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Par-delà le bien et le mâle

  La journée de la femme n'est pas sans rappeler que le 14 février 2012 fera date. Mieux qu'une table étoilée payée à renfort de tickets restos, plus distingué qu'une rose pakistanaise offerte sans négociations : un quota de 40 % de femmes parmi les hauts fonctionnaires d'ici 2018. Cupidon a dû sortir l'artillerie lourde. C'est, dit-on, armé d'un bazooka qu'on l'aurait vu embraser bancs et cœurs de l'hémicycle. L'adoption du projet de loi s'est faite par 460 voix contre une. Alors, heureuses ?

 À l'origine, il y a un constat chiffré. Si la fonction publique est composée à 60 % de femmes, elles ne sont que 10 % à occuper des postes de hauts fonctionnaires. C'est un fait, le sexe faible l'est d'autant plus lorsqu'il s'agit des corps de catégories A et A+. Pour nos gentlemen-députés, cela ne faisait aucun doute, il fallait agir. Mais agir au nom de quoi ? Et puis, agir comment au juste ?

 Agir au nom de l'égalité des sexes, nous dira-t-on, afin de changer les choses. Depuis plusieurs décennies, la question du genre a été martelée avec un tel aplomb qu'elle en a balayé la chose sociale. Pourtant, pense-t-on sérieusement que le sexe définisse à ce point notre façon de penser ? N'y a-t'il pas plus de similitudes entre un homme et une femme issus du même milieu social, qu'entre une fille d'énarque et une fille d'ouvrier ? La réponse va sans dire... Dès lors, même avec les quotas, les arrêts du Conseil d'État ne seront pas rédigés façon Beauvoir ou Colette, pas plus qu'ils ne le sont aujourd'hui façon Flaubert ou Blondin...

 Si ce n'est pas l'égalité, la parité alors. Cette dernière consiste, en l’occurrence, à augmenter la représentation des femmes dans les corps les plus élevés de la nation. Le terme représentation prête à rire. Proposer un pastiche d'égalité en faisant poser de hauts fonctionnaires postiches, on s'enfonce... Le tout sera agencé à grands coups de quotas contre-productifs. Une fois hissées au sommet d'une administration à cause de cette loi, les femmes seront perçues comme des parvenues, n'ayant ici qu'une place légale, certes, mais pas légitime. Par ailleurs, la mise en place effective de cette mesure pose d'autres interrogations.

 Afin de rompre avec la logique d'incitation qui, jusqu'à présent, était inhérente à la lutte contre les plafonds de verre, les députés entendent faire la peau aux vitriers en utilisant la contrainte. Des pénalités financières seront infligées aux administrations ne respectant pas l'objectif de parité visé. Néanmoins, on ne peut prétendre à la haute fonction publique qu'après l'obtention de certains concours, ou, de certains diplômes. Dès lors que ces derniers sont obtenus, il est évident que les femmes ont toute leur légitimité pour occuper de tels postes. Mais, qu'en est-il lorsque le deuxième sexe ne fournit pas le contingent nécessaire pour remplir le quota ? Sur les dix dernières années, les femmes représentent au mieux 40% des inscrits au concours de l'ENA. Par ailleurs, certaines places sont fonction du classement terminal. Par exemple, l'accès à la cour des comptes est, dans la pratique, encore réservé aux 15 premiers. Si jamais, dans une promotion, aucune femme ne termine au sommet, le quota ne sera atteint que par l'utilisation d'un tour extérieur, une autre procédure de recrutement complètement discrétionnaire. L'égalité se substitue aux capacités, et ce, avec les conséquences évoquées plus haut. Néanmoins, la parité n'est pas la seule a gangrener la haute fonction publique. Ce mode de sélection a déjà montré l'étendue de sa désuétude lorsque, le 27 octobre 2010, Arno Klarslefd fut nommé au Conseil d'État par le gouvernement Fillon...

 Et puis, il y a la forme. Le 14 février, c'est une assemblée composée à 80% d'hommes qui a voté cette réforme. Le bronze et les quotas : l'enfer c'est les autres. La gent masculine vous fait la grâce de vous introniser dans la haute fonction publique. Et, de cette manière, vous rend encore plus femme que femme. Vous enferme dans votre condition. N'est-ce pas Simone de Beauvoir qui écrivait dans le deuxième sexe : « en échange de sa liberté, on lui fait cadeau de fallacieux trésors de sa féminité ». Nous y sommes. Une fois de plus...

 Certains députés ont eu la décence d'avancer que les quotas étaient un mal nécessaire. Si ici le mal ne fait aucun doute, la nécessité peut laisser perplexe. Il est de ces domaines dans lesquels la politique ne peut rien. Et aux femmes d'avancer. Sans avoir à passer par-delà le bien et le mâle.




par Tristan Rouquet (son site) mercredi 14 mars 2012 - 0 réaction
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