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PIB socio-environnemental, indicateur de bien-être ou de progrès : quelle méthode ?

Comment construire les instruments de mesure qui permettraient à nos sociétés de disposer de repères fiables pour adopter des modes de développement socialement, environnementalement, économiquement... durables ?

Depuis " Du PIB au PIB+ " je n’ai cessé de suivre toutes sortes d’actualités (en partageant ce que j’avais, pour de multiples raisons, jugé le plus intéressant) et de réfléchir aux grands enjeux de notre monde. L’un de ces enjeux est probablement la disponibilité d’indicateurs qui nous éclaireraient sous des angles variés et pertinents sur l’état de nos sociétés, sur les conséquences de nos actes et nous aideraient à prendre des décisions susceptibles d’orienter ces actes dans un sens compatible avec notre survie, dans les meilleures conditions possibles.

Car la survie de l’humanité n’est peut-être pas si assurée que l’on pourrait le souhaiter et elle le sera d’autant moins que nous persisterons à endommager notre seul et petit vaisseau, la Terre.

La fin du voyage est-elle proche ?

Nul ne le sait vraiment ni ne pourrait nous en donner la date cependant nous pouvons tous savoir, sans le moindre doute, que nous faisons peser sur notre planète des charges susceptible de la rendre beaucoup moins hospitalière jusqu’à provoquer, peut-être, l’effondrement de nos sociétés.

Des dizaines de molécules toxiques peuvent être identifiées dans notre sang, sont présentes dans la terre, l’air, l’eau, la menace que représente l’évolution rapide du climat se fait de jour en jour plus prégnante...

Mais mon propos n’est pas de vous dresser le triste panorama des regrettables conséquences des divers progrès accomplis au cours des dernières décennies.

Je ne nierai pas non plus que le " progrès " soit nécessaire sinon absolument indispensable, vu l’état actuel du monde et les disparités affolantes qui l’émaillent, mais il nous faut aujourd’hui savoir mettre en oeuvre des progrès qui ne feraient pas peser sur l’avenir des charges insupportables, ce que nous n’avons en général pas su faire jusqu’à maintenant.

Cela suppose que nous saurions évaluer tant l’état actuel des choses que l’impact de nos actes sur leur état futur : nous avons un pressant besoin d’outils de diagnostic, d’indicateurs qui seraient de bons descripteurs et des outils d’aide à la décision.

Il faudrait que ces indicateurs puissent s’appliquer d’une façon très générale à toutes les entités territoriales dans ce monde aujourd’hui plus " mondialisé " que jamais, afin de permettre des comparaisons et de fournir des repères qui seraient communs à l’ensemble de l’humanité.

Il existe aujourd’hui un tel indicateur " international " à peu près " universellement " utilisé : le Produit Intérieur Brut ou PIB.

Mais ce PIB reflète un aspect purement économique des nos comportements vus de façon très globale et ne délivre que si peu d’indications sociales et environnementales, toutes en filigrane, qu’il est également universellement reconnu comme très insuffisant.

Depuis des années des travaux se déroulent sur le thème d’un indicateur qui serait plus complet, plus riche, plus descriptif, plus représentatif de l’état de nos sociétés, des systèmes ont été mis au point sans qu’aucun d’entre eux ne donne vraiment satisfaction.

Les investigations se poursuivent, en France le débat existe avec notamment l’IDIES (Institut pour le développement de l’information économique et sociale) et le collectif " FAIR " : " forum pour d’autres indicateurs de richesse ".

D’emblée il me vient une critique sur l’intitulé de " FAIR " : il désigne un indicateur de " richesse " tandis qu’il me semble extrêmement insuffisant de n’envisager de mesurer que la " richesse " et non celle-ci par rapport à l’environnement dans laquelle elle s’ancre.

Heureusement il est précisé que l’effort doit porter sur le " développement humain durable ", ce qui peut se traduire par " richesse + social + environnemental " et me convient mieux.

Mais la tâche de mettre au point un indicateur reposant sur ces trois socles s’avère fort difficile et pose des questions de tous ordre dont nous verrons que certaines ne peuvent être tranchées : est-ce à dire que la mission est impossible ?

On trouvera par exemple ici : " LE PRODUIT INTÉRIEUR BRUT ET LES AUTRES INDICATEURS SOCIAUX ET ÉCONOMIQUES " et là : " De la société du « beaucoup avoir » pour quelqu’uns à une société de bien-être durable pour tous " un aperçu des problèmes à résoudre.

On lira dans le second texte " Ici, aucun expert (économiste ou autre), aussi compétent soit-il, ne détient seul les clefs pour définir les cadres du "bien-être", de la valeur des échanges et de leur analyse. La légitimité de la définition du projet sociétal et de ses indicateurs d’évaluation relève d’une négociation collective, et revient à l’ensemble des parties prenantes en présence. ".

Certes il sera impossible de trouver cet expert universel mais une " négociation collective " ayant pour résultat, aussi vite que possible, la mise au point d’un indicateur fiable à vocation " universelle ", s’appliquant donc à tous les pays de la Terre, ne devrait-elle pas être un débat impliquant l’humanité entière ?

Il ne me semble pas qu’un tel débat puisse avoir lieu un jour et l’ambition de l’instituer me paraît assez démesurée, comme une sorte de rêve.

Je souhaite donc une approche différente, en précisant l’envergure que je reconnais à un indicateur : c’est un instrument de mesure, d’abord et avant tout, et nullement la base ou l’émanation d’un " projet sociétal " comme le mentionne l’extrait ci-dessus, et cela me semble une dangereuse confusion.

A ma connaissance il existe peu d’unités ou d’outils de mesure qui aient été issus de débats démocratiques : ils ont été conçus pour donner des indications aussi fiables que possibles sur des éléments qu’il nous fallait savoir décrire avec précision.

Ils ont évolué en fonction des connaissances disponibles au fil du temps et, de l’échantillon de platine irridié à la distance parcourue par la lumière dans le vide durant une fraction bien précise de seconde, la définition du mètre a suivi les progrès de nos connaissances, de la science et non l’appréciation des peuples consultés par vote.

Certes la mise au point d’un indicateur peut poser des questions que nous aimerions enfin résoudre, celles par exemple qu’expose Jean Gadrey dans sa réponse à un commentaire laissé sur son blog : " ...il arrive un moment où l’ingéniosité technique doit laisser la place à des débats sur les valeurs et les choix collectifs. Il n’existe par exemple aucune mesure des inégalités “optimales” économiquement et socialement... ...Savoir quel est en France ou ailleurs le degré acceptable des écarts de revenu (1 à 4, à 10, à 20, à 100, etc.), question qui va devoir être posée un jour à mon avis, ne peut être éclairé que par des débats contradictoires et informés. "

Cette dernière interrogation revient à peu près à se demander à quel point une société doit être égalitaire pour se trouver dans un équilibre satisfaisant, question que l’on se pose depuis la nuit des temps et à laquelle personne n’a, à ma connaissance, apporté de réponse satisfaisante.

Je crains qu’un débat démocratique n’ait aucune chance de mieux faire, et qu’il puisse au contraire, selon l’idée majoritaire du moment, conduire à des conclusions dramatiques.

Car le résultat emprunterait plus à l’idéologie du moment, qui n’a jamais qu’un temps, qu’à la pure raison, dont nous avons vu qu’elle ne savait trancher.

Faut-il pour autant baisser les bras ?

Un autre type d’approche est possible, que nous pouvons illustrer avec cet écart de revenus acceptables : il aura un certain impact dans certaines conditions, un autre impact dans d’autres conditions.

Autrement dit il s’agit d’un paramètre qui ne s’établit en positif ou en négatif (du point de vue de ses conséquences et hors des extrêmes) que selon le contexte que lui fournissent d’autres paramètres et, dès lors, il est inutile de vouloir lui assigner des limites si l’on ne considère pas " l’écosystème " dans lequel il s’exprime.

Pour chaque paramètre devant être pris en compte dans le calcul d’un indicateur nous nous trouverons dans cette même position d’interdépendance des paramètres les uns vis à vis des autres et c’est donc à des analyses multifactorielles qu’il faut se livrer, en valeurs flottantes les unes par rapport aux autres, pour parvenir à prendre en compte, dans tous les cas, une résultante (au sens géométrique, vectoriel, de la résultante d’un réseau de forces) issue de l’action conjuguée de divers paramètres.

Un tel calcul implique-t-il que nous aurions décidé par avance les valeurs maximales que devraient prendre chaque paramètre ?

Je ne le pense pas, car il s’agit d’abord et avant tout de créer, par un indicateur, une image fiable de la société : nous considérerons donc a priori les paramètres en présence avec les valeurs que nous identifierons, même si elles nous déplaisent !

Par exemple nous constaterons que l’écart des revenus dans telle entité territoriale s’étend de 1 à 50.

Cette image fiable sera avant toute chose une analyse, aussi pertinente et approfondie que possible.

Mais il serait dommage que cet indicateur n’ait de vertus que descriptives et ne nous permette aucune prédiction ou, du moins, ne nous soit d’aucune utilité pour faire évoluer nos comportements vers un meilleur équilibre général.

Il nous faudra donc assigner à des écarts de revenus, quels qu’ils fussent, la responsabilité qu’ils portent dans le bon ou le mauvais équilibre d’une société et cela hors de tout jugement moral.

On pourra estimer qu’un écart de revenus relativement réduit, sans pour autant savoir dans quelle fourchette il devrait l’être, sera garant d’un meilleur équilibre, de même que l’on pourra évaluer d’autres paramètres en rapport direct avec cet écart (accessibilité pour tous aux soins, au logement " décent " sinon confortable, aux loisirs...) et donc déduire les conséquences du premier sur ces autres, ce qui pourrait conduire à des décisions (politiques) de rééquilibrage.

Il me semblera alors productif d’abandonner nos logiques de raisonnements linéaires basés sur des valeurs définies pour un mode de calcul en valeurs glissantes et incertaines approprié à l’étude multifactorielle : la mise en oeuvre de calculs en logique floue serait probablement très appropriée à la quantification des divers paramètres de nos sociétés.

Loin de nous contraindre à décider de l’indémontrable, tel cet écart optimal de revenus, la logique floue nous permettrait de traiter des valeurs auxquelles nous ne pouvons aujourd’hui pas assigner de limites incontestables afin de nous permettre d’approcher, au fil du temps et de l’expérience, les contextes pour lesquels tel écart serait optimal, les contextes dans lesquels il serait déplorable.

En d’autres termes le traitement en logique floue nous donnerait probablement à la fois des images fiables de nos sociétés mais aussi d’utiles et performants outils d’aide à la décision afin de les faire évoluer vers de meilleurs équilibres.

Alors, et seulement alors, la démocratie aurait absolument son mot à dire car, épaulée d’un diagnostic fiable et de modèles descriptifs des conséquences prévisibles de chaque type de décision, elle deviendrait un exercice de choix correctement éclairés.

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