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Accueil du site > Actualités > Société > Parabole de la vache à lait

Parabole de la vache à lait

UN MONDE OU COULERA LE LAIT ET LE MIEL…

Telle La Terre Promise, la France est aujourd’hui un pays où le lait coule en abondance, mais dans les caniveaux. Quant au miel, coulera t’il encore longtemps faute d’ouvrières butineuses ? En fait, notre époque, paradisiaque pour le spéculateur, relève plutôt de l’enfer pour le producteur, qu’il porte des bottes aux pieds ou bien des ailes dans le dos.

Cette actualité fit resurgir des tréfonds de ma mémoire, le souvenir d’une campagne publicitaire réalisée par un grand distributeur breton, voilà quelques années. Sur ses affiches était représentée une espèce de centaure moderne à tête d’humain et corps de bovin à gros pis. Le slogan scandait sans vergogne : « Chez nous, on ne vous prend pas pour des vaches à lait ! ». Et là, mon cerveau ne fit qu’un tour ! Bon sang mais c’est bien sur ! S’ils écrivent ceci, c’est pour ne pas être démasqués car ils pensent tout le contraire. Ils nous prennent donc pour des vaches à lait (ce qui n’étonnera personne).
 
Etant ainsi et malgré moi, devenu une Prim Holstein à gros pis, je me mis a ruminer cette révélation comme tout bovidé qui se respecte, afin d’apprendre à mieux me connaître.

De l’étude psychologique de la vache à lait dans son milieu.

Les vaches vivent en troupeau et elles broutent. Quand elles ne dorment ni ne broutent, elles s’allongent pour ruminer ce qu’elles ont brouté (J’ajoute qu’elles peuvent aussi ruminer en dormant). Quelle belle vie que celle de la vache, pense l’homme envieux. Pas de problème, elle n’a qu’à brouter. Mais c’est éluder le mal sournois et presque inconscient qui la tourmente : sa peur maladive de ne plus trouver de quoi brouter !

Presque toute l’année, la vache est parquée dans une étable, pour y être engraissée et traite. C’est l’usine en pire : il n’y a ni l’alcool, ni TF1 pour tenir. Mais au printemps, c’est les vacances ! Les vaches partent en villégiature, dans les champs recouverts d’une herbe bien verte ! Il faut les voir gambader la tête haute, se dégourdir les muscles, sauter en s’étirant les guiboles, s’amouracher, bouser nonchalamment, s’encorner pour déconner, vivre quoi ! C’en est presque émouvant. Et ça broute…et ça broute !

Dans son broutage, parfois la vache relève la tête et contemple le reste du troupeau qui broute. Cela la rassure sur son destin de vache. Elle replonge donc son museau dans le gazon. Mais, quelquefois, dans son errance, elle s’éloigne et là, quand elle se redresse et qu’elle s’aperçoit qu’elle est seule, elle s’inquiète car tout un tas de questions lui monte à la tête : « Où sont les copines ? Pourquoi je broute ? Paître ou ne pas paître ? A quoi servent les clôtures qui me ferment l’horizon ? Quel est ce monde qui m’est interdit ? Est-ce pour mon bien ? Qui sont les autres vaches que j’aperçois au loin ? Broutent-elles la même herbe ? » Alors elle s’affole, ce qui indispose et contrarie sa digestion. Elle retourne donc vite vers ses bovines et replonge le museau dans le gazon.

Il arrive tout de même que la vache qui s’interroge sur son destin de vache essaie d’en beugler à ses congénères. Mais c’est peine perdue, car ces dernières lui demandent de se taire car on ne parle pas la bouche pleine. Mais surtout, les questions subversives risquent de contrarier la bonne marche du troupeau !

Dans le troupeau, il y a un chef. C’est un taureau. Pas de parité chez les vaches ! C’est habituellement le plus fort en beuglement. Chez les humains, on parlerait de rhétorique ou de communication. Il faut être malin, s’attirer des soutiens et prononcer des discours qui beuglent de pâturages meilleurs où la croissance de l’herbe, la fera plus grasse dans les champs, si l’on veut bien se donner la peine de bouser plus pour brouter plus. Car tout est dans la croissance, c’est bien connu. Et si ça ne suffit pas, on peut toujours accuser le troupeau d’en face de chercher à franchir la clôture pour manger notre herbe ! Ca fonctionne assez bien en général.

Parfois, malgré l’oppression ambiante (car il faut l’avouer, les troupeaux de vaches sont pleins de peaux de vache), il y en a une qui parvient tout de même à chercher plus loin dans sa recherche de réponses. Certaines défoncent même les clôtures et refusent d’entrer docilement dans l’étable pour se faire enchaînées et traire. Mais tôt ou tard on les rattrape et on les brise ! Bien souvent, elles ne font qu’accélérer leur destinée de steak haché. Ce qui semble terrifiant, c’est que même si l’une d’entre elles s’échappait de l’abattoir et parvenait à rejoindre le champ où est parqué son troupeau pour raconter ce qu’elle sait, elle passerait pour une vache folle auprès de ses congénère !

De toute manière, les vaches sont convaincues qu’ailleurs, par delà le trépas, il y a un paradis des vaches où l’herbe est toujours verte et grasse. Qu’il y a d’autres vies pour les vaches qui peuvent même, si elles sont sages, se réincarner en homme ! Voilà comment tourne le monde des vaches soumises et pusillanimes, aigries et rancunières. Toutes préoccupées à désherber la terre, elles en oublient de vivre vraiment.


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3 réactions à cet article    


  • norbert gabriel norbert gabriel 21 septembre 2009 15:24

    ah la vache ! pour un peu on la prendrait pour le miroir de l’homme du XXi ème siècle, la tête au ras des paquerettes, et après lui, le déluge ... de lait dans les champs et les prés, retour à l’envoyeur !!


    • Frabri 21 septembre 2009 16:59

      La vache a lait de la société de consommation ce sont les consommationnistes de droite et de gauche.

      Pour ceux et celles qui sont pas d’accord il y a la « simplicité volontaire » et « casseurs de pub ».

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Simplicit%C3%A9_volontaire

      http://www.casseursdepub.org/


      • Croa Croa 21 septembre 2009 19:48

         smiley Ravissant ! smiley

        C’est une fable !

        Si je trouve le temps, vu qu’à défaut de « vivre vraiment » j’en fais beaucoup, ce serait bien de mettre ça en vers ! (Il y a aussi beaucoup d’idées là dedans.)

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