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Accueil du site > Actualités > Société > Outreau : l’ontologie du juge Burgaud

Outreau : l’ontologie du juge Burgaud

L’émotion était au rendez-vous, hier, pour la première audience publique de la commission d’enquête sur l’affaire d’Outreau, retransmise par la chaîne parlementaire. Les députés avaient les larmes aux yeux en écoutant les dépositions, toute empreintes d’intenses émotions, de certains des acquittés. « On veut que les personnes qui ont brisé une partie de nos vies prennent leurs responsabilités, soient sanctionnées », a dit Karine Duchochois, en rappelant, avec désarroi, que son fils, dont la garde lui a été retirée durant l’instruction, ne veut toujours pas vivre avec elle. Pour l’ex-huissier de justice, Alain Maréchal, la principale accusatrice, Myriam Badaoui, et le juge Burgeaud « formaient un couple fascinant. » « L’humanité, c’est ce qui a le plus manqué dans ce dossier », a-t-il relevé.

Inutile de préciser que le magistrat instructeur était sur la sellette. Mais les conseillers de la Cour d’appel de Douai n’ont pas, non plus, été oubliés par les ex-accusés, dans leur volée de bois verts contre l’impéritie dont a fait montre la Justice à leur encontre. Ainsi, on apprend que la présidente de la Chambre de l’instruction avait répondu à Daniel Legrand père, qui assurait ne connaître personne dans le dossier : « Vous ferez connaissance à la cour d’assises. » Il a été acquitté après 24 mois de détention provisoire injustifiée.

Au même moment, paraissait une interview du juge Fabrice Burgaud dans L’Express. « J’avais, à l’époque, des indices graves et concordants, prévus par le code de procédure pénale, qui m’ont amené à prendre les décisions de mise en examen », continue-t-il d’affirmer. « J’ai le sentiment d’une profonde injustice, je suis mis en position d’accusé alors que j’estime avoir rempli ma mission honnêtement et conformément à la loi », a-t-il déclaré en ajoutant : « Pour ma part, j’estime encore une fois avoir agi en conscience ; et d’ailleurs je me suis attaché aux éléments objectifs du dossier, et non à des préjugés ou à des impressions. »

Le juge d’instruction avait été entendu, mardi, durant sept heures, par l’Inspection générale des services judiciaires. Il avait contesté les conditions de son audition, protestant de n’avoir pas pu être assisté par un avocat, dont la présence n’est, d’ailleurs, pas prévue par la loi. L’Union syndicale des magistrats (majoritaire) a estimé que la Convention européenne des droits de l’homme n’avait pas été respectée lors de cet interrogatoire.

Le mépris judiciaire

Pour Sandrine Mariette, conseillère à la Cour d’appel de Douai, qui, avec quatre de ses collègues, a suivi le dossier d’Outreau, l’absence de publicité des débats, et l’attitude de la presse, sont, aussi, à retenir dans ce fiasco judiciaire. Pour elle, partir du postulat qu’une faute a été commise, « c’est fausser le débat. »

C’est dire combien la commission parlementaire est le lieu de tous les dangers, tant acquittés et juges paraissent ne jamais pouvoir se rejoindre. Et pourtant, l’opinion publique n’admettrait pas qu’on tire un trait, par de petits arrangements, sur des vies brisées, non seulement celles des accusés, mais aussi celles de leurs enfants.

Que le juge Burgaud ne soit pas le seul responsable de ce désastre, avant tout humain, il faut le souligner, est évident, mais c’est à lui qu’est revenu la charge de rechercher la vérité et, sur ce terrain, sa pratique est loin d’être exempte de reproches. Et on ne peut qu’être surpris par la suffisance de sa déclaration à la presse qui serait presque en passe de le faire passer pour une victime. « Je ne suis pas sûr de partager son opinion. Il faudra un jour en tirer les conséquences », a d’ailleurs relevé Philippe Houillon, rapporteur (UMP) de la commission.

Ce serait une faute politique impardonnable de ne retenir dans cette lamentable affaire qu’un dysfonctionnement, même grave, de L’INSTITUTION. La société ne peut plus admettre que le corps judiciaire répugne à appliquer à ses membres les principes dont il requiert, chaque jour, l’exécution à l’encontre du justiciable : la sanction, effective, des fautes commises, à quelque niveau qu’elles soient commises.

Quelles que soient les réformes nécessaires qu’il convient d’entreprendre, on ne peut plus différer la question de la responsabilité personnelle des juges dans l’exercice de leurs fonctions.

Passer outre donnerait le sentiment que les magistrats restent une caste intouchable, irresponsable par état, et décrédibiliserait, encore plus, une justice qui, un peu plus chaque jour, donne l’impression d’être déconnectée des réalités quotidiennes. Il devient urgent, aujourd’hui, de remettre à plat l’intégralité du système judiciaire et cette réorganisation, en profondeur et sans concession, ne peut être laissée à la simple discrétion des magistrats. La justice concerne l’ensemble des citoyens au nom desquels les jugements sont rendus.

Le juge Burgaud doit être entendu par la commission début février, les acquittés pourront assister à l’audition. Pour la première fois, le petit juge devra affronter le regard de ces naufragés dont son instruction a transformé les destins en cauchemars. Droit dans ses bottes, il ne leur présentera pas d’excuses, a-t-il prévenu, et sera accompagné de ses deux avocats, privilégiant sa carrière à sa conscience. Les deux sont, pourtant, fortement compromises entraînant, dans cette débâcle, une hiérarchie qui a montré son inaptitude à exercer le contrôle qui lui est dévolu par la loi. Visiblement, l’humilité n’est pas la première des vertus judiciaires.

« Un juge habitué est un juge mort pour la justice », rappelait Charles Péguy.

Photos : AFP - Express


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29 réactions à cet article    


  • Nicolas Aubert (---.---.104.62) 20 janvier 2006 01:13

    Ludovic, concernant les témoignages diffusés dans le soir 3 ( Bravo à Marie Drucker qui a éstimé que ce sujet méritait une édition spéciale, autrement dit la moindre des choses ! ). Ce qui m’a frappé c’est que la plupart des souffrances ou autres brimades psychologiques qu’ont subit les innocents d’Outreau ne devraient même pas être infliger aux coupables. Pourquoi placé un enfant de pédophile de foyer en foyer et en faire un délinquant alors que ses grands parents peuvent l’accueilir ? Pourquoi les gardiens de prisons rencardent les détenus lamba sur qui est pédophile au risque qu’ils se fassent lincher ? Pourquoi une telle inhumanité lors des arrestations ? Pourquoi un tel mépris de la part système envers les « présumé innocents » ? Pour répondre à la vindicte populaire et que chaque maillon de la chaine ( police, services sociaux, juges d’instructions, jurés... ) puisse y aller de son chatiment ! A l’heure ou certains croient a l’abolition de la double peine, Outreau met en évidence le concept de peine multiple, puisque à la détention s’ajoute la déstruction sociale de la descendance, le refut de son droit à la sécurité, et la déshumanisation totale. C’est aussi ça Outreau !


  • JluK (---.---.159.121) 19 janvier 2006 14:20

    Vous l’avez bien regardé ce juge, quelques bonnes années après les faits ? Il me semble qu’il y a un problème, il est encore très jeune, et il l’était plus au moment de ses exploits.

    Comment peut-on confier ce rôle à de jeunes gens sans vécu. Soit, ils sont diplômés, la belle affaire. Dans la vraie vie, dans le monde du travail habituel, ne demande-t-on pas de l’expérience. Pour la fonction publique, rien de tel, des diplômes, un beau concours et vogue la galère, on vous considère comme compétant, apte au jugement, la fonction réservée aux sages il y a bien longtemps.

    Ceux qui ont confié de telles taches à ce jeune juge n’ont-ils aucune responsabilité ?


    • Ludovic Charpentier (---.---.68.100) 19 janvier 2006 15:31

      C’est un peu comme dans l’éducation nationale, ce ne sont pas forcément les personnes les plus expérimentées qui sont envoyées là où leurs compétences seraient nécessaires...


    • BB (---.---.89.162) 19 janvier 2006 21:37

      Beaucoup de profs (en fait presque tous) n’ont jamais quittés l’école, jamais de mise en danger pour trouver un travail. Difficile d’aider les éléves à s’orienter, de transmettre les connaissances nécéssaire à l’approche du monde du travail et de l’entreprise dans ces conditions. Le microcosme EN crache chaque année quelques centaines de milliers de jeunes bien mal armés pour la vie active.

      Quand aux juges, le système école, concours, jugement est tout aussi aberrant. Faire son expérience « sur le tas » n’est pas admissible pour la justice.


    • Ludovic Charpentier (---.---.68.100) 19 janvier 2006 14:39

      Je profite de cet article pour rappeler deux affaires qu’il ne faudrait pas oublier : 1/ Patrick Dills. Jeune marginal condamné pour avoir tué 2 enfants. Il a été incarcéré 10 ans avant que l’on découvre que le criminel était le tueur en série Francis Heaulme.

      2/ L’affaire Caroline Dickinson. Le premier suspect du meurtre de cette jeune Anglaise à Pleine-Fougères fut un SDF, passé aux aveux en gendarmerie. Les tests ADN allaient cependant prouver qu’il n’était pas le meurtrier. Il y a 30 ans, en l’absence de tels tests, il aurait pu être jugé et condamné à mort.

      La machine judiciaire peut se montrer ’impitoyable’ pour la France d’en-bas. Et une dépêche AFP vient de tomber comme quoi l’affaire Ranucci (dernier condamné à mort exécuté pour le meurtre d’une fillette) pourrait être relancé car on aurait découvert que le tueur en série Michel Fourniret aurait été sur les lieux du crime et possédait la même voiture que Ranucci...


      • (---.---.140.218) 19 janvier 2006 14:47

        Sans être un spécialiste, je suis cependant étonné que dans cette affaire, il n’est nullement question de l’enquête policière. Hors c’est bien sur ces éléments que le juge s’est appuyé tout le long de son instruction.

        Quels sont les éléments transmis au juge, qui était chargé de l’enquête, ... A mon avis il y a encore beaucoup de questions à poser dans cette affaire .


        • Candide (---.---.243.31) 19 janvier 2006 23:18

          Si vous avez écouté les acquittés et les avocats, l’instruction a été menée uniquement à charge. Ils ont cités des faits extrêmement graves comme convoquation pour confrontation d’un accusé sans avocat face à 3 accusateurs plus leurs avocats. Quand on sait que le moindre mot compte dans un procès verbal. Et le reste du même tonneau. A tel point que ce n’est même plus de l’incompétence. On pourrait se demander si cette volonté d’obstruction systèmatique de la défense et de la recherche des véritables coupables n’était pas volontaire. La question serait alors plutôt pourquoi ?

          Concernant l’enquête policière, comme un avocat le faisait remarqué, c’est la première fois qu’on voyait des policiers cités par la défense. Apparement ça faisait longtemps que certains policiers avaient des doutes sur les raisons de l’accusation. Le juge d’instruction n’aurait rien entendus.


        • (---.---.150.128) 20 janvier 2006 17:49

          Il est alors étonnant que les jurés, eux-aussi aient été bernés, du moins lors des premiers procés.


        • Anne R (---.---.218.66) 20 janvier 2006 09:43

          Il y a deux « castes » (selon votre expression) en France : les juges et les journalistes. Les deux au nom de « l’indépendance ». Qu’y a-t-il sous ce mot ?


          • Ludovic Charpentier (---.---.68.100) 20 janvier 2006 11:05

            Attention, le piège, comme le pointe assez justement Montebourg, serait de voir remise en cause l’indépendance de la justice à la suite de cette comission, si jamais le politique s’infiltrait dans le seul secteur lui échappant, la justice (l’exemple Américain, où Bush peut s’appuyer sur une cours suprême à sa cause, notamment en 2000, montre les risques de ce système...). Le principe d’indépendance est équitable, le problème vient surtout du fait d’une prise de position d’une seule personne et en ce sens la proposition ’Balladur’ (ce n’est pas forcèment son idée mais il l’a défendue hier soir sur Canal Plus) de mettre 3 juges au lieu d’un seul pour décider du maitien en détention paraît une bonne solution qui ne remet pas en cause un principe garant de démocratie...


          • E G S (---.---.1.109) 20 janvier 2006 12:39

            - Quel rapport avec l’ontologie (la théorie métaphysique de l’être) ? En l’occurrence, ce serait plutôt la morale.
            - L’huissier s’appelle Alain Marécaux, pas Maréchal.


            • lile (---.---.39.3) 20 janvier 2006 13:05

              Très sincèrement, ne nous voilons pas la face, il voulait son affaire il l’a eu et en à profité considérant qu’il n’aurait de comptes à rendre et en encore plus à des gens d’en bas. Rien qu’à voir sa suffisance on comprend à qui l’on a affaire car ne serait ce que par humilité il aurait du demander des excuses.


              • (---.---.13.150) 20 janvier 2006 13:40

                Auriez-vous l’amabilité de publier une photo de ce monstre moderne ?


                • Anne-Cécile (---.---.108.95) 20 janvier 2006 14:02

                  L’instruction de l’affaire d’Outreau a débuté sur des suspicions graves d’abus sexuels sur mineurs. Vérification faite, ces suspicions étaient fondées, les mineurs avaient bien été abusés, violés pour parler clairement. Ils accusaient leurs parents de les avoir ainsi violés. Lesdits parents reconnaissaient les viols qu’on leur reprochait tout en mettant en cause plusieurs autres adultes. Les enfants confirmaient avoir été violés par ces adultes extérieurs à la famille. Les expertises psychiatriques des personnes mises en cause parlaient de structure perverse de la personnalité et de risque important de réitération de faits de nature pédophile. Le propre fils de M. Marécaux, complètement extérieur à la famille BADAOUI, accusait son père de l’avoir violé et il était établi qu’il avait fait plusieurs tentatives de suicide en lien avec les faits qu’il reprochait à son père de lui avoir fait subir. Des témoins décrivaient la « boulangère », Roselyne GODARD, comme ayant curieusement l’habitude delivrer du pain aux BADAOUI vers 23 h, heure à laquelle il est établi que se déroulait dans la pièce voisine de terribles scènes de viol collectif sur les enfants du couple. Compte tenu des investigations restant à mener, de la nécessité d’éviter toute collusion entre les mis en cause ou pression sur les victimes ainsi qu’en raison du grave trouble causé à l’ordre public, il ne faut pas oublier le matraquage médiatique de l’époque sur les « monstres d’Outreau » et le spectre d’une affaire Dutroux en France, le juge d’instruction a demandé le placement en détention des intéressés au Juge des Libertés et de la Détention, qui l’a ordonné. Le fait, comme les médias aiment le rappeler à tout va avec cette expression ridicule, que les personnes concernées « clament leur innocence » n’est pas de nature en soi à devoir écarter une mesure de détention provisoire. Allez voir une audience correctionnelle et vous en verrez des prévenus qui « clament... » alors que tout les accable, qu’ils ont été pris sur le fait, reconnus formellement par les victimes et les témoins etc... Qui sont d’ailleurs condamnés à juste titre et qui ne font jamais appel de leur condamnation parce qu’ils savent bien que se prétendre innocent, c’est bien souvent une stratégie, tout à fait normale et humaine, pour essayer de se sortir du pétrin où on s’est fourré, ni plus ni moins... Comme tout enfant pris les doigts dans la confiture commence toujours par dire piteusement que ce n’est pas lui et qu’il n’a rien fait. S’il suffisait de nier pour que la Justice ne puisse pas se pencher sur des infractions, ce serait somme toute assez simple et la porte ouverte à l’impunité totale des délinquants et des criminels. Fin de la digression. En l’occurrence, ils ont été acquittés et ils se disaient innocents. Leur innocence a été reconnue par la Justice. Il n’y a donc pas d’erreur judiciaire. Qu’au stade de l’instruction, ils soient restés longtemps en détention provisoire, c’est la seule question intéressante qui se pose. Une évidence à rappeler tout de même, et que tout le monde semble oublier : si, dès le début d’une enquête, on savait tout des responsabilités de chacun, il n’y aurait plus qu’à supprimer enquête et instruction et s’en remettre à la boule de cristal de Mme Irma. Bien sûr que les éléments de ce dossier ont été récoltés petit à petit et qu’il ne s’est pas présenté à la fin comme il se présentait au début. C’est le principe même d’une enquête de faire évoluer la conception que l’on peut avoir de ce qui s’est passé ou pas. Et le Juge BURGAUD ne lit pas dans le marc de café. Comment pouvait-il s’imaginer, lorsqu’elles ont été faites, que les accusations de Mme BADAOUI et de ses enfants, étaient fausses et allaient être rétractées plusieurs mois plus tard, compte tenu des autres éléments troublants dont il disposait ? Que n’aurait-on entendu de la part des médias sur le prétendu laxisme des juges si les mis en cause avaient été mis dehors à l’époque, ç’aurait été de nouveau une mise au pilori. Tout ceci pour dire quoi ? Que nécessairement, le juge a toujours tort dans la bouche des médias, qui croient tout savoir mieux que les professionnels même sans avoir jamais lu l’entier dossier, et qui s’en remettent sans distance ni critique à la parole des avocats, en n’ayant jamais conscience que l’avocat n’a jamais une parole neutre ni objective. L’avocat est la voix de son client. Il défend une thèse et est prêt à tout pour que celle-ci soit relayée par les médias qui n’y voient que du feu. Il instrumentalise les médias au service de sa version, parcellaire et tronquée, voire purement mensongère. Parce que c’est son rôle et son métier. Le seul à ne pas avoir de raison de mentir et de cacher quoi que ce soit du dossier, c’est la magistrat. Or il est enserré par les contraintes de son statut qui lui interdisent de parler, alors que les avocats ont un boulevard devant eux pour s’exprimer. C’est le comble de l’absurde ! J’espère seulement qu’un jour viendra où les journalistes s’interrogeront sur le contenu et le bien-fondé de cette parole de l’avocat recueillie avec complaisance sur les marches du palais en les prenant pour des cons qui gobent n’importe quoi. A ce stade, il n’y a nulle preuve que le Juge Burgaud n’ait pas bien fait son travail. Comme il existe l’aléa thérapeutique, notion juridique qui reconnaît la possibilité pour le malade d’être indemnisé pour un accident de traitement en l’absence même de faute du médecin, il devrait être possible d’admettre la possibilité d’un aléa judiciaire. A savoir la prise de conscience qu’il n’y a pas nécessairement de faute humaine à l’origine d’une telle affaire, mais que ce sont les risques qui peuvent se produire dans 2% des cas lors de la conduite de ce type d’enquête. Et parler systématiquement du corporatisme des magistrats, uniquement au prétexte qu’ils demandent à attendre les conclusions des organes d’enquête et de contrôle sur cette histoire, c’est scandaleux. C’est la seule attitude raisonnable à avoir. Les médias qui reprochent à Fabrice Burgaud de s’être fait trop vite une opinion faussée, tombent pile poil dans le travers qu’ils dénoncent. Sans rien connaître au contenu précis du dossier, ni à la loi pénale ni à la procédure pénale, auxquelles les magistrats sont tenus de se conformer, ils croient avoir tout compris et tout deviné avant les autres !... Un peu d’humilité et d’honnêteté intellectuelle ne feraient pas de mal de temps en temps chez ces manipulateurs d’opinion sans scrupule !


                  • Ludovic Charpentier (---.---.68.100) 20 janvier 2006 14:54

                    « Comment pouvait-il s’imaginer, lorsqu’elles ont été faites, que les accusations de MmeBADAOUI et de ses enfants, étaient fausses et allaient être rétractées plusieurs mois plus tard, compte tenu des autres éléments troublants dont il disposait ? Que n’aurait-on entendu de la part des médias sur le prétendu laxisme des juges si les mis en cause avaient été mis dehors à l’époque, ç’aurait été de nouveau une mise au pilori. Tout ceci pour dire quoi ? Que nécessairement, le juge a toujours tort dans la bouche des médias, qui croient tout savoir mieux que les professionnels même sans avoir jamais lu l’entier dossier, et qui s’en remettent sans distance ni critique à la parole des avocats, en n’ayant jamais conscience que l’avocat n’a jamais une parole neutre ni objective. »

                    Vous avez absolument raison, et l’affaire Outreau ne doit pas être uniquement le procès du juge Burgaud mais aussi le procès des médias qui souvent ont trop tendance à mettre une pression sur des dénouements de procès et ont un peu tendance à prendre la place des juges à coup de sensationnalisme. Dans cette affaire Outreau, Burgaud est déjà condamné par la presse, alors, pourquoi faire un procès ?


                  • (---.---.141.145) 20 janvier 2006 21:50

                    A Anne-Cécile

                    Votre plaidoirie (car c’en est une- et vous tenez vous aussi ici un discours d’avocat , celui des magistrats - peut être faites-vous partie du sérail ?), contient bien des choses sensées, sur le temps nécessaire à l’enquête, sur la réalité des faits à l’origine de l’affaire, sur les éléments graves et concordants au début de l’instruction, etc. Permettez néanmoins à un citoyen chatouilleux de pointer quelques faits passés par vous sous silence : 1 - on ne peut comparer vraiment aléa médical et « aléa judiciaire » : dans l’acte de justice il y a une énorme chaîne institutionnelle derrière, sensée être en partie conçue pour garantir des droits au citoyen, même coupable, a fortiori « présumé innocent » ; de deux choses l’une : soit l’institution a failli d’elle même, soit un seul juge est capable de faire dérailler la machine pour une DIZAINE d’inculpés d’un coup (aléa « individuel ») -quid des vérifications élémentaires sur ce réseau, sur les concordances factuelles entre les agissements d’une dizaine de personnes ? 2- plusieurs acquittés ont lors de l’audience accusé le juge d’avoir dicté à sa convenance les PV au greffier -cela est-il considéré comme une pratique normale ? est il également considéré comme banal d’instruire à charge et de négliger l’instruction des faits à décharge lors d’une affaire « grave » et « évidente » ? 3- d’où vient ce chiffre de « 2% » de « déchets judiciaires » ? sont ce les erreurs reconnues par l’institution ? ou s’agit il, comme dans l’armée il fut un temps, de « pertes » statistiquement admises ? 4- des mots que l’on a guère entendus jusqu’ici : Différence socio-culturelle, classes sociales (ouh le vilain mot), milieux culturels. Juge et inculpés n’avaient rien en commun, ni le même capital culturel, ni le même capital symbolique, ni les mêmes aptitudes face au discours, ni même à la langue. Le juge B aurait il eu la même désinvolture en face d’abjects pédophiles bac+6, même s’il avait éprouvé la même répulsion ?

                    Ceci pour dire que je continue à me poser de graves questions sur le fonctionnement de NOTRE Justice, et que je ne pense pas être le seul.


                  • (---.---.243.54) 20 janvier 2006 22:14

                    Dans un crash aérien, on essaie de faire la part de l’erreur humaine et de celle du système. Manifestement pour Outreau le juge d’instruction n’était pas le bon pilote. Et vous savez même le meilleur des systèmes finit toujours par se cracher si l’incompétence du pilote n’est pas reconnue ou corrigée à temps.


                  • (---.---.150.128) 20 janvier 2006 16:52

                    Un peu d’humilité et d’honnêteté intellectuelle ne feraient pas de mal de temps en temps chez ces manipulateurs d’opinion sans scrupule !

                    Plutôt que de taper sur le juge, les médias pourraient aussi s’intéresser à l’enquête. Qui a apporté les preuves au juge ? Comment ces éléments ont ils été collationnés ? Qui dirigeait l’enquête ? etc ...


                    • C20.01.06 (---.---.243.54) 20 janvier 2006 21:37

                      Vu l’audition de la commission d’enquête. Et ce qu’a fait le juge burgaud n’est vraiment pas beau à voir,et ça n’a rien à voir avec les médias. Quand il dit 4 ans d’instruction 20 ans pour réfléchir. Où est la pression des medias ? Je n’ y verrai plutôt que la pression d’un inquisiteur sur les inculpés pour obtenir des aveux. Pour le reste je vous renvoie au visionage de la commision d’enquête qui heureusement ne se fait pas dans le secret. Quand il convoque un accusé « seul » sans avocat face à ses accusateurs badaoui etc..à côté de lui et l’accusé dans un coin. Pourtant Rien ne choque le juge burgaud ! et quel est le rapport avec les médias ? L’enquête a été menée de façon déséquilibrée à charge. Rapport avec les médias ? etc.... Les médias ont bon dos. La bonne excuse.


                    • (---.---.24.31) 21 janvier 2006 11:10

                      Ce qui est étonnant, c’est que d’après les médias, tout ce fiasco n’est du qu’au juge. Qu’il ait sa part de responsabilite, au vu des interviews, c’est évident ; qu’il soit le seul concerné, cela est étonnant. D’autant plus qu’il y a silence radio sur les autres participants à ce fiasco. Pourquoi, par exemple, la presse ne publie pas les éléments communiqués au juge à la suite de l’enquête policière, etc...


                    • fdupré (---.---.37.244) 21 janvier 2006 13:06

                      Outreau : l’état du délire

                      “Alors qu’est-ce qui est rationnel dans une société ? C’est - les intérêts étant définis dans le cadre de cette société - la manière dont les gens les poursuivent, et en poursuivent la réalisation. Mais là-dessous il y a des désirs, des investissements de désirs qui ne se confondent pas avec les investissements d’intérêt, et dont les intérêts dépendent dans leurs déterminations et leur distribution même : tout un énorme flux, toutes sortes de flux libidinaux-inconscients qui constituent le délire de cette société. La véritable histoire, c’est l’histoire du désir....que les gens dans une société désirent la répression, pour les autres et pour eux-mêmes ; qu’il y ait toujours des gens qui veulent en faire chier d’autres, et qui aient la possibilité de le faire, le “droit” de le faire, c’est ce qui manifeste le problème d’un lien profond entre le désir libidinal et le champ social” : voilà ce que nous dit G.Deleuze et qui nous en dit bien plus sur le scandale d’Outreau que toutes les ratiocinations outragées sur les dysfonctionnement supposés de la Justice avec un gand J.Quand un maton jouit du droit de crachat dans la nourriture d’un prévenu, qu’un flic jouit du droit d’assommer un suspect de gifles, qu’un petit juge d’instruction jouit du droit de vie ou de mort, je ne vois pas d’autres mots, sur des hommes et des femmes, ce n’est pas la “Justice “qui « dysfonctionne », ni l’ “Etat de droit”, qui ne sont que de grands mots justificateurs pour masquer “l’Etat de Délire” qu’est plus ou moins disposée à accepter une société de la part des “citoyens” qui la composent..... Le fantasme sécuritaire qui obsède les consciences d’aujourd’hui en dit long sur la pauvreté des désirs en réalité. Comment feindre de s’étonner de leur laideur ?


                      • 23.01.2006 (---.---.21.68) 23 janvier 2006 20:22

                        Sauf erreur, Il y a quelques temps une prime au mérite a été mise en place pour les juges entre autres. Il me semble vraisemblable que cela ait pu avoir une fort mauvaise influence sur le déroulement de l’affaire. J’ai eu lu que dans de nombreux tribunaux cette prime était répartie de façon uniforme entre tous les magistrats. Je pense qu’il serait intéressant de savoir comment cette prime était attribuée au tribunal où officiait le juge en cause. Ce type d’information devrait être publique. Si cette attribution de prime n’est pas intervenue de façon défavorable dans cette affaire elle risque bien d’intervenir de façon défavorable dans d’autres affaires.


                        • WANG Woré (---.---.98.29) 27 janvier 2006 12:24

                          Bonjour, Je vous écris par rapport à l’affirmation de Charles PEGUY selon laquelle :« un juge habitué est un juge mort pour la justice », affirmation rappelée par le reporter Bernard Lallement dans son commentaire de l’affaire d’OUTRAEU. Je n’ai pas compris le sens de cette affirmation. C’est pourquoi je vous demande de m’en donner si possible une explication. Mes voeux les meilleurs.


                          • François (---.---.108.151) 2 février 2006 01:12

                            Cela signifie que les juges doivent veiller à ne pas se blinder, à ne pas s’habituer aux horreurs dont est capable la nature humaine, de manière à toujours laisser une chance à chacun de prouver sa parole, de l’espace pour le hazard malencontreux, de la compréhension pour la misère et la souffrance humaine, de quelque coté qu’elle se trouve. Dans le même temps, le juge ne doit pas se blinder non plus contre la souffrance des victimes, victimes identifiées ou non, présentes ou à venir. C’est un risque tout aussi grand : il est facile de nier ce qu’on ne voit pas. Ne pas se blinder est une ascèse très difficile, qui exige beaucoup de réflexion, de conscience, de curiosité bienveillante et d’équilibre personnel. Elle n’a rien de naturel : il suffit pour s’en convaincre d’observer les réactions des jurés ou de nos braves citoyens au café du commerce... A mon humble avis, si l’on veut réduire les dysfonctionnements, c’est dans l’amélioration de la réflexion des juges et leur formation qu’il faut investir, pas dans les réformes de procédure, que l’on multiplie allègrement depuis 1945, sans aucun succès. La critique est facile, l’art est difficile, dit le proverbe. Peu de gens sont capables de se mettre à la place des juges et de se rendre compte de la difficulté de ce métier : ils travaillent sur des faits horribles et sont en permanence confrontés au mensonge, à la lâcheté, à la veulerie, à la brutalité des hommes. Garder la confiance en l’homme, dans ces conditions, surtout quant on a 100 ou 150 dossiers à instruire en même temps, ne va pas de soi. Ceux qui ont été jurés d’assises, peut-être comprennent mieux, même s’ils n’ont pas eu le temps de courir le risque de l’habitude.


                          • nicolas pénel (---.---.15.209) 8 février 2006 12:46

                            Je remarque une chose amusante, le juge Burgaud viens assisté de 2 avocats au auditions de la commission parlementaire... Monsieur le juge estime donc indispensable un avocat pour lui (alors qu’il ne cours aucun risque judiciaire devant la commission), mais ça ne lui posait pas de problème que certains aquittés d’outreau n’eurent pas d’avocat jusqu’à 18 mois pendant leur détention provisoire !

                            sur le lien suivant, un petit strip inspiré par les dernières audition sur l’affaire d’outreau.


                            • laet (---.---.233.81) 9 février 2006 21:31

                              Et bien tout d’abord je voudrais dire que cette affaire m’a beaucoup interessée et je suis de tout coeur avec les acquittés car il est vrai que passer autant de temps en prison lorsqu’on a rien fait je pense que tout doit s’effondrer autour de nous et malheureusement ça doit arriver plus souvent qu’on ne le pense seulement cette affaire a tellement été médiatisée qu’on ne parle plus que de celle ci.Peut-être y a t-il eu des erreurs, graves certes mais je pense que le juge Burgaud a fait son travail et l’erreur est humaine.Personnellement je suis aussi de tout coeur avec lui car dans cette affaire on l’a mis seul coupable et peut etre que cette affaire delicate aurait du etre confiée a un juge plus experimenté plutot qu’à un jeune juge qui vient de sortir de l’ecole.En tous cas dans son audition il explique les horreurs faites aux enfants et on a pu voir que celles ci l’ont marqué.Et moi je me dis : pour une fois que les enfants sont bien écoutés ça on ne peut pas lui reprocher.Il aurait du beneficier d’une aide sur ce dossier mais tout le monde était apparemment d’accord avec lui.Bref je lui souhaite du courage et de pouvoir faire face assez vite je lui apporte tout mon soutien.


                              • gambadou (---.---.216.41) 11 février 2006 11:41

                                Comme j’avais lu le livre de Florence Aubenas sur « l’affaire », livre qui est anti juge Burgaud, j’avais envie de me faire une idée par moi-même. J’ai donc regardé une partie de la convocation du juge (de 19h00 à la fin). Je me suis bien gardée d’aller sur les chaînes ou les journalistes nous abreuvent de commentaires, j’ai donc regardé la chaîne parlementaire...

                                Le livre et les différents témoignages glanés dans les journaux décrivaient une juge hautain, prétentieux et cassant.... Et on s’est retrouvé en face d’un enfant hésitant et maladroit. Qui répond à côté des interrogations de manière évasive et brève sans se remettre en question. Il paraphrase le dossier sans donner ses sentiments. Même quand le rapporteur, plus incisif, essaye de le pousser dans ses retranchements, il reste insignifiant. Cela n’a pas été « l’explication du siècle » tant monté en épingle par les médias. Juste un moment pitoyable de plus dans cette affaire douloureuse.

                                Maintenant, je me pose quelques questions....

                                1 - Et si j’avais été jeune juge et que me tombe sur le crâne une affaire ou :
                                - Des enfants me racontent des histoires atroces de viols et de maltraitances
                                - Des experts en psychologie me disent que ces enfants ont réellement vécus ces brutalités
                                - Des parents confirment ces dires
                                - Des experts en psychologie m’affirment que ces adultes ne sont pas mythomanes et manipulateurs.
                                - Ma hiérarchie ne me met pas en garde contre un risque de « chasse aux sorcières »
                                - Les médias renchérissent à qui mieux mieux : « la tour de la honte ».... Comment aurais-je réagis ?

                                Il faut beaucoup de courage pour oser remettre en liberté un accusé de pédophilie. Comment ne pas craindre de laisser en liberté un monstre ?

                                Je n’excuse pas le Juge. Il a eu des méthodes pour le moins abjectes et des comportements sans doute arrogants. De plus, même si il a eu de la compassion pour les anciens accusés et les victimes, il n’a jamais présenté ses excuses. Mais on ne peut pas dire qu’il ait été aidé dans ce dossier.

                                Ce qui m’amène à ma deuxième question :

                                2 - Comment 3 juges sortis de l’école peuvent se retrouver au même endroit ? Le système de l’instruction judiciaire est apparu complètement insensé. Comment un juge de 30 ans, sans secrétariat, sans moyens et avec un « doyen » a peine plus âgé que lui, peut-il travailler sereinement ?

                                Espérons que cette lamentable affaire servira au moins à remettre en cause l’institution judiciaire, pour que d’autres désastres soient évités....


                                • Paul Mirande (---.---.1.42) 9 mai 2006 14:07

                                  Si l’affaire d’Outreau à montrée l’échec de la justice en France, que dire de l’affaire des disparus de Mourmelon ou l’état Français fut condamné pour fautes lourdes le 26 janvier 2006 ?

                                  SITE : www.disparusdemourmelon.org


                                • Christophe Ferré (---.---.104.243) 11 février 2006 13:31

                                  RELISEZ LA PRESSE datant du début de l’enquête. Les innocents étaient COUPABLES, des MONSTRES ! La presse aussi est une machine à broyer l’être humain.

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