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Permis de conduire : le gouvernement va-t-il (enfin) appliquer la loi Macron ?

C’est une réalité, le permis de conduire n’attire plus les jeunes français, surtout ceux qui vivent dans les grands centres urbains. Le prix et les délais sont les principales causes de ce désamour pour le fameux papier rose. Le système est grippé, et ce malgré la loi Macron de 2015 qui avait pour objectif de libéraliser le secteur. Des progrès notables ont certes été réalisés, notamment depuis l’arrivée des auto-écoles en ligne, mais le permis de conduire souffre toujours des mêmes maux. Et seule l’Autorité de la concurrence semble s’émouvoir de ce chantier délaissé par un Emmanuel Macron pourtant devenu président de la République.

Le permis de conduire est-il appelé à disparaître  ? Ceux qui misent sur les voitures autonomes comptent les années avant que le précieux sésame devienne obsolète. D’autres en revanche regardent la manière dont fonctionne le système actuel et remarquent que de plus en plus de Français se détournent du papier rose, et ce pour des raisons qui sont majoritairement liées à un seul et même facteur : le monopole des auto-écoles traditionnelles. 

Depuis toujours, celles-ci règnent sans partage sur un marché où les clients — c’est-à-dire les apprentis conducteurs — sont en position de faiblesse, à la merci du bon vouloir des patrons d’auto-écoles. Fin 2014, Delphine Granier, analyste au think tank Génération Libre, déplorait d’ailleurs que «  le système actuel repose sur le monopole des auto-écoles qui rend la clientèle captive  ».
 
Une loi pourtant prometteuse
 
C’est pourquoi, en 2015, Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie, lance un projet de loi visant à ouvrir ce secteur à la concurrence. L’objectif était, entre autres, d’avoir plus d’examinateurs afin de réduire des délais de passage beaucoup trop longs. En 2015, il fallait en effet compter environ 95 jours avant d’obtenir une date pour l’examen pratique et gare à ceux qui le rataient. Dans ce cas, il fallait en moyenne plus de trois mois avant d’avoir l’opportunité de le repasser. 

Et ces trois mois s’accompagnaient inévitablement de frais supplémentaires (heures de conduite majorées, etc.) ce qui ne manquait pas de faire fuir, à juste titre, bon nombre de candidats quelque peu désœuvrés. Avec un budget final supérieur à 2 000 euros, le permis était devenu inaccessible à bien des jeunes, et ce malgré l’introduction de dispositifs du type «  permis à 1 euro par jour  ».
 
Fort de ce constat alarmant, Emmanuel Macron s’est penché sur la question et a fait voter un texte, en 2015, autorisant des agents de La Poste à faire passer l’épreuve théorique du Code de la route afin de désengorger les centres d’examen et les auto-écoles. Une réforme qui a eu du mal à passer en raison de la réticence des professionnels du secteur qui ont vu d’un mauvais œil l’arrivée de nouveaux acteurs. 

Outre les agents de La Poste, cette réforme a également permis aux auto-écoles en ligne de se développer dans un cadre juridique plus certain. Des auto-écoles d’un genre nouveau dont l’arrivée n’a pas manqué d’irriter les auto-écoles traditionnelles férocement attachées à leur position de monopole.
 
Malheureusement, deux ans après la promulgation de ce fameux texte, la situation ne s’est améliorée qu’à la marge : en Normandie par exemple, «  le délai entre deux passages [pour l’examen pratique] est actuellement de 3 à 4 mois  », affirme Karl Raoult, directeur des auto-écoles CER qui portent son nom. Une situation que ce dernier ne trouve pas normale puisqu’«  Emmanuel Macron a fait une réforme justement avec le passage du Code de la route dans le privé pour diminuer les délais  ». Et de rajouter : «  n’ayant plus d’inspecteurs dans les salles de code, ils auraient dû faire plus d’examens en voiture  ». Ce qui n’est semble-t-il pas le cas.

Par ailleurs, une enquête publiée par Le Parisien à la fin du mois de juin révèle que 48 % des 18-24 ans ne passent pas leur permis pour des « raisons budgétaires » et ils sont autant (51 %) à confier qu'ils changeraient d'avis s'ils en avaient les moyens. Et preuve que la situation s’est détériorée ces dernières années, l’étude affirme qu’aujourd’hui, « 39 % des 18 à 20 ans possèdent un permis, contre 76 % des 21-24 ans. Il y a quatre ans, près de 3 sur 4 l'avaient déjà décroché avant leurs 20 ans... »

L’implacable constat de l’Autorité de la concurrence
 
La loi Macron n’est donc pas allée assez loin. Du moins, son application laisse encore à désirer. C’est en tout cas le constat de l’Autorité de la concurrence qui a publié un avis sur le sujet en mars 2016. Mais ce dernier semble être passé inaperçu. 

Dans cet avis, l’Autorité indique qu’elle «  se félicite de ces réformes qui vont dans le sens d’une plus grande efficacité économique, mais attire l’attention du gouvernement sur la nécessité d’assurer aussi une plus grande égalité des chances entre candidats à l’examen et dans la concurrence entre écoles de conduite  ». 

En cause, la manière dont sont réparties les places pour un passage devant l’examinateur. Leur nombre est défini en fonction de l’activité passée de chaque auto-école. Autrement dit, une auto-école installée depuis 10 ans obtient un plus grand nombre de places d’examen qu’une auto-école plus récemment créée, même si cette dernière dispose d’un plus grand nombre d’élèves… 

Un système que l’Autorité de la concurrence aimerait voir évoluer : «  afin que la méthode d’attribution des places ne fausse pas le jeu de la concurrence entre écoles de conduite, l’Autorité recommande que cette méthode ne repose pas sur l’activité passée de chaque établissement, mais tienne compte mensuellement de la réalité des besoins : à cet égard, le principal indicateur pourrait être le nombre de candidats ayant déjà réussi l’épreuve théorique et n’ayant pas encore réussi l’examen pratique (et ce quel que soit le nombre de présentations du candidat) au sein de chaque auto-école  ».
 
Malgré ce signal d’alarme émis par l’Autorité administrative «  chargée de veiller au bon fonctionnement concurrentiel des marchés, afin de garantir au consommateur les meilleurs prix et le choix le plus large de produits et de services  », force est de constater que rien n’a changé. 

Une situation d’autant plus surprenante que la loi dont il est question porte le nom de notre président. Et au regard de la chute de popularité que connaît Emmanuel Macron ces derniers temps, venir en aide aux 18-25 ans — dont le soutien manque cruellement à l’actuel résident de l’Élysée —, ne serait pas une mauvaise idée.


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11 réactions à cet article    


  • sarcastelle 29 juillet 12:05
    Selon les chiffres de l’article, ce n’est pas une idéologie anti-voiture qui dissuaderait de très nombreux jeunes gens de passer le permis, mais le coût.
    .
    Ce n’est qu’un début. 
    .
    En effet attendons encore un peu et nous verrons de très nombreux vieux et autres catégories financièrement serrées renoncer au transport individuel en raison des coûts sans cesse ajoutés, et dont le triomphe sera un jour l’obligation pratique sinon légale de payer au coup par coup un taxi autonome géré par une entreprise (rien à voir avec le coût kilométrique d’une vieille voiture amortie qu’on gère soi-même). 

    • Le421 Le421 31 juillet 08:39

      @sarcastelle
      Phénomène qui rapproche de plus en plus les personnes âgées des centres urbains afin de limiter les déplacements.
      Jeune militaire, je parcourais jusqu’à 55.000 Km à l’année et une fois plus de 75.000 !!
      Avec trois véhicules, ma femme et moi atteignons royalement les 10.000...
      Entre le prix du carburant et les pièges à fric en tout genre...
      Déjà, à Sarlat (10.000 Ha), le centre ville m’est interdit.
      Par principe.
      Payer 1.50€ pour aller chercher le pain !!
      Sans déconner.


    • kirios 29 juillet 16:30

      l’examen du permis de conduire est une escroquerie monumentale , le permis à point en est une autre .
      l’instruction routière , au même titre que l’instruction civique, devraient être enseignées à l’école et c’est l’école qui devrait décerner le permis de conduire .
      le comportement routier est considéré comme une source de profit alors qu’il ne devrait être qu’une règle civique complémentaire dont la charge devrait être à la charge exclusive de l’état .


      • zygzornifle zygzornifle 29 juillet 17:58

        @kirios


        Le contrôle technique est une escroquerie lui aussi destiné a faire payer au prix fort l’automobiliste , bientôt en février 2018 ça va être le grand équarrissage obligeant les automobiliste a rouler sans tellement les contrôles vont être du niveau de la Gestapo ou de la police politique Russe des années 39-45 ....

      • UnLorrain 29 juillet 20:01

        @kirios

        Tellement vrai. Merci car je ne saurais formuler aussi judicieusement.


      • zygzornifle zygzornifle 29 juillet 17:55

        il y en a qui vont passer le permis a l’étranger par exemple en Espagne ou c’est minimum 20% moins cher c’est beaucoup plus rapide et les examinateurs ne sont pas des casses couilles et de toute façon pour se le faire sucrer peu de temps après en France autant payer le moins cher possible et ne pas engraisser un système bien a la Française donc complètement pourri ....


        • FreeDemocracy 29 juillet 22:17
          bonsoir,

          Il serait temps car les illettrés de GAD attendent cela avec impatience...



          • Doume65 30 juillet 01:12

            Article confus qui prétend que les jeunes ne passent pas le permis à cause d’un soi-disant monopole (alors qu’une quantité de petites entrepreneurs indépendants sont exactement le contraire d’un monopole) et démontre juste après qu’il n’en est rien puisque les problèmes viennent d’un manque d’examinateurs.
            Si c’était gratuit, bien sûr que beaucoup plus de jeunes passeraient le permis. Mais ça a toujours été cher. La vérité, c’est que les jeunes citadins (et pas ceux des campagnes) sont moins motivés qu’autrefois vu les offres alternatives à la possession d’une voiture pour accéder à la mobilité et que celle-ci n’est plus un marqueur social comme il l’a été.


            • Rincevent Rincevent 30 juillet 13:40

              @Doume65

              Il est vrai que c’est bien une question de génération. Au delà d’une question de coût, beaucoup de jeunes ont un regard beaucoup plus distancié que leurs ainés sur la sacro-sainte bagnole. Les alternatives dont vous parlez concernent surtout les jeunes urbains avec horaires de bureau.

              Pour les autres, elle reste encore incontournable mais revient à sa fonction de base, à savoir déplacer son conducteur d’un point à un autre, dans des conditions correctes et à moindres frais. A part quelques « kékés », c’est la fin de à qui aura la plus grosse, la plus longue… Le meilleur exemple en est le succès de la Dacia, voiture la plus vendue aux particuliers depuis deux ans. C’est du Renault, en moins cher et plus fiable…


            • zygzornifle zygzornifle 30 juillet 09:09

              le permis c’est comme les prothèses dentaire , il faut aller a l’étranger c’est moins cher , en France on se gave sur le dos des citoyens ....


              • J.N 2018 30 juillet 12:37

                C est sur , allez vous faire opérer des dents a Dakar c est moins cher et plus sécurisant !! c est sur mais tout le monde ne travaille pas chez Air France .. et lorsqu il y a un problème ou un rajustement le dentiste est à coté ... il faut peut etre arrêter avec toutes ces idées !! passer le permis est une chose se former en est une autre ! quand les statistiques francaises de mortalité sur les routes sont en train d exploser , il y a peut être un problème ... payer un formateur qui enseignera a conduire , donnera un philosophie en matiere de conduite a un cout .. la plus part des acteurs qui proposent des formules a bas prix sont soit en liquidation judiciaire soit limite car il « propose des formateurs bénévoles » ... de qui se moque t on ? c est simplement du travail déguisés ou les charges sociales ne sont pas payées . un autre facteur important dans le prix est la motivation des apprenti conducteur , elle est de plus en plus nulle ... tout doit tomber tout cuit sans fatigue et sans réflexion ... et bien non ! cela demande une forte implication ...

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PatLegault


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