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Politique familiale et temps de travail

Pour une véritable politique familiale, il faut non seulement donner aux parents des aides financières (et actuellement elles ne sont pas énormes), mais, aussi, et on en parle moins, du temps pour s’occuper de leur progéniture.

Notre gouvernement actuel, comme les précédents, se targue de faire une politique familiale. Les derniers événements ont contribué à mettre en doute la réalité de cette volonté, que ce soit l’affaire de la carte famille nombreuse SNCF ou celle des allocations familiales.

Politique familiale ou nataliste ?

En fait, le gouvernement donne l’impression de vouloir développer une politique nataliste plutôt que familiale. Je joue sur les mots, me direz-vous. Pas du tout car la différence est de taille.

Il règne dans notre pays une vaste hypocrisie. Quand l’enfant naît, notre système social fait en sorte que sa garde par une crèche ou une assistante maternelle ne coûte presque rien à ses parents, mais tous les parents qui ont des adolescents savent bien que ce n’est pas quand il est petit que l’enfant coûte le plus ! Et l’on sait combien la situation des familles avec des adolescents est souvent difficile ! Alors pourquoi ce "redéploiement" (comme l’appelle la secrétaire d’Etat à la Famille) de l’aide accordée aux adolescents vers celle accordée aux enfants ?

Plus que de l’hypocrisie, c’est de la malhonnêteté intellectuelle : politique familiale oblige, on incite les parents à avoir des enfants en les aidant financièrement après la naissance, mais, au fur et à mesure que les enfants grandissent, on abandonne les familles à leur sort. Et je ne parle pas de la difficulté à financer les études des enfants étudiants !

Les hommes réussissent-ils à concilier vie familiale et vie professionnelle ?

Mais j’irai plus loin. Il est clair - et le gouvernement ne s’en cache pas -, qu’il souhaite, par ces mesures d’aide à la garde des enfants en bas âge, que les femmes puissent travailler. Cela peut se comprendre. Mais pourquoi considérer que le nouveau-né doive être élevé par des étrangers à sa famille plutôt que par ses parents ? Pourquoi ne pas mieux indemniser l’allocation parentale d’éducation qui permet à un des deux parents de suspendre son activité professionnelle ? Pourquoi ne voit-on toujours le temps partiel que de façon négative ? Est-il donc si facile et agréable de travailler à temps plein quand on est jeune parent ? Ne parle-t-on pas parfois d’une certaine difficulté à concilier vie familiale et vie professionnelle ?

Je voudrais donc parler de cette fameuse difficulté des hommes - je veux dire des êtres humains - à concilier vie familiale et vie professionnelle. Il est d’usage dans notre civilisation occidentale moderne que l’autorité parentale soit partagée par les deux parents et qu’ils soient tous les deux responsables de l’éducation des enfants. Je ne discuterai pas ici de cet usage, je le prends simplement comme point de départ. Cela signifie donc qu’on ne devrait pas entendre parler de la difficulté des femmes à mener de front carrière et vie familiale, mais de celle des hommes et des femmes.

Avoir du temps pour sa famille

Et cette difficulté est bien réelle. On pense aux enfants en bas âge : ils réclament soins et attention constante, mais aussi affection, présence de leurs parents et pas seulement d’éducateurs spécialisés dans la petite enfance ! On peut penser aux enfants et aux adolescents à toutes les étapes de leur vie. Sans cesse, ils auront besoin de temps avec leurs parents pour communiquer et réfléchir, faire des activités avec eux. Le malaise et le désarroi d’une partie de notre jeunesse ne tiennent-ils pas, en partie, à l’absence des parents que tous les professionnels du monde ne pourront jamais remplacer ?

Aussi, pour favoriser la vie familiale des hommes et des femmes, je ne vois que la diminution du temps de travail. Quand je regarde autour de moi, je constate que, dès qu’ils en ont les moyens financiers, quels que soient leur goût pour leur travail et leur motivation professionnelle, les couples choisissent l’une ou l’autre des formules de réduction du temps de travail : les deux prennent un 80 % l’un pour être avec les enfants le mercredi, l’autre pour faire les courses le vendredi (dans ce type de fonctionnement, il y a en général partage assez équitable des tâches ménagères et familiales), ou alors l’un travaille à temps plein et l’autre à temps partiel et s’occupe davantage des enfants ou bien, cas plus traditionnel, l’un travaille 45 heures, s’occupe peu des enfants, pas du tout des tâches ménagères et l’autre ne travaille pas du tout. Les formules sont variées, mais on ne me fera pas croire que si, dans un couple, les deux travaillent chacun 39 ou 40 heures comme en rêve notre président, les enfants y trouvent leur compte !

Une étude d’Eurofound

Une grande étude pour connaître le temps de travail réellement souhaité des hommes et des femmes a été menée en 1998 par la "Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail" ("Eurofound"). Cette étude s’intitule "Options d’emploi de l’avenir" et elle a ceci d’extrêmement intéressant que non seulement elle étudie les réalités du moment (qui certes datent maintenant de dix ans), mais qu’elle interroge aussi les Européens sur leurs souhaits et leurs préférences et cela, cela ne doit pas avoir beaucoup changé en dix ans. Que retenir de cette étude ? Quelques chiffres.

Ainsi, on apprend qu’en Europe, dans 20 % des couples, l’homme travaille à temps plein et la femme à temps partiel, mais que cette situation serait souhaitée par 31 % des couples. Le cas où les deux sont à temps partiel n’est vécu que par 2 % des couples, mais souhaité par 16 %. Le modèle où les deux conjoints sont à temps plein qui est vécu par 30 % des couples européens ne correspond au souhait que de 32 % des couples. Le cas où l’un des deux n’exerce aucune activité professionnelle (33 % des couples) ne recueille que 6 % des suffrages en matière de préférence. On voit bien que ce n’est ni le travail à temps plein ni la cessation complète de l’activité, des femmes notamment, mais une généralisation du temps partiel qui est souhaitée, y compris pour les hommes.

Le combat en faveur des 39 heures pour tout le monde ne correspond pas vraiment au souhait général des familles et est d’ailleurs, heureusement pour elles, bien loin de leur vécu quotidien puisque, si l’on tient compte des emplois à temps partiel, ce que font rarement les statistiques, on voit que les Français travaillent en moyenne 36,3 heures hebdomadaires, les Allemands 33,6, les Anglais 31,7 (Insee 2004).

Bref, on voit bien à travers cette enquête que les Européens ne sont pas disposés à travailler toujours plus quand ils vivent en couple et avec des enfants. La sagesse des hommes est plus grande que celle du législateur ! Mais le législateur devrait quand même veiller à un minimum de justice sociale et familiale sinon les bas salaires ne pourront jamais opter pour les temps partiels choisis sur lesquels se précipitent les couples aisés.


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