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Accueil du site > Actualités > Société > Pour la gratuité de l’enseignement supérieur

Pour la gratuité de l’enseignement supérieur

Le lobby en faveur de la suppression de la quasi gratuité des études supérieures revient à la charge dans Le Figaro, profitant de la période estivale où les étudiants sont moins vigilants, pour avancer ses pions. Reprenons point par point la thèse des partisans d’une américanisation de notre système pour mieux la démonter.

Tout d’abord, les officines en faveur de frais d’inscription à 10 000€/an (dans un premier temps… !) comparent notre système en premier lieu avec le système américain sur un seul critère : celui de la quantité d’argent disponible pour former un élève. Cela relève d’une pure idéologie dont le qualificatif n’existe guère, mais qui est pourtant très répandue en notre société ; l’argent serait à même de régler tous les problèmes et un problème non résolu ne serait dû qu’à un manque d’argent. Rien n’est plus faux et il faudra bien un jour que les mentalités polluées par cet état d’esprit changent profondément. De même, la qualité de l’enseignement et la quantité d’argent qui est injectée seraient liés. Là encore, on est en plein délire américain ! Dieu merci, bien qu’anglo-saxons, les britanniques ne pensent pas ainsi. Quant à la France, son histoire est jonchée de prouesses qui ont été faites, justement, avec presque rien, prouvant par-là que ce qui compte avant tout c’est la volonté et non l’argent.

Approfondissons un peu la question du soi-disant manque d’argent dans nos universités. Que l’on sache, les enseignants ne sont tellement payés et cela n’a pas changé depuis des décennies. Pourquoi alors un système qui, dit-on, marchait il y a quarante ou cinquante ans, ne marcherait-il plus aujourd’hui ? Car le constat des partisans du paiement des études affirment que le système aujourd’hui ne marche plus. Les choses semblent pourtant assez simples et la réponse a deux volets. Le premier, c’est la doctrine des gouvernements successifs qui ont porté une doctrine de 80% d’une classe d’âge au BAC, lequel BAC ne vaut rien ; il suffit pour cela de voir une dictée de CM2 des années 60 faite par des bacheliers d’aujourd’hui pour voir qu’ils n’auraient même pas pu avoir un certificat d’études de l’époque. En conséquence de quoi l’on peut en conclure que 80% voire plus de bacheliers ne maîtrisent pas la langue française, leur langue ! Comme il n’y a pas de barrage à l’entrée à l’université, tout ce petit monde y entre donc et le gouvernement s’échine ensuite à essayer de faire réussir ces personnes qui n’avaient pas les capacités de faire des études universitaires. Mais pour dire à quelqu’un qu’il n’a pas le niveau, il faut un minimum de courage, qualité qui a disparu depuis bien longtemps des cercles de décision à tous les niveaux et pas seulement dans l’Education Nationale. Au final on sort des personnes non pas mal formée, mais quelque peu inaptes à ce que l’on pourrait qualifier d’études supérieures. Le deuxième volet, c’est l’entrée de l’université, à l’instar de l’université américaine, dans la compétition internationale via les programmes de recherche. Là, il faut innover pour ensuite transférer les résultats dans l’industrie qui, à bon compte, pourra rançonner ses clients en leur faisant payer cher des découvertes obtenues pour peu cher et surtout subventionnées sans être critiquables par les règles de l’OMC. Il est clair que la recherche coûte cher. Là, probablement, faudrait-il privatiser un peu, certains secteurs étant clairement non fondamentaux et relevant bien davantage de l’industrie que de la recherche fondamentale. Or que fait-on ? Plutôt que de payer des ingénieurs au tarif ingénieur, on a mis en place des cursus dits de thèse, ou encore d’enseignement par la recherche, qui coûtent cher et où les acteurs sont très peu rémunérés alors que c’est là que la valeur de demain se crée. Or, c’est cela qui coûte cher et qui est rattaché aux universités. On veut donc faire aujourd’hui payer les études universitaires pour financer en sous-main des programmes de recherche qui sont vendus à vil prix à leurs utilisateurs. Cela est tout simplement scandaleux ! Faire un cours n’a jamais coûté cher, surtout au prix où sont payés les enseignants encore une fois ; on n’a besoin que d’un tableau et d’une craie et c’est bien suffisant, pour peu que l’on ait un peu de discipline dans l’amphithéâtre et, surtout, que ceux qui n’ont rien à y faire n’y soient pas présents.

Vient alors l’argument de la redistribution. Là, c’est l’hôpital qui se fiche de la charité. On assiste à un phénomène extraordinaire : la haute finance se penche sur le sort de l’université et décrète, chiffres à l’appui, qu’elle assure avant tout la reproduction sociale et qu’elle empêche les éléments des couches défavorisées de la société d’améliorer leur niveau. On croit rêver. On nous rejoue la tragédie du FMI : les pays riches prêtent aux pays pauvres en faillite (cf Argentine) et y créent bien plus de misère qu’il n’y en avait auparavant en voulant les sauver. Gageons que cela se produira très prochainement en Grèce… Là c’est pareil. Il y a encore une fois deux volets dans la réponse. Le premier est sur la réalité ou non de la redistribution due à l’enseignement. Statistiquement, il n’est pas question de remettre les chiffres en cause. Par contre, cela n’abstient pas d’examiner ces chiffres avec intelligence, qualité qui semble quelque peu manquer aux tenants de la fin de la gratuité des études supérieures, à moins qu’ils n’aient autre chose derrière la tête. En effet, prenons l’exemple des fils d’agriculteurs qui sont de moins en moins nombreux à faire des études supérieures. En réalité, les bureaux parisiens dorés sont coupés de la réalité des campagnes depuis bien des années maintenant semble-t-il. Une ferme, aujourd’hui, c’est une véritable entreprise avec des millions d’euros de capital. La priorité devient alors la transmission du capital à la descendance, laquelle suit alors les traces des rejetons des patrons du CAC 40 qui, c’est bien connu, à quelques rares exceptions près, n’ont pas particulièrement brillé par leur réussite dans l’enseignement supérieur, ce qui, remarquons-le honnêtement, ne les empêche, semble-t-il en rien, de réussir dans les affaires… Passons aux fils d’ouvriers qui sont aujourd’hui moins nombreux en proportion que dans les années 60. Il y a en effet beaucoup moins d’ouvriers qu’à cette époque, ces emplois là ayant été délocalisés en Asie en grande majorité. La statistique sur cette population n’a donc pas la même signification qu’avant puisqu’il s’agit aujourd’hui à la fois d’une population marginalisée et en voie de disparition « grâce » à la politique menée en France depuis maintenant près de quarante ans (ce n’est pas le cas en Allemagne par exemple). En conséquence, être dans une famille ouvrière aujourd’hui ne donne pas le même moral que cela pouvait donner dans les années 60 et les résultats scolaires ne peuvent qu’en pâtir bien évidemment. Pour les enfants de chômeurs c’est encore pis et nous n’aborderons pas leur cas, hélas pathétique, mais clairement chacun comprendra bien ici que leur problème principal, souvent hélas, ne réside pas dans le long terme de la réussite d’études universitaires brillantes, mais plus dans un quotidien très incertain à assurer. Prenons, pour finir ce tour de table les enfants issus de l’immigration. Cette catégorie n’existait quasiment pas dans les années 60. Son défaut de réussite est dû en général à un environnement dans lequel on maîtrise très mal la langue française ce qui constitue un handicap pour cette génération. A quelques exceptions près, donc, la réussite de ces populations ne peut être du niveau de ceux dont l’environnement culturel est meilleur. Les programmes visant à pallier cela sont les bienvenus, mais objectivement, même avec la meilleure volonté du monde, il ne peuvent pas avoir une efficacité suffisante statistiquement pour compenser ce handicap.

Le deuxième volet sur la redistribution due à l’enseignement relève, là encore, d’une idéologie principalement tournée vers la finance. En effet, pour ces lobbies qui veulent rendre les études payantes, faire des études veut dire avoir des rémunérations supérieures au final. On se garde bien alors de dire que ceux qui gagnent plus paient davantage d’impôts. En conséquence, ils paient bien, a posteriori, le coût de leurs études, largement ! Les pauvres, eux, rappelons-le, ne paient pas, en France, d’impôt sur le revenu et représentent pas loin de la moitié de la population. L’argument ne tient donc guère. Mais il est un point encore plus important qui découle de cela et qui, encore une fois, est purement idéologique.

On lie niveau d’étude et rémunération. Il y a tout d’bord là un mythe. Une étude britannique a fait état d’un gain moyen de 160 000€ de plus gagnés dans une vie, en moyenne, par ceux qui ont fait des études par rapport à ceux qui n’en ont pas fait. Il n’y a là rien de scandaleux et si l’on fait payer les études, c’est le différentiel qui deviendra scandaleux en diminuant. Ensuite, il y a le problème de la mentalité que cela va mettre en place. Si l’on paie ses études on va vouloir les rentabiliser, individuellement. Si nous prenons une parité 1€=1$, ce qui était le cas il n’y a pas si longtemps, un élève américain qui sort de l’université gagne en moyenne le double de ce que gagne un européen, cela se justifiant par le paiement des études supérieures. Dans un pays où les comptes sociaux sont en rouge, voulons-nous des consultations médicales à 150 ou 200€ ? Les médecins font en effet de très longues études qu’il faudra bien « rentabiliser ». Voulons-nous que nos ingénieurs doublent leurs salaires et ne plus vendre un Airbus pour cause de prix trop élevé ? Dans le même temps, les couches de la population qui n’ont pas fait d’études ne pourront pas justifier, pour elles, de telles augmentations de revenus si bien que l’écart se creusera et atteindra l’effet inverse que celui annoncé par les tenants de la financiarisation.

Terminons ce long article par un dernier point capital et que l’on pourrait nommer « pacte républicain ». L’idéal de la république a été de former la population et de lui donner accès à la culture. Cela a été énoncé par les Lumières et mis en œuvre dès la révolution de 1789. L’objectif de ce système n’était pas la rentabilisation individuelle d’un investissement personnel, mais au contraire la construction d’une culture de l’excellence dont les vertus rejaillissaient sur la collectivité en donnant à notre pays et à ses habitants une place privilégiée dans le concert des nations. La nation offrait des études à ses plus brillants éléments pour que ceux-là, à son service, lui permettent d’offrir à ses ressortissants le meilleur niveau de vie possible. Parallèlement, la connaissance était considérée comme un bien gratuit, l’Encyclopédie en étant le premier avatar. Le système d’enseignement qui s’est monté, petit à petit, la gratuité voulue par Jules Ferry, tout cela a contribué à un essor considérable de notre pays. Cela, personne ne peut le nier. Aujourd’hui, les forces rétrogrades de la finance essaient de saper les fondements mêmes de notre nation en essayant de rompre par des subterfuges le pacte républicain de la gratuité des études supérieures. Encore une fois, sans nier qu’il y a de sérieux problèmes dans les universités, le problème n’est pas financier, c’est, avant tout, un problème de sélection à l’entrée, de séparation entre enseignement, qui reste la vocation première de l’université et recherche au sein de laquelle il faut faire le tri entre ce qui revient à l’université et ce qui revient au monde économique, chacun ayant à payer son propre fardeau. Par ailleurs, proposer, comme le font aujourd’hui les financiers, des bourses pour pallier le caractère payant des études ou des prêts, c’est aliéner les étudiants financièrement au système avant même leur entrée dans la vie active. Rappelons que l’idéal principal de la révolution de 1789 était la liberté. Si vouloir faire payer les études supérieures n’est pas remettre en cause le pacte républicain, alors qu’est-ce que c’est ?


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5 réactions à cet article    


  • fhijk 16 juillet 2011 09:49

    à noter que Bayrou est l’allié de Clegg le traître qui défendait la diminution des droits universitaires et a ensuite aidé Cameron qui a fait le contraire !


    • Kalki Kalki 16 juillet 2011 12:54

      oh toujours la fuite  : pourquoi ne pas tuer tout le monde ca irait vu que plus aucun travail n’existe

      et les diplomes ne vallent rien

      et surtout l’incompétence règne

      vous n’irez pas jusqu’a la retraite, il n’y aura pas d’autres génération après celle ci

      allez y fuyez dans la bétise c’est tout ce qu’un singe sait faire


      • Kalki Kalki 16 juillet 2011 13:04
        Un jour le singe arretera de dire de connerie, de penser des conneries ( et oser croire qu’il pense ) de faire des conneriesde politiser de la connerie IL Y A PAS D’AVENIR BANDE DE SINGES
        Ken Robinson : L’inflation des diplomes, et de la classe moyenne, et L’école tue la créativité
        Education : les professeurs sont inutiles, et nuisible à la croissance et libération des esprits ( la créativité )

      • Gargantua 16 juillet 2011 14:27

        Il ne faut pas se leurré tous à un coup, la gratuité pour les études supérieures pourquoi pas si en contre partie nos étudiants munies de leurs diplômes de fins d’études ne se montrent pas ingrats de l’effort collectif de ceux qui continue à leurs connaissance. Et c’est loin le cas ils rouspètent, ils demandent des salaires, qui pour d’autres devient effectifs que en fin de carrières et encore cela n’est pas une géneralité, étudiants soyez modeste et reconnaissant de l’effort collectif.


        • zelectron zelectron 11 septembre 2011 08:47

          Effectivement, un million d’€uros ne font pas d’un coup de baguette magique à partir d’un débile cérébral, un génie. Merci pour cet article.

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