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Accueil du site > Actualités > Société > On dit : je me suis fait buzzer ou abuser ?

On dit : je me suis fait buzzer ou abuser ?

Je buzz, tu buzz, il buzz et au final on se fait tous buzzer. Désormais, il n’y a plus aucun site ou quotidien qui n’a pas sa rubrique buzz. Le dernier en date est la campagne de la DNF (Droits des Non-Fumeurs, association française pour la protection des non-fumeurs) et le futur buzz qui pointe est celui du site xkiouze.com qui va permettre (ou pas) de fournir des excuses scolaires pour profiter pleinement de l’école buissonnière. Je vous propose ainsi de revenir sur les polémiques de la dernière campagne préventive de la DNF...

Analyse d’un Buzz annoncé...

 J’ai pu lire, sur la page d’accueil du site web de cette même association, un éditorial qui débute comme suit :

 
« La campagne de publicité « fumer, c’est être l’esclave du tabac », réalisée par l’agence BDDP & Fils, a lancé un débat sur le tabagisme des jeunes et une partie de la campagne a suscité de nombreuses réactions polémiques quant à la métaphore employée. Ce débat est une victoire pour tous ceux qui pensent qu’il est urgent de se donner les moyens appropriés pour combattre ce fléau. »

Je rappelle d’abord, à l’adresse de ceux qui reviendraient tout juste d’un long voyage sur la lune, que la métaphore dont il s’agit est sexuelle. Avec trois photographies, la campagne affiche deux adolescents et une adolescente qui, une clope au bec, sont spectaculairement affectés d’une mine blafarde et soumise. Il faut dire que chacun d’eux est respectivement agenouillé devant un homme qui, une main directive posée sur la tête de la jeune personne, aurait aussi le sexe dans la bouche de la même, au lieu de la cigarette, si celui-là était nu et érigé. Les deux hommes des garçons sont vêtus d’un costume, celui de la fille, ventripotent, est en chemise. Telles sont les images qui firent l’objet de nombreuses polémiques ces derniers jours parce que, même s’il n’est que suggéré, tout le monde l’a vu, le sexe érigé de l’homme, et chacun d’y aller de son commentaire comme s’il avait été effectivement montré à la faveur d’une réelle superposition à la cigarette. 
Certains, les plus nombreux, s’indignaient de l’usage d’images pédopornographiques, d’autres déploraient un dévoiement de la fellation, d’autres encore approuvaient ou désapprouvaient le projet en conjecturant sur l’efficacité d’une telle campagne, etc. Pour finir ce fastidieux rappel, j’attire juste votre attention sur le fait que d’autres lectures aussi pertinentes étaient possibles comme, par exemple, l’adoubement de nouvelles recrues au sein d’une société secrète où la cigarette serait à l’honneur.

L’entame précitée de l’éditorial de la DNF, par ses aveux implicites, conforte et confirme ce que je pense de cette affaire. Dès les premiers mots, une évidence saute aux yeux : la DNF prend une distance certaine par rapport à cette campagne. L’association ne dit pas « notre campagne mais « la campagne (...) réalisée par l’agence BDDP & Fils ». Pourquoi la DNF éprouve-telle le besoin de se planquer ainsi derrière son prestataire ? Elle est pourtant, en tant que commanditaire, la principale responsable de cette campagne ; il est impensable que celle-ci ait pu voir le jour sans son aval. Sans doute estime-t-elle avoir eu largement sa part de publicité, que persister et signer serait aujourd’hui téméraire. En effet, parmi les levées de boucliers, beaucoup sont le fait d’associations puissantes - celles notamment des familles et des gays -, et la DNF sait, pour être une puissante association elle-même, jusqu’où peut aller la dynamique associative afin d’avoir gain de cause auprès des institutions comme celle de la justice, par exemple. Nous n’apprécions jamais mieux le danger que lorsque la menace émane de ceux qui nous ressemblent...

La prudence relative de la DNF ne constitue pas cependant le plus intéressant de ce début d’éditorial. Le rapport des conséquences de cette campagne est d’une mauvaise foi ou d’une naïveté encore bien plus digne d’intérêt. Ce que l’éditorial laisse entendre est exactement inverse à la réalité de l’événement : la campagne n’a pas lancé un débat sur le tabagisme des jeunes et, plus partiellement, suscité des polémiques quant à la métaphore employée, non, c’est cette dernière qui a lancé un large débat polémique et qui a suscité, de façon très annexe, une réflexion sur le tabagisme des jeunes dans l’exacte mesure où il s’agissait, pour nombre d’intervenants, de montrer que d’autres moyens de communication étaient possibles et préférables. La différence est de taille ! Et la confusion s’aggrave encore avec la phrase suivante : « Ce débat est une victoire pour tous ceux qui pensent qu’il est urgent de se donner les moyens appropriés pour combattre ce fléau. » En quoi ce débat serait une victoire pour ceux qui pensent ainsi ? A son issue, la solution définitive, seule victoire digne de ce nom, aurait-elle été trouvée ? Que je sache, non ! Alors, quelle victoire ? Une victoire sur quoi, sur qui ? Sur ceux qui ne pensent pas ainsi ? Qui aurait le front d’affirmer qu’il n’est pas urgent de protéger la jeunesse des addictions toxiques ? Je n’en connais pas ! Cessons de tourner autour du pot et transformons juste un peu la phrase afin qu’elle libère le seul sens dont elle est porteuse : « Ce débat est une victoire pour la DNF et pour tous ceux qui pensent qu’il est urgent que la DNF continue d’exister avec encore plus de moyens pour combattre ce fléau. » Voilà qui est un peu plus modeste et ridicule, mais beaucoup plus clair et sensé ! Pour la DNF, menacée de disparition après ses écrasantes victoires sur les fumeurs dans les lieux publics, il s’agissait juste de se faire de la pub et de se rassurer ; la santé des jeunes n’était qu’un bon vecteur de communication.

Vous trouvez que j’exagère ? Alors dites-moi quel contenu donner ici au mot victoire, sinon celui de la réussite manifeste d’une auto-proclamation. Je vous invite aussi à réfléchir sur la légitimité de DNF à lancer de telles campagnes. A l’origine, et comme son nom l’indique très clairement, la DNF se proposait la mission de protéger les non-fumeurs des incivilités récurrentes des fumeurs. Son combat a donc été principalement juridique afin de pouvoir contraindre les fumeurs à observer certaines lois qui, respectées, protégeraient la santé ainsi que le confort respiratoire et olfactif des non-fumeurs. Le vœu le plus cher de la DNF devrait être celui de disparaître à proportion de la progression de la protection des non-fumeurs. Avec la promulgation de la loi Evin et les étonnants succès de ses applications, c’est exactement ce qui aurait dû se produire. Au lieu de quoi, nous assistons au spectacle pathétique de pseudo gendarmes qui, comme ayant pris goût à l’usage de la matraque, se mettraient à agresser des innocents à défaut de malfaiteurs. La raison sociale de la DNF semble aujourd’hui moins de protéger les non-fumeurs que de réduire à néant les fumeurs. La DNF n’est plus animée que par la passion du pouvoir...

De ce point de vue, il convient de saluer l’excellent travail de l’agence BDDP & fils qui a très bien su cerner et communiquer l’identité de son client, un pitoyable agent régulateur de moralité agressif qui, niant tout plaisir buccal, réduit le monde entier à sa passion pour le pouvoir coercitif. L’effet de cette campagne fantôme ne dissuadera probablement aucun jeune de fumer ni de pratiquer la fellation. Elle aura juste permis à quelques tristes messieurs - qui sont loin de donner envie de soumettre sa vie aux règles d’une saine longévité - de faire quelques ronds dans l’eau de la société du spectacle...


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