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Accueil du site > Actualités > Société > Pourquoi le stress nous travaille-t-il ?

Pourquoi le stress nous travaille-t-il ?

Dans la longue litanie de nos maux professionnels  : chômage de masse et durable, déficits sociaux, absentéisme record, harcèlements, faible qualification, carrière professionnelle trop brèves...le stress et la souffrance professionnelles sont devenus des constantes du discours médiatique, un mal rampant semble guetter chaque travailleur et dont les pouvoirs publics prennent désormais la mesure.

Il faut évidemment se demander pourquoi en France on semble tant être stressé par le travail, pourquoi quelques années après leur installation en France des entreprises étrangères socialement avancées ou responsables (suivez notre regard) deviennent des employeurs ordinaires, guère soucieux de la qualité de vie de leurs salariés ?

Tout d’abord qu’appelle-t-on le stress professionnel ?
la définition élaborée par les partenaires sociaux lors des accords de 2008 a le mérite d’être simple et claire :

« Le stress survient lorsqu’il y a déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face…. »

Le stress est donc une réaction psychologique face à des contraintes dans un environnement professionnel donné (nous oublierons ici le stress des départs en  vacances ou durant les courses au supermarché !)

Quelles sont les explications possibles à ce stress professionnel des français ? 

  1. Ils sont stressés car ils ne comprennent plus (ou de moins en moins) le sens de leur travail. Tout être humain doit appréhender son travail dans sa globalité mais la société taylorienne ne donnait pas du sens au travail, elle recourait simplement à une main d’œuvre interchangeable et corvéable. Cette parcellisation des tâches perdure non seulement dans l’industrie (où elle est née) mais elle  s’étend désormais aux métiers de service (plateau des call center ou caisses de supermarché). Et si les besoins des travailleurs évoluent les méthodes de management ou d’organisation du travail ont du mal à suivre les aspirations nouvelles des travailleurs,
  2. Ils sont stressés car ils n’ont pas l’impression que leurs efforts et leur implication sont reconnus à leur juste valeur. Dans un pays où depuis l’école on décourage plus qu’on encourage il est rare d’entendre des paroles de remerciement pour un travail. Les cadres sont de moins des encadrant mais plutôt des experts et les instances de médiation ou de participation manquent partout. Les syndicats ne représentent quant à eux que 5 % des salariés du privé et n’ont guère d’autre pouvoir que celui de bloquer ou de dire non.
  3. Ils sont stressés parce qu’on ne leur donne pas suffisamment de temps (les délais) ou d’espace (open space) pour travailler dans de bonnes conditions. Quand dans les années 90 dans nombre de services fonctionnels  il y avait 3 personnes les chasseurs de coûts en ont écarté deux et désormais on ne pare plus qu’aux urgences sans pouvoir anticiper ou maîtriser les dossiers.
  4. Ils sont stressés parce que dans un environnement complexe et exigeant chacun a besoin de temps de réflexion, de partage d’expériences ou d’expérimentation. Ces temps sociaux pourraient être ceux de la formation professionnelle mais celle-ci est très peu continue en France. Six ans après la réforme de 2004 la formation ne reste qu’un ajustement contingenté et superficiel au poste de travail pour une majorité de travailleurs. Ceux ne peuvent exercer simplement et annuellement  leur Droit à la Formation (DIF),
  5. Les nouvelles technologies et en particulier l’Internet facilitent la communication mais sont aussi sources de stress. Elles abrogent les distances et le temps mais réclament une disponibilité totale : répondre aux mails trop vite (grave erreur), jongler avec le portable, le téléphone fixe et les clients est le lot commun des travailleurs de l’information,
  6. Ils sont stressés parce que la vie dans les grandes agglomérations est stressante : quand on emprunte la maudite ligne A du RER (mais la B n’est pas forcément simple) ou qu’on retrouve tous les matins pendant des heures des milliers  d’automobilistes sur sa route avant espérer gagner son lieu de travail, le chemin de l’entreprise est pavé d’énervements et de tensions diverses (les travailleurs rentrant chez eux le midi pour déjeuner en province ne connaissent pas leur bonheur) ,
  7. La réduction du temps de travail a également une responsabilité dans ce stress généralisé. Elle a raccourci le temps de travail mais pas des tâches qui demandent temps,  concentration et ne souffrent aucunes approximations ou décisions hâtives,
  8. Les rapports au travail sont conflictuels.  Il est difficile d’être bien au travail si votre employeur n’a pas confiance en vous mais aussi si des salariés profitent d’un droit du travail protecteur pour « buller » ou faire semblant de travailler.
    Le code du travail protège les salariés (les plus intégrés surtout avec leur CDI) mais il ne laisse quasiment aucune marge de négociation ou de discussion aux partenaires sociaux. Tout est strictement encadré, règlementé. En France, le contrat de travail semble un lien aussi définitif que celui qui liait le serf à son seigneur. Il est difficile (et coûteux) de dénouer sereinement un contrat de travail (même si la récente rupture conventionnelle améliore la situation).
  9. Une certaine déresponsabilisation du corps social et des entreprises qui se reposent sur l’Etat providence ou  la collectivité pour prendre en charge les pathologies liées au travail. Les arrêts maladie ne devraient pas servir à gérer le stress, les difficultés professionnelles ou à lutter contre harcèlement, c’est pourtant notre principal (et coûteux) remède hexagonale,
  10. Le salariat et ce fameux lien de subordination, généralisé durant le XX ème siècle,  est désormais mal supporté par les travailleurs. Qu’on l’appelle manager ou encore supérieur hiérarchique le "chef" n’est plus légitime. La structure des entreprises néo-taylorienne encore calquées sur l’armée  ne passe plus. Les travailleurs veulent s’épanouir au travail (et pas seulement dans des loisirs) ils veulent prendre des initiatives, être reconnus dans leur vie et leur travail, être autonomes et qu’on leur fasse confiance. Le travail indépendant  a désormais un boulevard devant lui tant il correspond aux aspirations de nombreux citoyens  qui ont compris qu’aliéner leur liberté ne leur procurera même plus de sécurité professionnelle.
  11. Le coût du travail est très (trop) élevé en France, nous sommes, parmi les pays développés, celui où le travail chargé est le plus coûteux. Les entreprises ont désormais toutes les peines à créer des richesses en  35 heures de travail par semaine, 5 semaines de congés payés par an et des jours fériés et congés plus  nombreux qu’ailleurs. Ce qui était possible quand la concurrence était faible ne l’est plus au temps de l’Internet (qui rapproche les hommes mais les met aussi en concurrence pour le travail).
    Un salarié agricole revient à 7,50 € par heure en Allemagne contre 11 € en France. Chez  Renault le salaire horaire chargé d’un ouvrier est de 35 €, il est de moins de 2 € par heure (charges comprises) en Turquie dans une autre usine de la même marque.

 

Le stress se développe donc dans notre pays, il est multiforme (ne peut-on aussi évoquer le stress particulier de ces « travailleurs » sans réel affectation ni tâches et qui se morfondent tout au long de leur interminable journée,) multi-causes et touche toutes les catégories professionnelles du livreur de pizza à l’industriel dans sa PME.  

Sortir de cette spirale dépressive ne sera pas facile car les listes rouges, vertes ou oranges du ministère du travail n’y suffiront pas, nous devons reconstruire tout notre modèle professionnel et économique pour le siècle nouveau.
Les vingt ans ou trente ans de retard social de notre pays ne pourront être comblés et dépassés que si nos concitoyens  acceptent de changer, de (se)faire confiance, d’évoluer et d’épouser enfin leur époque.


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2 réactions à cet article    


  • clostra 6 mars 2010 12:03

    Une petite précision : la réaction au stress est psychophysiologique comme vous le montrez d’ailleurs en parlant de maladies liées au stress.
    On peut d’ailleurs séparer clairement deux palliers :
    - l’un consiste en la mobilisation de l’énergie (élévation du taux d’adrénaline) préparant à l’action (la lutte ou la fuite, « en gros »).
    - l’autre est source d’une vraie destruction lorsque toute action est impossible et que le cortisol fait son entrée : immuno suppression en particulier et détérioration de fonctions vitales.

    C’est pourquoi, le stress au travail doit être considéré comme un fait quasi criminel.

    J’ai été frappée durant ma carrière par un double langage : la performance versus empêchement de l’action. On ne demande pas à un travailleur d’agir (librement) même selon ses compétences acquises voire reconnues, on le « plie » pour surtout valoriser sa hiérarchie, la plupart du temps, elle-même pliée à d’autres exigences pas toujours très claires.

    Agir librement, selon ses compétences et sa conscience professionnelle, dans l’entreprise (ou administration) est devenu une véritable prouesse face à toutes ces « notes de service » ou autres recommandations à ne prendre aucune initiative.

    La destruction est patente.

    Malheureusement dans ce contexte, revenir d’une formation avec plein d’idées nouvelles peut être un amplificateur de stress...


    • resistance 6 mars 2010 20:20

      Comme vous avez raison : « le coût du travail est trop élevé en France ».

      Solution ? Payons les travailleurs 2 € de l’heure, comme en Turquie, supprimons les congés payés et les jours fériés, instaurant le travail le dimanche (remarquez que notre gouvernement a très bien commencé sur cette ligne !), et puis revenons aux 40 heures/semaine (mais ne serait-il pas plus efficace de revenir tout de suite aux 48 heures, car je crains que les autres pays ne réduisent à leur tour les salaires, concurrence oblige !) ?
      Bravo pour la pertinence de vos analyses ! 

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