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Portables d’outre-tombe

Philip K. Dick, un des plus géniaux écrivains de science-fiction du XXe siècle, publiait en 1964 une petite nouvelle : Ce que disent les morts. Il y était question d’individus qui, après leur mort, pouvaient être ranimés pour quelque temps de leur sommeil cryogénique. Ils avaient alors tout loisir pour communiquer avec les vivants et, pour les plus puissants, d’intervenir dans les affaires du monde. Une information donnée par la BBC, et reprise par Courrier International, explique que la communication d’outre-tombe n’est pas qu’une fantaisie littéraire. Certains de nos semblables, et ils sont paraît-il de plus en plus nombreux à travers le monde, demandent à être inhumés... avec leur téléphone portable. Pour ceux qui choisissent la crémation, ils demandent expressément à ce que leur mobile soit déposé dans l’urne au milieu de leurs cendres. Comme les pharaons d’antan, nos défunt contemporains souhaitent partir dans l’au-delà avec les moyens de communication les plus modernes. Pour, comme de leur vivant, ne jamais rompre le contact. Est-ce là un symptôme de plus de la grande confusion de nos sociétés ?

Le téléphone portable est devenu, en quelques années, un objet de consommation courante, à caractère indispensable dans la panoplie de l’homme moderne ; il est même devenu une sorte de prothèse. Comme les lunettes ou la montre, il a intégré sans délai le cercle des objets élus de l’extension du corps. Le succès du portable s’explique en grande partie parce qu’il impacte directement les notions de temporalité. Il mélange les temps de l’homme (temps physique, temps professionnels, temps virtuel...). La logique et les modalités de ce nouveau rapport au temps ont des conséquences aussi bien dans la vie collective que dans la vie individuelle. Le phénomène est relativement nouveau, et il s’accélère chaque jour, nous posant avec insistance la question des fondements et des lignes de tension de ce fait : l’homme actuel cherche à maîtriser ce temps qui lui semble lui échapper de plus en plus.

Le rapport au temps exprime la confusion de l’individu comme de la société ; il est tendu sur la possession et la rentabilisation ; dans les deux cas, il faut se l’approprier, le maîtriser, le posséder : avoir du temps, prendre le temps, manquer de temps, perdre son temps, gagner du temps... Nous ne cessons de vouloir soumettre et dominer le temps. Or il est, par essence, insaisissable. C’est lui au contraire qui nous possède et nous presse. Il est en nous, compté, limité, inscrit dans l’espace étroit au-delà duquel se tient notre mort. Ce rapport au temps des sociétés actuelles prend tout son sens quand on le met en rapport avec la volonté de triompher de la mort ; il est relié à une logique de survie et à une logique de puissance. Cette dernière est marquée par la volonté de maîtrise du temps et de l’espace : désir d’ubiquité, lutte contre le divin comme Jacob avec l’Ange, saisie des opportunités, désir de puissance.

En voulant triompher du temps, l’homme actuel, pressé et hyperconnecté, affirme son désir d’ubiquité existentielle, son désir de vivre sur le maximum de registres à la fois. Cet individu présente un symptôme bien particulier : il veut garder le contrôle. De lui-même, des autres, de la situation... Pour cela, il s’oblige à relever le défi de tout réussir dans les contraintes de temps qui lui sont données, et même au-delà. Le temps devient un objet que l’on veut posséder mais qui nous échappe sans cesse. Le temps fait l’objet d’une pulsion d’emprise, ce qui semble être le propre de notre société confusionnelle. Quand cette possibilité de contrôle disparaît, parce que les contraintes de la réalité s’imposent et font que l’individu n’arrive plus, débordé par le temps, à être à la hauteur des exigences qu’il s’est lui-même fixées, il refuse encore de craquer. L’homme voulant être son propre souverain, en guerre contre le temps, au-delà de sa mort.

Image article : La pierre tombale GSM


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10 réactions à cet article    


  • (---.---.58.127) 4 juillet 2006 10:40

    Accessoirement, on pourra faire un retour aux sources par ICI.


    • citact (---.---.3.68) 4 juillet 2006 11:46

      L’homme moderne n’a donc pas dépassé le stade infantile puisqu’il est apparemment dans l’illusion de la toute-puissance !!?? Que l’humanité est loin de la maturité de l’âge adulte !! La question d’un progrès humain est posée.


      • fredericKH (---.---.102.41) 4 juillet 2006 18:52

        Article pertinent malgré sa fraîcheur et qui change..., bravo !

        En effet le désir d’ubiquité existentielle de l’homme qui a toujours cherché à s’affranchir du joug culpabilisant du Dieu à travers les religions pour être son propre maître ne fait que s’amplifier dans ce millénaire.

        Sur un autre registre, cela me fait penser à la Transcommunication Instrumentale, ou T.C.I., qui est la technique supposée permettre l’enregistrement des voix de l’Au-Delà par le truchement d’un magnétophone et d’un micro extérieur.

        Les prémices de ce phénomène remontaient aux années 50 avec principalement le Suédois Friedrich JURGENSON qui découvrit ce moyen de contact sans l’avoir cherché. Il fallait arriver en 1979 avec Monique SIMONET pour que la France s’intéresse à la Transcommunication.

        Pourquoi pas le téléphone portable, surtout doté d’un Webcam ?

        Si aujourd’hui certaines personnes envoient des prières pas SMS en y croyant fermement  smiley), on peut aussi croire qu’en emportant son téléphone mobile, on pourra rester en contact avec l’Ici-Bas ! Reste à savoir quel est l’opérateur ou le réseau le plus fiable, sans oublier quelques batteries de rechange ! smiley)

        Un livre à lire : Le Livre Mystérieux de l’Au-Delà de Johannes Greber (Traduction française 2005)

        Pour s’amuser : ESSAI T.C.I.

        Bien à vous


        • Sagesprit (---.---.67.13) 5 novembre 2006 20:23

          Bonjour,

          100 % d’accord avec toi et de plus merci de faire référence au : Livre mystérieux de l’au-delà qui explique justement toutes les techniques réelles et vérifiables pour établir le contact avec le monde spirituel.

          A+


        • Antoine Diederick (---.---.199.62) 4 juillet 2006 19:22

          Wouarf....j’adore la photo de votre articulet....

          avec pour épitaphe de la gloire contemporaine : « Est mort d’avoir trop utilisé son mobile »


          • Antoine Diederick (---.---.219.112) 5 juillet 2006 09:14

            Votre article est bien écrit, clair. Tout est bien dit.

            J’aime bien cette allusion au confusionnel qui à mon sens envahi a peu près tout et vide de contenu les accomplissements possibles de l’homme.

            J’aime bien aussi ce discret rappel de notre finitude qui devrait parfois nous rappeller à moins de superficialité, sachant qu’après tout nous faisons que ce que nous pouvons peu ou prou et maladroitement.


          • Straub (---.---.74.53) 4 juillet 2006 19:58

            Votre article est très intéressant. Malheureusement cela ne se peut. Cela laisse tout de même songeur. Moi qui suit passionné des phénomènes d’après-mort, je ne pense pas qu’un réveil outre-tombe soit possible au point d’user d’un bien matériel. C’est tout de même dommage que cela ne peut pas se produire. Merci tout de même de vouloir nous faire rêver.


            • Antoine Diederick (---.---.219.112) 5 juillet 2006 09:17

              Il serait donc si facile de vivre le présent que l’au-de-là serait encore à conquérir ? <]:0))


            • claude (---.---.137.18) 5 juillet 2006 08:06

              Votre article très interessant sur ce phénomène technologique qu’est le portable n’aura peut être pas tout l’impact qu’il serait en droit d’avoir car une réflexion, au demeurant très intéressante et indispensable sur les Trolls, semble focaliser l’attention des internautes.

              Toutefois une synthèse perso de votre article qui donne à réfléchir sur le désir de domination de pouvoir et de toute puissance de l’être humain jusqu’au désir de maîtriser le temps qui est, par sa subjectivité et sa relativité, insaisissable.

              «  » Le rapport au temps exprime la confusion de l’individu comme de la société ; il est tendu sur la possession et la rentabilisation ; dans les deux cas, il faut se l’approprier, le maîtriser, le posséder ...

              Nous ne cessons de vouloir soumettre et dominer le temps. Or il est, par essence, insaisissable. C’est lui au contraire qui nous possède et nous presse. Il est en nous, compté, limité, inscrit dans l’espace étroit au-delà duquel se tient notre mort....

              ...la volonté de triompher de la mort ; ...logique de survie ... logique de puissance. Cette dernière est marquée par la volonté de maîtrise du temps et de l’espace : désir d’ubiquité, lutte contre le divin comme Jacob avec l’Ange, saisie des opportunités, désir de puissance.

              Le temps devient un objet que l’on veut posséder mais qui nous échappe sans cesse. Le temps fait l’objet d’une pulsion d’emprise, ce qui semble être le propre de notre société confusionnelle. ... L’homme voulant être son propre souverain, en guerre contre le temps, au-delà de sa mort. «  »

              Albert Einstein disait : une minute avec une très belle femme c’est très court, une minute les fesses sur un poêle brûlant c’est très long ( d’ailleurs pourrait-on l’endurer ? )

              j’ignore le but que Jacob cherchait à atteindre dans son combat avec l’ange car c’est une question d’interprétation et je ne suis pas un exegète, mais plus sûrement je m’appuierais sur l’Écclésiaste pour dire «  » Vanité des Vanités tout est vanité «  »

              Ayant perdu la foi j’ai découvert avec surprise que l’on peut vivre sans « Dieu » tout en ayant une éthique de vie ; cela m’amène à la conclusion très simple que les concepts de dieu et de diable ne sont que la personnification du bien et du mal qui sont en chacun de nous, ce Bien et ce Mal ayant eux-mêmes étaient définis par la propension de la nature humaine à commettre des actes utiles et bon pour sa survie ( cad la survie de la tribu, du clan, et maintenant plus largement la société) et des actes nuisibles amenant inéluctablement à la mort qui terrifie la plupart d’entre les pauvres humains.

              Cette peur de la mort cravache l’Homme qui, de tout temps, a cherché à prendre et garder le contrôle de toute situation qui risque de le mettre en prise de conscience avec cette angoisse de l’inconnu, de l’anéantissement car l’humain ne peut s’accepter non-existant.

              Le téléphone portable, moyen de communication aux possibilités décuplées par la technologie est donc devenu un outil permettant inconsciemment de croire, à ceux qui abusent de son usage, qu’ils peuvent maîtriser le temps et tout ce qu’il permet d’acquérir ( argent, pouvoir, célébrité ) et par là leur vie et au bout de celle-ci leur mort donc leur anéantissement.

              Vanité des vanités...


              • Antoine Diederick (---.---.219.112) 5 juillet 2006 09:33

                Le combat avec l’ange c’est pas de la tarte....

                Qui fait l’ange fait la bête.

                L’ange secourable prend la figure qu’il veut bien.

                La chute de l’ange, cela fait des ronds ds l’eau.

                L’ange technicien à toujours les mains ds la graisse de moteur, il rare qu’il vous permette de lui serrer la pince anglaise.

                L’ange policier est à consommer avec modération.

                L’ange de la vie vous apparait en songe une nuit et vous dit tout va bien et le lendemain vous êtes mort.

                Vas-t-en conprendre....

                ...et l’ange gardien chuchote à l’oreille et nous le confondons avec une voix ds la tête.

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