Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Société > Petit traité sur la Rumeur

Petit traité sur la Rumeur

À l'usage des ligériens mais aussi des autres ...

Vidéo explicative indispensable :

Soucieux de rétablir la vérité vraie à chaque fois qu'on ne me demande rien, je viens lever le voile sur une réputation fâcheuse, faite bien souvent à notre bonne ville d'Orléans. Bien des esprits chagrins ne l'évoquent qu'en référence à cette fameuse rumeur qui serait sa spécialité. Ne reculant devant aucune difficulté, le Bonimenteur se doit d'affronter de face cette sinistre réputation. Tout ceci, vous devez vous en douter ne sont que menteries d'ici !

La Loire est l'axe central de la communication ligérienne. La formule est heureuse, ses conséquences lourdes de désagréments divers à commencer par la difficulté à se parler d'une rive à l'autre. Il faut parler fort et il n'est pas certain que le message passe les flots. Mais, dans ce sens, point de rumeur, simplement au mieux une incompréhension profonde, au pire une ignorance de ce que fait, dit et pense le voisin d'en face. Rien de nouveau d'ailleurs sous le soleil ligérien comme partout où se dresse une frontière, ce travers détestable sépare les humains.

Mais, en ce domaine, nous sortons du cadre et n'expliquons en rien les sources du mal. C'est la physique qui doit venir à notre secours pour comprendre ce mal étrange qui secoue régulièrement notre ville. La rumeur naît de données intangibles et irréfutables, de variations inévitables qui font le nid de la confusion et de l'incompréhension.

Pour communiquer, le ligérien dispose de moyens bien commodes de transmettre l'information. Il peut tout à loisir parler ou écrire comme tout à chacun dans les autres régions de France. Là où se noue le drame c'est qu'il confie au fleuve son message et qu'il y a fort à parier qu'il ne maîtrise pas toute la complexité de la chose.

Si le communiquant choisit la bouteille à la Loire, il n'est pas sans ignorer que le message ne pourra raisonnablement que descendre le courant, privant ainsi ses voisins de l'amont d'une part de vérité à laquelle eux aussi ont droit. L'ignorance est la mère de toutes les perversions, faute de savoir, ils s'imaginent d'étranges choses, le mal est en germe, il suffit de quelques pensées hostiles et la rumeur renaît plus sûrement de ses cendres que notre héroïne locale …

Si notre homme se satisfait du bouche à oreille, il doit prendre en considération le vent dominant, les perturbations météorologiques, les variations saisonnières, les mauvaises pensées du moment. Tout est prétexte alors à déformation, amplification ou travestissement de la parole initiale. Les mauvaises langues font leur triste besogne, les sourdes oreilles n'entendent que ce qu'elles veulent bien comprendre et toutes ces distorsions donnent naissance à des phantasmes terribles.

La rumeur aime à pointer du doigt les minorités, les groupes différents, des victimes bien commodes face à l'hostilité croissante du groupe dominant. Sur la Loire, on dit alors pis que pendre des gens du canal, des cul-terreux ou bien des gens qui ne sont pas d'ici. Éternelle rengaine de la méfiance qui devient intolérance, les flots deviennent agités et bientôt c'est le drame !

Puis il y a ceux qui se jettent à l'eau pour défendre leurs idées, venir au secours des boucs émissaires. Par ce geste magnifique, ils pensent faire entendre leur voix. C'est encore un échec cuisant, un geste inutile. Sous l'eau, le message ne passe pas, il est brouillé, englouti par le brouhaha de la surface. Être inaudible ne sert à rien, la rumeur gonfle faute d'un démenti que personne ne donnera à votre place. Vous vous êtes trop mouillé pour être encore entendu.

Il y a encore ceux qui espèrent faire des vagues. Ils remuent, font des gestes désespérés, lancent des cris de détresse. Leur tintamarre est tout juste bon à faire quelques ronds dans l'eau. La surface se ride un peu, le mouvement cesse bien vite. Tandis que la lame de fond de la rumeur poursuit ses ravages, les rides à la surface sont vite oubliées.

Des Rumeurs il y a en tant et plus. Elles ne cessent de grandir le long de nos quais. Les bateaux ont disparu du paysage quotidien, langues de bois et langues de vipère ont pris le relais de la belle langue colorée de nos mariniers. Si les gens d'Orléans sont surnommés les Chiens, ce n'est pas qu'ils aboient à longueur de journée, bien au contraire, ils savent garder de la tenue, muselés qu'ils sont par des siècles de domination bourgeoise sur la cité. Alors, comme souvent, la déjection canine est la pire des nuisances ; un petit mot par-ci, une insinuation par-là, le chien aime à semer des traces, à marquer son territoire de propos bien sentis. La Rumeur se propage.

J'avais dessein de démentir pour me retrouver à subir ce que je pensais combattre, je n'ai plus qu'à avouer ma défaite. La Rumeur d'Orléans n'est pas une rumeur, elle existe bel et bien et c'est d'ailleurs pour ça qu'il existe en cette ville un bonimenteur de Loire. À force de propager vérités fausses et menteries vraies, il y a fort à parier que l'homme nourrit en son sein la rumeur sournoise et m

Conciliabulement vôtre.


Moyenne des avis sur cet article :  4.71/5   (14 votes)




Réagissez à l'article

6 réactions à cet article    


  • easy easy 26 octobre 2012 12:42

    Il est dit, dans la vidéo de référence, que « Les gens manquent d’esprit critique, que plus c’est gros plus ils y croient... »

    Je pense que cette considération est trop simpliste.
    Il faut la complexifier un peu plus pour approcher davantage la réalité.

    Il existe en chacun de nous, peut-être plus chez certains que d’autres, une tendance qui tient de la grenouille voulant devenir grosse comme un boeuf.
    Une tendance qu’on voit chez bien des animaux qui se gonflent quand ils sont en conflit, à se donner plus d’importance qu’on en a.
    A cette fin, la grenouille gonfleuse que nous sommes, est disposée à saisir la moindre opportunité. C’est un réflexe irrépressible (voire vital) qui est très bien servi par le fait que les autres aussi ont cette envie.
    Un premier mytho (à peine plus mytho que les autres) lance un effet boeuf et cet effet sera repris et rediffusé en plus gros encore par les autres.

    Dire que les gens manquent d’esprit critique, c’est les prendre pour les moutons de panurge, des crétins, des décervelés. C’est alors se poser en personne plus impressionnate que les autres « Moi je suis invulnérable aux rumeurs ».


    Non, les gens ne sont pas du tout veaux, idiots ou suiveurs. Ils sont actifs. Ils ont des réflexes actifs à effet de gonflage pour impressionner les autres (valorisatrion de soi, défense, agression...)


    Le problème de chacun de nous, tous gonfleurs, tous mythos, tous hystérisateurs, c’est que nos hystérisations étant amplifiées par les autres, nous nous retrouvons tous dominés par un énorme boeuf qui n’est plus le boeuf d’une personne mais celui d’une masse. Comme le pouvoir de la masse dépasse le pouvoir d’un individu, chacun de nous se retrouve effrayé par l’Echo ou Larsen auquel il a participé. La Chose échappe à ses créateurs.


    Il peut y avoir ici ou là quelques uns d’entre nous qui tirent profit et seulement profit de la Chose qui leur échappe, mais d’une façon générale, j’estime que la plupart du temps, nous y perdons tous.




    Lutter contre une rumeur en posant que les diffuseurs sont des veaux sans cerveau, c’est pousser ces diffuseurs vexés de gonfler encore plus la Chose voire les pousser à entreprendre la création d’un faux du genre crop circle « Ah tu vois que j’avais raison ! »

    On voit cette mécanique tous les jours sur AVox.


    Il me semble qu’il vaudrait mieux convenir au contraire que chacun est très malin et que chacun a besoin, pour se défendre, se valoriser, de fabriquer des énormités. Cf les Sorcières de Salem. Et dire alors que le fait d’emballer le Pont-neuf ou de dépasser le mur du son en chute libre, sont des illustrations de ce besoin-envie-désir de se rendre important ; en l’occurrence sur preuves, ce qui est plus difficile.


    Quand j’étais gamin, à Saïgon, ce n’étaient pas les personnes à statut officiellement important qui m’impressionnaient et me faisiaient pisser de trouille en me racontant des histoires de fantômes, c’étaient les bonnes.


    • C'est Nabum C’est Nabum 26 octobre 2012 12:52

      easy


      Merci pour cet exposé brillant

      Personnellement je me suis laissé entraîner par ce sujet là où je ne souhaitais pas aller ...
      Comme si la rumeur a des fonctionnements propres, des désirs cachés qui se revèlent dans ce qu’on croit et qu(on colporte

      Alors de colporteur à bonimenteur, j’ai franchi le pas, un pas où l’on trébuche tout le temps.

    • Laurent C. 26 octobre 2012 19:59

      Et pourtant vous la connaissez bien cette Loire, vous la pratiquez depuis longtemps.

      Ce lien entre les hommes qui parait si calme, serpentant presque lascivement, invitant le bonimenteur à lui confier ce qui lui tient à cœur.

       

      Mais elle est aussi retorse, pleine de pièges, de remous et de sables mouvants.

      Le bonimenteur perd pied, il ne plus rien faire pour lutter contre les flots, il ne contrôle plus rien et espère que sa fin arrivera vite.

      Bien sûr il y a de braves âmes pour lui envoyer une bouée, pour le soutenir, mais le bois n’est pas bon, se transforme en épave et l’enfonce un peu plus.
      D’autres rigolent de ses malheurs, certains vont même à lui lancer des pierres.

       

      Et puis au détour d’un bras mort, la Loire se calme, plus de flots en furie, la berge est là.
      Le bonimenteur reprend pied, remonte sur la berge.
      Il regarde la Loire et se dit qu’il ne se laissera plus jamais avoir. Enfin il l’espère.

       
      Bonsoir Nabum, la vie n’est décidément pas un long fleuve tranquille.


      • brindfolie 26 octobre 2012 21:38

        Je vous préfère de loin dans cet exercice poétique.
        Il ni a de frontières que dans la tête.C’est pourquoi,moi,ardéchois des hauts plateaux,donne à la Loire l’essence même de sa sagesse.
        Je suis devenu sourd suite à une trop longue série de « bruits ».
        Dans l’eau les messages passent encore mieux que dans l’air !

        La force des bonimenteurs,est de nous faire percevoir les faussetés des faussaires !

        Cordialités d’escrocq’heures.


        • brindfolie 26 octobre 2012 22:25

          @easy.
          Nous avons tous besoin d’une caisse de résonnance,il faut juste se rendre compte de la vacuité des choses.Plus un béotien lance large,moins il devrait être entendu,hors c’est le contraire qui se passe.
          Les « gens » ont besoin de sensationnel,on ne leur offre que du sensationnel de merde !
          Qui parle de certaines rechrerches fondammentales,de choses des plus importantes qui soient,et qu’entent on,la bisbille de deux trous du cul à la tête d’un parti de cloportes !


          • brindfolie 26 octobre 2012 23:25

            @ laurent C à chier.
            La vie n’est décidément pas un long fleuve tranquille !
            Bien sur qu’elle a des piéges la Loire,mais le bonimenteur sait nager,il sait aussi qu’il ne faut pas lutter contre le courant du fleuve.Il contôle et espère que sa fin ne sera pas.
            Vous en connaissez,vous,de « braves gens »qui envoient des bouées pourries,à part les politiciens,je vois pas !
            C’est extrèmement dans l’air du temps de rigoler des malheurs des autres,quand a lancer des pierres ?
            Et puis au détour d’un bras mort......Je vois que la Loire vous est aussi inconnue que votre femme peut l’être de rien,c’est a dire de vous !

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès