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Pour réformer la formation professionnelle « il suffirait de presque rien... »

Depuis des années notre pays tente de réformer sa formation professionnelle. Les maux de cette formation continue sont connus de tous : Complexité, Cloisonnement et Corporatisme (les 3 C dénoncés par la commission Carle), « une formation continue coûteuse, inefficace et inadaptée » (la Cour des comptes en 2008). Nous formons mal, nous formons cher et nous formons peu (60 % des français n’ont jamais eu accès à la formation) mais la formation peut-elle être équitable en France ?

 Le projet de Loi qui sera présenté le 29 mai prochain au conseil des ministres manque terriblement  de souffle et d’ambitions pour refonder la formation professionnelle, il retranscrit peut être les accords signés entre les partenaires sociaux mais peut-on demander à ceux qui n’ont pas su promouvoir la première réforme de 2004 de refonder notre formation ?

Les difficultés de notre pays ne tiennent pas tellement à ses habitants qui ne voudraient pas changer ou évoluer mais bien plutôt à nos institutions, nos administrations, nos partenaires sociaux incapables d’accompagner, d’évoluer et de soutenir nos concitoyens dans leurs projets de développements humains et sociaux.

L’époque actuelle est exigeante et rapide pourtant nous continuons à cataloguer, répertorier les qualifications professionnelles, les diplômes et les certifications. Dans cette économie de l’information et des savoirs nous risquons bien plus une hibernation du pays (à l’instar de l’URSS avant sa chute) qu’une surchauffe dans un pays volontaire et dynamique.

Aujourd’hui la compétence et la compétitivité nécessitent avant tout de la vitesse et une prise de risque (pour innover il faut expérimenter). Nous sommes collectivement allergiques au risque et évoluons à la vitesse des trains vapeur alors que la mondialisation et la communication électronique exigeraient des réponses instantanées. 

La qualification professionnelle, ce compartimentage figé de la compétence doit elle aussi être réinterrogée. La compétence est désormais une dynamique, une capacité à innover, à se reconstruire et à anticiper les changements pas un référentiel poussiéreux classé dans son tiroir. 

En 2009 une fraction importante de la population active court le risque d’un déclassement professionnel et social durable. Notre formation doit donc être réformée durablement, complètement et le plus rapidement possible ; Chaque jour perdu, chaque semaine passée en tergiversations et en négociations éloigne des dizaines de milliers de travailleurs de l’emploi et des reconversions professionnelles indispensables.

La formation, tout comme les entreprise, n’a pas tant besoin d’argent que de vitesse et de réactivité. Dans tous les domaines ce ne sont plus le gros qui absorbent les petits mais les rapides qui poussent les lents dans le fossé

Nos entreprises ne parviennent toujours pas à sortir du modèle trentenaire du plan de formation, elles forment sur leurs métiers, dans leurs branches, au poste de travail et si ce poste vient à disparaître elles se tournent vers l’Etat providence sollicité pour toujours prendre le relai.

La première réforme de la formation en mai 2004, transcription législative des accords Interprofessionnels de septembre 2003, avait de nombreuses qualités. Elle était globale, articulée et adaptée au contexte d’alors : une entrée massive, à l’horizon 2010, dans la société européenne de la connaissance et de l’information. Cette réforme a malheureusement échoué, ne parvenant pas en cinq ans à renverser les strates de conformismes et de corporatismes accumulé dans le champ professionnel.

Face à l’emblématique dispositif de cette réforme de 2004, le DIF (Droit Individuel à la Formation), droit d’initiative moderne et responsabilisant, les entreprises n’ont pas joué le jeu, prétextant un attentisme ou un manque d’appropriation des salariés, elles ont fermé les yeux sur les besoins en développement de leurs personnels.

En 2003, les partenaires sociaux n’étaient pas allés au bout de la logique du Droit à la formation en ne le dotant pas d’un régime financier simple, fiable et contraignant. Non provisionnable (la formation n’est pas un risque), finançable via de multiples entrées (le plan de formation, les OPCA et les FONGECIF) le DIF n’a pu être cette assurance employabilité des travailleurs tant pronée par les politiques mais jamais mise en œuvre.

Le Droit Individuel à la Formation est toujours d’actualité, une formidable avancée, il peut ranimer cette formation professionnelle endogène, conformiste et inéquitable. Il peut encore tout changer en formation si les parlementaires le dotent enfin d’un régime financier sûr, indiscutable et transférable (sur un compte épargne formation).

En mai lorsque la nouvelle réforme sera votée, tous les salariés en CDI depuis 2004 auront déjà capitalisé 80 % de leur Droit à la formation (cette dette formation s’élève à près d’un milliard d’heures de DIF, soit trente milliards d’euros de droit à tirage pour les salariés). Il faut donc que le parlement donne au Droit à la formation un financement (à l’instar des congés payés qui n’appellent aucune contestation et n’ont jamais mis en danger les sociétés).

Les salariés doivent tous disposer d’un Compte Epargne formation qu’ils activent à tout moment (y compris à la retraite) et qui sera abondé tous les ans par leur employeur (ou la région s’ils sont privés d’emploi). Les mécanismes complexes de transfert imaginés par les partenaires sociaux ne pourront être mis en œuvre et ne permettront pas la vitesse de décision nécessaire aujourd’hui pour changer d’emploi ou d’orientation professionnelle.
Il est urgent de dégager le DIF des logiques de branches et seul un organisme public unique est capable de gérer et d’actionner équitablement le Droit à la formation de toutes les personnes.

L’Etat pourrait seul garantir le déploiement du Droit à la Formation

Alors qu’en 2009 les budgets formation sont les premières victimes des mesures d’économies prises par les entreprises, former reste plus que jamais un investissement et un pari sur notre avenir collectif. Pour construire cet avenir, que personne ne peut réellement prédire, il faut nous appuyer sur l’humain, sur la capacité des hommes et des femmes à se reconstruire, à évoluer à s’adapter.

Notre formation continue ne peut rester ce service luxueux et marginal réservé aux seules organisations riches, le Droit à la formation ne doit pas être renvoyé aux calendes grecques, les 15 millions de salariés du privé ne comprendraient pas qu’après avoir mis en avant la formation comme réponse à la crise les pouvoirs publics se contentent d’un rafistolage de façade de notre formation.

 Notre dette formation est immense face aux deux millions de travailleurs illettrés, aux 80 % de salariés ne maîtrisant pas de langue étrangère, à une fracture numérique béante, aux millions d’intérimaires, de personnes en CDD, de saisonniers, de travailleurs à temps partiels, servant de variable d’ajustement dans un système social construit après guerre pour les personnels à statut.

Cette dette formation nous devons l’acquitter auprès des 7 ou 8 millions de salariés peu qualifiés, marginalisés dans leur entreprise, parfois rivés à leur poste de travail et ignorant une formation professionnelle hautaine qui les a ignorés si longtemps.

Alors que des pans entiers de notre paysage industriel s’affaissent, notre pays, sidéré par la crise, attentiste et impréparé n’a plus les moyens de tergiverser ou de faire semblant. La formation tout au long de la vie ne doit pas rester seulement une appellation vide de sens pour les travailleurs, elle doit constituer notre horizon collectif, une ardente et urgente obligation.

Le projet de Loi présenté le 15 avril dernier au conseil national de la formation tout au long de la vie (CNFTLV), ce projet de Loi doit être repris, amendé, amélioré par la représentation nationale. Sans cette vraie réforme de la formation nous aurons le plus grand mal à nous maintenir dans le concert de grandes économies au XXI ème siècle.

Didier Cozin

Auteur des ouvrages « Histoire de DIF » & « Reflex DIF »,
tous deux publiés aux éditions Arnaud Franel


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1 réactions à cet article    


  • Yohan Yohan 8 mai 2009 11:59

    Chez nous, la formation ne fonctionne que sur la peur - peur de ne avoir le diplôme qu’il faudra présenter demain pour se maintenir dans l’emploi, et l’ennui - partir en formation pour se changer les idées -.parce qu’on se fait chier dans son entreprise
    Le système est vieillot, usé et dépassé et ce n’est pas la FFP qui poussera à en changer véritablement, le lobbying pour conserver certaines positions dominantes sur ce marché étant toujours à l’oeuvre.
    pour moi, Il faudrait revenir à la bonne vieille idée de formation de promotion sociale et de perfectionnement, plutôt que d’entretenir la course stérile aux diplômes gadgets et aux formations pouet pouet qui ne servent qu’à se faire plaisir.
    Heureusement qu’il y a encore l’AFPA dans le paysage et pourtant c’est ce vieux modèle qui a fait ses preuves qu’on s’acharne maintenant à démolir

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