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Police scientifique : les caricatures plus efficaces que les portraits robots d’ordinateurs

Pour diffuser un visage et rechercher des témoins, le portrait-robot est un moyen classique, dont la finalité est d’intégrer le maximum d’éléments de ressemblance entre le dessin et la personne recherchée. Mais cette ressemblance repose sur bien trop d'éléments ( jusqu’à 500 ! ) pour faire surgir les quelques traits prédominants qui marqueront les éventuels témoins … Le talent du caricaturiste est justement de percevoir en quelques instants les attributs les plus caractéristiques d’un visage, et de les retranscrire en quelques traits. Selon un croquis simple, mais facilement mémorisable.

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le logiciel apporte ses critères « clés en main »
Mais il lui manque le « vivant » qui interpelle les mémoires.

Les annales judiciaires récentes regorgent d’échecs ou de ratages répétitifs reposant sur l’emploi de portraits robots qui s ‘étaient avérés soit dissemblables, soit trop « mous » dans les traits pour retenir les souvenirs d’un témoin. L’exemple le plus tragique est celui de Guy Georges, le « tueur des parkings », qu’une rescapée avait décrite comme maghrébin à peau cuivrée, alors qu’elle ne l’avait pas reconnu sur des photos de suspects.

Les policiers avaient lissé des traits évanescents pour éditer un portrait passe-partout totalement à coté de la plaque.

Malgré les progrès de la technique, les portraits robots, agglomérats de souvenirs, sont sujets à caution, et les policiers eux-mêmes ne leur donnent pour l'enquête qu’une valeur limitée.

Les portraits de suspects ont longtemps été confiés à des « artistes » de la police, selon des témoignages ou des souvenirs, le but étant déjà d’arriver à la ressemblance maximale.

Puis sont arrivés les « kits » de portraits, permettant un assemblage de parties de visage pré-dessinés et qu’on présente un par un aux éventuels témoins. Sur ce principe, c’est toujours le détail qui prime sur l’ensemble, et l’on obtient un portrait fade, si possible « politiquement correct » qui ne met pas en avant des caractères familiaux ou ethniques pourtant essentiels.

Puis on a informatisé ce procédé, avec le système « identi-kit » concocté à Los Angeles, et comportant 500 transparents portant chacun un détail de visage. Puis s’est imposé le logiciel CD-fit, qui permet de faire défiler très rapidement des dizaines d ‘éléments, mais il faut plus d’une heure pour boucler l’opération …

Sur internet, chacun peut d’ailleurs s’essayer à ce sport, il y a plusieurs applications disponibles, comme flashface ou bien facecreator.

Des témoins trop tardifs

C’est un critère de succès fondamental pour un bon portrait robot : un témoin sincère, et des souvenirs récents. Des apriori sociaux peuvent faire glisser un témoignage vers l’incompétence, voire vers la fausse piste.

D’autant que certains délinquants sont de petits malins, tel ce braqueur qui systématiquement, portait un énorme nœud papillon : les témoins ne se souvenaient que de cet accessoire, absolument pas des traits de son visage …

Et la fraicheur des souvenirs est indispensable pour un témoignage de précision : une couleur, l’heure, une odeur, une silhouette, une voix, peuvent resurgir avec clarté dans les minutes, les heures suivant un incident. Dans certaines affaires, un témoin ne surgit que plusieurs mois après le drame … on ne peut plus alors parler de police scientifique, mais de dissection fine d’impressions improbables …

 

La police regrette les dessinateurs

Dans un récent article du Point, un commissaire parisien, Eric Brendel, regrette les dessinateurs d’antan : « les deux ou trois génies que comptait dans ses rangs la police nationale avaient l’art de parfaire un visage fatigué, quand l’informatique est capable , au mieux, d’ajouter des cernes. Et si les faux portraits ont dorénavant à s’y méprendre la qualité d’impression des photos, ce n’est pas un avantage : à partir d’un dessin à gros traits, les observateurs pouvaient au moins extrapoler. Une image trop fine, mais pas plus fidèle, réduit les champs du possible ».

Et cela revient à poser cette question : sur quels critères notre cerveau reconnaît-il un visage, et quels sont les éléments visuels, ou éventuellement graphiques, qui seront encodés dans notre mémoire ?

Nos cerveaux sont en fait extrêmement aiguisés pour cette reconnaissance. Déjà quelques heures après la naissance, les yeux d’un nouveau-né commencent à scruter le traits de son entourage et il reconnaît ses parents très rapidement. Chez l’adulte, il faut quelques millisecondes pour reconnaître la silhouette ou le faciès d’un individu que l’on connaît déjà.

En laboratoire, on a pu mesurer qu’il faut une petite seconde pour reconnaître que deux positions différentes en photo (inversion, rotation) , peuvent représenter la même personne.

De fait, c’est une zone bien spécifique du cerveau, le gyrus fusiforme, qui est dédié à la reconnaissance faciale.

Et comme toute capacité cérébrale, elle est inégalement répartie chez les individus. Certains sont capables de saisir et de garder en mémoire le moindre trait. Et si en plus, ils ont affuté le doigté d’un artiste, les voilà devenus de redoutables caricaturistes.

Et ce faisant, ils savent faire partager leur acuité visuelle et leur sens de l’interprétation des visages. Quand on regarde une caricature, en fait, « tout le boulot est fait », on n’a plus à faire l’effort d’interpréter ce visage. On le retient bien plus facilement, et on saura reconnaître ce personnage dans des conditions les plus variées.

Nos visages d’humains sont composés des mêmes éléments, mais pas des mêmes proportions.

Et c‘est justement sur ces proportions que les caricaturistes vont faire apparaître les spécificités d’un visage.

Certes, certains caricaturistes « engagés », vont à dessein durcir certains traits pour ridiculiser tel personnage, on est alors dans une toute autre recherche …

 

Puis survinrent les terroristes …

Ce qui constituait, d’une part chez les policiers, un instrument de travail moyennement fiable, mais indispensable, d’autre part une activité artistique, la caricature, classée comme secondaire, est devenu dans la période post 11 septembre, un enjeu majeur de sécurité.

Avec les progrès de la vidéo numérique, des caméras peuvent capter et scanner des visages en temps réel pour en exploiter les données.

 Les premières applications, bien plus basiques, sont cette surveillance permanente des plaques d’immatriculation des voitures sur un parcours facile à surveiller (ex : un boulevard périphérique) : une voiture volée ou maquillée sera reconnue et mise en surveillance individuelle, de manière totalement automatique.

Mais pour les visages, il faut capter des critères utiles, et faire mieux que ces portraits robots inexploitables. D’autant que (sans parler des cagoules des casseurs désormais bien pourvus) les personnes visées peuvent modifier les traits avec trois fois rien (des cotons dans les joues, des sourcils charbonnés) pour tromper des logiciels bien à la peine.

Et c’est bien là que le coup d’œil des caricaturistes devra être mis en équations pour venir à la rescousse des responsables sécuritaires. Déja au XIXème siècle, le chef de gang Tweed, en cavale en Espagne, s’est fait attraper en 1876 non pas grâce aux affiches d’origine policière, mais selon une caricature de Thomas Nast dans son journal Harper’s weekly.

Nous avons vu que le coup d’œil du caricaturiste se repérait d’entrée entre les différentes proportions des parties de visage, plus que sur une forme générale.

Au MIT, le Shina Laboratory for Vision Research, au lieu de scruter les visages directement photographiés, s’est mis à passer en revue des centaines de caricatures de différents artistes, pour en isoler les proportions faciales les plus importantes pour la reconnaissance d’un visage.

Ce sont ces données qui sont censées alimenter un logiciel tout nouveau, qui à partir de photos ou de vidéos, pourra dresser immédiatement une caricature directement exploitable, et pleine de sens pour une recherche de témoins. En se limitant au départ à une vingtaine d’attributs faciaux, ceux qui se retrouvent systématiquement mis en avant chez les caricaturistes.

Un sacré challenge ! car quand on s’approche des caricaturistes, on s’aperçoit qu’il sera difficile de les transformer en logiciels.

Coup d’œil et individualisme

Ce qui manquera toujours à l’ordinateur, c’est l’individualité (petite précision didactique : l’individualité est ce qui fait l’originalité d’un individu, l’individualisme est une attitude qui met en avant l’action ou la réflexion personnelle …) et une touche d’humour ou d’ironie qui ne s‘embarrasse pas de ce que penseront lecteurs ou sujet du croquis, mais qui cherche par la simplification et certaines outrances des traits, à fixer « le » personnage perçu par l’artiste.

Un exercice qui semble facile puisque exercé en public, rapidement, et avec des instruments on ne peut plus basiques. Mais qui aura demandé des heures et des heures d’apprentissage et de perfectionnement, pour évoluer dans une profession qui a du mal à se situer. Aux USA, un colloque a lieu chaque année à Las Vegas, pour réunir des dizaines de caricaturistes uniquement entre eux, et au cours duquel ils se croquent mutuellement et s’échangent leurs impressions et leurs recettes de graphistes.

 

Angelina Viva, pour Effervesciences et Agoravox

 

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Devinez !
Celui-là, on ne risque pas de l’oublier ...

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1 réactions à cet article    


  • Alren Alren 21 mars 18:52

    Je me suis toujours demandé pourquoi les portraits-robots n’étaient pas en couleur. Avec l’informatique cela ne poserait aucun problème. Le teint, la couleur de cheveux aident beaucoup le cerveau à distinguer une tête d’une autre.

    On pourrait aussi demander aux témoins de définir la silhouette qui est marquante aussi et de la représenter avec les vêtements portés par le suspect le jour du crime.

    Pourquoi ne pas aussi disposer de centaines d’échantillons de voix et d’accents : on s’en souvient bien aussi si on l’a entendue en éprouvant une forte émotion.

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