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Pleurs sur la ville

Pourquoi faut-il que les pouvoirs publics attendent toujours un déchaînement de violences pour faire quelque chose pour les banlieues ? En 1981, soulèvements aux Minguettes et à Vaux-en-Velin, et en novembre 2005 à peu près dans toutes les grandes villes... Le politique ne s’intéresserait-il aux ghettos que sous l’emprise de la peur, ou dans une perspective électorale ? Pourquoi tant de dispositifs pesants, d’organismes peu efficaces ? Pourquoi tant d’échecs dont on tire mal les leçons ? Le bilan que je dresse ici de vingt-cinq années de politique de la ville montre que les résultats sont décevants, et que fatalement l’histoire est appelée à se répéter...

1 - Resituons d’abord le problème :

En 1981, il aura fallu des soulèvements dans la banlieue lyonnaise des Minguettes et à Vaux-en-Velin pour éveiller une timide prise de conscience qui conduira à la création du développement social des quartiers (DSQ). Il s’agit de revitaliser, avec le concours des habitants, les sites urbains en difficultés. Cette idée sera suivie dès l’année suivante par la notion de ZEP (zones d’éducation prioritaires).

En 1990, une étape supplémentaire est franchie avec le droit au logement reconnu dans la loi Besson, droit qui implique un devoir de solidarité nationale et qui doit être garanti : concrètement les personnes en difficultés ont droit à une aide pour l’accès ou le maintien dans un logement décent et indépendant.

On est passé progressivement du développement social urbain (DSU) à une véritable politique de la ville. Les vieilles ZUP (zones à urbaniser en priorité) qui dataient de 1958 sont supprimées en 1991. C’est alors la LOV, nom qui ne signifie pas que l’on va propager l’amour dans les cités, mais abrège « loi d’orientation sur la ville », loi dont l’objectif est de promouvoir une politique de diversification de l’habitat pour lutter contre la concentration de l’habitat social dans certaines zones.

Enfin le contrat de ville est créé en 1994 avec pour but affiché de tourner la page sur les réponses parcellaires, au coup par coup, cloisonnées, et de mettre en oeuvre une politique à la dimension de l’agglomération urbaine avec engagements des acteurs locaux sur des objectifs fixés par contrats de cinq ans.

Mais elle court, elle court, la politique de la ville, et elle n’arrive jamais à appréhender ni à maîtriser une réalité sociale qui va trop vite !

Encore une fois, il faut un déluge monstrueux de violence (offert au regard inquiet du monde entier) pour que des dispositions évidentes et vitales soient prises. Exemple symptomatique : ce n’est qu’après les émeutes de novembre 2005 que la commune de Clichy-sous-Bois se voit promettre pour trois ans plus tard le commissariat de police réclamé depuis vingt années !

Aujourd’hui, la politique de la ville oscille dans ses actions entre un Etat animateur, un Etat autoritaire, ou encore un Etat qui voudrait s’effacer au profit des maires (loi sur la délinquance).

2 - La politique de la ville aujourd’hui mise à l’épreuve 

A l’épreuve de la confrontation de son bilan et des enjeux actuels et futurs mal pris en compte.

Ce n’est pas faute d’y avoir mis de l’argent.

Les crédits consacrés à la politique de la ville ont connu une progression de 12 % par rapport à 2005 soit 1,085 milliard d’euros (en crédits de paiement). De même, l’accroissement des enveloppes du Fonds interministériel des villes s’est élevé à 47 %, en moyenne, en Ile-de-France. Au-delà de ces crédits, l’Etat s’est engagé à augmenter la dotation de solidarité urbaine de 120 millions d’euros par an pendant cinq ans.

Ce n’est pas faute d’avoir innové non plus.

L’affirmation de l’idée d’égalité des chances et la batterie de mesures corollaires : promotion de la réussite scolaire, de l’emploi, du développement économique, renforcement du lien social.

De nouveaux outils ont été mis en place, comme l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ANCSEC), un guichet unique destiné à soutenir les actions dans les quartiers sensibles. Le contrat urbain de cohésion sociale (CUCS) remplacera dès le 1er janvier 2007 le contrats de ville.

Dans le cadre de la rénovation urbaine, il est prévu la réhabilitation de 182 000 logements sociaux et la construction de 84 000 autres (135 conventions sont d’ores et déjà signées).

Mais il reste beaucoup à faire.

Le temps des institutions n’étant pas celui des médias, l’image renvoyée par ces derniers à l’opinion publique est très négative, les habitants des banlieues ont l’impression que les choses n’avancent pas.

Des rallonges budgétaires sont parfois venues seulement rattraper les restrictions arbitraires décidées juste avant ; ainsi en Ile-de-France.

La police de proximité supprimée va céder la place à des maires shérifs. Le tout-répressif, avec ses symboles marquants ( flash ball, descentes de police médiatisées, visage omniprésent de Sarkozy...), paraît dominer la politique d’intervention au détriment de l’approche préventive, alors que ces deux approches devraient se compléter et que l’on ne devrait pas restreindre les crédits d’un côté pour les renforcer uniquement de l’autre.

Le défi permanent qui se pose est le suivant : comment anticiper et gérer les explosions de violences, alors que leurs causes profondes restent incertaines et que le contexte continue de s’aggraver (pauvreté, exclusion, chômage, discriminations) ?

Alors, demain, Pleurs sur la ville II  ?


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9 réactions à cet article    


  • Depi Depi 23 novembre 2006 10:56

    C’était plutôt intéressant jusqu’à l’épisode sur les maires qui sont loin de dévenir des shérifs dans la loi sur la prévention de la délinquance.

    Toutefois, il est regrettable que des actions soient toujours prises a forteriori quand cela explose dans les médias plutôt que lorsque des mesures efficaces peuvent encore être prises. Mais qui sait, si le rapport des sénateurs est suivi, une lumière pourrait s’éclairer au bout du tunnel.


    • (---.---.178.10) 23 novembre 2006 11:10

      Cela fait plus de 20 ans que la France improvise dans tous les domaines. Réagir plutôt que prévenir est helas un crédo. D’autant diront que faire de la prévention en banlieue revient à siffler pour éloigner les alligators. Par ailleurs, les descentes de CRS armés de teasers font plus d’audience que les reportages mielleux sur la police de proximité.

      Tant qu’il n’y aura pas un rapport Stern qui nous dira qu’il faut régler le problème des banlieues sinon notre économie s’éffondrera, je pense qu’on va laisser couler.


    • Depi Depi 23 novembre 2006 11:17

      En complément de l’article écrit par la Taverne des Poètes, je me permets de mettre un lien vers un article qui a été publié il y a 9 jours (http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=15385).

      Il y a eu quand même une prise de conscience en ce qui concerne les banlieues. Il faudra juste suivre ça et voir si ce qui a été promis et proposé se réalise. Sinon ça recommencera comme en 2005, voire pire.


    • La Taverne des Poètes 23 novembre 2006 14:56

      à Depi,

      Mon expression de « maires-shériffs » était pour dénoncer le trop-plein de sarkozyste dans l’esprit de la loi sur la délinquance. Loin de moi l’idée de remettre en question l’action que mènent déjà les maires (sauf certains arrêtés illégaux qui ont défrayé la chronique) dans le cadre de leurs missions légales.

      Vous dites d’attendre pour voir si les promesses seront tenues mais rappelez-vous comme Sarkozy a été pris la main dans le sac par des maires de banlieues qui lui ont reproché de n’avoir pas fait ce sur quoi il s’était engagé.


    • Depi Depi 23 novembre 2006 15:36

      A La Taverne des Poètes,

      J’ai bien compris votre utilisation de « maires-shérifs » mais pour un autre article sur cette fameuse loi, en lisant les articles de la loi relatifs aux maires, il n’y a nulle part de pouvoir répressif comme on peut le lire qui en ferait des shérifs. Ni de pouvoir judiciaire d’ailleurs.. Parce qu’on autorise les travailleurs sociaux à transmettre, quand ils jugent des cas graves, des informations aux maires.. Maires qui peuvent ensuite saisir la justice, etc. Mais je ne vais pas non plus développer à gogo sur ce point, chacun a accès facilement au texte.

      Et puis, pour moi l’avenir de la France ce n’est pas un homme, surtout un président de la République qui peut fixer des grandes orientations et puis voilà, ce n’est pas le Président n’est pas le gouvernement, on peut notamment voir des distinctions entre le projet législatif de l’UMP et le projet présidentiel de Sarkozy.

      Même si ce n’est pas un homme qui peut tout changer, il n’en reste pas moins que c’est une volonté commune qui fera la différence, et qui peut elle être insufflé par un homme (homme au sens être humain j’entends). Alors, oui il faudra surveiller si ce qui a été dit, voté sera appliqué, notamment par les décrets à publier. Après, c’est tout l’intérêt d’avoir une démarche citoyenne aussi.. Si les gens ne s’y intéressent pas, aucune chance de « lobbying ».

      P.S : Et puis, qu’un homme politique ne tienne pas ses promesses, je pense qu’on peut prendre des exemples depuis toujours ;)


    • Stravos (---.---.132.162) 23 novembre 2006 11:21

      Pourquoi ne fait-on rien jusqu’à ce que violence advienne ? Sans doute pour permettre à des politiciens d’utiliser cette violence comme marche-pied... Si certaines personnes ont une explication moins désespérante, qu’elles nous en fassent part. Moi, je pense tout simplement qu’il faut d’abord que la France deviennent une vraie démocratie pour que soit résolue certaines questions de société... N’attendez rien de l’actuel sytème « représentatif », qui transforme le citoyen en simple spectateur, soi-disant heureux de faire son petit besoin électoral tous les cinq ans... Jusqu’à quand ? Réponse pour bientôt ou pour jamais...


      • La Taverne des Poètes 23 novembre 2006 15:48

        à Stravos :

        Je crois que l’on peut dire désormais « système pseudo-représentatif » car la représentation nationale n’a plus grande légitimité...Et à présent ce sont quelques personnes sondées qui décident du sort de la démocratie !


      • LE CHAT (---.---.75.49) 23 novembre 2006 13:37

        C’est devenu au sommet de l’Etat comme dans les entreprises , à force de faire des économies de bouts de chandelles , on n’a plus les moyens de faire du préventif , alors dès qu’il faut passer au curatif c’est plus voyant et plus coûteux


        • bernard29 candidat 007 23 novembre 2006 17:04

          Une reflexion en passant.

          On dit ; « la société a les élus qu’elle mérite »

          Et si pour une fois on disait que « les élus ont la société qu’ils méritent ». peut être qu’on comprendrait par où il faut commencer.

          Wouaah, j’ai réussi à mettre un bout de phrase en gras !!! A moi, le monde des connecteurs. !

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