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Portrait robot du psychopathe

Les noms qui nous viennent spontanément à l’esprit, à l’évocation du mot « psychopathe », sont ceux de Michel Fourniret, Marc Dutroux ou Guy Georges. En réalité, la psychopathie est un trouble du comportement relativement répandu (environ 1 % de la population) et fort heureusement, rares sont les psychopathes qui basculent dans le crime. La majorité d’entre eux vivent des vies normales. On peut en croiser dans tous les secteurs de la société. Mais apprenez tout de même à les détecter, de crainte que l’un d’eux ne s’immisce dans votre existence et ne la saccage...

Robert Hare est le grand spécialiste mondial de la psychopathie. Il a consacré sa vie à la définition de ce trouble du comportement qui prend la forme d’un syndrome de traits psychologiques. Les psychopathes possèdent généralement la plupart des caractéristiques suivantes :

De beaux-parleurs : ils sont souvent très doués à l’oral, d’autant qu’ils ne ressentent pas d’anxiété ou d’appréhension à parler en public. Ils ont réponse à tout et sont capables de moucher les meilleurs orateurs. Bagout extraordinaire, tchatche exceptionnelle, faconde hors-norme. Méfiance.

Charme, charisme, aura : les psychopathes sont souvent charismatiques. Certains se transforment en gourous dans des sectes. On leur prête naturellement des qualités de meneurs d’homme. Ce sont de grands séducteurs. Si vous les intéressez (parce que vous avez de l’argent, du pouvoir, du prestige), ils parviendront à gagner votre confiance.

Narcissisme : les psychopathes sont toujours très arrogants, mais certains parviennent à dissimuler ce trait de personnalité déplaisant sous une fausse modestie. Ils ont une vision grandiose de leur propre importance. Ils ont l’impression d’être des surhommes, des individus à part, des bienfaiteurs, des sauveurs. Ils se perçoivent comme le soleil de la scène sociale. Leurs démarches, toujours intéressées, seront souvent présentées comme des faveurs. Dans leur esprit, tout leur est dû car ils sont exceptionnels ; par conséquent, ils se servent. On parle souvent de leur « mégalomanie » ou de leur « égocentrisme ».

Absence d’empathie : les psychopathes sont abominablement dépourvus d’empathie. Ils n’ont pas de sentiments pour les autres : ni amour, ni amitié, ni compassion. Parfois, ils font même preuve de sadisme. Beaucoup mettent en scène, de manière théâtrale, leur empathie. Ils s’efforcent de se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas : des personnes sensibles avec un cœur grand comme ça.

Manipulateurs hors-pair : il existe de multiples manières de manipuler autrui. Les psychopathes possèdent un répertoire de techniques de manipulation particulièrement riche. Ils mentent avec un aplomb déconcertant ; ils peuvent vous culpabiliser en évoquant des obligations familiales ou professionnelles ; ils ont recours à des expressions-cadenas pour vous obliger à penser comme eux. Par exemple : « Quiconque pense le contraire est hypocrite ». Ils adoptent fréquemment une tonalité docte et se posent en dépositaires du savoir absolu. Ils tiennent des propos ambigus qui visent à vous faire comprendre leur pensée sans avoir à la formuler explicitement, pour éviter de se mouiller, etc.

Gestion virtuose de leur image : ils se comportent différemment selon les personnes à qui ils ont affaire. De sorte que certains les trouveront admirables, alors que d’autres auront perçu l’envers de la médaille : les mensonges, les manipulations, l’arrogance. Ils peuvent aussi se comporter très différemment en public et en privé, si bien qu’on a l’impression d’avoir affaire à un Dr Jekyll et Mr Hyde. Les psychopathes sont des communicants instinctifs. Ils ont un talent naturel pour donner d’eux-mêmes une image très flatteuse. Ils se font valoir pour le travail et les réalisations de leurs collègues ; ils bidonnent leur CV ; ils arrangent leur histoire ; ils traquent férocement tous ceux qui dans leur entourage ont compris à qui ils avaient réellement affaire et seraient susceptibles de faire tomber le masque.

La labilité logique : les psychopathes ont tendance à multiplier les erreurs de raisonnements. Ils accordent trop d’importance à certains faits, en minimisent d’autre. Leur esprit d’analyse, très sélectif, ne détecte que ce qui les arrange. Leur mémoire fonctionne de la même manière. Il leur arrive de se contredire dans une même phrase. Ils font des promesses qu’ils oublient peu de temps après. Ils commettent des lapsus, interprètent mal une situation. Tout cela pour vous manipuler. Après coup, ils vous diront qu’il s’agissait d’un « malentendu ».

Prise de risque : les psychopathes ont tendance à s’ennuyer et prennent plus de risques que les autres. Ils sont irresponsables et ont, semble-t-il, du mal à envisager toutes les conséquences de leurs actes. Ils ont fréquemment des trajectoires météoritiques. Du jour au lendemain, tout s’effondre comme un château de cartes. Parce que le psychopathe vit dans une bulle de présent. Il préfère jouir d’une gloire éphémère.

Absence de remords : ils ne ressentent jamais aucuns remords. Ils n’assument pas leurs responsabilités. Ils rejettent systématiquement la faute sur des boucs-émissaires. Ils essaient de culpabiliser les autres et de se faire passer pour de pauvres victimes. Ils minimisent les dommages qu’ils ont commis.

L’agressivité : les psychopathes sont toujours très agressifs et très combatifs. Ils ont aisément recours à des menaces. Ils conçoivent la vie comme une succession de combats avec, à chaque fois, un vainqueur et un vaincu. Ils sont déterminés à faire ce qu’il faut pour sortir vainqueur. Certains ont un tempérament explosif et peuvent en venir aux mains aisément. Ils abusent des procédures juridiques. Ils passent leur temps à dénigrer, à critiquer, à dévaloriser pour alimenter leur soi grandiose. Ce qu’ils font est exceptionnel ; ce que les autres font est banal.

La paranoïa : les psychopathes ont tendance à penser que tout le monde possède le même profil psychologique qu’eux. Si jamais on leur demande des comptes, ils crieront au complot. Ils ont souvent des tendances paranoïaques, pensent qu’on veut leur « faire la peau » ou qu’on leur a « baisé la gueule ». Ils n’ont aucun mal à imaginer que les autres commettent toutes sortes d’ignominies, car c’est ainsi qu’eux-mêmes se comportent. L’humanité est une confrérie de requins selon eux. Les psychologues disent qu’ils « projettent » sur autrui leurs propres dispositions psychologiques. Ils possèdent une connaissance intuitive du vice qui leur permet de voir le mal partout et notamment dans le bien. A leurs yeux, une amitié sincère devient du « copinage », du « piston », des « arrangements ». Ils peuvent se transformer en inquisiteurs féroces. Beaucoup de gens se font avoir et pensent qu’une personne qui dénonce avec virulence l’amoralité d’autrui est nécessairement exemplaire.

L’appétit de pouvoir : les psychopathes sont des « control freak ». Ils éprouvent le besoin de contrôler les gens qui gravitent autour d’eux et qu’ils perçoivent comme des objets ou des robots rats dont la seule fonction serait de subvenir à leurs besoins (psychologiques, matériels, sexuels). Ils sont dominateurs. Certains deviennent de parfaits tyrans domestiques. Ils occupent fréquemment des postes à responsabilité dans leur vie active. Ils s’entourent d’adjoints dociles et traquent tous ceux qui peuvent leur faire de l’ombre.

Ils connaissent la langue, mais pas la musique : le spectre émotionnel des psychopathes est pauvre. Ils apprennent tout au long de leur vie à simuler ces émotions qu’ils ne ressentent pas, notamment toutes celles qui relèvent de l’empathie et du sens moral : l’amour, l’attachement, la compassion, la honte, la tristesse, la dépression. On a souvent remarqué à leur propos qu’ils connaissent la langue, mais pas la musique. Les émotions qu’ils expriment sont parfois fausses. Ils ont tendance à en faire trop, leur style est grandiloquent, ampoulé, fleuri, pompier, truffé de métaphores. Il manque de sincérité. Les psychopathes manifestent leurs émotions à la manière d’adolescents sur MSN, en multipliant les points d’exclamation ou les smileys. Ils donnent l’impression d’une certaine immaturité émotionnelle.

Un style théâtral : les psychopathes ont tendance à en faire trop également sur le plan de la gestuelle. Ils ont un petit côté théâtral et parlent avec les mains, leur corps. Ils multiplient les mimiques, lèvent les yeux au plafond pour vous faire comprendre que vos propos sont stupides, ils soupirent, haussent des épaules, etc. Ils peuvent faire intrusion dans votre espace intime, vous toucher alors que vous les connaissez à peine. Ils outrepassent les étapes traditionnelles de l’amitié qui s’ébauche en s’efforçant de vous faire croire - trop vite - que vous êtes déjà les meilleurs amis du monde.

Le site du Pr Robert Hare

Ses ouvrages, en anglais :

Without conscience : the disturbing world of psychopaths among us

Snakes in suit : when psychopaths go to work (écrit avec le Pr Paul Babiak)


Mots-clés

Société

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Les réactions les plus appréciées

  • 12 votes deja vote forum
    Par TALL (xxx.xxx.xxx.108) 3 janvier 2008 09:06

    Il est totalement faux et pervers de décrire ces traits de caractère comme "troubles de comportement" ou "maladies mentales" puisqu’il n’y a jamais eu le moindre corrélat biologique observé entre "ça" et des dysfonctionnements cérébraux quelconques.

    La psychiatrie abuse clairement ici de son crédit de "science" pour inventer un concept qui n’est que la reprise "scientifisée" de la vieille notion de "possédé du démon". Notion chère à ce vieil Inquisiteur romain qui a justement récemment reçu Dieu en personne ( le seul, le vrai ) en sa modeste basilique St-Pierre.

    Bref, des conneries de chez St-Connard à la sauce made in science. Pour preuve, pour établir ce genre de "diagnostic" la psychiatrie ne respecte aucune règle fondamentale de la méthode scientifique. Tout y est subjectif de A jusqu’à Z et rien n’est démontrable.

  • 12 votes deja vote forum
    Par N. Balcon (xxx.xxx.xxx.85) 2 janvier 2008 18:32

    Selon Robert Hare, les psychopathes sont particulièrement bien adaptés pour certains secteurs d’activité, notamment la politique en effet, mais aussi le droit (avec leur bagout, ils font d’excellents avocats), le "business" et les médias.

    La plupart des hommes politiques possèdent quelques-uns des traits mentionnés ci-dessus, mais ne sont pas pour autant psychopathes. Beaucoup dégagent un certain charisme et sont très à l’aise à l’oral. C’est presque un pré-requis pour faire carrière en politique. Mais ça n’en fait pas pour autant des psychopathes. Il faut vraiment cumuler un nombre important de ces traits.

  • 8 votes deja vote forum
    Par N. Balcon (xxx.xxx.xxx.85) 2 janvier 2008 21:00

    La distinction entre la psychopathie et la perversité narcissique est un problème intéressant effectivement. Marie France Hirigoyen, dans son livre sur le harcèlement moral, semble dire que les professionnels emploient les deux termes de manière indistincte.

    Les psychologues anglo-saxons ont du mal à faire la distinction eux aussi entre le "malignant narcissist" et le "psychopath".

    J’ai l’impression qu’on emploie l’expression "pervers narcissique" pour désigner les psychopathes bien intégrés socialement. On réserve le terme "psychopathe" pour les individus plus impulsifs, susceptibles de faire de la prison.

  • 8 votes deja vote forum
    Par Norbert Balcon (xxx.xxx.xxx.85) 5 janvier 2008 05:52

    Délinquance et psychopathie ne sont absolument pas synonymes.

    La majorité des psychopathes n’a jamais affaire à la justice. Ils ont un sens moral (très) défaillant et posent des problèmes multiples à leur entourage, mais échappent complètement à la justice.

    Par ailleurs, beaucoup de détenus, dans les prisons, ne sont pas psychopathes. Au Canada, 15 à 20% des prisonniers obtiennent un score de 30 sur la PCL-R. Ce sont donc des psychopathes. Les autres détenus ne le sont pas. J’imagine que la situation est comparable en France et en Europe.

    On peut être l’auteur d’un crime violent, sans être pour autant psychopathe (par exemple les auteurs de crimes passionnels).

    Inversement, on peut être médecin, jouir d’une excellente réputation, n’avoir jamais été confronté à la justice, mais être psychopathe (sa psychopathie s’exprimera de diverses manières : ce sera peut-être un tyran domestique, ou alors il arnaquera la sécurité sociale, il trompera sa femme, il virera sa secrétaire comme une malpropre, il harcèlera un collègue etc, tout en parvenant à préserver sa réputation).

    Je ne propose pas de solutions dans mon article et certainement pas de mettre 600 000 personnes en prison. Je voudrais simplement sensibiliser.

    Par contre, je pense -d’un point de vue simplement pratique- qu’être capable de repérer un psychopathe peut aider à éviter certaines situations pénibles à vivre.

    Je pense qu’épouser un ou une psychopathe peut très rapidement virer au cauchemar. A moins qu’on ne s’en rende jamais compte (ce qui arrive aussi, tant la majorité d’entre nous sommes aveugles à la psychopathie).

    Subodorer qu’un homme d’affaires est psychopathe n’a pas pour principal intérêt de l’envoyer derrière les barreaux.

    Par contre, il sera judicieux de ne pas le propulser PDG d’une multinationale (on évitera ainsi des scandales du genre Enron ou Worldcom).

    Vous parlez de « courrier du cœur » dans votre commentaire. Il est indispensable de comprendre que les psychopathes n’ont aucune aptitude à l’attachement. Je ne crois pas qu’un psychopathe puisse écrire un roman d’amour convaincant, tout simplement parce que ce type de sentiment ne fait pas partie de son registre émotionnel. Au mieux, il pourra pasticher ce qu’il a lu ailleurs.

    Vous n’avez peut-être pas visité mon profil, mais j’ai publié un petit roman sur la dépression et la crise suicidaire. Cf le lien ci-dessous.

    Cordialement

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