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Accueil du site > Actualités > Société > Ne vous indignez pas mais éclairez une révolution culturelle

Ne vous indignez pas mais éclairez une révolution culturelle

Si le pouvoir se sert des révolutions culturelles, alors l’inverse est tout aussi vrai, une révolution culturelle peut faire bouger les lignes du pouvoir. La société moderne est organisée autour de deux rapports de pouvoirs, économiques et politiques. L’argent est le médiateur des forces économiques, instituant des rapports d’exploitation, de domination ou d’émancipation. Les conflits économiques sont des luttes pour les moyens. Le marché règle des antagonistes économiques avec notamment la règle de l’offre et de la demande. L’appareil productif est organisé avec des relations de pouvoir, contremaîtres et ouvriers, cadres et employés, managers et opérateurs... L’Etat règle les conflits par la loi républicaine et la police. A ces deux dispositifs s’ajoute un « ensemble spirituel » très hétéroclite induit par la religion, l’expérience vécue mais aussi la fréquentation des médias, des œuvres d’art et surtout la lecture des œuvres philosophiques, scientifiques, littéraires. Cet ensemble de contenus spirituel sera désigné comme culture.

 On sait que certaines révolutions culturelles sont articulées aux changements politiques et économiques. Parfois des ruptures sont visibles, tangibles (Chine en 1966, Russie en 1917), parfois elles se déroulent graduellement, au fil des évolutions techniques, sociales, de concert avec la diffusion des œuvres et l’éducation des jeunes. Allons-y franco, la culture est un instrument d’émancipation et un chemin vers la liberté. Encore faut-il que la culture soit libérée pour qu’elle affranchisse l’homme. Ou alors que l’homme soit affranchi pour libérer la culture. Les systèmes totalitaires ont tous œuvré pour contrôler la diffusion des œuvres culturelles. A l’ère du libéralisme, le marché contrôle la diffusion des œuvres mais c’est avec la complicité des consommateurs. Le marché ne décide pas d’excellence de la culture. La culture n’est plus une question de hauteur mais un phénomène de mode. La culture est aussi restée un signe d’appartenance à une classe sociale. Cliché : Les gens de bonne origine lisent les auteurs classiques, vont à l’opéra ou au théâtre pour quelques agapes spirituelles façonnées par Verdi, Ionesco, Racine ou Haendel. Les foules éduquées s’abreuvent de culture mainstream, produite par des industriels doués pour des citoyens moyennement doués. Le citoyen du monde accède ainsi à une vision globale de l’homme à travers les romans à succès, les films bien scénarisés, les reportages télévisés ou les échanges radiodiffusés. Le monde est connecté, fluide, poreux, liquide. La culture n’a jamais été aussi diffusée. Le monde est un immense hypermarché. Chacun se sert. Les livres les plus achetés ne sont pas les plus savants. Le plus souvent, ils offrent un divertissement intellectuel permettant d’acquérir des savoirs utiles ou inutiles mais sans jouer le rôle des livres imprimés au 17ème siècle à l’adresse des honnêtes hommes.

 Au 21ème siècle, il ne devrait pas se produire de rupture ni de révolution culturelle. Mieux vaudrait évoquer une évolution culturelle liée au marché, à l’industrie et se dessinant comme une succession de vagues dont la durée est plus longue que les saisons de la mode qui reviennent chaque année. Osons un cliché de plus qui, comme tous les clichés, livre une image superficielle des choses qu’il décrit : Les « savants » qui s’adressent au public ne cherchent pas à l’instruire mais à être à la mode, vus et bien distribués à la vente. D’où quelques thèmes rabâchés. La vie réussie, les catastrophes, l’économie à deux sous, la médecine à deux balles, le climat pour les nuls. Certes, c’est encore un cliché mais force est de constater une certaine frilosité dans la prose scientifique et philosophique, pour ne pas dire une convention dans l’approche des choses alors que d’un autre côté, plus discrètement, une littérature ésotérique se diffuse lentement mais sans apporter d’innovation depuis la Rose-Croix au temps de Descartes, ou bien Papus, Blavatsky, Alice Bailey, Don Neroman, pendant le premier 20ème siècle.

 Les seules nouveautés apparues en cette fin de 20ème siècle concernent la mécanique quantique, puis la cosmologie d’où émergent des conceptions inédites, surprenantes et non évidentes de la nature. Des avancées sur la conscience ont été proposées par quelques penseurs audacieux dont Ken Wilber, largement ignoré en France. Pour le reste, l’aventure new age aurait pu participer à une révolution culturelle si elle avait été soutenue par les cénacles savants au lieu d’être récupérée par les gourous et autres mouvements sectaires. Quant aux domaines du vivant, biologie et médecine, là aussi des innovations auraient pu émerger si les blocages intellectuels, idéologiques, scientistes, n’avaient pas interdit de penser différemment, avec comme on le soupçonne, une industrie de la maladie soucieuse de faire des profits juteux en indiquant la voie thérapeutique à suivre. Bref, rien de nouveau depuis l’affaire Mesmer et l’attaque de ses confrères jaloux de ses succès et agacés de perdre une part de leurs prébendes. En 2000, un complot mondial sourdit sur la planète terre, ce complot n’a ni chef, ni organisation, ni tactique, ni stratégie. C’est tout simplement le complot de l’ignorance, de la paresse intellectuelle, de l’indifférence face aux créations artistiques et scientifiques éloignées de la facilité et des prescriptions médiatiques.

Au complot de l’ignorance s’allie le complot du marché et du profit. Les deux vont de pair. En vérité, rien de bien nouveau depuis les analyses de Marcuse sur les désirs consuméristes façonnés par le système au service du profit des maîtres dont les esclaves sont complices, ayant intégré les désirs servant de levier pour les industries de masse. Le complot du marché n’a ni chefs, ni organisation. Il est spontané, fait d’associations, de connivences, de coopérations occasionnelles pour décrocher des profits. On le voit bien dans les médias. Journalistes, cadres, régies publicitaires, producteurs, animateurs, célébrités, tous agissant de concert pour vendre et engranger des revenus dès qu’une opportunité se présente. Le consumérisme est antagoniste de la révolution culturelle. Il n’y a pas de civilisation du marché car la civilisation devient une marchandise.

 Quant aux scientifiques, ils sont souvent du côté des autorités conventionnelles, soutenant un dispositif idéologique et technoscientifique ajusté à l’usage des technologies pour solutionner les problèmes qui entrent dans le cadre de leur efficacité et dont les recherches justifient leurs revenus. D’ailleurs, les problèmes prennent la forme de ce qui est à portée de solution technique. Comme le dit une formule fameuse, quand on a pour seul outil un marteau, tous les problèmes finissent par ressembler à des clous.

 Qui sont alors ces indignés, des consommateurs frustrés, des joueurs en colère, des serviteurs du système déçus de ne pas y participer ?

 


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8 réactions à cet article    


  • crout 21 juin 2011 14:19

    Ce que vous vous mettez en avant dans votre article fait partie d’un de mes motifs d’indignations.

    Avez vous bien saisie l’objectif des indignés ?

    • Pyrathome Pyrathome 21 juin 2011 14:32

      Qui sont alors ces indignés, des consommateurs frustrés, des joueurs en colère, des serviteurs du système déçus de ne pas y participer ?

        Rien de tout ça !! s’indigner serait-il indigne ?

      Oui à la révolution, citoyenne et culturelle......


      • LeLionDeJudas LeLionDeJudas 21 juin 2011 16:31

        En gros l’auteur nous dit qu’il est vain de vouloir agir sur l’économique en réformant le politique puisque le marché contrôle l’économie. Il faudrait donc agir sur le marché en évoluant culturellement.

        Admettons. Et comment on fait pour évoluer culturellement ? Il se garde de bien de nous proposer une solution. Mais par contre ce qu’il sait c’est que les indignés n’ont pas la solution, et il le dit. Que les pouvoirs politiques sous simulacre démocratique n’ont pas la solution bien qu’ils nous dirigent depuis 2 siècles, il ne le dit pas, mais les indignés qui sont là depuis 3 semaines oui...
        Et bien là encore il a raison, ils n’ont pas la solution. Simplement ils se lèvent pour dire « venez, débattons et cherchons une solution ».

        L’auteur ne semble pas comprendre que puisque tout est imbriqué comme il le dit lui même, notre culture influe donc notre façon de voir l’économique et le politique. Percevoir l’économique par l’ornière du marché et l’organisation de l’appareil productif comme ne pouvant se passer des rapports de domination ou encore percevoir le politique comme incapable de réguler l’économique montre que l’auteur n’a toujours pas effectué cette évolution culturelle qu’il appelle de ses vœux.

        *************************

        "Qui sont alors ces indignés, des consommateurs frustrés, des joueurs en colère, des serviteurs du système déçus de ne pas y participer ? "

        Ils seraient même plutôt déçus d’y participer sans qu’on leur demande leur avis, malgré eux quoi. Mais serviteurs certainement pas.


        • Kalki Kalki 22 juin 2011 09:09
          Singularité, Hypercroissance économique : Trouvez moi une seule personne qui travaille :)Une seule personne qui travail, qui pense et qui dirige

          dans ce monde de fous

          Montrez moi cette personne qui est capable de penser vraiment , j’attend qu’on en rie

          QUe veux les indigniés ? RIEN ?

          Définissez ce que vous voulez, et après si vous avez réussi a ne pas être con ( ce qui n’est sur finalement ) on en reparle

          SI les indigniés était autre chose que des chiens ( dans leur grand majorité ) ils passeraient aux actes, d’abord dans leur vie

          la liberté , n’attendez de personne qu’on vous la donne : il faut la prendre et s’en servir


        • Kalki Kalki 22 juin 2011 09:12

          SInon blabla bla

          économie et politque

          et elle est ou la technologie ? quelque chose de concret qui n’es pas invention VIDe de l’esprit vide pour passer le temps vide

          Elle est ou la réalité, techno « économique », TECHNOLOGIQUE du monde du travail

          vous la connaissez vous ?

          Non vous il y a 60 , ou 30 ans ?


        • LeLionDeJudas LeLionDeJudas 22 juin 2011 12:10

          Dit kalki, avec tes copier-coller à tout bout de champs tu fatigues un peu. Tes idées ne sont pas inintéressantes mais fait un effort pour les présenter correctement parce que c’est un vrai charabia, on a pas envie de te lire.
          T’es là à nous parler de vide à tous bout de champs et tu n’arrêtes pas de l’ouvrir : alors assume, cache-toi dans les montagnes et disparaît de la vue des hommes, si tu choisis de vivre avec nous, va falloir user d’un langage un peu plus compréhensible.


        •  C BARRATIER C BARRATIER 21 juin 2011 22:02

          Il est temps d’agir sur l’Histoire ; on l’a trop regardée et expliquée comme une fatalité, c’est le cas ici, et la faiblesse de cet aricle pourtant intéressant qui ne peut que justifier notre indignation !

          http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/resistants-d-hier-et-d-aujourd-hui-96299?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+agoravox%2FgEOF+%28AgoraVox+-+le+journal+citoyen%29

          Choisissons notre camp, connaissons notre filiation culturo politique


          • Marc P 22 juin 2011 08:48

            Merci Bernard pour cette thèse, on attend maintenant l’anti-thèse à moins que vous ayez commencé par cette dernière... smiley

            On peut tout de même reconnaître à l’ouvrage d’Hessel et à ses émules leur visibilié ce qui n’est pas rien dans notre bazard médiatique... smiley

            Codialement

            Marc P

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