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Prendre un bain

Un plaisir quand il est rare …

Vide & eau ici 

Bonimenterie

Non, je n'évoque pas ici la possibilité volontaire ou non de choir dans l'eau d'une rivière. Chacun peut profiter tant qu'il le désire de ce plaisir gratuit à condition bien sûr de bien connaître les lieux et les risques de l'eau qui court. Pour cela, il faut faire abstraction de tous les interdits qu'une civilisation de l'interdit et du parapluie ouvert a mis en travers du baigneur …

Il s'agit ici du plaisir domestique dans une baignoire, objet des temps d'insouciance qui demeure encore dans nos maisons pour quelques temps. Car, avant que de vanter les douceurs de cette immersion en eau chaude et mousseuse, il est bon de reconnaître que ce luxe s'inscrit dans une gestion de l'eau qui n'aura bientôt plus cours. Le bain est un privilège qui doit se consommer avec une extrême modération, la planète ne dispose pas de réserves assez grandes pour que ses habitants se jettent tous l'eau !

Sachant cela, prendre un bain est un moment rare que vous pouvez vous accorder exceptionnellement pour oublier une grosse fatigue, un mal au dos insupportable, une migraine épouvantable, une mauvaise chute qui vous a coti. Pour se laver, la douche doit avoir votre préférence, sinon vous appartenez à la grande cohorte des égoïstes, incapables de se soucier de l'environnement.

Ainsi, vous vous décidez à cette longue immersion dans la vapeur. Vous avec un long moment devant vous, vous avez du temps à ne consacrer qu'à votre modeste petite personne. La décision est prise, pour aller renouer avec le très lointain passé aquatique de l'humanité. Vous préparez tous les ingrédients qui feront de ce moment rare un bonheur sans pareil.

Vous n'êtes pas de ceux qui inondent la baignoire de senteurs artificielles, de produits chimiques agressifs et odorants qui se parent d'épices et de fruits exotiques, qui se griment de couleurs chatoyantes et qui irritent les peaux sensibles tout en souillant l'eau qui sera rejetée dans les égouts de la ville.

Vous préférez le savon de Marseille, irremplaçable et si raisonnable. Il permet comme ses agressifs rivaux, de vous envelopper d'un nuage mousseux qui semble vous retirer du monde réel. Vous laissez coulez l'eau avant de vous y glisser pour qu'elle soit suffisamment profonde pour ne pas subir les désagréables frissons qui ne sont pas de la fête !

Vous choisissez votre environnement sonore. Un bain sans musique est comme un jour sans soleil. Il est important de ne pas se tromper. C'est dans le bain que l'homo sapiens retrouve le goût du chant à tue-tête. Il est préférable que la maison soit vide pour ne pas être regardé avec des gros yeux à votre sortie de la salle de bain. D'autres préfèrent le livre, ils sont bien habiles pour ne pas mouiller les pages !

Vous réfléchissez encore à l'après immersion. Allez-vous revêtir vos habits de ville ou profiterez-vous de l'occasion pour vous glisser dans votre uniforme nocturne ? La question est d'importance. Dans un cas, le bain n'est qu'une parenthèse heureuse avant un retour aux tracas quotidiens. Dans l'autre, il ouvre vraiment les portes d'un temps suspendu, d'une escapade tranquille jusqu'au lendemain.

Tout est en place, la salle est déjà enveloppée d'un brouillard dans lequel vous allez vous perdre. L'eau est chaude, elle vous saisit un peu. Vous vous y lovez avec délice. Vous disparaissez totalement dans l'élément liquide ! Vous fermez les yeux, vous fredonnez, vous rêvez, vous êtes si bien que tous les soucis de la vie s'envolent avec les volutes de vapeur.

Vous avez pris la précaution de ne pas remplir la baignoire. De temps en temps vous faites couler une eau bouillante pour maintenir le plus longtemps possible la chaleur de ce délicieux bain-marie aux petits oignons. Vous mijotez, vous échappez à votre condition. Vous relâchez totalement tous les muscles de votre corps. Vous oubliez vos douleurs comme vos soucis.

Il faudra bien que vienne le temps du renoncement. À contre-cœur, à contre corps, vous ouvrez la bonde qui fera disparaître votre bulle de bien-être. Vous vous dépêchez d'en sortir avant que de vous sentir vous aussi aspiré par ce tourbillon mauvais. Il faut rester sur votre nuage. Vous vous enveloppez dans une immense serviette, vous vous glissez dans un peignoir ouaté, vous cherchez par tous les moyens à ne pas rompre le charme.

Vous allez traîner toute la journée entre livres et lit, repos et farniente. Vous vous êtes retiré volontairement du monde extérieur. Le téléphone est coupé, les portes verrouillées, vous avez sombré dans une torpeur bienfaitrice. Demain, il sera temps de revenir aux autres, aujourd'hui, c'est jour de bain !

Baigneusement vôtre.


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4 réactions à cet article    


  • Brontau 5 novembre 2012 21:00

    Bonsoir C’est Nabum

     Il y a quelques années, au plus fort de ma tempête, je ne parvenais plus à écouter la flute enchantée, mais je connaissais encore ces étranges et subtiles voluptés du bain. Aujourd’hui je peux me replonger dans mon opéra favori mais plus dans ma baignoire ! Etranges stratégies de nos défenses inconscientes contre la souffrance… Merci de me permettre de retrouver ce plaisir par votre évocation, et de m’offrir en sus des clés de compréhension, voire aussi l’envie de nouvelles tentatives ! La magie de la fable…


    • C'est Nabum C’est Nabum 5 novembre 2012 21:18

      Brontau


      Pour moi, je me contente d’une plume enchantée et c’est dans le bain du quotidien que je cherche sujet d’inspiration et fable à conter à mes sembables. Je suis bien prétentieux pour croire en ce mirage. Pourtant, parfois, il arrive que la magie opère et qu’un lecteur, un seul mais cela suffit à mon bonheur y trouve son plaisir et plonge à son tour en ma compagnie.

      Merci d’être celui-là !

    • clostra 5 novembre 2012 22:47

      @Nabum

      C’est un peu paradoxal mais il semble bien que parfois le bain puisse nous sauver de la noyade.

      @lauteur

      Il faudra choisir...si possible tenter d’éviter de supprimer le bain en l’absence de thermes, preuve que les bains sont aussi anciens que nécessaires. Un concours Lépine nous permettra espérons-le de recycler l’eau de notre bain quotidien.

      faisons donc bain commun avec Henri Salvador :

      Ah c’qu’on est bien dans son bain !


    • C'est Nabum C’est Nabum 6 novembre 2012 06:37

      Clostra


      Nabum et l’auteur sont unique personne. Merci

      Oui, le retour des thermes s’imposera naturellement car l’eau sera denrée précieuse
      Le délire des piscines individuelles ne pourrra durer

      Oui, on est bien quand on est dans son bain mais là encore il ne faut pas en abuser

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