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OM-PSG, violence et grippe A

Dimanche 25 octobre, 14h. Le match de football qui devait opposer l’Olympique de Marseille au Paris Saint-Germain à 21h est annulé par la Ligue de Football Professionnel (LFP) parce que plusieurs joueurs du PSG ont contracté la grippe A (H1N1) et que d’autres cas sont suspectés, y compris dans l’encadrement du club. Un vent de violence a suivi cette annonce et des échauffourées naissent dans Marseille. Etrangement, la LFP, qui n’a fait qu’appliquer les consignes sanitaires et les recommandations des médecins, se voit, en direct et depuis lors, accusée de ces maux.

L’objet du supposé délit : ne pas avoir, la veille, annulé la rencontre alors que deux cas positifs à la grippe A avaient été découverts dans l’équipe du PSG et avoir, en annulant le jour-même la rencontre, favorisé le déplacement des soi-disants « supporters » et l’irruption de la violence. En première ligne de la vindicte, les dirigeants de l’OM et du PSG. Même François Fillon a pris part, indirectement, à cette vague d’imputations en réclamant qu’un match soit annulé au moins 24h avant la rencontre. Ces procureurs spontanés semblent avoir oublié que, samedi, seuls deux cas positifs à la grippe A avaient été découverts dans l’équipe du PSG et que les médecins recommandaient le maintien du match. Dimanche, trois cas supplémentaires ont été décelés, invitant les médecins assermentés, puis, logiquement, la Ligue, à réagir comme on l’aurait fait avec une classe de maternelle.

Que l’on dénonce l’hyper-précaution et ses dérives n’est pas un mal en soi. Cela fait partie d’un débat contemporain à l’évidence utile. Mais que l’on accuse d’irresponsabilité un acteur ayant précisément fait preuve de responsabilité révèle, derrière la dureté des invectives, non seulement des batailles d’intérêts et des enjeux de pouvoir au sein du football (sur lesquels nous ne reviendrons pas) mais surtout le rapport d’un groupe humain à la violence, bien connu par la psychosociologie.

D’abord, il est classique qu’après une effusion de violence, l’on cherche un bouc-émissaire (au sens que lui a donné René Girard) et que l’on suppose, a posteriori, qu’elle était prévisible et qu’elle aurait dès lors pu être évitée si ce dernier n’avait pas agi comme il l’a fait. En psychologie, on appelle cela le biais rétrospectif (Fischoff, 1975). Les rencontres OM-PSG sont tristement célèbres pour les implications violentes qu’elles provoquent et accuser la décision d’annulation d’être à l’origine du dernier acte d’une série de mauvais comportements qui se prolongera bien au-delà de cet événement n’est évidemment pas sérieux.

La violence, ensuite, préexistait à cette décision d’annulation. Sur ce point, la doctrine a évolué et nous éclaire, une fois de plus. Au XIXe siècle, on considérait qu’une poussée irrésistible de fureur s’empare indistinctement de tous les membres d’une foule violente. Les recherches de responsabilités personnelles et les tentatives d’explications rationnelles des comportements violents étaient par conséquent vaines. Depuis lors, les études faîtes aux États-Unis sur les lynchages (cas extrême de violence collective) ont provoqué un revirement théorique. Des auteurs de renom comme Cantril (1941), Miller et Dollard (1945), Heberle (1951) ou encore Turner et Killian (1957) ont montré que le lynchage est une véritable « institution », une pratique conventionnelle codifiée dans laquelle acteurs et public, victimes et agresseurs ont un rôle défini et se conforment à certains modèles culturels.

En l’espèce, ce ne sont pas des « supporters » qui ont, à la suite de l’annulation, exprimé leur colère. Les actes répréhensibles, étrangement peu dénoncés par les détracteurs de la Ligue - elle-même victime d’une violence verbale dans l’accusation qu’elle subit - ont été commis par des « hooligans », des individus qui étaient désireux de commettre des actes violents, que le match ait lieu ou pas. La violence, en un mot, préexistait à l’annulation.

Une rapide analyse sémantique des propos tenus révèle, non sans surprise, que les dirigeants de l’OM et du PSG n’ont d’ailleurs pas parlé de « hooligans » mais de « supporters ». Ces derniers sont l’immense majorité des individus, passionnés de football, qui, paisiblement, veulent aller voir un match entre amis ou en famille. Ils n’ont rien à voir avec les sujets violents qui ont déversé leur haine dans Marseille. Cette erreur de qualification, née de la quête d’un bouc émissaire extérieur aux fauteurs de troubles, est condamnable tant elle déresponsabilise les « hooligans » et offre une image détestable du football, faisant fuir, au passage, les véritables passionnés.

La campagne de presse et de déclarations très offensives contre une instance, qui n’a, on le sait, fait que suivre, heure par heure, la situation sanitaire, les recommandations médicales et les règles imposées par les autorités (faut-il expliquer au premier ministre qu’en 24h, face à une épidémie, beaucoup de choses peuvent se passer ?), révèle l’irrationalité et l’affectivité qui a gagné les critiques. Elle crée, ce faisant, une occasion de poser, au delà de cet événement, de véritables questions pour l’image du football et la stratégie à mettre en œuvre contre la violence.


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2 réactions à cet article    


  • King Al Batar Albatar 29 octobre 2009 14:33

    Je ne sui saps totalement d’accord avec vous. Meme si effectivement ce sont des Hools qui se sont battus.

    Le fait qu’ils se battent aurait pu etre évité si les hools n’etaient pas venus (dans la mesure ou le match aurait été annulé un jour avant.)

    Ils se trouve que les personnes qui se sont battus l’on fait parce qu’il n’y avait « plus que ca à faire ».....

    Les bagarres n’auaient pas été ausi violentes si le match avaient eu lieu, a mon avis. Mais cela reste de la supposition.


    • Lisa SION 2 Lisa SION 2 29 octobre 2009 17:55

      Bonjour,

      cet évènement montre à quel point l’encadrement ne focalise plus que sur les millions d’euros qui tombent dans la caisse pour assurer sa paye, et néglige complètement le devoir d’assurer coûte que coûte un spectacle de remplacement pour tous ces passionnés afin qu’ils puissent rentrer chez eux contents. En effet, quelques vachettes réparties et excitées par quelques clowns et un gros ballon rouge auraient suffi pour garantir un bon moment avec peut être à la clé, plus de buts que n’en marquent les acteurs surpayés qui s’y adonnent.

      L’on savait tous ces sportifs pas très intelligents, mais qu’ils ne se rendent même pas compte qu’on les manipule au point d’user d’eux pour faire un gros coup de pub retentissant pour accélérer le processus de propagation de cette « pandémie », c’en devient navrant de petitesse. L’on est contraints ainsi de devenir les témoins impuissants des dégâts causés par le vide sidéral de réactions positives de la part de cet encadrement qui affiche par là, sa sous-mission vénale devant le dieu du jeu et sa patée, l’argent.

      Au vu du nombre important d’acteurs et de remplaçants qui piétinent toute la journée autour de la clé de la caisse, qu’il n’ait pas été possible d’organiser un match de remplaçants à ces trois pions malades prouve que tous ces pantins sont encore plus déplorables que leurs supporteurs. De savoir que tout ce beau monde va devoir aller se faire piquer pour la bonne cause en ferait presque regretter que l’autorité médicale n’en est pas profité pour inventer le vaccin contre la c°°°°°°°e humaine...

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