux.
 
La Révolution française constituera le plus sanglant fait d’arme de l’esprit millénariste. Pas la révolution de 1789, celle inspirée par le libéralisme et l’humanisme de la Réforme et des Lumières et confortant les acquis philosophiques de l’Antiquité et du Christianisme (et qui aurait du conduire comme dans tant d’autres pays à l’instauration d’une monarchie parlementaire) ; mais bien celle, jacobine, de 1793, celle de la Terreur, du Génocide vendéens, de la « Guerre totale » avec l’ennemi extérieur. La nature foncièrement « millénariste » du jacobinisme a été magistralement analysée par Philippe Nemo dans son ouvrage « Les 2 Républiques françaises », illustrée par de nombreux exemples hautement significatifs (Robespierre présenté par la propagande révolutionnaire comme le « nouveau Messie », l’attente et même la provocation d’une « grande lutte révolutionnaire finale » contre les armées du mal représentées par la coalition européenne, la Marseillaise et son « sang impur », le projet de créer, pour reprendre les termes de Danton et Saint Just, une nouvelle race humaine « régénérée » et « épurée »…).
 
On peut suivre tout au long du XIXe siècle les faits d’armes des « héritiers » millénaristes de 1793 : les Communards (qui se présentaient eux-mêmes comme « l’avant-garde de l’armée qui marche pour la délivrance du monde entier »), Auguste Blanqui, Louis Blanc… Sur le plan plus théorique, on retrouve l’esprit jacobin millénariste dans les premières doctrines socialistes des années 1820, inspirées par Rousseau ou Baboeuf (Saint-Simon, Fourier, Proudhon, Spence, Owen, Engels…), puis dans le marxisme lui-même. La continuité généalogique de ces idéologies socialistes avec le millénarisme est frappante : Engels a lui-même soutenu dans « La Guerre des paysans » que la lutte du prolétariat moderne était le prolongement des mouvements millénaristes et des violences fanatiques du Moyen-âge, et Marx faisait déjà référence à l’émancipation révolutionnaire de Münzer en y reconnaissant une généalogie de sa révolution. Marx emploiera d’ailleurs à propos des derniers jours de la Commune (« holocauste », « martyrs »…), du prolétariat paysan (les « damnés de la terre ») ou de la « prédestination sotériologique » de la classe universelle des prolétaires des formulations qui ne trompent pas. Un auteur comme Guy Debord (La société du spectacle) voit également une « généalogie » entre millénarisme et lutte des classes révolutionnaires, l’espérance révolutionnaire n’étant que la forme sécularisée de l’espérance chrétienne, dépouillée de son caractère théologique pour être rendu à son essence matérialiste et historique.
 
Marx donnera finalement une formalisation idéologique achevée et « pseudo-scientifique » à ces doctrines millénaristes au travers de sa « dialectique » de la lutte des classes, la poignée d’Elus messianiques incarnées par les « leaders révolutionnaires » qui, en véritable « tuteurs », doivent conduire le Prolétariat au « Grand soir » et à la victoire finale sur les armées du Démon prenant l’apparence des « capitalistes », et incidemment des Juifs, incarnation du grand capital et de la finance apatride : antisémitisme larvé que l’on retrouvera tout au long de l’histoire du socialisme, de Fourier à Proudhon, de Blanqui à Drumont, et qui se manifestera de façon éclatante au moment de la grande campagne antidreyfusarde orchestrée par les partisans de Blanqui, de Déroulède et des Ligues antisémites.
 
Les totalitarismes du XXe siècle
 
C’est également cette période de l’Affaire Dreyfus qui, à la suite de Philippe Nemo, nous donne une clef de compréhension cruciale à l’une de nos interrogations initiales, à savoir la frappante familiarité de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche vis-à-vis des théories conspirationnistes. En effet, ce que nous nommons aujourd’hui respectivement « extrême-droite » et « extrême-gauche » ne sont que les deux rameaux d’une même famille de pensée, le jacobinisme millénariste de 1793, qui a éclatée au moment de l’Affaire Dreyfus lors d’une vaste recomposition du paysage politique dont nous héritons encore aujourd’hui des ambigüités : la tendance anticapitaliste et internationaliste du camp jacobin se rapprochant à la suite de Waldeck-Rousseau de l’Alliance démocratique pour former le « Bloc des gauches » (Jaurès, Combe…), tandis que la tendance « nationaliste » de ces mêmes jacobins (celle que, exaltée à l’époque de la « levée en masse », exacerbée par l’épopée Napoléonienne, hypertrophiée par la défaite de 1870, l’on retrouvera chez Gambetta, puis Déroulède, Boulanger ou encore Barrès, tous partisans d’une « guerre à outrance » supposée favorisée le déclenchement d’une nouvelle révolution sociale jacobine), craignant le danger allemand, se rapprochait de la « Fédération républicaine » pour former un « Anti-bloc ». Aussi surprenant que cela puisse paraître aujourd’hui, l’extrême-droite est une émanation de l’extrême-gauche ! On s’explique ainsi mieux la haine viscérale réciproque qui anime ces 2 partis, « fascistes » contre « communistes » : car derrière des différences de forme, c’est le même fonds révolutionnaire millénariste qui se trouve ainsi mis en concurrence au travers de deux projets totalitaires (l’un au nom d’un « peuple », l’autre au nom d’une « classe sociale »).
 
Ceci permet également d’expliquer la troublante familiarité des deux grands totalitarismes du XXe siècle que furent le Nazisme et le Communisme : le Pacte Germano-soviétique, la grande sympathie de l’extrême-gauche pour le Nazisme et Hitler, dans lesquels elle voyait la réalisation du projet anticapitaliste et socialistes (l’éducation collective, la « voiture du peuple »…), le soutien massif du gouvernement de gauche du Front Populaire à Vichy (¾ des députés socialistes et radicaux ont votés pour Pétain et Laval) puis le soutien apporté à la « Révolution nationale » de Pétain, le collaborationnisme actif de nombreux membres éminents de l’extrême-gauche politique ou syndicaliste (Barrès, Doriot, Georges Sorel, ou encore Marcel Déat, lui qui affirmait que la guerre nazi était une guerre « révolutionnaire » dont il trouvait chez Rousseau et les Jacobins des « pères spirituels »).
 
Cette origine commune millénariste du Nazisme et du Communisme a été amplement analysée par d’éminents penseurs comme Hannah Arendt (Les origines du totalitarisme), Popper (La société ouverte et ses ennemis), Hayek (La route de la servitude), Adorno (selon qui « les totalitarismes du XXe siècle sont les enfants des Lumières ») ou encore Guglielmo Ferrero (qui soutient que la Seconde Guerre n’est que le prolongement de la guerre jacobine de l’An II) : Nazisme et Communisme ne sont que deux avatars modernes et concurrents du millénarisme de 1793 qui partagent avec celui-ci le même projet d’un « Homme nouveau » purifié (pureté aryenne / révolutionnaire), la même idéologie holiste selon laquelle les individus sont seconds par rapport au groupe (la « patrie », la « race » ou la « classe »), la même désignation d’un ennemi tout-puissant et cosmopolite (les Juifs, les Bourgeois), le même culte de la force et mépris du droit justifié par la guerre sans merci contre le « Mal » et devant se terminer nécessairement par la destruction totale de l’ennemi et l’avènement du Règne du Bien (le règne du National Socialisme devait précisément durer 1000 ans…).
Plus récemment, cette origine commune explique les nombreuses passerelles qui existent entre extrême-droite et extrême-gauche, de Mitterrand à Soral et Dieudonné, et que l’on ne peut comprendre sans cette grille de lecture jacobiniste et millénariste…
 
Mai 68 et ultragauche
 
De façon plus contemporaine, l’ « esprit millénariste » se retrouve plus ou moins explicitement dans le mouvement de mai 68 et ceux qui en revendiquent l’héritage. Cette généalogie est ainsi revendiquée explicitement par des penseurs « situationnistes » comme Guy Debord, Raoul Vaneigem ou René Viet ; Sartre lui-même qui, dans une interview au Nouvel Observateur du 19 juin 1968, fait le rapprochement entre la « révolution » de mai 68 et le millénarisme (mentionnant ceux qui ont cru que l’action déclenchée à Nanterre et à la Sorbonne « déboucherait sur une apocalypse sociale et économique qui provoquerait, non seulement la chute, mais la désintégration du système capitaliste »). A l’appui de cette thèse, on peut également citer Raymond Aron qui parle des « Anabaptistes » pour désigner les étudiants contestataires, ou encore Pierre Vidal-Naquet (Journal de la Commune étudiante) qui voit un caractère apocalyptique et millénariste dans le mouvement révolutionnaire de mai 68.
 
A ce titre, le Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem (justement médiéviste spécialiste des hérésies moyenâgeuses) constitue un véritable manifeste millénariste (l’auteur y proclame ainsi que le monde actuel est placé sous le signe du Mal et doit être purifié, et que nul ne peut échapper à la violence inexpiable d’un combat final, en faisant référence à Saint Augustin contre les Manichéens) en même temps qu’un petit manuel de la « guérilla » qui préfigure le fameux tract « L’insurrection qui vient »…

Ecologie radicale
 
De même, on peut voir une mentalité millénariste « apocalyptique » dans l’écologisme radical, celui qui, héritier du Lyssenkisme et actuellement à l’œuvre derrière le GIEC et les mouvements anti-OGM, anti-nucléaire, « anti-ondes » et autres « anti-vaccins » ; tous ces groupes d’activistes se retrouvant dans une même défiance radicale à l’égard de la technologie, de la science et finalement du monde moderne, nous promettant d’effroyables catastrophes naturelles et humaines si nous ne mettons pas à bas l’ordre mondial capitaliste des « multinationales » et ne retournons pas à une forme de société « précapitaliste » fortement empreinte de traits économiques primitifs (autoproduction locale, commerce de proximité, troc, retour à des méthodes « traditionnelles » de production, comme ce discours délirant de José Bové intitulé « Pour en finir avec l’idéologie du progrès » dans lequel il explique pourquoi les paysans du tiers monde doivent absolument continuer à travailler à la main…).
 
Tous ces gens partageant une même vision pessimiste du « déclin de l’occident » (livre dont l’auteur, Spengler, disait justement que « l’optimisme était une lâcheté ») et de la nécessaire « décroissance » et, ce qui les rapproches des adeptes du New Age (voir ci-dessous), une même fascination pour une « fin du monde » effroyable popularisée par des écrivains de science-fiction comme Barjavel (Ravage), Rosny (La mort de la terre), Simak (Demain les chiens), ou plus récemment des films comme Le jour d’après, 2012, Prémonition…
 
New-Age et Ufologie
 
De façon plus surprenante, on peut trouver une généalogie millénariste dans la nébuleuse New-Age qui, de la Théosophie au Golden Dawn jusqu’à l’ufologie radicale et aux sectes scientologue et raélienne, fantasment sur des « Grands Maîtres cachés » tibétains, l’origine extraterrestre de l’humanité, le retour des « Grands cosmonautes » et (dans la tendance « Next-Age » apocalyptique) la fin du monde…
 
De façon générale, le New-Age peut être vu comme un phénomène de société remontant aux années 1950 et aux premiers courants « Ufologiques ». Les adeptes du New-Age, de façon générale, rejetaient le matérialisme contemporain et croyaient au mythe d’un retour d’une « race extraterrestre » supérieure pour sauver l’humanité. Les personnes arrivées à une compréhension véritable des lois spirituelles de l’univers seraient alors appelées à devenir les pionniers d’une aire nouvelle, « le New Age ». On voit de façon évidente le côté « millénariste » de cette croyance…
 
Cette même mentalité millénariste donne un sens à la proximité apparemment étonnante entre nazisme, occultisme et ufologie. La proximité des Nazis avec l’Ordre de Thulé (selon lequel les Aryens seraient les derniers descendants « purs » de la civilisation hyperboréenne…) est bien documentée, ainsi que le léger délire néopaganiste dans lequel baignait le nazisme des origines (culte de la nature, Wandervögel, Walkyries et autre Walhalla…). Dans la même veine, on ne s’étonnera pas du penchant néonazi du premier et plus célèbre « contacté », George Adamski (membre du mouvement théosophique et fondateur dans les années 30 en Californie de « l’Ordre Royal du Tibet », il affirmait que les apparitions dans le ciel seraient le signe du retour des « Seigneurs de la Flamme » qui descendirent pour la première fois sur Terre, il y a dix-huit million d’années, pour transformer les antiques races terrestres inintelligentes en êtres pensants ; il prétendit par la suite être rentré en contact avec un Vénusien d’une angélique beauté typiquement aryenne, grand, blond aux yeux bleu, et dont l’empreinte de ses semelles dessinaient… un swastika), et les liens troubles de certains des plus fameux ufologues avec une certaine extrême-droite fascinées par le nazisme (par exemple Robert Charroux qui dans Le livre des secrets trahis reprend l’idée de l’origine hyperboréenne et extraterrestre des Aryens menacée par le complot de la « race bestiale » des Juifs). Encore aujourd’hui, toute une frange de l’extrême-droite reste fascinée par le paganisme et les vieux cultes préchrétiens, tandis que l’une des figures les plus marquantes de l’extrême-droite de l’après-guerre, Serge de Beketch, était un soucoupiste convaincu (comme les auditeurs de Radio-Courtoisie ont pu le remarquer les mercredis soirs...). .
 
Plus généralement, un même millénarisme « New-Age » sous-tend et explique le fréquent télescopage de références aussi diverses que l’ésotérisme nazi, la kabbale, le celtisme, la Golden Dawn, la théosophie et les théories sur l’origine extraterrestre de la civilisation humaine, fourre-tout délirant qu’incarne à l’extrême le livre à succès Le Matin des Magiciens de Jaques Bergier et Louis Pauwels (qui reprend notamment cette idée conspirationniste selon laquelle les nazis possédaient une science « magique » s’opposant à la science « judéo-libérale » et promotrice d’une nouvelle civilisation allant vers l’apparition d’un « surhomme », idée qui a inspirée toute une nébuleuse néonazie persuadée que les nazis avaient des soucoupes volantes…) ou encore un personnage comme Jean-Claude Monnet, petit neveu du peintre Monnet, fondateur de divers groupuscules pseudo-druidiques influencées par un occultisme nazifiant, dont une Organisation des Vikings de France et un Parti Prolétarien National-Socialiste…). Lire à ce sujet Emmanuel Kreis et Stéphane François, Le complot cosmique.
 
On verra par la suite que cette évocation a priori pittoresque de l’ufologie est de première importance dans la généalogie entre millénarisme et théorie du complot puisque c’est dans ces cercles que vont naître dans les années 50 les premières « théories du complot » contemporaines…
 
Islamisme
 
Enfin, last but nos least, l’islamisme, ce « troisième totalitarisme » du XXe siècle, représente une autre expression moderne particulièrement pathologique du millénarisme : non seulement la branche chiisme et son « Imam caché » dont on attend le retour, mais de façon plus générale cette conception manichéenne d’une lutte des « Purs » contre les « Infidèles », guerre totale qui ne peut s’achever que par la conversion ou l’élimination totales de ces derniers et l’instauration définitive d’un Grand Califat…
 
Tout ceci peut surprendre au premier abord, mais devient presque évident quand on veut bien considérer les rapprochements sinon incompréhensibles entre les Nazis et les Islamistes des Frères Musulmans, ou plus récemment entre des mouvements d’extrême-gauche, d’écologistes radicaux et d’islamistes tout aussi radicaux (comme on l’a vu dans les manifestations « pro-palestiniennes » ou dans le cadre de ce sinistre « Parti anti-sioniste »).
 
2.2. Structure du Millénarisme
 
Après ce trop bref panorama historique, il est temps de dégager une synthèse de ce « crypto-millénarisme » que nous avons vu à l’œuvre encore aujourd’hui sous des incarnations aussi diverses que l’extrême-gauche révolutionnaire, l’écologisme radical, l’islamisme, le New-Age et l’extrême-droite.
 
Renversement brutal et définitif de l’ordre du monde
 
Le caractère le plus fondamental et frappant des différentes formes du millénarisme, c’est l’attente active d’un grand bouleversement, d’une destruction brutale de l’ordre établi, et de l’avènement définitif d’une nouvelle société parfaite. Ce mythe d’un renversement complet de l’ordre du monde fonde la dramatique millénariste du passage brutal et instantané du « rien » au « tout », l’ivresse idéologique d’un « Salut » total et imminent, le fantasme eschatologique d’une « fin de l’histoire ». On ne saurait définir mieux la mentalité « révolutionnaire » qui, de la révolution française à l’extrême-gauche actuelle en passant par les mouvements révolutionnaires asiatiques ou sud-américains, a nourrit autant de fantasmes et d’abominations.
 
Cette utopie révolutionnaire de l’avènement brutal et définitif d’une « société parfaite » universelle et eschatologique est en rupture totale avec la sagesse antique, celle en particulier des Grecs, qui, consciente du cours imprévisible de l’histoire, enseignait la prudence et le refus de la « démesure », l’acceptation de la nécessité et la recherche du « meilleur régime » adapté à un lieu et une époque spécifique. Elle est en rupture également avec la Philosophie du Progrès continuel celle de Descartes, des Lumières et de la Révolution de 1789, qui ambitionne pour l’humanité un progrès progressif et pacifique, fruit d’un patient labeur et porté par les découvertes de la Science. Pour les Révolutionnaires, au contraire, l’avènement de la société parfaite et du bonheur de l’humanité doit se faire d’un seul coup, brutalement et de manière conflictuelle et violente, par anéantissement d’un « ennemi ».
 
Manichéisme et violence
 
Une autre grande caractéristique de ces mouvements est son manichéisme primaire : le monde se résume à la lutte de deux camps, le « Bien » et le « Mal », qui doit se terminer par l’anéantissement du « Mal » et au règne définitif des forces du « Bien ». Une telle vision, qui n’est pas spécifique au millénarisme, est une schématisation sommaire mais psychologiquement très opérative qui permet de donner à peu de frais un sens au chaos apparent du monde et à sa propre existence, de se valoriser en s’identifiant de facto au camp du Bien. Il conduit hélas en corolaire à une « diabolisation » de ceux auxquels on s’oppose : rejeté dans le camp du « mal absolu », les adversaires du Millénarisme ne méritent ni respect, ni considération, mais doivent être systématiquement et totalement anéantis. Dans cette conception manichéenne, la politique cesse d’être un affrontement d’intérêts et d’opinions, mais prend la forme d’une Terreur, d’un combat inexpiable contre un ennemi absolu, diabolisé, satanisé. En position d’infériorité, ceci se traduit par un recours caricatural à la « reductio ad hitlerum » (« fasciste », « libéral » ou « capitalise » étant des qualificatifs suffisant pour vous exclure définitivement du débat et vous refuser le droit à la simple parole) ; en position de supériorité, par l’élimination politique, mentale et même physique totale des « ennemis », comme l’illustrent les massacres et exterminations hallucinantes de la Terreur révolutionnaire, du Stalinisme, du Nazisme, des Khmers Rouges…
 
Dans les deux cas, il n’y a pas de « camps du milieu » : toute personne qui n’adhère pas entièrement au projet millénariste ne peut être qu’un suppôt du mal et doit être combattu et éliminé en tant que tel (il est facile de vérifier ceci sur Agoravox : osez dire que vous n’êtes pas convaincu de la réalité de certains complots délirants, comme le projet d’élimination de la population des USA par un vaccin mortel, et vous voilà dans le camp de ceux qui soutiennent la guerre en Irak !). Cette idéologie totalitaire ne laisse pas de place aux « libres penseurs », aux modérés, aux adeptes de la rationalité tranquille des grands philosophes de l’Antiquité...
 
On comprend ainsi pourquoi les différents mouvements millénarismes se sont traduits systématiquement par le recours à la violence, légitimée par la certitude d’appartenir au « camp du Bien » et d’accomplir une Prophétie divine ou universelle ; pourquoi les différents mouvements révolutionnaires, des Jacobins aux Bolchéviques, ont pris le pouvoir par la force, l’intimidation et le dénis des plus élémentaires principes démocratiques ; et comment, aujourd’hui encore, inspirés par les slogans de Mai 68 repris depuis de Moscou à Pékin (« L’humanité ne sera heureuse que le jour ou le dernier bureaucrate aura été pendu avec les tripes du dernier capitaliste »…), nombreux sont les partisans de l’ultragauche à prophétiser des embrasements de violence, voire à la prôner ouvertement comme dans ce petit manifeste que fut l’ « Insurrection qui vient »…
 
Holisme
 
Une autre caractéristique du millénarisme est sa nature foncièrement « holiste », c’est-à-dire la prééminence du groupe sur l’individu. Là encore cette mentalité foncièrement primitive s’oppose frontalement à la conception « moderne » des Grecs et des Chrétiens, puis de l’Humanisme de la Renaissance et du Kantisme, qui accorde une place centrale à l’individu, à sa liberté et au droit en tant que protection du « sujet ». La représentation millénariste, au contraire, est celle d’une lutte manichéenne entre deux « camps », deux « classes » abstraites et universelles, dans laquelle l’individu n’a pas d’importance, ne représente aucun enjeu, n’est qu’entité négligeable sacrifiable au « bonheur collectif » (relire SOS Bonheur de Griffo et Van Hamme pour une illustration frappante), un « zéro » dans l’ « infini » social (Le zéro et l’infini, Arthur Koestler), et dans laquelle aucune loi n’est assez forte pour ne pas pouvoir être brisée au nom des intérêts de la « révolution ». Qu’importe donc les morts d’innocents, les sacrifices, les victimes collatérales, si cela est nécessaire à l’anéantissement du « Mal » et à la victoire du « Bien »…
 
Le Millénarisme trouve ainsi un terrain propice dans cette nostalgie de la société primitive que connait notre civilisation moderne ultra individualiste, nostalgie qui s’exprime par exemple de façon extrêmement révélatrice dans le concept publicitaire en vogue de la « Tribu » ou du « Nomadisme », mais aussi, de façon moins anecdotique, dans les différents courants New-Age qui fantasment sur une « fusion » du groupe, et plus largement de tout ceux qui aspirent à une vie communautaire, égalitariste et plus ou moins influencées par diverses drogues censées favorisées ce « retour au grand tout » (fantasme générationnel dont le livre d’Alex Garland, The Beach, constitue le manifeste symbolique tout autant que prémonitoire…).
 
Messianisme
 
Dans le même temps, et de manière apparemment paradoxale avec le point précédent, le combat final sera mené par une petite poignée de « Purs », choisis par Dieu pour lever et guider la masse ignorante et pécheresse : le peuple n’est qu’un troupeau que les « Elus », détenteur d’une vérité universelle connue d’eux seuls, ont pour mission de guider ; et, choisis et inspirés par Dieu, les « Elus » ne pourront avoir tort et seront infaillibles par définition. Les Frères du Libre esprit (XIIIe) déclaraient ainsi : « on peut être à ce point unis à Dieu que, quoi qu’on fasse, on ne puisse pêcher » ; Johann Hartmann, Jean de Brünn, les Pifles d’Arnold, tous pensaient que, choisis par Dieu, ils ne pouvaient agir mal quoi qu’ils fassent. Se plaçant explicitement dans leur continuité, Raoul Vaneigem écrit dans son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations : « Nos premiers principes doivent être hors de discussion ».
 
On retrouve ainsi tout au long de l’histoire du millénarisme, de Thomas Münzer à Robespierre, de Che Guevara à Pol Pot, de tels « leaders messianiques », souvent autoproclamés et prétendument infaillibles, qui prétendent détenir une vérité universelle et mener les partisans du Bien à la « victoire finale » contre les forces du « Mal ». Ces « révolutionnaires » font l’objet d’un véritable culte, d’autant plus intense que leur mort violente aura fait d’eux des « martyrs » ; on s’arrache ainsi encore les tee-shirts du Che en dépit du fait que ce fut un assassin sordide et le fossoyeur de l’économie cubaine…
 
Homme nouveau
 
Un autre trait particulièrement funeste du millénarisme est l’attente d’un « Homme nouveau » ou « Homme total », ou plutôt le déploiement d’un projet révolutionnaire censé provoquer la « purification », la « régénération » de l’humanité. Projet dont, on l’a vu, on trouve les prémisses dans la doctrine millénariste de l’Apocalypse, reprise chez Rousseau, espérées dans les grandes utopies du XIXe siècle (dominée par le thème de l’ « insularité », île ou communauté expérimentale dans lesquelles doit s’amorcer la création de cette nouvelle humanité) et mise en œuvre pratiquement, avec les résultats que l’on sait, par Robespierre, Hitler, Staline, Pol Pot…
 
Totalitarisme
 
Le Millénarisme se propose finalement comme une explication « totale », universelle, éternelle et définitive, du monde et de l’histoire. C’est particulièrement le cas de cette forme pseudo-scientifique du millénarisme que constitue le matérialisme historique marxiste, qui se prétend seule vraie science, accessible seulement à une petite élite intellectuelle chargée, inspirée par la révélation de ce savoir absolu, de guider l’humanité vers son destin inéluctable…
 
Cette recherche de l’ « absolu » est bien la plus funeste manifestation du millénarisme. Toute la pensée philosophique des Lumières (Locke, Leibnitz, Spinoza, Voltaire, Diderot, Hume…) n’a eu de cesse de mettre en garde contre les dérives totalitaires de toute recherche d’un tel absolu, l’inévitable basculement dans l’exaltation, la folie religieuse et messianique que dénoncera avec un cruel prophétisme Kant (ce qu’il appelait « Schwärmerei » ou « enthousiasme mystique », celui du « Prophète ivre de Dieu » qui lève les foules... Le mot « Schwärmerei » étant justement celui utilisé par Luther pour désigner les Anabaptistes...).
 
Aujourd’hui, on commence à parler d’un "totalitarisme islamiste" ou d’un "totalitarisme écologiste" tout comme on parle déjà d’un "totalitarisme New-Age"...
 
Religiosité
 
Au-delà de toutes ses caractéristiques (révolutionnarisme, holisme, messianisme, totalitarisme…), le Millénarisme, par cette aspiration irrationnelle à l’Absolu, à la Totalité, a une nature foncièrement religieuse (au sens de la « mentalité primitive » analysée par Lévy-Bruhl), y compris dans ses expressions modernes : les Jacobins, derrière une façade de « laïcisme » justifiant la destruction du catholicisme, n’avaient d’autre ambition que d’imposer une « religion de substitution » qui fit de la révolution française, pour suivre Anatole Leroy-Beaulieu, une véritable « guerre de religion » entre les Anciens cultes et cette « religion de la révolution » qui ne peut constituer, pour reprendre les mots d’Edgar Quinet dans l’Enseignement du peuple, que la seule « foi » républicaine…
 
La nature profondément religieuse des totalitarismes modernes (fascisme, nazismes et communisme) a été abordée par plusieurs auteurs, en particulier Raymond Aron, Spranger, Monnerot (Sociologie du communisme), parlant de « religion séculière » à leur propos. Ces auteurs montrent également comment, en accédant au stade politique, le prophétisme millénariste devient dictature ; on peut à ce sujet se référer à Julien Freund qui, dans l’Essence du politique, analyse le phénomène du prophétisme révolutionnaire et annonce le phénomène contemporain de l’islamisme. Le New Age constitue également par bien des aspects une véritable « religion », pour ne pas dire « secte »…
 
Encore aujourd’hui, le millénarisme moderne reprend tous les attributs de son ancêtre biblique : l’identification d’une « force du Mal », la recherche de « présages » apocalyptiques dans l’actualité géopolitiques, économiques ou environnementale, l’énonciation de « prophéties » apocalyptique plus ou moins délirantes (guerres, épidémies, effondrements financiers ou économiques, catastrophes naturelles…)…
 
On comprend la force avec laquelle resurgit actuellement cette mentalité millénariste, dans une société exceptionnellement riche en « moyens » mais incroyablement pauvre en « finalités » et où le « besoin religieux » n’a peut-être jamais été aussi intense… Et, hélas, la violence avec laquelle cette pensée mythique, en déni total de réalité, écarte toute démarche rationnelle et objective, tout esprit de tolérance et de dialogue
 
2.3 Origine psychologique et sociale du millénarisme
 
Il est enfin important de relever ici que les soulèvements millénaristes du Moyen-âge, et jusqu’à la révolution française et à l’émergence du marxisme puis du communisme, se sont concentrés dans des périodes de grandes mutations et / ou de développement civilisationnel et économique, que ce soit vers le XIIIe siècle (fin de la féodalité et développement du droit romain), à la Renaissance (redécouverte de la philosophie grecque, essor commercial et industriel, grandes découvertes, réforme protestante, humanisme…) ou à l’époque de la révolution industrielle. On trouve ainsi souvent à l’origine de ces mouvements des classes sociales ou groupes qui se sentent « perdants » de ces grands bouleversements, et dont le ressentiment constitue finalement une réaction de rejet à l’émergence de la civilisation « moderne » dont ils se sentent exclus ou qui ne répond pas à leurs ambitions.
 
Ainsi, le scénario général de l’émergence des mouvements sociaux millénaristes peut se résumer de la façon suivante :
 
1. Dans un état de crise ou de grand changement, un groupe prend confusément conscience d’être du côté des « perdants ». Il compense cette infériorité en imaginant que c’est le fruit du l’action contingente des « forces du Mal », et en projetant une société radicalement alternative dans lequel le mal serait définitivement vaincu, l’humanité régénérée, et ce groupe, par un « renversement » de l’ordre du monde, placé au sommet de la société.
 
2. La conviction manichéenne d’incarner l’absolu du Bien dans une lutte contre le Mal, l’impatience eschatologique de ce renversement utopique qui n’arrive jamais, l’impression d’une « résistance occulte », suscitent bientôt chez les millénaristes un délire paranoïaque, la hantise du complot, et la sélection d’un « bouc émissaire » sur lequel cristalliser leur frustration et leur agressivité. 
 
Cette frustration doublée d’une aspiration contrariée à la grandeur se retrouve ainsi dans les principaux courants millénaristes actuels : c’est particulièrement net chez les islamistes nostalgiques du Grand Califat, sans doute dépités par l’état de sous-développement crasse de la majorité des pays musulmans, les militants gauchistes qui n’ont pas encore digérés l’effondrement du « bloc de l’Est », ou encore chez les sympathisants de l’extrême-droite qui soupirent à la grandeur passée de la France et ne supporte pas son déclin actuel dans un contexte de mondialisation.
 
Nous voyons bien finalement à l’issu de ce petit voyage historique du Moyen-Age à nos jours de quelle façon une "mentalité" millénariste s’est maintenue en toile de fonds de l’histoire de la pensée occidentale jusqu’à remonter brutalement à la surface à la fin du XVIIIe siècle sous les traits modernes et apparemment sécularisés de la "révolution", irriguer la genèse du socialisme et du marxisme pour finalement connaître un embranchement étonnant au moment de l’Affaire Dreyfuss pour donner naissances aux deux courants contemporains de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche ; comment cette mentalité préscientifique et manichéenne se retrouve également sous certaines formes extrêmes de l’occultisme, de l’ufologie et plus généralement du New-Age, mais aussi de l’écologisme radical ; comment, enfin, elle ressort de façon spectaculaire d’un islamisme radical ayant comme projet d’établir un "Califat universel". 
 
Au terme de ce voyage, nous ne devons plus être étonnés des liens de consanguinité qui apparaissent régulièrement entre extrême-droite et extrême-gauche, extrême-droite et ésotérisme, extrême-gauche, écologisme et islamisme : tous ce petit milieu extrémiste et totalitaire partage en fait le même rêve millénariste d’une "lutte finale" qui inaugurerait enfin un nouvel ordre universel et définitif, une humanité nouvelle et purifiée, une "fin de l’histoire" dont ils seraient, sous une forme ou une autre, les Maîtres absolus...
Nous verrons dans le prochain et dernier article comment cette folie millénariste ne peut que déboucher inéluctablement sur les théories du complot les plus folles...

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109 réactions à cet article    


  • dohc 21 septembre 2010 11:26

    En gros vous detestez toute alternative au systeme actuel, et vos ennemis sont les memes que ceux des ploutocrates et autres oligarques quil’on mis en place.
    J’espere qu’au moins cette boullie ideoligique vous aide a soigner vos angoisses...


    • NICOPOL NICOPOL 21 septembre 2010 15:06

      Merci Doc.... Pardon Dohc de vous préoccuper de ma santé smiley

      Sinon vous n’avez sans doute pas bien lu l’article, je ne vois pas où vous voyez que je déteste « toute » alternative au système actuel. Je déteste les alternatives « millénaristes » qui ambitionnent de « tout faire peter » pour reconstruire un « monde parfait ». Il y en a d’autres.


    • Onegus Onegus 21 septembre 2010 16:31

      Toujours la même logorrhée pseudo-intellectuelle à visée strictement idéologique. Derrière son analyse « conspirologique » de supermarché, l’auteur nous ressert les grands classiques de l’extrême-droite réactionnaire contre-révolutionnaire (celle qui a cru vaincre avec Vichy et Pétain), mâtinés des standards néo-conservateurs contemporains : guerre des civilisations et islamophobie militante.

      Quelques perles prélevées dans cette soupe indigeste :
      « l’islamisme, ce « troisième totalitarisme » du XXe siècle »
      « l’ « esprit millénariste » se retrouve plus ou moins explicitement dans le mouvement de mai 68 et ceux qui en revendiquent l’héritage. »
      « La Révolution française constituera le plus sanglant fait d’arme de l’esprit millénariste. »

      Y a pas à dire, la « conspirologie » est bel et bien un naufrage de la pensée.


    • NICOPOL NICOPOL 21 septembre 2010 17:27

       smiley)))

      Me voilà maintenant affilié à l’extrême-droite et aux néoconservateurs ! J’adore, continuez, encore, vous me donnez du grain à moudre pour le prochain article !!!


      « Quelques perles prélevées dans cette soupe indigeste :

       »l’islamisme, ce « troisième totalitarisme » du XXe siècle« 

      Pourquoi est-ce une perle ? Vous êtes »POUR« l’islamisme ?

       »l’ « esprit millénariste » se retrouve plus ou moins explicitement dans le mouvement de mai 68 et ceux qui en revendiquent l’héritage.«  

      Ce n’est pas moi qui le dit, c’est juste Guy Debord, Raoul Vaneigem, René Viet, Jean-Paul Sartre, Raymond Aron et Pierre Vidal-Naquet. Ces gens-là, c’est aussi un »naufrage de la pensée«  ? Vous êtes ridicule.

       »La Révolution française constituera le plus sanglant fait d’arme de l’esprit millénariste."

      J’ai bien précisé que je parlais de la « deuxième »révolution, celle, jacobine et totalitaire, de 1793. Si vous avez ne serait-ce qu’une lueur d’ouverture d’esprit, lisez le livre de Philippe NEMO « Les deux révolutions françaises ».


    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 21 septembre 2010 18:37

      @ l’Auteur


      Article intéressant et bien structuré, qui expose avec correction la thèse « anticomplotiste » dont la majorité des tenants se couvrent trop souvent de ridicule avant qu’un vrai débat ne puisse commencer. Je ne partage pas l’opinion de l’auteur, mais j’attends le troisième volet pour donner une opinion sur le fond. Je suis d’ores et déjà convaincu, toutefois, qu’elle mérite d’être diffusée et discutée. 

      Pierre JC Allard

    • NICOPOL NICOPOL 21 septembre 2010 19:09

      Monsieur Allard,

      Merci pour votre commentaire. J’accepte toutes les critiques argumentées, tant sur le fond que sur la forme, et j’envisage même de me tromper ou de faire des erreurs d’appréciation. J’espère recevoir les vôtres sur le prochain article, en espérant, effectivement, un « vrai » débat (mais pour être honnête je n’y crois guère).

      Cordialement,


    • Onegus Onegus 21 septembre 2010 21:07

      Te fatigue pas, Nico, ta bouillie conspirologique destinée à fusionner l’ennemi « islamo-gaucho-fasciste » ne trompe personne... Dans le genre propagandiste néocon avec thèses pseudo-intellectuelles à la mords-moi-le-nœud, Taguieff fait mieux.


    • NICOPOL NICOPOL 21 septembre 2010 21:16

      Onegus,

      Merci à vous en revanche de continuer à vous fatiguer pour essayer de démontrer à tout prix que je suis un propagandiste néocons : vous me donnez du grain à moudre. Je vous souhaite bon courage !

      RV au prochain article, donc.


    • Onegus Onegus 22 septembre 2010 02:57

      Rien à démontrer, tout est dans ta prose... Ton pseudo-intellectualisme n’abuse personne... Tu devrais retourner à Chogyam Trungpa ! smiley


    • NICOPOL NICOPOL 22 septembre 2010 15:41

      Ben si 30% de mes lecteurs ont été « abusés par ma prose » en votant positivement cet article....

      A+,


    • Onegus Onegus 22 septembre 2010 19:19

      Et bien ça veut surtout dire que 70% des lecteurs sont clairvoyants, c’est rassurant ! Bravo quand même pour tes 30%, avec un tel galimatias en guise d’article, c’était pas gagné, même s’il s’agit probablement en grande partie de personnes déjà acquises à ta ligne idéologique.


    • NICOPOL NICOPOL 22 septembre 2010 20:55

      « même s’il s’agit probablement en grande partie de personnes déjà acquises à ta ligne idéologique »

      Onegus, le jour où vous comprendrez que JE N’AI PAS DE LIGNE IDEOLOGIQUE, en encore moins celle que vous me prêtez...

      Mais ça vous ferait mal, sans doute, de penser qu’entre les « guerriers du Bien » dont vous faites partie, et le Satan américain et sioniste que vous voyez à l’oeuvre un peu partout, il puisse y avoir « quelque chose ».... Toute votre vision bipolaire du monde s’effondrerait...

      Alors OK, continuez de penser que je suis un suppôt du néoconservatisme américain et sioniste, si ça peut vous rendre heureux...


    • Onegus Onegus 23 septembre 2010 01:35

      « le Satan américain et sioniste que vous voyez à l’oeuvre un peu partout »

      Et ta sœur, petit guignol, tu la vois à l’œuvre où ? Ça te vient tout seul ce genre de conneries ou on te les a soufflées dans le cul ? Et tu veux faire croire que ton pseudo-discours n’est pas idéologique ? Oh, le pauvre bouffon qui se trahit lui-même en une seule phrase... smiley

    • NICOPOL NICOPOL 23 septembre 2010 02:57

      Dites-donc, la politesse ne vous étouffe pas ! Grossier personnage smiley

      Et de quelles conneries parlez-vous ? Ce n’est pas vous qui m’avez traité de néoconservateurs ??

      Et je n’ai absolument rien compris à votre prose délirante. En quoi me suis-je trahis ? Qu’ai-je trahi ?? Quelle est ma supposée « idéologie » ???

      Vite, éclairez-moi, je frémis d’avance de découvrir des choses sur moi que j’ignorais smiley


    • Worldtourer 21 septembre 2010 11:35

      Excellent article, beaucoup de fond. J’avoue qu’il est tentant en 2010, année de crise, de tomber dans un extrême ou un autre tant les informations que l’on reçoit aujourd’hui peuvent soulever le coeur. Le sentiment de manipulation à son paroxysme, des impasses de l’info qui se multiplient, certains sujet étant clairement « trappés » dans les rédactions. Faut-il être conspirationniste pour faire ce type de remarque ?


      Que répondre également à ceux qui voient dans le 11 sept une multitude de faits ne concordant pas avec la théorie établie pas la commission ? Ceux qui pensent que la politique néo-conservatrice contre le terrorisme symbolise précisément l’avènement d’une révolution mondiale ? S’agit-il d’une vision conspirationniste et si oui, comment juger de la politique expansionniste et sanglante menée aujourd’hui par ce qui ressemble à une coalition atlantiste ? là encore pur délire de conspirationniste ?

      A partir de quel moment une critique portée à une politique n’a pas de portée conspirationniste ? Comment peut-on aujourd’hui mettre en lumière les manquements au droit international des politiques Israëliennes (et je ne parle pas de juif ici mais simplement d’Israël) et ne pas tomber pour autant dans ce même travers ? 

      La modération sur ces sujets peut-elle mener à un changement de politique ou à une prise de conscience quand on voit ce phénomène gagner insensiblement en ampleur depuis près de quarante ans ?

      Merci de votre éclairage sur ces quelques points. j’aimerais savoir où me situer à présent.

      • NICOPOL NICOPOL 21 septembre 2010 15:11

        Bonjour,

        Merci pour votre commentaire.

        "J’avoue qu’il est tentant en 2010, année de crise, de tomber dans un extrême ou un autre tant les informations que l’on reçoit aujourd’hui peuvent soulever le coeur. Le sentiment de manipulation à son paroxysme, des impasses de l’info qui se multiplient, certains sujet étant clairement « trappés » dans les rédactions. Faut-il être conspirationniste pour faire ce type de remarque ?« 

        Je suis tout à fait d’accord avec vous. Le »système« dans lequel nous vivons nous submerge d’informations complexes, contradictoires et invérifiables. Il est tentant de sombrer dans la »paranoïa« et d’imaginer une trame explicative globale qui nous simplifie notre compréhension du monde. Et très difficile d’essayer de faire la part des choses sans se faire insulter par ceux qui sont persuadés d’avoir trouvé »LA« réponse ultime au bordel du monde.

        A part cette réflexion je n’ai pas vraiment de réponse à vous proposer. L’important est de prendre chaque »complot" supposé et de vous faire votre propre idée à partir d’éléments indéniables et attestés. Si à la fin vous ne parvenez pas à trancher, suspendez votre jugement et occupez vous de votre petite vie.


      • Annie 21 septembre 2010 11:42

        Je n’avais pas lu votre premier article, ce que je viens de faire. Vous montrez d’une manière très intéressante la filiation historique des théories du complot et le contexte dans lequel elles s’épanouissent. Vous faites aussi des rapprochements qui vont vous valoir des volées de bois vert, mais qui sont très pertinents, sinon nécessaires à faire. Bon courage.


        • Annie 21 septembre 2010 13:13

          Je suis sure que vous les aurez trouvés tout seul.


        • Philou017 Philou017 21 septembre 2010 11:46

          L’auteur : «  »Au terme de ce voyage, nous ne devons plus être étonnés des liens de consanguinité qui apparaissent régulièrement entre extrême-droite et extrême-gauche, extrême-droite et ésotérisme, extrême-gauche, écologisme et islamisme«  »

          les aspirations profondes des gens traversent tous les courants et toutes les évolutions humaines. Elles peuvent en être à l’origine ou y être exploitées, ou les deux.

          Réduire ces aspirations à une espèce de millénarisme à oeillere qui réunirait les mouvements de pensée les plus généreux avec les dérives les plus brutales, est d’un simplisme consternant.

          Vous venez de prouver une fois de plus qu’on peut tenir un langage très élaboré pour bâtir une théorie vide de sens où on additionne les amalgames et les simplifications grossières.
          C’est comme de comparer un ouvrier qui casse des cailloux avec un musicien qui se lance dans un subtil solo de batterie, et de dire qu’au fond c’est la même chose.

          Ce qui pêche chez vous, c’est tant le manque de compréhension de la subtilité et de la relativité des choses, que de vous laisser aller à construire des théories convenant à vos à-priori personnels.


          • Walden Walden 21 septembre 2010 14:01

            Plutôt d’accord smiley
            En fait d’analyse, l’auteur, certes cultivé, nous pondant cet article qui se révèle un drôle de fourre-tout, tente sans vergogne de gravir un échelon de plus dans « l’amalgamisme », et dévoile par là son orientation idéologique : celle que dérange toute remise en question profonde de l’état des choses, celle de la bien-pensance bourgeoise la plus conformiste qui soit. 


          • NICOPOL NICOPOL 21 septembre 2010 15:27

            @ tous les deux,

            Par « millénarisme » on entend ceux qui espèrent changer les choses d’un seul coup, si nécessaire par la violence, pour instaurer un « règne du Bien » éternel. Des gens persuadés d’incarner le « bien » dans une lutte contre un « mal » tentaculaire.

            Vous appelez ce type d’aspiration « généreux », moi je l’appelle « dangereux ». Et l’histoire est de mon côté.

            Mais, et là c’est vous qui faites un amalgame et une simplification grossière, ceci ne veut EN AUCUN CAS dire que j’approuve et soutiens le « système » actuel, bien au contraire. Simplement, je privilégie d’autres façons de le faire évoluer que de « tout faire péter ». Disons que je suis du côté des philosophes et des intellectuels qui en 1789 aspiraient à plus de liberté, d’égalité et de fraternité dans le cadre d’une monarchie parlementaire (ce qui était d’ailleurs l’aspiration de la grande majorité de la population), pas du côté de ces émeutiers exaltés qui ont entrainé la population de Paris dans une folie sanglante et meurtrière que l’on a encore le mauvais gout de célébrer le 14 juillet.

            Pour résumer, je déteste autant ceux qui sont actuellement à la tête du « système » que ceux qui veulent « renverser » ledit système par la violence « s’il le faut ». Votre grande limitation intellectuelle, vous les « généreux », c’est que vous êtes incapables d’imaginer une solution intermédiaire ; et donc quand on n’est pas partisan de « votre » idéologie, c’est qu’on est partisan de « leur »idéologie.

            Et après vous faites de leçons de « subtilité » aux autres smiley


          • zototo 21 septembre 2010 16:01

            Et bien proposez votre formule intermédiaire au lieu d’esayer de faire rentrer des gens dans des catégorie en « iste » qui sont bien a la mode ces temps ci....


          • Philou017 Philou017 22 septembre 2010 00:23

            Nicopo : « Par »millénarisme" on entend ceux qui espèrent changer les choses d’un seul coup, si nécessaire par la violence, pour instaurer un "règne du Bien« éternel. Des gens persuadés d’incarner le »bien" dans une lutte contre un « mal » tentaculaire.« 

            C’est très simpliste de dire cela. Les mouvements de révolte arrivent parce qu’ils sont l’expression d’un ras le bol, pas des rêves des gens qui réfléchissent à une société meilleure. Et c’est souvent bien plus d’opportunistes que viennent les dérives, qui voient dans ces évènements l’occasion d’exercer leur haine ou leur désir de puissance.

            Le »bien éternel" est bien plus souvent une idéologie qui sert après coup commodément à manipuler les gens, et pas un but des vrais réformateurs

            Vous appelez ce type d’aspiration « généreux », moi je l’appelle « dangereux ». Et l’histoire est de mon côté.

            Tout est relatif. S’il n’y avait pas eu la révolution, vous seriez peut-être un serf au service d’un quelconque noble. Le vrai problème est que le peuple n’a pas appris à mettre en place des reformes radicales sans violence. Mais cela vient aussi de la manipulation continuelle qu’il subit, où on le pousse à abandonner sa responsabilité et son pouvoir de décision au profit d’institutions telles que l’état, la royauté, l’église, la noblesse. Aujourd’hui, c’est les institutions financieres et les experts associés qui font office de gourous.

            Quand la casserole déborde, il révoque ses maitres souvent brutalement, mais comme il n’a pas appris à se diriger seul, des chefs auto-proclamés ont tôt fait de le replonger dans sa dépendance, en utilisant d’autres dogmes et d’autres impératifs.

            Simplement, je privilégie d’autres façons de le faire évoluer que de « tout faire péter ». Disons que je suis du côté des philosophes et des intellectuels qui en 1789 aspiraient à plus de liberté, d’égalité et de fraternité dans le cadre d’une monarchie parlementaire (ce qui était d’ailleurs l’aspiration de la grande majorité de la population), pas du côté de ces émeutiers exaltés qui ont entrainé la population de Paris dans une folie sanglante et meurtrière que l’on a encore le mauvais gout de célébrer le 14 juillet.

            C’est pas le 14 Juillet qui est en cause, mais la direction des révoltés par des chefs, manipulateurs et opportunistes. Vous oubliez de dire que la soumission du peuple dans un cadre rigide rend difficile toute révolte intelligente, ce d’autant plus que la société est soumise à des pesanteurs inhibantes (pauvres-riches, nobles-manants, le poids de la religion, et par dessus tout les intérêts de certaines communautés dans le statut-quo).

            Le problème des révoltes, c’est celui de la société dans son ensemble, pas de ceux qui proposent autre chose. Si la société était arrivée à l’age adulte, elle saurait faire passe les changements sans à-coup.

            Pour résumer, je déteste autant ceux qui sont actuellement à la tête du « système » que ceux qui veulent « renverser » ledit système par la violence « s’il le faut ». Votre grande limitation intellectuelle, vous les « généreux », c’est que vous êtes incapables d’imaginer une solution intermédiaire ; et donc quand on n’est pas partisan de « votre » idéologie, c’est qu’on est partisan de « leur »idéologie
            Peu de gens à l’heure actuelle sont pour la violence, même si les dérives actuelles incitent à la colère. Mais elle risque d’éclater, parce que depuis 30 ans le debat ideologique a été etouffé et qu’on nous sert constamment « c’est le système actuel » ou rien.
            La vacuité de la réflexion actuelle est le pire danger pour les peuples, car il risque de déboucher sur un rejet violent, faute de solution de remplacement. Et c’est pas une question de milliénarisme, mais de manipulation et de propagande pour endormir les gens.

            Le meilleur pour faire avancer cela, c’est d’instruire les gens. Internet y contribue, à defaut des systemes en place.


          • NICOPOL NICOPOL 22 septembre 2010 01:21

            Bonsoir Philou,

            Merci de ce long message qui, une fois n’est pas coutume, s’efforce d’être argumenté et convainquant.

            Je vais donc y répondre en détail.

            "Les mouvements de révolte arrivent parce qu’ils sont l’expression d’un ras le bol, pas des rêves des gens qui réfléchissent à une société meilleure. Et c’est souvent bien plus d’opportunistes que viennent les dérives, qui voient dans ces évènements l’occasion d’exercer leur haine ou leur désir de puissance.

            Le « bien éternel » est bien plus souvent une idéologie qui sert après coup commodément à manipuler les gens, et pas un but des vrais réformateurs« 

            Entièrement d’accord.

            Ayant lu çà, je ne comprends plus très bien vos critiques. Nous disons finalement la même chose, à savoir qu’il convient de bien distinguer les mouvements réformateurs qui privilégient le dialogue et le changement progressif, et les mouvements à tendance révolutionnaire et violente, dans lequel de malheureux défavorisés sont entraînés par quelques »meneurs« exaltés leur vendant une »lutte du bien contre le mal« (ce que je range sous l’étiquette »millénarisme« ). Je vous rejoints donc totalement dans la dénonciation de ces dérives, des manipulations de soi-disant leader messianiques, qui au fond l’aspirent qu’à prendre le pouvoir, et non à rendre plus heureux les faibles qu’ils entrainent dans leurs folies.

            Pour reprendre un exemple qui m’est cher, j’approuve les »révolutionnaires« (davantage des réformateurs) de 1789 qui voulaient abolir les privilèges, renforcer la démocratie participative au travers du parlement, et rendre le système plus juste et plus équitable tout en maintenant une monarchie qui bénéficiait du soutien de la très grande majorité de la population française ; je conchie en revanche les révolutionnaires de 1793, leurs coups d’états, l’assassinat de la famille royale, la terreur, les guerres révolutionnaires et le génocide vendéens.

             »"Tout est relatif. S’il n’y avait pas eu la révolution, vous seriez peut-être un serf au service d’un quelconque noble.« 

            Je suis d’accord avec vous si vous parlez de la révolution de 1789, qui avait pour but de mettre en place sans violence une monarchie parlementaire comme dans d’autres pays européens.

            Je m’oppose totalement à vous si vous avez en tête la révolution jacobine de 1793, qui, j’en suis intimement convaincu, est à l’origine d’une bonne partie du bordel mondial qui s’en est ensuivi. Je suis convaincu que le monde actuel serait meilleur si le Roy, l’idiot, n’avait pas fui à Varennes (ou si son descendant tout aussi idiot ne s’était pas bloqué sur un simple drapeau blanc...), et si l’on avait empêché des fous furieux du type Robespierre, Lénine et autres Pol Pot de mettre en application leurs délires millénaristes d’ »homme nouveau« .

             »Le vrai problème est que le peuple n’a pas appris à mettre en place des reformes radicales sans violence. Mais cela vient aussi de la manipulation continuelle qu’il subit, où on le pousse à abandonner sa responsabilité et son pouvoir de décision au profit d’institutions telles que l’état, la royauté, l’église, la noblesse. Aujourd’hui, c’est les institutions financieres et les experts associés qui font office de gourous. Quand la casserole déborde, il révoque ses maitres souvent brutalement, mais comme il n’a pas appris à se diriger seul, des chefs auto-proclamés ont tôt fait de le replonger dans sa dépendance, en utilisant d’autres dogmes et d’autres impératifs.« 

            Je partage totalement votre analyse. Sous couvert d’une pseudo-démocratie, l’individu moderne n’a quasiment aucune prise sur le monde qui l’entoure, trop compliqué, trop technocratique, trop dénué de sens. Nous passons docilement d’un »ordre établi« à une »révolution« qui, une fois victorieuse, deviendra le nouvel »ordre « établi » (j’adore SOS Bonheur de Duffo et Van Hamme qui illustre magnifiquement cette idée un peu désespérante). Mais au fonds, il n’y a que des individus ou groupes d’individus dévorés d’ambitions qui aspirent au « pouvoir », font tout pour y parvenir et s’y maintenir. Il n’y a plus de « politique » au sens antique et noble du terme.

            Ceci étant dit, le fait de partager cette analyse n’empêche pas, bien au contraire, de considérer avec la plus grande méfiance ces « révolutionnaires » vous vendre leur soupe sur le « grand soir », le « dernier combat » et autres mythes millénaristes. Fondamentalement, le message de mon article, c’est celui-ci : « quelle que soit la situation, ne suivez jamais ces faux prophètes exaltés qui prétendent vous mener à la victoire finale contre les »forces du mal« , qu’ils soient de droite, de gauche, écolo, new-age, islamistes ou soucoupistes ». Ce message kantien, me semble-t-il, est particulièrement important dans le contexte d’insatisfaction et de frustration grandissante que vous décrivez fort bien.

            "C’est pas le 14 Juillet qui est en cause, mais la direction des révoltés par des chefs, manipulateurs et opportunistes. Vous oubliez de dire que la soumission du peuple dans un cadre rigide rend difficile toute révolte intelligente, ce d’autant plus que la société est soumise à des pesanteurs inhibantes (pauvres-riches, nobles-manants, le poids de la religion, et par dessus tout les intérêts de certaines communautés dans le statut-quo).« 

            Bien d’accord avec vous. Mais, quand même, il y a des »leaders« qui sont totalement persuadés d’être des sortes de »prophètes« devant guider le camp du bien dans sa lutte contre le mal. Et des gens crédules qui, au fond d’eux, ont conservé un fond de mentalité préscientifique millénariste qui ne demande qu’à être excité par ces quelques »messies« autoproclamés.

             »Le problème des révoltes, c’est celui de la société dans son ensemble, pas de ceux qui proposent autre chose. Si la société était arrivée à l’age adulte, elle saurait faire passe les changements sans à-coup.« 

            Encore une fois, Philou, je ne peux que vous approuver. Comme vous le dites, une société qui a besoin de »révolution« pour améliorer les choses ou s’adapter à un nouveau contexte global est une société bien puérile. Ceci rend encore plus nécessaire d’attirer l’attention de ses contemporains sur ce que l’on estime être les manifestations les plus dangereuses de cette puérilité, et parmi lesquelles, comme je m’efforce de le montrer dans mon article, le millénarisme occupe une place éminente.

             »Peu de gens à l’heure actuelle sont pour la violence, même si les dérives actuelles incitent à la colère. Mais elle risque d’éclater, parce que depuis 30 ans le debat ideologique a été etouffé et qu’on nous sert constamment « c’est le système actuel » ou rien.« 

            C’est surtout que, hélas, on ne nous propose pas d’alternative réaliste et crédible pour réformer ce système qui déraille. Soit on nous propose des »mesurettes« cosmétiques qui, bien que parfois motivées par une sincère volonté de réforme (je mets dans ce panier certaines propositions de Barack Obama ou Nicolas Sarkosy) ne changent finalement pas grand chose ; soit on nous propose des projets de société idéologiques et totalement irréalistes (tout nationaliser, prendre l’argent des riches, travailler 30 heures par jour, remplacer le nucléaire par des éoliennes...) ; soit on nous propose de »tout casser« par la violence et la force pour bâtir »from scratch« un monde parfait.

            Pourquoi aucun homme politique n’est-il capable de proposer une analyse lucide et sans concession de la réalité, de se faire élire démocratiquement et de mettre en œuvre tranquillement mais fermement un vrai programme de réformes ? Un seul homme, dans le paysage politique français, me semble rapprocher d’une telle démarche, c’est Jean-Luc Mélanchon, qui est par son côté »tribun« une sorte de »Le Pen de droite« . Je n’adhère pas aux solutions qu’il propose, je ne suis pas de son »bord idéologique« et je m’oppose totalement à certaines de ses prises de position, mais en voilà un qui aborde les choses avec une certaine cohérence et pragmatisme, et en tout cas sincérité et réelle volonté de changement. Si on pouvait avoir une version »social-démocrate« de Mélanchon, je pense que je me réinscrirai sur les listes électorales...

             »La vacuité de la réflexion actuelle est le pire danger pour les peuples, car il risque de déboucher sur un rejet violent, faute de solution de remplacement. Et c’est pas une question de milliénarisme, mais de manipulation et de propagande pour endormir les gens.

            Le meilleur pour faire avancer cela, c’est d’instruire les gens. Internet y contribue, à defaut des systemes en place.« 

            Essayons de préciser ma pensée : il y a au fond de chacun de nous, à un niveau plus ou moins profond, un conflit entre un »surmoi« rationnel et raisonnable, et un »ça« obéissant à des croyances primitives et pré-scientifiques de type »millénaristes« . En situation idéale, le jeu politique mobilise la couche »raisonnable« de notre esprit de citoyens, et nous parvenons ensemble à définir et appliquer la meilleure solution possible dans le contexte présent (approche du »meilleur régime possible« des Grecs). En situation dégradée, des agitateurs révolutionnaires haranguent les foules, flattant leur »ça« millénariste en leur promettant pour demain le »meilleur des mondes« , entraînant les foules hypnotisées dans des révoltes violentes et finalement stériles, contre-productives et mêmes meurtrières.

            Il y a donc manipulation et propagande, mais au fond le ressort mental qui est »excité« par cette propagande c’est un ressort de mentalité »millénariste".

            Finalement, Philou, vos observations enrichissent et mettent certainement en perspective l’analyse de la mentalité millénariste, mais dans le fond il me semble qu’elle ne remet pas vraiment en cause l’ « histoire » racontée dans cet article...

            Enfin bon, en toute sincérité, je suis ravi que nous ayons pu avoir enfin un dialogue je l’espère constructif (en tout cas il le fut pour moi). J’espère avoir l’occasion de le poursuivre sous cet article ou le prochain.

            Cordialement,


          • Walden Walden 22 septembre 2010 06:54

            « Finalement, Philou, vos observations enrichissent et mettent certainement en perspective l’analyse de la mentalité millénariste, mais dans le fond il me semble qu’elle ne remet pas vraiment en cause l’ »histoire« racontée dans cet article... »

            A vrai dire, il n’y a pas vraiment d’argument à opposer à une histoire, pas plus à celle racontée dans cet article, qui est tout SAUF une analyse. A grand renfort d’interprétation, vous développez un pseudo concept de « millénarisme » sans démontrer en quoi il s’applique nécessairement aux tendances que vous passez en revue, dont le seul véritable point commun apparent est la remise en cause du prétendu bien-fondé du système.

            Plusieurs mouvances que vous évoquez, tout en tenant un discours certainement subversif, ne manifestent aucune ambition de « tout faire péter », mais visent seulement à faire accéder le commun à une prise de conscience à partir de l’analyse qu’elles développent. A cet égard, l’exemple le plus frappant que vous citiez, et le plus absurde, est celui de « l’écologisme radical (...) à l’œuvre derrière le GIEC [sic, MDR] et les mouvements anti-OGM, anti-nucléaire ». Aspirant seulement à faire évoluer la société via de nouveaux paradigmes, ce mouvement ne nourrit nullement l’idée de « l’avènement définitif d’une nouvelle société parfaite », et n’a aucune ambition totalitaire.

            Ce mauvais procès relève de ce que j’appelle pour ma part de l’amalgamisme smiley D’ailleurs le titre lui-même « Millénarisme, révolution et théorie du complot » constitue d’emblée un amalgame assez explicite, entre des notions bien distinctes. Votre position s’avère typiquement celle de la « mauvaise foi » sartrienne.


          • NICOPOL NICOPOL 22 septembre 2010 16:08

            @ Walden,

            Tout de même, ce « pesudo-concept » et ces « interprétations » reprennent ou s’appuient sur des analyses de penseurs comme :

            Engel
            Marx
            Philippe Nemo
            Hannah Arendt
            Popper
            Hayek
            Adorno
            Guglielmo Ferrero
            Guy Debord
            Raoul Vaneigem
            René Viet
            Jean-Paul Sartre
            Raymond Aron
            Pierre Vidal-Naquet
            Anatole Leroy-Beaulieu
            Julien Freund

            Après, libre à vous de ne pas être convaincu ou bien d’avoir des critiques constructives (qu’on attend toujours)...

            Ensuite, comme je l’ai dit à maintes reprises, je n’approuve en aucune sorte le « système actuel ». Que ceci rentre dans votre caboche ! Mais on peut désapprouver fortement ce système sans pour autant approuver automatiquement les solutions alternatives qui existent actuellement sur le « marché » politique ou idéologique. C’est mon droit, quand même !

            Sur les « écologistes radicaux » ou la « deep écology », oui, il existe une sorte de « tendance millénariste » apocalyptique consistant à voir dans la modernité la préparation d’un apocalypse technologique ou industriel prélude, et même à voir dans l’humanité elle-même une espèce nuisible dont la disparition est souhaitable et prédite. Je n’invente rien, je ferai un article sur ce sujet un jour si j’ai le temps. Et le fait que ce « courant » idéologique apocalyptique et malthusien ait influencé la création du GIEC, via le Club de Rome et l’UNEP (dont l’un des anciens directeurs, Maurice Strong, grand instigateur du Protocole de Kyoto, est l’un des « papes » du New Age et prône une sorte de nouvelle "religion planétaire, tout en faisant partie de Bildenberg, Trilatérale, Rockfeller, Rothschild et cie) est également documenté et attesté, et mériterait là aussi un article à part entière. Vous serez peut-être surpris de ce que vous y lirez. Vous me direz sûrement que je verse à mon tour dans la théorie du complot...


          • Philou017 Philou017 22 septembre 2010 23:58

            Nicopol : vous ne comprenez pas mes « critiques » ?

            C’est que vous additionnez les amalgames tendancieux pour faire rentrer tout ce qui vous gêne dans votre théorie. A la fin c’est insupportable.

            Prenons le new-age, que contrairement à vous je connais un peu :
            « Les personnes arrivées à une compréhension véritable des lois spirituelles de l’univers seraient alors appelées à devenir les pionniers d’une aire nouvelle, « le New Age ». »
            Pourquoi pas ? Les premiers Chrétiens n’étaient-ils pas des pionniers de ce genre ?

            « le peuple n’est qu’un troupeau que les « Elus », détenteur d’une vérité universelle connue d’eux seuls, ont pour mission de guider »
            Ce genre de dérive est assez courant dans certains mouvements spiritualistes. Néanmoins, le New Age va à l’encontre de cela , prônant avant tout l’amélioration personnelle par un travail sur soi. Le New age est avant tout une doctrine individuelle qui propose l’amélioration de la société en ce que chacun travaille à devenir meilleur. Maintenant, il y a toujours des dérives,que vous choisissez de mettre en exergue pour le new-age comme pour le reste. Vous osez même y mêler les gens qui s’intéressent à l’Ufologie. Quand on cherche le mal, on finit toujours par le trouver. En prendre prétexte pour faire des généralités méprisantes est une attitude tendancieuse

            « Vous me direz sûrement que je verse à mon tour dans la théorie du complot... »
            Oui. Vous voyez des complots où ca vous arrange. Il ya tellement de gens qui croient au complot qui sont de simples citoyens sincères, et vous allez chercher un directeur, membre du bilderberg et je ne sais quoi encore.

            Votre analyse n’a ni équilibre, ni mesure. Par certains cotés, vous êtes aussi un millénariste, car vous divisez le monde en deux, les révolutionnaires absolus, et les gens raisonnables. Ce faisant vous occultez les paramètres collectifs, culturels, psychologiques, sociétals, familials, historiques.

            A aucun moment vous ne parlez des causes profondes sur le pourquoi ont eu lieu ces mouvements de révolte. C’est sur ces causes que repose la violence et les affrontements. Aucune révolution n’a eu lieu simplement parce qu’un novateur proposait une nouvelle forme de société, Ca n’existe pas et c’est sans doute le fond du problème.. Ce n’est qu’après coup que des exaltés peuvent reprendre à leur compte des théories ou des projets en les déformant le plus souvent.
            Vous ignorez la violence d’en face, celle des puissants, celle de l’exploitation, de la domination, qui cause en retour des révoltes.

            Quand à votre aversion du complot, je pense qu’il est insultant pour les gens qui ont la capacité de réfléchir et de se remettre en cause, et qui ont donc constaté un certain nombre de complots effectifs dans notre monde, de se voir traiter de millénaristes.
            Votre besoin de classer les tenants du complot comme des gens extrêmes ne prouve que votre incapacité à faire face à la possibilité qu’ils existent réellement.
            Si vous étiez honnête avec vous-même, vous le reconnaitriez.


          • NICOPOL NICOPOL 23 septembre 2010 02:50

            Philou,

            Vous prenez beaucoup de soin à m’expliquer que pour le New Age, il ne faut pas faire d’amalgame, qu’il ne faut pas prendre certaines « dérives extrêmes » pour le gros du courant, qu’il ne faut pas faire de « généralités méprisantes »... Mais il me semble que vous n’êtes pas le dernier à faire des « généralités méprisantes » sur les banquiers, les financiers, les capitalistes, les sarkosystes, les libéraux, les néocons, le Front National, peut-être les « sionistes »... Ceux-là, vous n’avez pas de scrupules à les mettre tous dans le mêmes paniers... Sans parler des généralités tout aussi « méprisantes » consistant à prendre ceux qui ne croient pas à toutes vos « théories du complot » pour des tenants de l’ordre établi... Je recevrais vos bons conseils le jour où vous donnerez l’exemple. Merci.

            « Vous voyez des complots où ca vous arrange. »

            Non. Je vois des complots là où ça me semble démontré, au minimum crédible.

            "Par certains cotés, vous êtes aussi un millénariste, car vous divisez le monde en deux, les révolutionnaires absolus, et les gens raisonnables.« 

            Belle pirouette, Philou smiley

            En fait non, je divise le monde en 3 parties :

            (1) ceux qui sont au pouvoir
            (2) ceux qui voudraient y être
            (3) ceux qui n’aspirent qu’à vivre tranquillement dans leur coin en suivant l’adage Sartrien selon lequel »la Liberté, ce n’est pas pouvoir faire ce que l’on veut, mais vouloir faire ce que l’on peut« .

             »Vous ignorez la violence d’en face, celle des puissants, celle de l’exploitation, de la domination, qui cause en retour des révoltes.« 

            Où avez-vu cela ?

            Encore une fois, le fait que certains éléments contextuels, dont une attitude arrogante et, oui, d’une certaine façon violente, des »puissants« , puisse expliquer certaines réactions de violence, qu’elles soient millénaristes, révolutionnaires, extrémistes, que sais-je encore, oui, bien sûr, personne ne le nie. Mais ceci ne veut pas dire qu’on doit accepter ces réactions comme un »fait accompli". On a expliqué, par exemple, la montée du FN par tel ou tel facteur social et économique ; est-ce que pour autant vous avez été pris d’une soudaine sympathie pour les membres du Front National ?

            "Quand à votre aversion du complot, je pense qu’il est insultant pour les gens qui ont la capacité de réfléchir et de se remettre en cause, et qui ont donc constaté un certain nombre de complots effectifs dans notre monde, de se voir traiter de millénaristes. Votre besoin de classer les tenants du complot comme des gens extrêmes ne prouve que votre incapacité à faire face à la possibilité qu’ils existent réellement. Si vous étiez honnête avec vous-même, vous le reconnaitriez.« 

            Cette remarque, encore une fois, montre que vous vous acharnez à ne pas écouter ce que je vous dis. JE NE NIE PAS QU’IL EXISTE DES COMPLOTS. Et j’éprouve le plus grand respect et la plus grande admiration pour ceux qui, parfois au risque de leur vie, s’évertuent à les mettre au grand jour (je pense par exemple à Deep Throat, N°2 du FBI, et aux journalistes et dirigeants du Washington Post, qui ont »sorti« le Watergate ; à tous ceux qui ont permis de faire »sortir« la manipulation sur les armes de destruction massive en Irak...).

            Maintenant, ceux qui prétendent que les vaccins servent à nous implanter des puces, et que le gouvernement des USA, alliés aux grands labos pharmaceutiques, préméditent d’éradiquer la population des USA... Je suis vraiment désolé, mais ceux-là, je ne les considère en aucun cas comme des gens »qui ont la capacité de réfléchir et de se remettre en cause« , comme vous dites. Peut-être se sentiront-ils effectivement insultés, mais je les considère soit comme des fous, soit comme des escrocs qui se font du fric sur le dos des crédules. Et c’est bien trop facile de votre part de prétendre que je pense cela parce que je ne suis pas capable d’accepter que ces complots puissent être vrais. Et vous, êtes-vous capables d’affronter l’idée que tous ces complots délirants soient complètement faux ??

            Donc arrêtez de dire que je crois pas aux »complots". Simplement, en tant que citoyen disposant d’une information limitée et contradictoire, j’essaye de faire un tri entre les complots plausibles et ceux qui m’apparaissent complètement délirants et paranoïaques. Alors, si vous voulez que je fasse preuve de plus de subtilité en parlant du New Age, commencez, de grâce, par en faire de même à mon propos.


          • Walden Walden 23 septembre 2010 06:38

            @ Nicopol
            Suite et fin (pour moi) en réponse à votre post précédent :

            - ce n’est pas parce que certains penseurs de votre liste ont ponctuellement fait référence au « millénarisme » que l’interprétation généralisante que vous en livrez est valide ;

            - les critiques n’ont pas nécessairement vocation à être constructives. Il suffit qu’elles soient pertinentes ;

            - peu importe que vous approuviez ou non le système actuel. Il ne s’agit pas tant de critiquer les intentions que les actes. Votre droit est de tenter de réduire toute alternative radicale au millénarisme, le mien de souligner l’imposture de la démarche ;

            - imposture qui consiste sans doute, notamment, en une erreur de raisonnement récurrente, consistant à citer un élément partiel - comme ici le délire mystique de quelques individus - pour le projeter sur l’ensemble d’une mouvance - comme là celle de l’écologie dite « radicale », dont le corpus des arguments est principalement de nature rationnelle, voire scientifique ;

            - enfin, lorsque j’en vient à lire sous votre « plume » (= clavier) la litanie habituelle « Bildenberg, Trilatérale, Rockfeller, Rothschild et cie », je me dis effectivement que vous ne vous situez peut-être pas si loin de ce que vous semblez vouloir dénoncer smiley


          • Pyrathome pyralene 21 septembre 2010 11:54

            Totalement grossier, mensonger, et sentant mauvais la propagande.....
            L’auteur n’a strictement rien compris ou le fait exprès.......


            • NICOPOL NICOPOL 21 septembre 2010 15:28

              Merci de vos commentaires argumentés et, je dois le dire, aussi convainquant qu’un démenti de Jacques Chirac.

              Au plaisir,


            • emphyrio 21 septembre 2010 12:03

              Sans vouloir dévaloriser le produit de votre réflexion, cet article me parait au choix
              orienté ou alors manquer d’ambition. J’ai du mal à trouver comparables les craintes actuelles de la population mondiale avec les peurs millénaristes qui, à l’exception du désespoir social des populations médiévales européennes , ont été des phénomènes marginaux. Elles furent la traduction ponctuelle de bouleversements sociaux au sein de groupes qui en étaient les victimes ignorantes ou impuissantes.
              Pour moi il serait préférable de placer l’émergence du phénomène que vous prétendez étudier sur le plan d’un conflit où s’opposent des élites méprisant de plus en plus le débat démocratique, et des citoyens de mieux en mieux informés grâce à une récente et formidable circulation de l’information.
              Il me semble au final que vous cherchez à discréditer un questionnement légitime en soulignant exagérément l’outrance de quelques-uns, qui par paresse ou calcul privilégient la rumeur à l’info.


              • NICOPOL NICOPOL 21 septembre 2010 16:11

                Bonjour,

                Merci pour votre commentaire intéressant qui résume de façon argumentée ce que bon nombre d’intervenants pensent sans doute mais ne daignent pas utile de prendre la peine de formuler.

                Je vais donc vous répondre je l’espère d’une façon qui vous convaincra, ou du moins que vous pourrez considérer comme sincère.

                "J’ai du mal à trouver comparables les craintes actuelles de la population mondiale avec les peurs millénaristes qui, à l’exception du désespoir social des populations médiévales européennes , ont été des phénomènes marginaux. « 

                C’était exactement ça à l’époque, et c’est encore le cas aujourd’hui : car finalement, même si on les entend beaucoup (et notamment sur Agoravox), les gens qui voient les choses dans une perspective millénariste restent une minorité : l’immense majorité des gens se contentent de vivre plus ou moins tranquillement leurs petites vies, en se préoccupant plus ou moins de la situation mondiale (on s’intéresse au réchauffement climatique entre les devoirs des enfants et les factures d’électricité, si vous voulez), et en tout cas sans adhérer à cette vision d’une supposée »lutte du bien contre le mal« .

                Ainsi, dans mon article, je ne parle pas du tout des préoccupations de la »population mondiale« , mais des délires paranoïaques et égotiques de ceux qui sont intimement persuadés de faire partie des »armées du Bien« en lutte contre le »Mal« . Mais ceux qui aujourd’hui voient les choses de cette façon ne sont qu’une petite poignée, dusse leur modestie en souffrir.

                Toutefois, et c’est là une source de réflexion sociologique, ce qui n’était qu’un courant marginal et reste encore aujourd’hui minoritaire commence à prendre de l’ampleur, sans doute grâce à Internet et dans un contexte sociétal et historique qui s’y prête particulièrement. Cette montée de la »pensée millénariste« , sous quelque forme que ce soit, m’inquiète. C’est ce qui a motivé la rédaction de cette série d’articles.

                 »Elles furent la traduction ponctuelle de bouleversements sociaux au sein de groupes qui en étaient les victimes ignorantes ou impuissantes. « 

                Deux guerres mondiales atroces, la mondialisation économique, la chute du bloc communiste et la (ré)émergence de puissances économiques et politiques non occidentales, la problématique environnementale, les difficultés du »modèle de l’état providence« , etc etc, constituent sans doute pour l’homme occidental un bouleversement historique et social profond dont il est bien souvent le »perdant« (et non »victime« , qui implique qu’il y ait un »coupable« intentionné, ce qui est justement la vision »millénariste« du bouc émissaire). Et le fait que à notre infinitésimale échelle nous nous sentions totalement »impuissants« est également patent.

                Donc, il me paraît tout à fait justifié de dire que l’époque actuelle réunit précisément les ingrédients nécessaires à l’émergence de pensées millénaristes, comme cela fut le cas à certaines époques du Moyen-Age, à la Renaissance, pendant la Révolution Industrielle, après la Crise de 29... Il n’y a aucune raison pour qu’un mécanisme historique valables dans le passé ne s’applique pas aujourd’hui. Espérons qu’il ne soit que ponctuel !

                 »Pour moi il serait préférable de placer l’émergence du phénomène que vous prétendez étudier sur le plan d’un conflit où s’opposent des élites méprisant de plus en plus le débat démocratique, et des citoyens de mieux en mieux informés grâce à une récente et formidable circulation de l’information.« 

                C’est une grille de lecture très intéressante et certainement valable : personne ne peut nier qu’on se trouve effectivement dans cette situation d’un »rejet des élites« . Mais ceci ne contredit pas fondamentalement la grille de lecture »millénariste« de l’article.

                L’article a pour objectif de décrire une »mentalité« millénariste que l’on retrouve à toute époque, et que certaines époques sont plus propices que d’autres à ce que cette mentalité remonte à la surface et parfois, hélas, se traduisent par des bouffées de violence. Vous décrivez, vous, une situation historique de profond divorce entre des élites coupées de la population et une population qui a de plus en plus le sentiment de ne plus être entendue. Comme vous l’indiquez, une telle situation est effectivement propice à l’expression de la mentalité millénariste : comme évoqué précédemment, elle réunit tous les ingrédients pour qu’un sentiment de frustration, de colère et d’une certaine façon de désespoir s’empare d’une proportion de plus en plus importante de la population.

                Donc, finalement, je suis tout à fait d’accord avec vous ; finalement, vous apportez un élément de précision justifiant que le contexte actuel est propice à l’émergence de la pensée millénariste.

                 
                 »Il me semble au final que vous cherchez à discréditer un questionnement légitime en soulignant exagérément l’outrance de quelques-uns, qui par paresse ou calcul privilégient la rumeur à l’info.« 

                Là, avec tout mon respect, vous quittez le domaine de la critique rationnelle de mon article pour tomber dans les travers paranoïaques que je dénonce : parce que je m’oppose à certaines dérives révolutionnaires et complotistes, cela voudrait dire que je rejette TOUTE interrogation sur le bien-fondé du système actuel et les possibles manipulations dont nous sommes sujets ? Vous faites une profonde erreur. Je ne suis pas dans le camp des révolutionnaires, mais pas plus dans celui des »privilégiés". Je suis dans celui des libre-penseurs qui aspirent à des changements progressifs et rationnels de la société actuelle.

                Avant 1789, la population française était dans un conflit similaire avec les « élites » de l’époque (noblesse et haut-clergé) et aspiraient à un changement, à plus de liberté et d’égalité. Pour autant elle ne voulait pas une « révolution », et se serait satisfait d’une monarchie constitutionnelle à l’anglaise ou à l’espagnol. Je suis du côté des philosophes et des intellectuels qui aspiraient à un tel changement pacifique tout en rejetant la violence et le totalitarisme auquel conduit inéluctablement le millénarisme.

                En espérant avoir répondu à vos interrogations,

                Cordialement,


              • Onegus Onegus 21 septembre 2010 16:33

                "Il me semble au final que vous cherchez à discréditer un questionnement légitime en soulignant exagérément l’outrance de quelques-uns"

                C’est exactement ça, la démarche de l’auteur est strictement idéologique.


              • emphyrio 21 septembre 2010 21:35


                Merci pour votre réponse
                Je voudrais apporter une critique plus précise à cette analyse, en restant dans le cadre de ce deuxième volet. En effet il me semble que votre jugement sur le « millénarisme » se limite à la dénonciation d’un épiphénomène. Vous n’avez pas manqué de l’associer à des bouleversements historiques majeurs dont les causes profondes, une fois connues et répertoriées par les historiens, sont souvent très éloignées des motifs plus ou moins nébuleux évoqués dans le feu de l’actualité. Je veux en venir à ce point important qu’aussi fantasque ou fantasmée que fut l’expression des craintes sociales dans les périodes charnières celle-ci finit toujours par prendre corps et rationnalité a posteriori. Je ne cherche pas à donner du crédit aux délires paranoïaques que vous dénoncez à juste titre, mais reconnaissez qu’ils sont surement par leur recrudescence le signe d’une certaine mutation dans la marche du monde.

                Autrement dit je ne crois pas à une manifestation spontanée et donc injustifiée de ce phénomène, mais j’aurai voulu lire qu’il est une réponse motivée à une provocation sous-jacente, et donc qu’il est la traduction de la capacité de chacun à s’indigner devant l’injustice, le mensonge et la manipulation.


              • NICOPOL NICOPOL 21 septembre 2010 22:05

                Merci également à vous d’avoir pris la peine de lire la réponse.

                Lorsque vous écrivez ceci :

                "Je ne cherche pas à donner du crédit aux délires paranoïaques que vous dénoncez à juste titre, mais reconnaissez qu’ils sont surement par leur recrudescence le signe d’une certaine mutation dans la marche du monde.

                Autrement dit je ne crois pas à une manifestation spontanée et donc injustifiée de ce phénomène, mais j’aurai voulu lire qu’il est une réponse motivée à une provocation sous-jacente, et donc qu’il est la traduction de la capacité de chacun à s’indigner devant l’injustice, le mensonge et la manipulation.« 

                Je suis bien sûr entièrement d’accord. J’aborde d’ailleurs cet aspect dans l’article en parlant de contextes historiques favorisant l’émergence de phénomènes millénaristes. 

                Maintenant, aillant écrit ceci, le fait qu’un phénomène est une explication causale (et quel phénomène ne peut-il être expliqué ainsi ?) ne revient pas à le justifier et à le considérer comme une »bonne« chose. Certes, le millénarisme actuel est surement une forme de réaction à un système occidental destructeur pour l’individu ; mais reconnaître le diagnostic n’oblige pas à approuver le traitement proposé par les révolutionnaires de tout poil ; en ce qui me concerne, je préfère la »médecine douce" ! 

                Cordialement,


              • Gollum Gollum 21 septembre 2010 12:46

                Ce texte comme relevé par philou et pyralène fait des amalgames grossiers sous une apparente érudition. 


                C’est pas parce que le New-Age et diverses sectes se sont emparés de thèmes ésotériques et traditionnels que ceux-ci sont forcément à rejeter. La doctrine des cycles, Âge d’or avec dégradation progressive jusqu’à l’Âge de Fer, est une doctrine répandue dans tout le monde antique, y compris chez les Grecs que vous vénérez. Elle a été restaurée et explicitée de façon claire en ce siècle par Guénon et bien d’autres. 

                Elle a le mérite d’offrir une explication crédible à la crise actuelle. C’est bien pourquoi d’ailleurs elle sera de plus en plus combattue par les tenants du rationalisme et du scientisme, bref les afficionados du monde actuel. Notamment en jetant dessus l’opprobre du sectarisme et de l’irrationalité.

                Sous un appel à la diversité des points de vue, vous êtes en fait étrangement manichéen.

                Toute doctrine quelqu’elle soit peut-être récupérée par n’importe quel cerveau dérangé et de ce fait dévier. Millénarisme marxiste ou nazi, évangéliste ou islamiste ou new-age..

                Mais libre à vous de jeter le bébé avec l’eau du bain...

                • NICOPOL NICOPOL 21 septembre 2010 16:23

                  Bonjour,

                  J’ai un peu de mal à vous comprendre. Vous nous dites donc que pour vous la « doctrine des cycles » fournit une « explication » à la crise ? Et que des gens comme moi la « combatte » ??

                  Mais où allez vous cherchez cela !

                  D’abord, le fait qu’il existe des cycles (solaires, lunaires, climatiques, économiques...) est effectivement une évidence historique ; c’est bien pour cela que les pensées mythiques ou religieuses des premières civilisations incluaient toutes une cosmogonie cyclique (Maya, Aztèques, Hindous, Grecs...). Mais il s’agit bien de mythes, c’est à dire d’une représentation de la réalité. Et les Grecs, justement, on les premiers clairement fixés les barrières entre cette représentation mythique et le monde réel, en se plaçant du côté du second et non plus du premier.

                  Donc je ne vois pas très bien en quoi une quelconque « théorie des cycles » fournirait une « explication » à la crise actuelle. On voit des cycles émerger d’un chaos d’évènements ; il y a sans doute des facteurs souterrains qui expliquent l’émergence de ces cycles, une « loi » ; mais les cycles « n’expliquent » rien en eux-mêmes, c’est un dessin émergent !

                  Et puis je ne vois pas du tout en quoi le fait de s’opposer à la mentalité millénariste « révolutionnaire » revient à dire qu’on nie l’existence de cycles et que l’on défend le monde actuel ! C’est du non sens complet !

                  "Toute doctrine quelqu’elle soit peut-être récupérée par n’importe quel cerveau dérangé et de ce fait dévier. Millénarisme marxiste ou nazi, évangéliste ou islamiste ou new-age.."

                  Mais c’est bien là le thème de mon article. Où est le problème, donc ?



                • Gollum Gollum 21 septembre 2010 18:24

                  A nicopol


                  J’ai un peu de mal à vous comprendre. Vous nous dites donc que pour vous la « doctrine des cycles » fournit une « explication » à la crise ? 

                  Naturellement, je vous renvoie à Guénon, ou même à la théorie des Yugas dans l’Hindouisme ( mais en fait c’est la même chose) qui explique de façon claire que plus on avance à l’intérieur de l’âge sombre, le Kali Yuga, ou âge des Ténèbres, et plus on s’avance dans le chaos, essentiellement sur le plan spirituel et psychique même si cela est caché par un progrès matériel apparent.

                  Et que des gens comme moi la « combatte » ??

                  Je ne vous ai pas désigné vous particulièrement de façon nominative.. 


                   Mais il s’agit bien de mythes, c’est à dire d’une représentation de la réalité. Et les Grecs, justement, on les premiers clairement fixés les barrières entre cette représentation mythique et le monde réel, en se plaçant du côté du second et non plus du premier.


                  Non, il y a deux types de grecs. Ceux fidèles à Platon qui respectaient la parole des Anciens. Et ceux qui se sont enfoncés dans le scepticisme au fur et à mesure du temps et qui ont inventé le matérialisme à la façon grecque et que la Renaissance a re-découvert. Votre façon de voir est révélatrice. Pour vous le mythe n’est plus qu’un conte de bonne femme. Pour un ancien grec, c’était la geste des dieux et cela avait donc plus de réalité que la réalité elle-même.

                  Donc je ne vois pas très bien en quoi une quelconque « théorie des cycles » fournirait une « explication » à la crise actuelle. 


                  Pourtant lumineux et évident, pour qui a étudié Guénon ou la cyclologie Traditionnelle.


                  il y a sans doute des facteurs souterrains qui expliquent l’émergence de ces cycles, une « loi » ; mais les cycles « n’expliquent » rien en eux -mêmes,


                  Inversion typiquement moderne. Vous essayez d’expliquer les cycles par des facteurs souterrains, alors que ce sont ces facteurs souterrains qui sont le fruit des cycles. Les Anciens platoniciens disaient que ce sont les Intelligibles qui sont la source des phénomènes matériels.

                  Et puis je ne vois pas du tout en quoi le fait de s’opposer à la mentalité millénariste « révolutionnaire » revient à dire qu’on nie l’existence de cycles et que l’on défend le monde actuel ! C’est du non sens complet !


                  Mais je suis tout à fait d’accord à cette opposition à ce genre de millénarisme ! Qu’il soit marxiste, ou quoi que ce soit d’autre, dans la mesure ou pour moi ce ne sont pas des vrais millénarismes mais des caricatures... Encore une fois, vous semblez tout condamner sans discernement.

                  On ne peut pas mettre dans le même panier un ésotérisme sain avec les délires d’un certain New-Age, ou de certaines doctrines politiques. Contrairement à ce que vous semblez penser un Traditionnaliste (millénariste) n’a pas envie d’agir afin que le Monde ressemble à ses attentes. Pour la bonne raison que son idéal est un idéal de non-agir, de non-participation au monde. 

                  Cela devrait vous parler puisque vous aimez Chogyam Trungpa. D’ailleurs si je raisonnais comme vous je condamnerai Trungpa pour la bonne raison que mettre sa santé mentale entre les mains d’un gourou ne peut pas être bien sain. Vu que la plupart des gourous sont des charlatans. Vous voyez, moi aussi je peux faire des amalgames.


                  Où est le problème, donc ? 


                  Le problème est que vous ne semblez pas connaître l’œuvre de René Guénon, ni le fait que le millénarisme même si l’Eglise actuelle s’en est plus ou moins éloigné (il y a des raisons à cela, ça nous emmènerait trop loin) fait intégralement partie de la Tradition. 



                • NICOPOL NICOPOL 21 septembre 2010 19:04

                  Bonjour,

                  Merci de votre réponse et de votre sens du dialogue.

                  Je ne connaissais pas René Guenon. Pour tout vous dire, ce que j’ai trouvé sur lui ne m’inspire guère : d’inspiration ésotérique, nostalgique d’une « franc-maçonnerie » à l’ancienne... Je partage sa vision d’une « dégénérescence spirituelle » de l’occident et de sa méfiance pour les « pseudo-spiritualité », mais j’ai l’impression qu’il associe plus ou moins « spiritualité » avec « occultisme » et « ésotérisme », vision que je ne partage pas...

                  Pour moi, toutes ces histoires d’ « Age d’Or », d’ « Age des ténèbres », est du domaine du mythe, de la représentation. Cela a une très grande valeur psychologique et sociale, je ne le dénie pas ; mais y voir une « cause » me semble abusif.

                  " Pour vous le mythe n’est plus qu’un conte de bonne femme. Pour un ancien grec, c’était la geste des dieux et cela avait donc plus de réalité que la réalité elle-même.« 

                  Je pense au contraire que les anciens grecs avaient un certain recul vis-à-vis de ce qu’ils appelaient justement »Mythes« . Ils faisaient bien la différence entre le monde des »Mythes« , qui est avant tout celui de notre représentation, et le monde »matériel« ou »réel« .

                  Et non, je ne pense pas du tout que les mythes soient des »contes de bonnes femmes« . Ils sont essentiels à l’humanité. Une société sans mythe est morte, sèche, sans énergie. C’est d’ailleurs de plus en plus le cas de la société occidentale...

                   »Pourtant lumineux et évident, pour qui a étudié Guénon ou la cyclologie Traditionnelle.« 

                  Je vais m’y intéresser. Mais, je vous l’avoue, j’ai un peu la même impression qu’en face d’un numérologiste juifs qui m’expliquerait que »les Chiffres gouvernent le monde« ...

                  Encore une fois je ne nie pas l’existence de ces cycles, mais je les vois comme une »propriété émergente« , pas comme une »cause« . Sauf à ce que ces cycles puissent être ramenés à une »loi« scientifique qui les expliqueraient (par exemple, le cycle des saisons expliqué par la rotation de la Terre autour du Soleil...).

                  Sur le fonds, le fait que les civilisations émergent, atteignent une forme d’apogée puis entrent en lente décadence ou disparaissent dans la violence me semble être une réalité historique indéniable et à laquelle sera sans aucun doute soumis la civilisation occidentale. Mais ce n’est pas le »cycle« qui explique cela, c’est un enchaînement désormais bien connu de croissance économique -> croissance démographique -> surexploitation de l’environnement qui en est généralement la cause (lire Collapse de Jared Diamond à ce sujet, par exemple).

                  Enfin, bon, bref, tout ceci nous éloigne un peu du sujet de l’article. Merci en tout cas pour vos commentaires très intéressants.

                   »Mais je suis tout à fait d’accord à cette opposition à ce genre de millénarisme ! Qu’il soit marxiste, ou quoi que ce soit d’autre, dans la mesure ou pour moi ce ne sont pas des vrais millénarismes mais des caricatures... Encore une fois, vous semblez tout condamner sans discernement.« 

                  Mais l’article ne fait que parler de cette »dérive« millénariste consistant non pas à attendre sereinement et »passivement« la fin du monde / du système, mais à la provoquer ! Au demeurant désolé mais j’ai du mal à considérer qu’il peut y avoir un »millénarisme sain«  ! Je ne crois pas une seconde à l’ésotérisme, à l’occultisme, aux »grands maîtres« cachés... 

                  Quant à Chogyam Trungpa, votre remarque est très pertinente et correspond en effet à l’une de mes interrogations sur le Bouddhisme : avons-nous vraiment besoin d’un »gourou« ou »maitre spirituel«  ? Ma réponse est clairement »NON« . Mais Bouddha lui-même recommandait de se méfier du »Bouddhisme" !

                  Cordialement,

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