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Accueil du site > Actualités > Société > Nouveaux barbares : le dérèglement des émotions

Nouveaux barbares : le dérèglement des émotions

Un an après le déclenchement des émeutes dans les banlieues françaises et avant que l’histoire ne bégaie une fois de plus, il semble utile de s’interroger sur un des rouages de la mécanique psychosociale qui pousse des pans entiers de la société dans la violence.

La confiscation du privilège de la violence entre les mains de l’État a historiquement et progressivement conduit à développer la société policée et la civilisation. Les règles de la civilité et de la politesse non seulement concourent au maintien de l’ordre dans une société, mais sont aussi l’expression de la nécessité des formes dans la vie sociale. Pierre Bourdieu explique que les formes, entendues comme les rituels au sens large, les cérémonies, le protocole, les règles de la civilité, les normes de comportements quotidiens en société, les lois civiles, juridiques ou politiques, sont toutes fondamentalement des moyens d’instaurer et de maintenir des distances, de lutter contre la violence physique, de tenter de la contrôler, de la réglementer, de la réduire, voire de la supprimer par la menace -la peur, le respect- de réprobation morale ou de sanctions juridiques. Une émotion - la peur - est donc, dans ce cadre, le facteur déclenchant d’une forme de régulation sociale, fondamentale pour qu’une société perdure.

A partir du moment où l’émotion peur, qui joue le rôle de stimulus déclenchant, est dénaturée, c’est tout le système social qui est concerné. Aujourd’hui, le respect des règles de politesse comme des règles de droit (les "formes" de Bourdieu) est contesté par des pans entiers de la population, dès le plus jeune âge. Les enseignants s’en plaignent, et pas seulement dans les zones démographiques défavorisées. Les cités des grandes agglomérations urbaines s’enflamment périodiquement. Il est de moins en moins rare de voir des manifestations de foule se transformer en véritables émeutes. Ce sont désormais les policiers qui ont peur.

Ce phénomène s’explique par des causes sociales, démographiques, économiques, culturelles, qui forment un tissu complexe aux mailles serrées dans lequel on retrouve aussi bien les ferments de la révolte que les plans des nouveaux caïds. Mais on ne peut nier que ces « incivilités » -pour emprunter un terme au politiquement correct-, soient aussi directement liées à la dénaturation de l’émotion peur, par la surexcitation multimédiatique qui est liée. La violence omniprésente sur les écrans, petits et grands, dans l’information quotidienne, dans les jeux vidéo, dans la publicité, dans les lectures en vogue -certains mangas par exemple- contribue à désensibiliser le public, notamment jeune, à son égard. La banalisation de la violence, de l’horreur, du « corps à corps », celle des faits divers souvent violents, bouleversent considérablement la nature de l’émotion peur ainsi que son processus de métabolisation.

L’être humain se distingue de l’animal parce qu’il a conscience de ses émotions. Sa mémoire est plus développée, il possède le langage, il peut donc métaboliser une émotion, c’est-à-dire l’intégrer, l’intérioriser et en quelque sorte, tenter de la maîtriser et la transformer en sentiment. Toutes les émotions peuvent devenir des sentiments à partir du moment où nous les métabolisons, c’est-à-dire où nous établissons une relation causale entre les effets de l’émotion sur notre corps et ce qui l’a suscitée. L’être doué de sentiment, Homo sentens, peut mettre en mémoire différents épisodes émotionnels avec leur cause, il peut prévoir qu’un certain événement risque de provoquer une certaine émotion, il situe son émotion par rapport à un environnement inter-individuel et social. Il échappe ainsi à la tyrannie de l’automatisme et acquiert un certain sens du bon et du mauvais. Dans le registre temporel, la métabolisation d’une émotion en sentiment se situe nécessairement dans la durée.

Ce processus de métabolisation est aujourd’hui dénaturé par le caractère hyper-émotionnel de nos sociétés. La multiplication et l’intensité des stimulations que nous recevons, notamment par les flux informationnels connectés en permanence, réduit leur temps de métabolisation et modifie considérablement, par changements d’effets de seuils, leur intériorisation sous forme de pratiques individuelles et sociales.

L’abus de représentation de la violence a plusieurs conséquences : 1- il édulcore la force émotionnelle de la peur 2- il établit une confusion entre le réel et le fictionnel (on croit que l’effondrement des Twin Towers est du cinéma, on se bat « pour jouer »...) 3- il ne permet plus la métabolisation de la peur en sentiment de respect ou de soumission (les jeunes des cités n’ont pas peur de la police, l’irrespect dans le milieu scolaire est généralisé...) 4- il désarme toute tentative d’autorité qui n’a plus de point d’appui émotionnel (la détention du monopole de la violence implique une métabolisation sociale de la peur).

Ce phénomène crée un climat extrême de trouble puisqu’il produit une incompréhension, parfois même une animosité violente entre ceux qui, dans la société, parviennent à réguler cette émotion et à la formaliser en pratiques sociales normalisées, et ceux qui n’y parviennent pas ou qui ne veulent pas y parvenir, qui appréhendent différemment les règles de droit, de morale, voire de politesse, et sont pris pour les nouveaux barbares, hors-la-loi de la société, ou mutants d’une société confusionnelle.

La confusion provient du fait que le dérèglement des processus de métabolisation des émotions ouvre sur des pratiques sociales nouvelles, étrangères à nos modes de représentation habituels, déphasées par rapport aux cultures multiples qui coexistent désormais dans nos sociétés. Ce phénomène révèle que les instruments de domination traditionnels de la société sont certes toujours effectifs, mais qu’ils ne sont plus légitimes. Faire peur aux jeunes de banlieues par la menace de la répression sécuritaire est une démarche qui ne fonctionne plus.

Aujourd’hui, dans l’univers chaotique et complexe qui est le nôtre, il n’est plus possible de définir des axes de domination d’excellence ; la société appelle de nouveaux niveaux de relation, de nouvelles formes de points de contact, imaginés sans idée préconçue, sans préséance d’une situation sur une autre. Nous devons cesser de considérer le langage, que nous utilisions pour métaboliser nos émotions et représenter la réalité, comme suffisant à lui-même. Notre langage n’est plus définitif de la représentation du monde ni de celle de nos sentiments. La société actuelle parle plusieurs langues, au sens propre comme au sens figuré. La langue sociale est créole, elle n’est plus monolingue mais multilingue, chaque langue portant en elle toutes les langues du monde, sans qu’aucune ne soit définitive dans la représentation du réel.


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143 réactions à cet article    


  • panama (---.---.198.59) 24 octobre 2006 10:53

    Jolie démonstration.

    Allez donc expliquer aux palestiniens de Gaza, et aux insurgés d’Irak par exemple, que s’ils sont violents, c’est la faute aux jeux vidéo, aux films holywoodiens et aux mangas qui dénaturent leur belle jeunesse.

    La violence s’exprime tout simplement quand on lui laisse le champs de s’exprimer. Sous Saddam Hussein, il n’y avait pas d’attentat, car la répression était féroce.

    En France, plus personne n’a peur de l’autorité de l’état, sous toutes ses formes : professeurs, policiers, gendarms, juges. Richelieu disait, à juste titre : « la puissance se montre ».

    Il me semble en conclusion que vous mettez sur le compte de la société et de son évolution en général les carences en terme d’autorité de l’état moderne.

    Lors des précédentes émeutes urbaines, l’état a failli à sa mission, en laissant faire pendant de longues semaines un pillage et un saccage de zones de non-droit. Le bilan est terrible : nos journalistes évoquent déjà de nouvelles émeutes pour le 1er anniversaire de ces événements.


    • Marsupilami (---.---.60.228) 24 octobre 2006 11:30

      Tout à fait d’accord avec ce commentaire. Cet article psychologiste brouillon est à côté de la plaque.


    • Guagnese (---.---.63.157) 24 octobre 2006 11:48

      Il me semble quand même que vous mélangez un peu tout :

      - les insurgés d’Irak sont en situation de guerre suite à une invasion étrangère, le conflit à Gaza est également d’ordre militaire et dure depuis des années. Il me semble que les motivations et le contexte sont légèrement différents, dans ce cas, vous ne trouvez pas ?

      - « Il n’y avait pas d’attentat sous Saddam Hussein » —> C’est vrai, il y avait seulement la torture, les assassinats politiques et le « gazage » des minorités kurdes ! Joli modèle que celui-là !

      - « Le bilan est terrible : nos journalistes évoquent de nouvelles émeutes » —> C’est vrai, mais c’est peut-être du au fait que toutes les promesses qui ont été faites l’année dernière de vant les caméras n’ont pas été tenues ! Si on ne change pas la cause, on ne change pas la conséquence.

      Le déficit d’autorité est réel, mais il me semble que cet article en fournit une des explications. A mon sens ce qu’il faut surtout c’est donner des perspectives à ces jeunes : une formation, une possibilité d’avoir un emploi et de sortir de la précarité de la cité.


    • Stravos (---.---.132.162) 24 octobre 2006 13:55

      Le problème de la peur comme arme dissuasive est qu’elle n’agit que sur les gens qui ont déja peur. Elle est inopérente contre une partie (minime mais significative) de la population. Dans l’ex-URSS la répression était féroce mais celà n’a jamais empêché le crime organisé de prospérer.


    • svd (---.---.40.74) 24 octobre 2006 14:03

      Parle nous un peu de tes « oeuvres » petit gnome bleuatre et insignifiant. J ai cherché partout, a part ce que tu nous en dit toi même, RIEN, le néant, le vide sidéral, pourquoi ? Je me pose des questions, il y a tant d affabulateurs sur le net.

      Tu nous dis être représenté par l Agence Kharbine-Tapabor à Paris, qui diffuserait tes « oeuvres ». Mais l agence en question n est qu une modeste « agence photographique » qui gère un modeste « fond documentaire de documents anciens » avec un modeste chiffre d affaire d épicerie de quartier (270k€ de CA en 2005 sur infogreffe). N y aurait il pas comme un bug dans ton histoire ?


    • Rocla (---.---.111.166) 24 octobre 2006 19:38

      Sévices virtuels en diminution ,

      Vos pots démontrent que vous êtes représenté par votre immense connardise à répétition . Secondairement par votre grande inculture à écrire sans arrêt les mêmes mots . Vous êtes tranchant comme une poutre en gélatine visqueuse , comme vos paroles

      Rocla


    • Bali-Balo (---.---.6.226) 25 octobre 2006 00:54

      tiens, les chauffeurs... vous seriez pas à l’origine des émeutes, par hasard ?


    • Saint Sébastien (---.---.48.187) 24 octobre 2006 10:55

      A la question sommes-nous plus civilisés ou barbares qu’avant, la réponse ne se pose même pas.


      • Bali-Balo (---.---.6.226) 25 octobre 2006 00:56

        ouais. smiley


      • titan 93 (---.---.64.135) 24 octobre 2006 11:22

        Le travail éloigne trois maux le vice,l’ennui et l’oisiveté !

        Un « service civil » comme replanter le sahel ,à chaque fois, qu’un jeune irresponsable laissé à l’abandon par des politiciens soucieux de gouverner par la peur plus que par l’intelligence,pourrait être bénéfique au pôvre sahara comme au pôvre politicien !


        • titan 93 (---.---.64.135) 24 octobre 2006 11:24

          Edit ,manque un verbe !

          Un « service civil » comme replanter le sahel ,à chaque fois, qu’un jeune irresponsable laissé à l’abandon par des politiciens soucieux de gouverner par la peur plus que par l’intelligence,[Fait une connerie] ,pourrait être bénéfique au pôvre sahara comme au pôvre politicien !

          j’ai oublié l’essentiel :[Fait une connerie]


        • Jojo2 (---.---.158.64) 24 octobre 2006 13:20

          Celà a un nom : les travaux forcés.


        • José (---.---.141.163) 24 octobre 2006 11:56

          C’est interessant d’observer comment un peuple, comme le peuple français, qui a depuis 1789, tant difusé les bien faits d’une révolution, maintenant a une peur bleu de celle-ci qui s’approche. Pour certains français, leur révolution ce n’est qu’un mythe mais ....nous serons là pour voire.


          • José (---.---.141.163) 24 octobre 2006 11:59

            Est ce que les sans cullottes étaient des barbares ????????????? ou bien des gens trop civilisés pour l’époque ????? Est ce qu’il y a des révolutions civilisées et d’autres barbares ??????


          • dape:emaker (---.---.1.14) 24 octobre 2006 14:21

            @ José :

            non nous ne la craignons pas tous, certains y travail.

            La Revolution nous l esperons.

            RDV en 2007 !

            Nous les No-Futur, nous en battirons un.

            DPM


          • Stravos (---.---.132.162) 24 octobre 2006 12:05

            Je ne crois pas que la répression soit l’unique réponse aux violences urbaines, sinon comment expliquer que dans une nation aussi répressive que les USA, la violence n’a fait que croître ? Les flics et les juges ne sont que des palliatifs, dont le principale inconvénient est qu’ils n’interviennent qu’aprés coup, quand le mal est fait. Je soupçonne que la violence est une donnée enfouie au coeur même des civilisations : ces dernières favorisent certains comportement et valeurs, tandis qu’elles en refoulent d’autres : d’où violences. Il n’y a pas de société sans violence, mais celle-ci n’est pas la même...


            • José (---.---.141.163) 24 octobre 2006 12:12

              L’homme contient la violence. Ce n’est que par l’éducation qu’il arrive à maitriser cette même violence mais... d’où vient cette éducation ???


            • rolca123 (---.---.75.170) 24 octobre 2006 12:12

              Vous parlez sans cesse de « de nos jours », « aujourd’hui », « dans nos sociétés complexes », etc, etc ... Quid des jacqueries, de la prise de la Bastille, de 1848, de 1870, ... ???? Il y a un moment quand l’homme ne trouve plus sa place à tel moment donné de l’histoire où il y a révolte. Ce n’est pas une histoire contemporaine, c’est une histoire humaine ...


              • panama (---.---.198.59) 24 octobre 2006 12:35

                Exact ! J’avais pensé argumenter dans ce sens.

                Mais cela voudrait donc dire que nous sommes dans une situation pré-révolutionnaire ?


              • José (---.---.141.163) 24 octobre 2006 12:44

                @ Panama. Oui monsieur. Je crois que la situation est bien une pre-revolution mais à l’echelle européene. Chaque état va devoir s’adapter aux vents révolutionnaires quand ils souflerons chez chacun. De toute manière je pense que la révolution commencera en France où les tensions sociales sont plus immenses, oú le mal sociale est plus apparent et oú les idées ne bougent plus depuis trop de temps.


              • Jojo2 (---.---.158.64) 24 octobre 2006 13:22

                Pour faire une révolution il faut des leaders avec un cerveau...


              • (---.---.147.254) 24 octobre 2006 15:03

                Désolé, on ne vend plus ces articles en France.

                Sur commande, peut-être, mais il faut les faire venir de l’étranger.

                 smiley


              • Laïd DOUANE Laïd DOUANE 24 octobre 2006 12:25

                Votre article M Ayache, est académiquement top. Il mérite une suite de débats, de conférence et de tables rondes. Malheureusement, et c’est une prédiction de ma part, il n’aura pas l’intérêt qu’il mérite comme toute recherche sérieuse. Pour vous faire rire, votre article ne suscitera pas de commentaires parce qu’il ne suscite pas les insultes et les injures.

                Revenant à ces émeutes des banlieues, rares ceux qui ont compris leurs vrais mobiles. Vous l’avez bien dit mais sans l’expliciter : « Ce phénomène s’explique par des causes sociales, démographiques, économiques, culturelles, qui forment un tissu complexe aux mailles serrées dans lequel on retrouve aussi bien les ferments de la révolte que les plans des nouveaux caïds ». C’est un peu général et académiquement correcte. Un discours pareil ne peut être compris par les masses qui, pour elles, « incivilités » est un mot vide de sens. Pourtant vous avez bien raison ; ces incivilités sont « directement liées à la dénaturation de l’émotion peur ». Pour autant, dans l’affaire des banlieues, « la surexcitation multimédiatique, la violence omniprésente sur les écrans dans l’information quotidienne, dans les jeux vidéo, dans la publicité, dans les lectures en vogue », tout ça n’est rien devant le mépris, la discrimination, le passé colonial, le fait religieux, à côté de la vie dure, le marasme, l’incertitude et l’absence de repères. « La banalisation de la violence, de l’horreur, du « corps à corps », celle des faits divers souvent violents » ne bouleversent pas « la nature de l’émotion peur ainsi que son processus de métabolisation », au contraire elle la rend souple et l’absorbe. Banalisée, la peur ne tue pas. Dans l’affaire des banlieues qui est appelée à se développer jusqu’à faire exploser le tissu social français, il ne faut pas chercher les raisons, uniquement en France, à l’ANPE, dans les cités, dans le métro etc. Il faut aller chercher les solutions en Algérie, dans l’indigénat, dans le décret Crémieux, les différents génocides de 1830, 1945, 1961, pour ne citer que ces dates symboles ! Et si vous voulez approfondir l’étude, analysez les mots : Harkis, indigènes, bougnoules, Arabes, racailles etc ! Si vous voulez savoir où va la France, demandez les statistique : Combien d’usine sont fermées en France, combien de privilèges perdus, combien d’enfant a chaque couple selon leur communautés.. ? Enfin, analysez la citation suivante, qui émane d’un Français que tout le monde connaît : « Eux, ils ont le pétrole, et nous nous avons des idées » ! Et maintenant qu’eux, aussi, ont des idées ???! J’espère que viendra le temps où les Français de toutes les couleurs, feront la queue pour trouver du travail en Algérie ! A ce moment-là vous saurez où va la France ! Laïd DOUANE


                • panama (---.---.198.59) 24 octobre 2006 12:41

                  Je ne vois pas ce que l’histoire française en Algérie a à faire avec les émeutes urbaines de 2005. J’aimerais d’ailleurs connaître le niveau de connaissance historique de cette période parmi les émeutiers.

                  Et je vous rappelle qu’il n’y a pas eu que des descendants d’algériens dans ces émeutes. Au contraire, les maghrébins ont été largment minoritaires suivant les RG.

                  Preuve que l’intégration c’est mieux faite que ce que tout le monde voudrait penser ? Y compris en Algérie ?


                • Yann (---.---.38.67) 24 octobre 2006 13:44

                  Comment les magrehbins peuvent etre minoritaires dans des cités où ils sont majoritaires ?


                • (---.---.147.254) 24 octobre 2006 14:07

                  Tout à fait d’accord avec ton point de vue et ton analyse, Laïd. C’est plein de bon sens.

                   smiley


                • Laïd DOUANE Laïd DOUANE 24 octobre 2006 14:38

                  Pendant les événements des banlieues, j’étais en France. Je donnais des cours d’alphabétisation et je travaillais bénévolement chez Emmaüs. Il m’arrivait de discuter avec ces jeunes qui s’acharnaient sur les symboles de l’état français que je n’ai jamais aimé. Je dois souligner qu’il s’agit de l’état français ! Parmi ces jeunes, il y avait des Algériens et tout un paquets de gens de différentes origines. Dans mes discussions avec quelques-uns, j’ai appris des choses que, si elles s’avéraient règles générales, la France serait vraiment en Danger et ça serait dommage pour les homos, les enfants naturels, les malades de toutes sortes, les femmes, les bi etc.

                  Un jour j’ai osé faire une réflexion à un jeune cousin après l’avoir choppé entrain de déboulonner un panneau. « A cause d’eux, toute ma famille est dans la merde aujourd’hui. Ici nous ne sommes rien et là bas on nous prend pour des traîtres. D’après mon père, nous avons beaucoup de terres en Algérie. Aujourd’hui nous n’avons même pas le droit d’y mettre les pieds. Il y a plusieurs années que mon père demande un visa pour y aller mais le consul le lui refuse à chaque fois. Et pourtant mon père n’a jamais tué personne ! » En arrivant chez moi, j’ai vérifié l’information : Cet Algérien de 65 ans avait eu le malheur de faire parti d’une SAS. Il a 12 enfants, tous nés en France. A noter que mes 12 cousins lointains ne savent parler ni français, ni kabyle, ni arabe ! On peut imaginer la suite en multipliant 12 par 300 000 !!

                  Avant de venir en France, j’étais témoins des événements similaires. On disait à l’époque que c’était les services de renseignements français qui étaient derrière. Aujourd’hui, il s’est avéré que les événements de Kabylie n’étaient pas spontanés. La chose a été bien ficelée et bien travaillée. En comparant les deux phénomènes que je connais bien, je peux vous assurer que c’est le même signataire qui a peint les deux tableaux. Comment, pourquoi ? Dans le cas de mon pays, c’est la sale guerre. Dans le cas de la France, il y a de tout : Du Sarkoracaille, du siono, du sémito ! Et tout ça en rapport avec « le rôle positif de la présence française en Afrique du Nord » ainsi que le décret Crémieux qui nous a privé de nos Juifs !

                  Laïd DOUANE


                • Johan Johan 24 octobre 2006 17:28

                  A L. Douane,

                  De bonnes choses dans votre analyse. Comme quoi on s’oppose ailleurs, on se retrouve ici.

                  Je ne vois pas toujours où vous voulez en venir, d’ailleurs votre position sur le décret Crémieux est ambigue : une fois la France vous a privé de vos juifs, une fois c’est une chance qu’ils vous aient quitté (Voir le fil de votre article sur l’Iran et la bombe). pouvez vous clarifier votre position ?

                  Quand aux génocides que vous évoquez, méfiez vous du terme. Toutes les guerres sont sales. L’Algérie était une très sale guerre. De là à parler de génocide.

                  En ce qui me concerne , je ne parlerais pas de peur mais d’autorité. L’autorité est la capacité de contraindre sans violence. La peur implique nécessairement une menace.

                  Les pères qui étaient quelqu’un au pays et qui ont été bafoués en France en ont perdu leur autorité. Le travail leur donnait une dignité et un savoir faire qui créait un lien puissant avec leurs enfants. C’est ce lien brisé qu’il faut reconstruire. Rendre de nouveau le parent comme proche, et pas comme un étranger qui vit sous son toit.

                  Un moratoire est par ailleurs nécessaire sur le colonialisme et le néo colonialisme (le même, privé de son alibi « civilisateur »). Ce moratoire trouvera sa source dans la reconnaîssance de l’esclavage et de l’esclavage moderne.

                  http://agir-et-reagir.blogspot.com/2006/10/le-prsident-jacques-chirac-cette.html


                • Laïd DOUANE Laïd DOUANE 24 octobre 2006 19:44

                  @ Johan (IP:xxx.x8.100.5) le 24 octobre 2006 à 17H28 Johan, Le décret Crémieux a au moins, deux mérites : Celui d’avoir débarrassé l’Algérie d’un certain nombre de sionistes juifs. S’il n’y avait pas ce fameux décret l’Algérie aurait du mal à les contenir après l’indépendance, ayant le statut de citoyen. L’autre mérite c’est celui d’avoir privé notre pays d’un potentiel patriotique considérable. Les Juifs algériens, avant l’avènement (peste) coloniale, étaient d’un patriotisme remarquable. Donc ceci est une privation, non ? Bref, les Juifs algériens sont des patriotes exemplaires loin du sionisme et dès qu’ils Sion les chatouille, ils rient à tue tête ! En d’autres termes, nos Juifs sont les meilleurs quoi ! En outre, et ça va vous surprendre, les Juifs sont des victimes. Vous croyez que la France colonial à travers Crémieux, aimait les Juifs ? Non mon cher Johan, c’était juste diviser pour mieux régner que l’autorité coloniale avait permis aux Juifs algériens de se naturaliser. En décrétant cette chose, je suis désolé, Crémieux s’est montré comme un vrai traitre. En plus les Juifs algériens étaient connus par leur savoir faire et leurs richesses millénaires. En leu accordant la naturalisation, la France les avait privé d’une patrie extraordinaire qui est l’Algérie. Aujourd’hui, ils sont comme tu le sais !

                  Pour ce qui est du génocide, je n’en galvaude pas le mot. Je sais ce qu’il veut dire. « Un génocide est l’extermination, physique, intentionnelle, systématique et programmée d’un groupe ethnique, national, religieux ou racial ». Ne va pas me dire que la France ne l’a pas fait en Algérie ! D’ailleurs, même les Juifs ont subi cette horreur.

                  Quant au colonialisme et le néo colonialisme, je suis désolé, il nécessite en rien un moratoire. Le verdict a été prononcé depuis longtemps par le tribunal des peuples : C’est une gangrène point barre. Il n’y a pas lieu de reconnaître ou même de parler de rôle positif. En terme de la rue à Corbeille Essonne, la France coloniale nous a tous niqué au sens français du terme ! Les colonisés ont perdu les repères et l’identité disloquée par les colons. Aujourd’hui, ceux qui en sont conscient se vengent chaque moment.

                  Oui mon cher John, « Les pères qui étaient quelqu’un au pays et qui ont été bafoués en France en ont perdu leur autorité ». Le néo colonialisme l’a voulu ainsi, je sais et vous savez pourquoi ? Les choses sont inversées en France à tel point que ce sont les enfants qui ont de l’autorité sur leurs parents. J’ai un ami algérien qui a passé une semaine de prison pour avoir giflé sa fille de 18 ans qu’il a surprise dans une position délicate. Moi, je l’aurais tuée ! A cause d’elle, il quitté la France où il est conférencier à l’université de Montreuil ! Oui mon cher, « C’est ce lien brisé qu’il faut reconstruire. Rendre de nouveau le parent comme proche, et pas comme un étranger qui vit sous son toit ».

                  Enfin, vous voyez que, même si nous nous querellons de temps en temps, nous avons toujours quelque chose de commun qu’il faut préserver. Nous ne sommes pas obligés d’être d’accord sur toute la ligne pour dialoguer !

                  Laïd DOUANE


                • Johan Johan 31 octobre 2006 19:56

                  A Laid Douane,

                  Oui,

                  « Sage est celui qui apprend de tout homme. »


                • Stef (---.---.229.129) 24 octobre 2006 12:34

                  La photo n’a rien à voir avec ce que qu’on veut appeler des « emeutes », cette photo date des manifs contre le CPE....qui n’étaient que des manifs, avec leur plein de racailles qui viennent dépouiller du « bourgeois blanc » et taper du flic.... Rien de nouveau depuis le milieu des années 90.

                  Manipulation quand tu nous tient


                  • aebc (---.---.153.141) 24 octobre 2006 12:35

                    l’article est très interessant mais j’invite à méditer sur les notions de « civilisé » et de « barbare » dans l’histoire de l’humanité ceux qui détenaient le pouvoir et ne voulaient ni le perdre , ni le partager ont toujours qualifié les « autres » de « barbares » et eux biensûr de « civilisés »....


                    • miaou (---.---.7.146) 24 octobre 2006 12:51

                      Une autre clef pour comprendre la violence : René Girard.

                      Le mimétisme fondamental de l’être humain fait qu’il désire ce que d’autres désirent ; l’important, ce n’est pas tant l’objet désiré, que de suivre son modèle. Il peut alors s’en suivre compétition pour cet objet, violence, et emballement de la violence (de proche en proche, par mimétisme), menaçant la société d’implosion. Dans les sociétés primitives, cette crise se résolvait en mettant en cause un bouc émissaire, un membre relativement marginal de la société, soit par le haut (exemple moderne : Louis XVI), soit par le bas (chasse aux sorcières). Le souvenir du sacrifice du bouc émissaire est ritualisé et constitue le point de départ des religions archaïques ; d’où le lien fondamental entre religion et violence.

                      Selon Girard, le christianisme démonte ce mécanisme en proclamant avec force l’innocence de la victime. Pendant 2000 ans, ce message (pas forcément bien compris, même par le christianisme historique) pénètre lentement les consciences ; mais, si le recours au bouc émissaire est disqualifié, comment arrêter le déferlement de violence généralisé dans une société, qui risque de mener à l’implosion ? Or, depuis la mondialisation, il n’y a plus qu’une société. Ne va-t-on pas vers l’apocalypse ?


                      • José (---.---.141.163) 24 octobre 2006 12:58

                        Vous autres français revennez toujours à votre bouc émissaire preferé depuis Marie Antoinette : la religion. continuez et vous allez voire comment ça se passera. Je ne peux pas quand même vous dire à qui la faute mais....


                      • miaou (---.---.7.146) 24 octobre 2006 14:01

                        « Vous autres français revennez toujours à votre bouc émissaire preferé depuis Marie Antoinette : la religion. »

                        Il me semble que je dis exactement le contraire (mais il est vrai que la pensée girardienne est subtile et difficilement résumable en quelques lignes) ; la religion, en général, est moins cause de violence que son régulateur ou son canalisateur (plus ou moins abouti). Quant au christianisme, qui occupe une place à part dans le dispositif girardien, il offre en son sein des alternatives , certes difficiles (dépasser la loi du talion en ne rispostant pas), palliant le renoncement au bouc émissaire.


                      • (---.---.147.254) 24 octobre 2006 14:11

                        Vivement l’apocalypse, qu’on rigole un peu ! ça bouillonne de partout...forcement que ça va éclater un jour et les bombes feront le reste.

                        Moi, je m’en bats les osselets, je suis déjà mort smiley


                      • faxtronic (---.---.127.45) 24 octobre 2006 14:43

                        Jose, reviens un peu en france que l’on puisse te decapiter.


                      • pingouin perplexe (---.---.95.221) 24 octobre 2006 20:10

                        Il me semble que Girard et Freud ont en commun de souscrire à l’espoir d’une civilisation capable d’atténuer les aspects les plus destructeurs de son malaise par une analyse appropriée. Processus mimétiques et identificatoires désignent globalement une même dynamique. Or, de sinistre mémoire, l’Histoire a montré combien la logique du bouc émissaire pouvait s’avérer « inflationniste ». Elle détruit plus d’innocence qu’elle ne créée de civilité. L’inanalysé transgénérationnel, quant à lui, semble poursuivre sa course folle, quelle que soit la consistance, la structure, des « modèles ». Au delà de toute lecture religieuse de l’anthropologie, Freud et Girard ont d’abord interrogé les fondamentaux de la civilisation, et affronté la puissance de Thanatos...


                      • José (---.---.141.163) 25 octobre 2006 11:44

                        @faxtronic. Tu voudrais me décapiter ??? Je suis désolé, ce n’est plus possible. J’ai depuis longtemps perdu ma tête à cause des idées françaises depuis la révolution.


                      • aebc (---.---.153.141) 24 octobre 2006 13:06

                        Dites moi qui se souvient du nom des 2 jeunes morts alors qu’ils n’ont rien fait à l’origine des évènements de l’annèe dernière combien d’article ont été écrit à ce sujet ?????...ZIHAD et BOUNA... Oui notre société est violente et malade parce qu’on s’interresse plus aux dégats matériels qu’à la mort de 2 gamins de 15 ans....mais peut-être ne portaient-ils pas les bons prénoms pour susciter de la compassion...Oui notre société est violente de part son refus d’accepter l’autre dans toutes ces différences et parcequ’elle place le matériel devant la vie humaine...Plus dur maintenant comment s’appelle le survivant qui sera marqué à vie par ce qui lui est arrivé ?????? Bonne recherche ...ceux qui n’ont pas eu besoin de cher cher pour trouver ces 3 prénoms c’est que vous êtes encore des humanistes (vous placez l’Homme avant tout) je vous tire mon chapeau..les autre continuez à chercher des boucs émissaires à vos malheurs...mefiez-vous qu’un jour vous ne deveniez pas les boucs émissaires....

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