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Accueil du site > Actualités > Société > Notre invention de la destruction

Notre invention de la destruction

Pour se regorger des innombrables acquis de nos capacités intelligentes, il suffit de reprendre le chemin de l’école, lieu où l’apprentissage à la connaissance est malicieusement subjectif, relatif et arbitraire. Dès que l’enfant grandit, tout est déjà affaire de moule religieux et patriotique. Ses parents n’ont guère voix au chapitre, et son comportement est remis à une société qui le construira. Qu’elle soit confessionnelle ou laïque, l’éducation distillée l’est sur un mode manichéen qui fait que le jeune humain est conditionné pour un bon bout de temps, voire pour toujours mutilé si, adulte conservateur, il se fait l’adepte de la partialité admise et passe alors son existence à avaler des couleuvres. Les cours dispensés le sont toujours à l’avantage du pouvoir dispensateur. Sauf pour ce qui concerne quelques incontournables massacres, de préférence commandés par des héros plutôt que par des criminels, la plupart des zones d’ombres sont évincées. De l’étape archaïque à celles des techniques traditionnelles, classiques puis technologiques, de la roue aux nanotechnologies, les grandes inventions nous encensent. Inventer pour améliorer la vie quotidienne, voire la prolonger et la rendre plus douce, ces innovations ne revêtent pourtant qu’un intérêt aléatoire quand, simultanément, nous cassons la baraque et concoctons au jour le jour des lendemains improbables. Si tout se termine en mort du cygne, c’est qu’alors la condition humaine est bien pathétique. De toute façon, l’humanité elle-même est une invention dont la raison d’être, recadrée dans le champ cosmologique et cosmogonique, est contestable, dérisoire et d’un ordre d’importance symbolique bien inférieur à celui de l’œuf en amont, ou du cataclysme en aval.

« Quand nous serons devenus normaux, tout à fait au sens où nos civilisations l’entendent et le désirent et bientôt l’exigeront, je crois que nous finirons par éclater tout à fait aussi de méchanceté. On ne nous aura laissé pour nous distraire que l’instinct de destruction. C’est lui qu’on cultive dès l’école et qu’on entretient tout au long de ce qu’on intitule encore : La vie. Neuf lignes de crimes, une d’ennui. » Louis-Ferdinand Céline

Pour la première fois dans l’histoire de la pensée humaine, le probabilisme joue avec les sciences exactes. Il ressort que les dignes découvertes sont à replacer dans la perspective de cette autre facette humaine qui est celle du fatal penchant à détruire. Et à détruire tout. Sur les bancs scolaires et en matière de « casse », on ne nous distillera guère que des « anecdotes » comme la destruction de Carthage par les Romains, celle du premier Temple de Jérusalem par Nabuchodonosor ou « l’effroyable imposture » dévastatrice du 11 septembre 2001 grâce à laquelle nous refaisons notre beurre pétrolier. C’est d’un ordre de « démolition » tout autre dont il faut parler haut et fort, celui universel, pernicieux et permanent de notre biosphère, de notre maison du Quaternaire. Et comme disait l’autre, nous ne sommes plus ces respectables prédateurs qui ne prennent que pour survivre et laissent le reste à la Terre. Nous autres, civilisés puis modernes, et bien que sapiens comme sage, nous prenons tout, absolument tout, et tout de suite, et sans honte ni partage, tels de vrais pirates exterminateurs. Nous pratiquons la politique de la terre brûlée pour ruiner l’ennemi qui viendra après nous, en oubliant que ce seront nos chers enfants que nous croyons tant aimer. Même un rongeur n’agit pas ainsi ! Curieusement, cet anéantissement aussi tranquille qu’incommensurable ne fait jamais la une des news à sensation. Pourtant, c’est sensationnel, non ? L’erreur scandaleuse de notre conduite auto-suicidaire est quasiment ignorée dans la vie anormale des gens normaux. Exception faite de quelques apartés spectaculaires et autres batelages de foire qui font l’affaire du blanchiment vert de nos produits… corrosifs. L’humain est sans concession. La lecture de La pulsion vers l’autodestruction d’Arthus Koestler nous aide à comprendre cette maladie mentale qui nous incite à détruire et pourquoi notre monde est un tel bordel.

Bâtir sans détruire n’aura pas été un défi, pas un instant nous n’avons cherché à ménager les écosystèmes et le durable au profit de l’économie immédiate. Les bénéfices faciles ont toujours marqué le pas sur le vital et le futur. Gloire aux constructeurs, au grand dam de la destruction. Maintenant, chaque fois plus près du mur, les velléités tardives de tergiversations et de projets de réajustement de cet écart démesuré entre croissance et conservation sont vaines. Les jeux sont faits, le pli est donné, on ne reconstruit pas un écosystème, on ne dépollue pas les mers, il faudra attendre plus d’un siècle pour que les cent mille molécules de synthèse épandues dans les sols s’estompent, ou pour que le CO2 émis aujourd’hui disparaisse.

L’homme fait la guerre à l’homme, c’est un malaise entretenu, convenu, admis, notoire. C’est tant admis qu’il n’y a plus de vrai suivi informatif des guerres et des conflits qui ne nous amusent ou nous émeuvent que lors des soirs de première. Mais l’homme fait aussi et surtout la guerre à la Nature, d’abord par peur et détestation gratuite, ou induite par les vieux démons. Honnie soit la Nature est le grand prétexte. C’est donc dans la nature humaine de détruire la Nature, comme pour une histoire de survie, tant la naturalité dans sa version originelle est adverse, récalcitrante, désagréable, nauséabonde, diabolique, envahissante. Il faut défricher pour survivre. On gardera quand même le Bois de Boulogne ou de Vincennes, et demain un carré d’Amazonie ou de Bornéo, pour y mettre des cygnes et quelques tapins pour le stupre. Et pour que l’on puisse y faire du jogging, comme nos présidents de république ou de chaîne télévisée. La Nature reformatée nous botte. Dans le sillage du défrichage des broussailles et des mauvaises herbes pour y planter nos choux, à la mode de chez nous (c'est-à-dire avec les énergies fossiles et Monsanto), l’action se poursuit et c’est toute notre économie qui exploite alors le filon de la dévastation pour créer des emplois, en même temps qu’on invente chaque jour une machine de plus qui en détruit davantage. C’est ainsi que nous avons galvanisé toute la planète depuis cette aube médiévale où nous aménagions respectueusement des clairières pour survivre. Ce que font encore certains peuples autochtones en attendant qu’on les expulse ou qu’on les massacre pour exploiter les richesses forestières ou minières dont ils sont les anges gardiens. Le vieux schéma s’est ainsi poursuivi, presque innocemment depuis Caïn et Abel et leurs quelques millions de contemporains. Depuis, il nous fallu nourrir 1 milliard de Terriens en l’an 1800, 3 milliards en 1960, 5 milliards en 1987, 7 milliards en 2011, 9 milliards en 2050, 17 milliards en 2100… Heureusement, la Terre est extensible et rechargeable !! « Nous n’habitons plus la même planète que nos aïeux : la leur était immense, la nôtre est petite », constate Bertrand de Jouvenel, plus malin que les autres ! Il fallait y penser !! Outre les contraintes agricole et économique qui rongent le globe, outre la pêche irraisonnée et intensive qui désertifie les mers et les fonds marins, nous souffrons aussi d’une curiosité. Cette dernière serait très respectable : elle ouvre les voies de la recherche, de la connaissance, mais remplit aussi les vitrines des collectionneurs et des musées, y compris les étagères des bazars du monde où la dent du requin, la carapace de la tortue ou le rameau de corail sont proposés aux concierges nostalgiques du temps où ils étaient cueilleurs-chasseurs. C’est bien tant l’ignorance que la connaissance, le factice que l’indispensable, l’égoïsme individuel que l’anthropocentrisme collectif qui nous poussent à anéantir le monde, ses ressources non renouvelables, ses écosystèmes irremplaçables, sa biodiversité unique et si fragile. La Terre était notre mère, elle est devenue notre lego.

Nous abusons et surexploitons systématiquement la Terre dans une contradiction rédhibitoire et une incompréhension radicale de la complexité des systèmes fondamentaux. L’actuelle débâcle universelle, qui nous fait pressentir un avenir en voie d’impasse, n’est pas fortuite. Elle résulte de notre attitude d’après-nous-le-déluge inspirée d’un flagrant déni de la notion de finitude terrestre et d’un étonnant somnambulisme écologique. Cette primauté de l’avidité et du développement à tous crins est une tendance depuis toujours confortée par nos choix de gouvernances. Le progrès tant glorifié hier revêt soudain un goût amer. Nous sommes passés de la providence d’une Terre trop grande aux restrictions d’une planète presque subitement trop petite. Nous sommes trop nombreux autour du buffet, il n’y en a plus pour tout le monde. L’analyse est d’autant plus grave que lorsque nous connaissions l’abondance, les exploiteurs faisaient tout pour se tailler la plus belle part d’un gâteau qu’ils refusaient de partager avec ceux qui en étaient détenteurs. Le constat d’un effondrement s’affiche désormais comme implacable. Dans une fuite en avant poussée par ses enivrements prométhéens, l’humanité s’apprête fatalement à signer son autodestruction planétaire. L’autogénocide bouclera la boucle. La notion d’avoir tout pris de cette Terre, de n’avoir rien ménagé pour demain, devrait nous abasourdir, nous affliger, nous consterner, nous terrasser. Si la prédation naturelle est un des moteurs de l’écologie, celle que nous exerçons, vu la manière et l’ampleur de la demande, n’est que pure démolition. La contre-productivité de nos agissements fut un acte irréversiblement engagé dès notre sédentarisation, sous la houlette des grandes religions révélées, avec les notions de propriété, de production, d’industrie, de profit et de prolifération. Pour que dure l’humanité, pour laisser la planète « aller jusqu’au bout », l’homme devait rester sage et « sauvage », semi-nomade et vénérer la création, au lieu de s’en croire le maître démiurge et cartésien. Au stade où nous en sommes, le regret est totalement ridicule.

Les cultures des nations premières et nues ne creusaient pas, ne construisaient rien et ne ravageaient donc pas. Ces hommes respectaient trop la Terre pour lui faire du mal, ils étaient vraiment sapiens.

Aux premières civilisations, premières ambitions et premières démesures toutes inspirées de la crainte et donc de le culte des divinités. C’est la phase des bâtisseurs qui débute 3.000 ans av. J.-C. avec les Pharaons, puis la Grèce antique dès le IVe siècle av. J.-C. La mégalomanie légendaire des premiers nous a laissé le vocable « pharaonique », fort utile de nos jours. Bien que d’ampleurs titanesques, le Machu Pichu des Incas ou les temples d’Angkor de l’empire Khmer du XVe siècle ne menaçaient guère les équilibres naturels, les effectifs populationnels de ces époques se superposant largement aux ressources. On peut en dire autant des premières périodes de nos cathédrales, dès le Xe siècle avec celles romanes. La faible démographie et l’absence de progrès technologique permettent à l’humanité de rester en phase avec les élémentaux d’une Nature encore vierge.

C’est évidemment dès l’ère industrielle que nous inaugurons notre pleine capacité à tout chambouler et anéantir, ce qui sera quasiment bouclé en cinq siècles. Catastrophes industrielles, chimiques, militaires, toutes ont un impact écologique cuisant. Mais c’est la révolution verte, induite par l’avènement de la pétrochimie et la mécanisation du travail, qui fera table rase de l’essentiel, notamment par sa pénétration jusqu’au cœur des campagnes, des montagnes et des forêts, et parce que la pollution induite n’est pas maîtrisable et s’étend au plus loin, par l’eau et par l’air. Bien sûr qu’il tombait bien ce passage d’une agriculture paysanne, douce et respectueuse à un productivisme agricole sans limites puisqu’il fallu nourrir presque soudainement 3 milliards d’humain supplémentaires ! C’est d’ailleurs l’inverse, nous n’aurions pas connu cette « popullulation » sans la production attenante en amont. Foutu essor que cette maîtrise des énergies fossiles autorisant les engins et les intrants chimiques ! À nous de résorber l’excroissance démographique maintenant qu’est annoncée à court terme la déplétion pétrolière, à moins que nous trouvions dans nos petites têtes de linottes comment nourrir 10 milliards de personne sur un mode biologique et durable, alors que nous avons déjà empoisonné pour très longtemps la majeure partie de nos terres fertiles. Cette civilisation agro-industrielle ne fut que source d’aliénation et d’injustices. Démographie galopante, essor technologique, idées de progrès et de croissance, culture symbolique, hygiénisme, science moderne et mécaniste, division du travail, propriété et spéculation, vie urbaine, société de masse, domestication du Vivant : le massacre de la Terre est presque consommé, notre bel humanisme se mord la queue, c’est le début de l’effondrement et nous sommes dans de beaux draps. Il ne nous reste plus qu’a confier à Jean Nouvel d’édification de buildings écologiques, et le tour est joué.

Construire et détruire sont des gestes simultanés, liés ipso facto, normalisés, tout permis de construire ou d’exploiter sous-tend l’autorisation tacite d’anéantir. Déforestation, méga-captage des eaux, esclavage des animaux comestibles, brevets sur le vivant, génie génétique, vaccinations pandémiques, la planète est à nous, tout résistant ou opposant est un ultra ou un terroriste. Plus l’acuité écologique est niée, moins nous battons notre coulpe. Sans aller voir le barrage des Trois Gorges et son record mondial de casse sociale et écologique, il suffit d’observer le jardinet d’à côté, ou même le nôtre ! Tout comme le fonctionnalisme en d’autres domaines, l’ornementalisme à base de plantes allochtones importées, sur un sol synthétique à force de traitements, le tout vidé de tous végétaux ou invertébrés locaux, avec des haies et des pelouses joliment/affreusement taillées, tondues, alignées, il s’agit d’une véritable petite œuvre contre-nature de déconstruction, stupidement environnementale dans le sens monothéiste de la domination. L’exemple multiplié par des centaines de millions de tels espaces « expurgés » de leurs valeurs vitales et remplacés par des ersatz de Nature forment une mosaïque très préjudiciable pour l’équilibre de la planète. C’est aussi grave que le fameux remembrement agraire des années 1960, vilipendé depuis. A quand une écotaxe sur les espaces paysagers détruits et sortis de leur contexte endémique ?

Observez ces machines infernales qui scalpent les forêts africaines, tasmaniennes, asiatiques, amazoniennes, et qui ont déjà mis en sciure d’immensités sylvatiques : abatteuses, débardeuses, débusqueuses et autres effrayants Timberjack, aptes à ne faire qu’une bouchée de la forêt pour la mettre en pulpe… Vous êtes horrifiés par cette « merveilleuse » technologie au service des agresseurs de la forêt ? Vous songez aux esprits qui habitent les arbres séculaires, aux milliers d’années de genèse qui préludent aux écosystèmes forestiers, au meurtre des espèces sur le passage de ces engins monstrueux ? Pauvres poètes décalés, vous êtes vraiment nuls, vous ne comprenez rien aux activités économiques de notre développement économique ! Les voilà nos inventions et leurs effroyables capacités de destruction. Tout ça pour disposer d’une ignoble table dans la cuisine ! Mais la Terre est vivante, nom de dieu !

Parler de désertification, soit de la pire destruction dont l’homme ait été capable et coupable, puisqu’il s’agit de celle du substrat de notre sol, de notre « plancher des vaches », et donc d’une certaine fin de ce monde, impose un retour obligé à l’essence même des croyances ayant pu présider, guider et induire une telle attitude suicidaire. C’est aussi la preuve formelle que notre espèce bornée est véritablement possédée - au sens diabolique du terme - par ses idéologies, qu’elles soient religieuses, politiques, économiques ou socio-culturelles, pour être dans la plus totale incapacité de changer de cap, ou de mettre un frein, si ce n’est de donner la priorité à la conservation de notre milieu contre un goût immodéré du profit accumulatif. Et de quel profit s’agit-il puisqu’en agissant de la sorte, c’est tout un système de déshéritement global qui est enclenché ? À moins que le génie bancaire puisse poursuivre son évolution après l’effondrement des écosystèmes, un peu à la façon dont les banques maintiennent parfois leurs activités dans des bunkers souterrains durant des conflits guerriers ! « Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson pêché, alors vous découvrirez que l'argent ne se mange pas  », dit un précepte rabâché des Indiens Crees. La prise actuelle de conscience n’est sans doute qu’une crise hypocrite de la même conscience. Ses manifestations restent strictement conceptuelles et sans réelle praxis. Force est de croire que les mythes et les croyances qui nous ont mené jusqu’à la funeste fatalité d’un tel mal-être planétaire, aient constitué la part prééminente de nos cultures, au détriment d’une certaine sagesse que nous inspireraient science et raison.

Finalement, une marée noire n’est qu’un mode de destruction plus rapide et radicale que ne le sont le tourisme balnéaire (dont les produits à bronzer sont d’abord utilisés sur des animaux de laboratoire…) et la pêche (à propos des cruautés et des excès de laquelle flotte un tabou…) !

La destruction de la Nature est donc le propre de l’homme qui ne renoncera jamais à ses avantages égoïstes pour sauver sa Terre-mère. Plutôt crever que de ménager la Terre, même si nourricière ! Telle serait la devise d’un kamikaze…, avec casque ! Personne n’est effectivement disposer à renoncer à son bien-être matériel, quitte à s’enrôler dans un réel auto-génocide. Pour Yves Paccalet, dans son pamphlet L’Humanité disparaîtra, bon débarras !, l’homme est : « un ravageur imprévoyant ; (…) un saccageur qui n’a d’autre préoccupation que son intérêt immédiat ; une espèce violente envers les autres comme envers elle-même ; un danger  ». Paccalet explique bien que l’homme obéit à trois pulsions qui sont à la base des problèmes écologiques : le sexe, le territoire et la hiérarchie. Homo sapiens est la première espèce reproductrice à occuper tout l’espace planétaire, y compris celui des autres espèces dérangées, exilées ou exterminées. L’humain est aussi éminemment territorialiste et n’hésite en rien pour se défendre : « Non plus englouti comme un point sans dimension, il existe comme ensemble, dépasse le local pour s’étendre sur d’immenses plaques (…). Non seulement il peut s’armer pour écraser l’univers, par les sciences et les techniques, (…) mais il pèse sur lui par la masse de sa seule présence assemblée », argumente Michel Serres, dans Le contrat naturel. L’homme se différencie des autres grandes espèces avant tout par sa capacité d’utiliser des outils, lesquels sont devenues de redoutables technologies dans notre civilisation moderne. « L’illusion de Galilée comme de tous ceux qui, à sa suite, considèrent la science comme un savoir absolu, ce fut justement d’avoir pris le monde mathématique et géométrique, destiné à fournir une connaissance univoque du monde réel, pour ce monde réel lui-même », remarque judicieusement Michel Henry, au sujet de la science, dans son livre Galilée. Non seulement cette technique nous coupe du vivant et des subtiles interdépendances, mais permet aux plus nantis et donc aux moins respectueux de dominer les plus faibles et les plus démunis. C’est le suprême moyen pour écraser au lieu de partager. Une telle humanité sans morale, ni lecture du cosmos, n’a aucun autre avenir que celui d’inventer davantage de moyens pour sombrer, et ce, dans moins de temps qu’on l’imagine. Nous sommes désormais trop supérieurs, trop ignorants et trop équipés.


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27 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 20 octobre 2011 09:12

    Une société qui consomme toujours plus ne peut respecter
    l’environnement et épuise tôt ou tard les ressources essentielles à la vie. Il ne peut
    y avoir de croissance infinie sur une planète finie. Il ne s’agit pas de se priver ou
    de vivre dans la frustration. Vivre simplement, c’est de ne pas succomber aux
    tentations inutiles et de résister au dictat des marques. C’est vivre mieux avec
    moins, c’est être responsable. Mais c’est aussi comprendre que notre boulimie
    d’achat est le reflet d’un mal-être, d’une insatisfaction, engendrés précisément par
    cette société dite d’abondance ? Nous possédons de plus en plus de biens
    matériels, sommes-nous de plus en plus heureux ? Au seuil de la vie, la véritable
    richesse est le vide que l’on laisse et pas les biens que l’on lègue !
    Lire :
    http://2ccr.unblog.fr/2011/01/03/de-quoi-avons-nous-besoin/


    • devphil30 devphil30 20 octobre 2011 10:17

      Splendide article au coeur d’un problème mondial dont les conséquences commencent à apparaître et dont on se demande si il n’est pas déjà trop tard pour inverser la machine à détruire la terre.


      Je ne connaissais pas Yves Paccalet , je vais me renseigner sur lui mais merci pour ce cri du coeur dont les banquiers et autres politiciens n’ont cure.

      Philippe 



      • Michel Tarrier Michel Tarrier 20 octobre 2011 10:29

        Grand merci pour l’encouragement, l’écologisme visionnaire est moqué, nos écosystèmes déclinent gravement, nous transformons notre maison du Quaternaire en fosse commune, obnubilés que nous sommes par l’envoutement des économistes.
        Lisez Paccalet, lisez-moi, nos livres ouvrent des horizons de... désespoir, mais aussi de combat !


      • Michel Tarrier Michel Tarrier 20 octobre 2011 11:40

        Je comprends parfaitement que ce bouquin de Weismann ait pu vous convaincre, il fit de moi un écologiste urgentiste. Mais je suis écologue en amont et témoin de terrain de cette sixième phase d’extinction massive des espèces.
        Ne parlons pas de désespoir, mais de pessimisme lucide. L’heuristique de la peur n’est pas contre productif, enfin je l’espère...
        À la montée du nazisme, les Juifs qui restaient optimistes ont disparus. Les pessimistes se sont retrouvés à Mew York !!

        Mes livres sont assez difficiles à trouver, et pour cause... !
        Le mieux est de les commander en ligne (Amazon, Fnac...)
        Écosophie, écoconscience, écorésistance, écocratie :
        Une toute autre vision du Monde et de l´écologie. Une conception où notre Monde ne dépend que de l´écologie. Alors, l´écologie n´a plus besoin d´être ni négociable, ni électorale, ni présidentiable, elle nous gouverne ! L´objet du scandale capitaliste, c´est bien que l´écologie soit la cinquième roue de la charrette démocratique ! La trilogie :
        Dictature verte. Éditions Les Presses du Midi. 300 pages
        Parce que la Nature a toujours raison…
        http://www.amazon.fr/Dictature-verte-Tarrier-Michel/dp/2812701404
        Faire des enfants tue la planète. Éloge de la dénatalité. Éditions LME. 180 pages
        7 milliards d’humains, mais 1 seul livre pour en parler…
        http://www.amazon.fr/Enfants-Tue-Planete-Tarrier-Michel/dp/2360260197
        Nous, peuple dernier. Survivre sera bientôt un luxe. Éditions L’Harmattan. 450 pages
        Parce que l’homme n’est pas l’avenir de la Terre…
        http://www.amazon.fr/Nous-Peuple-dernier-Survivre-bient%C3%B4t/dp/tags-on-product/2296105629


      • Gabriel Gabriel 20 octobre 2011 10:48

        Superbement bien dit et criant de vérité, malheureusement, dans notre monde rendu sourd par l’individualisme et l’égocentrisme toute notion juste est raillée et moquée. J’ai bien peur que la conscience collective ne se réveille un pied dans la tombe. Quoi qu’il en soit merci de continuer le combat que vous menez, vous n’êtes pas seul. On se bat, on regarde et on espère mais putain, ça fatigue !!!


        • lagabe 20 octobre 2011 14:43

          est ce que tu es capable , toi , de te remettre en cause , pour vivre au niveau du français moyen , il faudrait 3 planètes terre


        • Gabriel Gabriel 20 octobre 2011 15:22

          Lagabe, je pourrais vous retourner la question, mais j’avoue ne pas comprendre exactement sa teneur. Pourriez vous développer avec des détails SVP ? 


        • lagabe 20 octobre 2011 15:32

          en clair , faut prendre le PIB français soit 2000 milliards , le diviser par le nbre d’habitants et le multiplier par la population mondiale , on arrive a un chiffre 3 fois supèrieur au pib mondial

          http://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/21-aout-2010-le-jour-du-79989

          21 août 2010 : le jour du dépassement

          Le 19 décembre 1987, pour la première fois de son histoire, l’humanité vivait au-dessus de ce que la terre pouvait lui offrir en un an. Selon l’ONG Global Footprint Network, le jour du dépassement (Earth Overshoot Day) aura lieu cette année le 21 août.

          L’humanité aura consommé le 21 août 2010 les ressources que la nature peut produire en un an. Incroyable non ?

          http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/l-aie-et-la-manipulation-du-marche-96956

          Qui sont les fautifs qui dérangent l’ébriété énergétique de l’Occident

          La Chine vient de supplanter les Etats-Unis à la tête des plus gros consommateurs mondiaux d’énergie, révèle le rapport statistique annuel de BP. La consommation énergétique mondiale, tirée avant tout par les pays émergents (Chine, Inde, Brésil, etc.), a cru de 5,6 % l’an dernier. La Chine serait promise au premier rang de l’économie mondiale d’ici à 2030,compte tenu de la croissance présente de son Produit intérieur brut. Le New York Times a choisi cette semaine de mettre en avant une tribune soulignant l’impossibilité physique, économique, écologique, matérielle, substantielle (etc.) de voir s’étendre à la population de la Chine ou de l’Inde le ’rêve américain’ commercialisé tout autour du globe. Voilà qui est clair, les Chinois ne doivent pas prétendre à un mode de vie à l’américaine

          http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/02/15/la-societe-obese/

          Nous vivons dans une société qu’on a gavée et dont le foie éclate. On a dit que la pauvreté cesse lorsqu’on a un pantalon et que la richesse commence quand on en a deux, puisque l’on n’en porte qu’un. Il faudrait ajouter que la pauvreté revient quand on en veut un troisième, car on est toujours pauvre quand on a un désir qui n’est pas satisfait et le système de production actuel, en ce sens, s’est donné pour but principal de nous appauvrir. De nous appauvrir et de nous engraisser. Comme ces roitelets des îles mélanésiennes qui voient l’obésité comme un signe de succès, dans une culture dont la faim n’a jamais été éradiquée.


        • lagabe 20 octobre 2011 15:41

          QUAND, en 1992, Deng Xiao Ping déclara : « Le Moyen-Orient a du pé­trole, mais la Chine a des terres rares  », tout le monde rigola. Aujourd’hui on rit jaune... La Chine, qui produit 97 % de terres rares, vient de com­mencer à fermer le robinet. Et on est mal.

          Sous le joli vocable de «  terres rares  » se cachent dix-sept mi­néraux aux noms poétises, néodyme, dysprosium, lan­thane, etc., qui partagent les mêmes caractéristiques : ils sont difficiles à extraire et à raf­finer, et les nouvelles technolo­gies en ont grand besoin. No­tamment, comme c’est bizarre, les technologies dites durables : le terbium est indispensable aux lampes à basse consom­mation ; sans néodyme on ne pourrait guère faire de moteurs de voitures électriques ni de gé­nérateurs pour éoliennes. Et d’autres métaux rares, que la Commission européenne vient de classer sur une liste de qua­torze « matières premières critiques  », sont eux aussi indispensables à la fameuse « croissance verte  » : le gallium est décisif pour les LED et les cellules solaires à haut rendement, l’indium est idéal pour les cellules photovoltaïques, etc. Ajoutons que la demande pour toutes ces raretés a explosé avec le high-tech (écrans plats, fibre optique, afficheurs à cristaux liquides, lasers, radars, etc.), et l’on comprendra que Deng Xiao Ping avait vu juste.

          Et que les industriels occi­dentaux se mettent à paniquer.

          C’est dans ce contexte que vient de sortir un passionnant et très informé bouquin (1) sur la question, écrit par des centraliens, des ingénieurs donc, qui ne jurent que par la technique et dont on s’attend à ce qu’ils nous promettent de trouver des solutions, grâce à la recherche, à l’innovation technologique, au recyclage, comme on nous le serine d’ordinaire. Stupeur : au contraire, ils détruisent mé­thodiquement toute illusion.

          1.  « Nous exploitons un stock fini » de métaux qui s’épuisera bientôt, croissance aidant. La pénurie nous guette, et plus vite qu’on ne le croit : dans dix à treize ans, par exemple, il ne restera plus d’indium.La « croissance verte  » qui viendrait apporter la so­lution à tous nos maux est un mythe : la course techno­logique et l’innovation créent un emballement de besoins en métaux, enparticulier les plus rares, qui rend cette croissance non durable.

          2.  L’extraction des minerais requiert de plus en plus d’éner­gie, car ils sont de moins en moins concentrés. Or l’énergie, toujours moins accessible, exige de plus en plus de mi­nerais : nous venons tout juste d’entrer dans ce cercle vicieux

          3.  Croire que le recyclage va tout régler est une erreur. « Il n’y a pas de circuit sans perte.  » S’il peut freiner le gaspillage, le recyclage « ne pourra pas inverser la tendance  ».Et de conclure : « C’est donc sur le terrain du juste besoin et, par-delà, de la morale que devront se situer les progrès.  » Aaaargh ! si même nos meil­leurs ingénieurs se mettent à douter que la Sainte Technique et de la Sanctissime Croissance verte puissent nous tirer d’affaire...


        • Gabriel Gabriel 20 octobre 2011 16:51

          Très documenté, merci. Le vivre et consommer autrement pourrait freiner les catastrophes vers lesquelles on se précipite têtes baissées (Raréfaction des matières premières, pollution, dérèglement climatique etc..) Mais cela ne peut-être suffisant à terme sans maîtrise du nombre d’individu. Comme vous le faites remarquer à juste titre, la planète ne peut subvenir au besoin que d’un certain nombre d’individu. Maintenant comment régler se problème le plus humainement possible et en appliquant les règles du jeux à chaque entité, vaste programme ?


        • xray 20 octobre 2011 17:00


          C’est quoi, la croissance ? 
          Quand le PIB augmente, c’est de la croissance. La croissance, c’est le pays qui s’enrichit. Quand le pays s’enrichit, c’est de l’argent pour ceux qui en ont besoins. Va sans dire, de l’argent pour les riches. Pour être pauvre, on n’a pas besoin d’argent. 

          Le PIB ? 

          Le PIB est la somme totale des facturations publiques et privées. 

          Un accident de la route est source de PIB. 
          Un malade produit du PIB. 
          Tout vandalisme va produire du PIB. 
          Une tempête dévastatrice produit un énorme PIB. 
          L’oligarchie au pouvoir sait très bien que pour produire du PIB, il suffit de générer des malades et de la misère.

          Les
          Français sont revenus à la situation du début des « années 40 ». 
          Ils sont soumis à : 

          - Une monnaie d’occupation ; 

          - Des journalistes d’occupation ; 

          - Des mœurs judiciaires dignes du nazisme ; 

          - Des collabos financés et au service de qui ? L’Europe,  les Américains, ou le Vatican ? 

          L’EUROPE des curés
          http://mondehypocrite.midiblogs.com/  



        • Croa Croa 20 octobre 2011 23:54

          « L’oligarchie au pouvoir sait très bien que pour produire du PIB, il suffit de générer des malades et de la misère. »

          Oui, tout à fait mais il manque le pire. Quand les marchés sont saturés ou que la nature n’en peut plus il leur reste encore un truc pour faire du PIB...

           smiley smiley La guerre smiley smiley 


        • lagabe 21 octobre 2011 09:29

          ou la finance depuis 90


        • Tristan Valmour 20 octobre 2011 11:37

          C’est encore un article superbement bien écrit, vous avez une belle plume et défendez bien vos convictions par une organisation savante de votre argumentation. Malheureusement, vous n’apportez que peu de preuves à ce que vous avancez, et vous misez trop facilement à la fois sur la sensibilité et sur la peur. Laissons-les de côté pour analyser froidement les données.

          L’école est effectivement un lieu où l’on modèle les élèves, mais les parents font de même, comme les camarades qui veulent qu’on les imite. C’est l’effet des neurones miroirs et le résultat de la plasticité cérébrale. L’Education est un conditionnement chez l’Homme…. comme chez les animaux. Malgré tout, l’école est aussi un lieu où l’on apprend à penser, à remettre en cause. Pas assez certes, mais ce phénomène existe. Ainsi voit-on plusieurs façons de résoudre une équation mathématique, ainsi utilise-t-on le plan dialectique pour voir tous les aspects d’un sujet dont on a soulevé la problématique, sans compter la philosophie qui nous enseigne à nous abstraire des préjugés et rechercher la Vérité. Cette éducation formatrice que vous décriez n’a pas empêché la naissance de scientifiques qui ont mis en cause les théories de leurs pères. Vous voyez bien que le formatage n’empêche pas le changement ; il y participe même. Pourquoi ? Parce que notre cerveau est fait pour trouver les failles, pour compléter les manques.

          L’humanité est destructrice ? C’est vrai. Mais les insectes (c’est votre spécialité je crois) ne se font-ils pas la guerre en détruisant les colonies de leurs adversaires ? Les fourmis ne pratiquent-elles pas l’esclavage avec les pucerons ? Le diable de Tasmanie, aujourd’hui disparu, ne violait-il pas sa compagne 50 fois par jour ? Les femelles de certaines espèces de singe ne se prostituent-elles pas contre l’épouillage ? Les dauphins n’exercent-ils aucune cruauté gratuite à l’égard des requins ? Les animaux sont voleurs, violeurs, cruels, suicidaires (etc.) comme les hommes. Il ne faut certes pas les avilir ni les ignorer, mais pas non plus les sanctifier.

          L’humanité est destructrice ? C’est vrai. Mais notre belle planète n’a-t-elle pas subi un cataclysme écologique majeur avant la naissance de l’espèce humaine, qui détruisit complètement les écosystèmes, avec une puissance inconnue de l’Homme ? La Terre est-elle aujourd’hui à l’abri d’une telle catastrophe cosmique ? Et si la science de l’Homme parvenait à dévier les astéroïdes, et que grâce à elle, la Terre et toutes ses espèces survivent ?

          Savez-vous pourquoi les hommes sont si nombreux ? Pour que les systèmes immunitaires se renforcent et survivent (et oui, hommes et femmes ne se choisissent pas consciemment, c’est leur système immunitaire qui fait le travail), pour étendre ce principe de vie qui est à la base de tout.

          Savez-vous pourquoi les hommes élaborent ces sciences que vous méprisez ? Parce que son système nerveux central est fait pour cela : percevoir, comprendre, raisonner, formuler des hypothèses, vérifier des hypothèses… Il n’y peut rien, c’est un phénomène naturel. Et contrairement à ce que vous écrivez, les animaux utilisent aussi des outils (les singes et les oiseaux par exemple) pour transformer leur environnement à leur image.

          Parce que chaque espèce animale ou végétale veut croître et régner et transformer son environnement à son image pour s’y adapter, et ce, souvent aux dépends d’autres espèces. Et pour cela, la Nature que vous adulez (et que je chéris aussi mais sans la sanctifier) use de nombreux stratagèmes aussi peu recommandables que ceux qu’emploient les êtres humains.

          Il y a pourtant une spécificité humaine : un cortex préfrontal très développé, siège de la planification, de la métacognition, notamment. L’Homme peut donc plus qu’aucune autre espèce faire l’inventaire de ce qu’il a fait de bien ou de mal, prendre des décisions sur la base de ses expériences pour améliorer son sort, prendre en compte le sort d’autres espèces, etc.

          Parce que l’Homme qui détruit construit et sauve également. Chaque jour depuis la création du monde, des espèces animales et végétales disparaissent sans intervention humaine. Et aujourd’hui l’Homme est en mesure d’en sauver certaines en les répertoriant via sa science, en apprenant leurs conditions de vie via sa science, et en créant un écosystème favorable pour qu’elles continuent d’exister, via sa science.

          Je suis parfaitement d’accord avec vous pour dire que beaucoup d’erreurs ont été commises par l’espèce humaine, certaines sont peut-être malheureusement irréversibles. Mais il y a malgré tout de l’espoir, une possibilité d’apprendre de ses erreurs.

          Encore une fois, excellent article, mais vous êtes trop extrémiste pour que je sois d’accord avec vous, vous avez une vision trop concentrée et partiale du problème. Bonne soirée.


          • Croa Croa 21 octobre 2011 00:06

            « Malheureusement, vous n’apportez que peu de preuves à ce que vous avancez, »

            Nous n’avons malheureusement plus besoin de preuves, seulement d’acceptations. Les preuves sont seulement nécessaires quant le doute subsiste. Le problème est donc plus intime et c’est bien le sens du texte de l’auteur.


          • foufouille foufouille 20 octobre 2011 12:00

            "Les cultures des nations premières et nues ne creusaient pas, ne construisaient rien et ne ravageaient donc pas. Ces hommes respectaient trop la Terre pour lui faire du mal, ils étaient vraiment sapiens."
            sans tuer d’animaux, il s’habille avec des feuilles ?
            les sauvages ca vit pas vieux


            • Thucydide Thucydide 20 octobre 2011 15:01

              Et Céline termine son idée ainsi :
              Nous périrons tous en chœur, avec plaisir en somme, dans un monde que nous aurons mis cinquante siècles à barbeler de contraintes et d’
              angoisses.

              Tout est là, dans ce raccourci lucide de la condition humaine, car comme toute espèce vivante qui se respecte, nous sommes condamnés à aller au bout de ce que notre condition induit.
              Notre lutte contre l’environnement « sauvage » date de toujours, elle a commencé avec le premier outil, que je préfère appeler prothèse mécanique puisque le rôle principal d’un outil, c’est tenir lieu et fonction d’un organe dont nous sommes dépourvus.
              La pointe de javelot est une prothèse de griffe, le javelot lui-même une prothèse de patte arrière bondissante qui propulse la « griffe » sur la proie.

              Et ainsi de suite, l’homme, par ses victoires successives sur le milieu « sauvage », a entrepris l’amorçage d’une mécanique infernale de déséquilibre anormal. Un petit bonhomme fatigué et essoufflé peut, réfugié sur une branche d’arbre, abattre un fauve ou un buffle à distance sans un instant mettre en jeu sa vie sans que l’adversaire n’ai pu comprendre d’où venait le coup mortel qui le frappe.

              Au final, totalement « dégagé » de la pression environnementale arriver, et pour poursuivre son évolution, les hommes se sont mis à construire un milieu « social » avec ses prothèses symboliques conçues pour mieux intégrer les individus. (l’écriture est une prothèse de mémoire), ses codes et ses critères sélectifs pour mieux les formater et les gérer.

              Ce milieu, avec le temps atteindra son stade climax et, comme tous les milieux naturels, entamera alors sa marche inexorable vers son anéantissement.

              Nous n’avons pas à protéger le monde, seulement à y vivre la vie que notre condition nous inflige, nous ne savons rien faire d’autre.
              Essayons au moins de faire en sorte que cela se passe le mieux possible pour tous.

              Lorsque nous aurons été écartés de la scène, la Planète recommencera une nouvelle aventure...
              Sans nous.


              • Thucydide Thucydide 20 octobre 2011 15:09

                Taper trop vite et se corriger sans se relire... pardonnez-moi :

                Et ainsi de suite, l’homme, par ses victoires successives sur le milieu « sauvage », a entrepris l’amorçage d’une mécanique infernale de déséquilibre anormal. Un petit bonhomme fatigué et essoufflé peut, réfugié sur une branche d’arbre, abattre un fauve ou un buffle à distance sans un instant mettre en jeu sa vie sans que l’adversaire n’ait pu comprendre d’où venait le coup mortel qui le frappe.

                Au final, totalement « dégagé » de la pression environnementale et pour poursuivre son évolution, l’Humanité a dû construire un milieu « social » avec ses prothèses symboliques conçues pour mieux intégrer les individus. (l’écriture est une prothèse de mémoire collective), ses codes et ses critères sélectifs pour mieux les formater et les gérer.


              • escudo escudo 20 octobre 2011 16:27

                Excellent article très bien écrit et criant de réalités !


                • joletaxi 20 octobre 2011 19:33

                  Il se pourrait donc que vous lisiez encore les élucubrations du prophète ?

                  Quelle abnégation !
                  Personnellement,je ne les lis plus, quand on en a lu un on les a tous tous lus.
                  Et généralement c’est factuellement faux du début à la fin.
                  Mais comme toutes les églises, il y a toujours des gogos prêts à suivre.


                • Croa Croa 21 octobre 2011 00:28

                  Moi je trouve l’auteur bien gentil au contraire !

                  - Il généralise nos responsabilités d’humains alors que d’évidence il est certains hommes sans scrupules qui tirent sur les grosses ficelles ici décrites, la majorité étant constitués plutôt d’innocents moutons, de sujets consommateurs certes, mais un peu pigeons tout de même.
                  - L’école est bien un conditionnement et en particulier sa par façon d’enseigner l’Histoire. Pour ma part je dirais que certains enseignements sont plus qu’arbitraires, carrément mensongers !
                  - Et il omet la suite, à savoir la propagande des médias qui tous les jours nous invite à prier sainte Croissance, à respecter la propriété (surtout certaines) et à honorer les crimes de nos mercenaires au moyen-orient. 


                • lagabe 21 octobre 2011 11:58

                  citation - "Il généralise nos responsabilités d’humains alors que d’évidence il est certains hommes sans scrupules qui tirent sur les grosses ficelles ici décrites, la majorité étant constitués plutôt d’innocents moutons, de sujets consommateurs certes, mais un peu pigeons tout de même."
                  la vous me faites rire


                • chantecler chantecler 21 octobre 2011 08:39

                  Article très bien écrit , très intéressant , effectivement dans la pure tradition célinienne .

                  N’oublions pas que LF Céline a vécu de près la guerre de 14/18 , ses horreurs et a été blessé ....

                  Nous avons besoin de lanceurs d’alerte , même pessimistes .

                  Mais au delà de l’agressivité qui remonte à l’âge des cavernes et qui semble inhérente à la nature humaine , il y a son avatar contemporain : la cupidité , et aujourd’hui le surprofit , le paradigme d’une minorité d’hommes déshumanisés , contre lesquels il est possible d’agir , qu’il est loisible de combattre ...

                  L’histoire avance lentement et peut être un jour la raison s’imposera et l’emportera ...

                  Aujourd’hui il est vrai nous sommes encore à l’ère des barbares , de barbares disposant d’un arsenal destructif redoutable .

                  L’humanité ne survivra peut être pas , mais la planète a encore quelques milliards d’années devant elle ...
                  Cr.


                  • Perverseau 21 octobre 2011 10:44

                    La planète survivra à la démence de l’homme sans aucun doute, toutefois le tableau qui est de loin pas très encourageant pour ce qui concerne l’avenir de l’humanité n’est pas aussi noire que vous l’avancez (avec beaucoup de justesse d’ailleurs).

                    Il subsiste et même ce crée des « réserves de la biosphère » en France et ailleurs, ce qui me semble être des modèles viables pour l’avenir des personnes qui décideront d’accepter une vie plus modeste. Et ceci nous enseigne que l’homme est aussi capable du meilleur et, s’il ne doit subsister que ces modèles sociaux et économiques et bien tant mieux, dans le fond ça marche pas si mal que cela, ... Pour les autres et bien nous savons comment s’écrira le chapitre final, vous l’avez magnifiquement mis en valeur !


                    • easy easy 21 octobre 2011 11:54

                      Je vais encore contrarier le consensus ;
                      Il est très facile, très populiste, sans risque aucun, d’écrire ce genre de papier. 

                      Un détail : poser que contruire les pyramides était une entreprise équilibrée est faux et tendancieux. En réalité concevoir et construire une cité c’est mettre le doigt dans un engrenage qui peut tenir tant qu’il n’y en a pas trop mais qui aboutit in fine à l’impasse actuelle.

                      (Il faut ici rappeler qu’en dépit de la « grande place » qu’il y avait alors, il était souvent arrivé que nos ancêtres se retrouvassent coincés en raison de leur surexploitation. Ainsi, pour résoudre ces impasses, dès qu’on se mit à contruire des armadas, on s’était mis à planter des chênes ; 100% de nos forêts sont plantés)

                      Ce qui est destructeur dans ce genre de papier c’est que tout en parlant de NOUS en tant que responsables-coupables (marrant le mot responsable qui peut, dans les discours critiques, être remplacé par irresponsable) il fait ressortir tout de même des PLUS coupables. 

                      Ainsi, l’auteur nous montre une photo de défrichage de forêt. Certes, chacun de nous entend tout de même qu’en achetant des cahiers, parquets et livres, il en est responsable. Mais la distance entre ce défricheur et nous, les consommateurs de papier ou de viande (qui exige des tourteaux de soja à la place des jungles) est la plus grande possible. 

                      C’est comme avec Wall Street. Certes, chacun entend bien qu’il est quelque part responsable des dérives de WS mais en évoquant ce centre financier, on désigne à la masse l’élément le plus éloigné de NOUS et le PLUS responsable. 
                      Qui est à alors une cible à détruire.


                      Aucun de ceux à qui s’adresse ce genre de papier ne se sent très proche des défricheurs, des miniers, de ceux qui marées noires, des banquiers. Alors se constitue une proposition de lynchage de ces plus éloignés et des moins nombreux par la grande masse (qui en réalité, par le fait de sa masse et non par les petits faits individuels pris séparément, est la première responsable)



                      Ce que je préfèrerais entendre et que je n’entends jamais, c’est un discours montrant l’alfa de la cruauté et de la destruction. Cet alfa se nichant dans le comportement le plus privé de chaque individu, même le plus banal.

                      Tant qu’on désignera une pointe de pyramide à décapiter, la base innocentée par ce boucémissarisme en produira.

                      C’est notre comportement à nous les plus petits, les plus ordinaires mais les plus nombreux, c’est chez nous qui enfantons les pointes de nos pyramides, qu’il faudrait porter l’examen. 

                      Quoi, on serait ici sur un forum, à pointer du doigt les pointes destructrices pendant qu’à l’étage, dans leur chambre, nos enfants construisent leur ego et narcissisme sur des jeux de destruction ?
                      Si nos enfants avalent leurs flocons de céréales en nous entendant lancer des anathèmes contre les pointes des pyramides qui sont à détruire, quelle indication leur donnons-nous sinon celle de détruire, d’enfermer les Maddof et autres DSK pour 130 ans pour les faire souffrir pendant 130 ans ?


                      Il y a un alfa à la destruction, à la cruauté. C’est cet alfa qui est à traiter et ça se passe là, chez nous.


                      Sur ce forum, contre je ne sais plus quel vilain, un intervenant avait dit qu’il fallait l’allumer, l’éteindre au bout d’une minute, puis le rallumer etc. et personne n’avait protesté.













                       


                      • lagabe 21 octobre 2011 12:54

                        vous résumez parfaitement ce que je dis , on est tous responsables


                      • thomthom 24 octobre 2011 21:52

                        beau (et long) plaidoyer pour une comportement plus responsable de la part des humains

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