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Accueil du site > Actualités > Société > Présentation de The Language Myth, de Vyvyan Evans

Présentation de The Language Myth, de Vyvyan Evans

Comment le concept de Langage-instinct, lancé par Noam Chomsky, s'est-il effondré face aux nouvelles recherches de linguistique évolutionnaire

 

The language myth

Why Language is not an instinct

par Vyvyan Evans

Cambridge University Press, Sept 2014

Présentation et commentaire par Jean-Paul Baquiast
26/10/2014

 

 

Vyvyan Evans est professeur de linguistique à l'Université de Bangor (Royaume Uni)

Voir son site http://www.vyvevans.net/

Bangor University, Pays de Galles http://www.bangor.ac.uk/

 

 

Introduction

Nous avions très vite compris,dans le cadre de notre revue Automates Intelligents, , que l'hypothèse de Noam Chomsky sur l'origine du langage n'avait pas de base scientifique sérieuse. Selon cette hypothèse, qui avait longtemps été admise par les linguistes, l'aptitude au langage, qu'il soit parlé ou écrit, reposait sur une propriété spécifique à l'homo sapiens, l'existence d'une aire cérébrale dédiée, dont les animaux ne disposaient pas. Cette aire cérébrale serait apparue chez les hominiens vers 2 à 1 millions d'années bp, à la suite d'une mutation génétique. Une fois admise cette hypothèse, le travail du linguiste dit évolutionnaire, s'intéressant à la façon dont les langages étaient apparu au sein de nombreuses espèces animales, en évoluant progressivement vers les propriétés qu'il manifeste aujourd'hui chez l'homme, perdait une partie de son intérêt.

On peut tout expliquer en effet à partir d'une mutation génétique, même si les études plus récentes et plus précises de la neurologie humaine ne permettent pas de localiser avec précision l'aire prétendument dédiée au langage. Certes, il existe des aires (dites de Broca et de Wernicke) dont une paralysie rend le sujet incapable de s'exprimer, mais on peut les considérer comme des portes d'entrée-sortie servant au cerveau pensant à communiquer par le langage. Ce n'est pas en leur sein que s'élabore la pensée ni même la façon dont celle-ci se traduit en modules de communications divers, dont le langage fait partie. C'est le cerveau global qui selon les hypothèses récentes, génère les contenus langagiers.

Pendant longtemps cependant, l'hypothèse de Chomsky (image ci-contre) a fait la loi dans les sciences linguistiques, tout au moins chez celles qui s'enfermaient dans une approche étroitement disciplinaire, relevant davantage de la philosophie que des études interdisciplinaires de biologie et anthropologie évolutionnaire devenues aujourd'hui indispensables pour commencer à comprendre les questions complexes liées à la communication au sein du vivant. Le philosophe Jerry Fodor l'a reprise avec enthousiasme, de même que le linguiste Steven Pinker, pourtant plus ouvert que d'autres à ce qui se passait dans d'autres sciences 1) .

Cependant, la plupart des « jeunes » linguistes avaient depuis déjà un certain rejeté Chomsky et son simplisme méthodologique. Il leur manquait cependant une voix non seulement parfaitement compétente mais dotée de suffisamment d'enthousiasme pour se faire entendre bien au delà des cercles linguistiques et même au delà des sciences humaines. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Les travaux de Vyvyan Evans, présenté dans son tout récent ouvrage «  The Language Myth : Why language is not an instinct  » remet en cause, à destination d'un public généraliste, l'hypothèse de ce qu'il appelle le langage-instinct, dont Chomsky s'était fait le héros.

Ce terme de langage-instinct correspond à l'hypothèse rappelée ci-dessus, selon laquelle les humains sont génétiquement câblés pour comprendre et utiliser le langage, ceci dès la naissance.Evans lui oppose l'hypothèse qu'il nomme "language-as-use", terme que l'on pourrait traduire de cette façon un peu compliquée : « langage comme processus construit interactivement tout au long de l'évolution biologique » Nous retiendrons ici le terme de Evans, en le traduisant par « langage-usage ».

Inutile de dire au terme de cette introduction que nous recommandons chaudement la lecture du livre de VyVyan Evans, auquel d'ailleurs il préparerait une suite à paraître dans quelques mois. Bien qu'écrit dans un anglais très fluide, il aurait intérêt à être traduit en français afin d'être mieux connu d'un public pour qui la linguistique demeure la science qui se borne à discourir sur l'origine des mots telle qu'elle est présentée dans les dictionnaires.

La déconstruction du concept de langage-instinct.

L'auteur considère, selon nous à juste titre lorsque l'on y regarde de près, que la thèse dite du langage-instinct popularisée par Chomsky n'est pas encore rangée au rayon des antiquités. Selon lui, elle fait encore de nombreux ravages, non seulement dans les sciences humaines mais dans les opinions du grand public relatives au langage et aux formes qu'il prend dans la société contemporaine. Dans sa critique, il ne s'embarrasse donc pas de précautions diplomatiques. Il attaque avec vivacité des concepts, ou plutôt des croyances qui selon lui paralysent encore les recherches, non seulement sur les langages humains, mais sur les différents formes de communication langagière propres aux êtres vivants en général.

Le mythe du langage-instinct se trouve confortée dans l'opinion par l'observation de la facilité avec laquelle un jeune enfant, voire un nouveau-né, communique avec sa mère et très vite avec son entourage, rien qu'en les entendant parler autour de lui. Comme il n'a encore rien appris en matière de règles grammaticales ou autres, il faut, pense-t-on, que son cerveau ait été câblé dès la naissance pour ce faire. Mais câblé où et comment ? Chomsky pense qu'il existe dans le cerveau un « module du langage » ou plutôt un « module d'acquisition du langage », comme il existeraient bien d'autres modules, à en croire l'hypothèse aujourd'hui abandonnée du cerveau modulaire. Ce module, d'origine génétique, s'activerait progressivement, point à point, quand l'enfant se heurte aux complexités du langage.

Chomsky ne pense évidemment pas que chaque enfant dispose héréditairement d'une grammaire adaptée au langage maternel. Le module du langage contient une « grammaire universelle » capable de générer les règles de n'importe lequel des 7.000 langages recensés aujourd'hui. Mais l'hypothèse est contredite par les faits. On ne découvre aucune trace de grammaire universelle lorsque l'on étudie, non pas les 7000 langues mais seulement quelques unes d'entre elles. Plus on observe de langages, en dehors de ceux prédominant actuellement dans le monde moderne, plus leur diversité apparaît et plus l'hypothèse d'une grammaire sous-jacente perd de sa pertinence.

Par le terme de grammaire, sans entrer dans les détails, on peut désigner les règles simples utilisées dans nos propres langages modernes, par exemple l'existence de sujets, de verbes et de compléments, quel que soit l'ordre dans lequel ceux-ci sont exprimés. Or ces règles, que par ignorance nous considérons comme universelles, ne se retrouvent pas dans de nombreux langages, jadis florissants mais aujourd'hui quasiment disparus, ceux des aborigènes australiens ou des amérindiens du Canada, par exemple.

L'observation de la façon dont les communautés de « sourds » construisent spontanément des langages par signes, fournit d'autres éléments intéressants contredisant l'hypothèse d'une grammaire universelle. Ces langages ne surgissent pas du néant, mais s'enrichissent graduellement à l'usage. Il en est de même des observations, beaucoup plus faciles à conduire, concernant la façon dont les enfants construisent et complexifient progressivement leurs éléments de langage. Cette façon n'est pas liée à la mise en oeuvre progressive de ressources génétiquement codifiées, mais à ce que les enfants entendent et assimilent par l'usage. D'où d'ailleurs l'importance d'une immersion la plus rapide possible dans un environnement culturellement riche.

Une question plus difficile à appréhender concerne les relations entre les éléments de langage utilisés par un individu donné et les contenus ou sens que celui-ci leur attribue. Si les règles sont génétiquement définies, comment se fait-il qu'elles peuvent engendrer tant de variétés ou variantes dans les contenus cognitifs des individus ? Des linguistes tels que Pinker, précité, s'étaient ralliés à l'hypothèse selon laquelle existait dans le cerveau un langage interne de pensée, ne donnant pas a priori de sens concrets aux contenus mentaux et que l'expérience de chacun permettrait de concrétiser. Ce langage avait été nommé le « mentalais » Nous l'utiliserions sans nous en rendre compte lorsque nous pensons, mais sans traduire cette pensée en langage précis.

La théorie du mentalais avait été principalement élaborée par Jerry Fodor, précité. Pour lui, le mentalais serait une sorte de langage mobilisant les processus mentaux, permettant d'élaborer des pensées complexes à partir de concepts plus simples. Fodor a présenté cette thèse en 1975 dans son ouvrage intitulé The Language of Thought. Selon Pinker, connaître un langage consiste à transformer le mentalais en mots et en phrases. Inutile de dire que cette hypothèse, impossible à démonter, est finalement tombée dans l'oubli. Il ne s'agit pas de nier que l'on puisse penser sans faire appel au langage.Tout le monde le fait et vraisemblablement aussi de nombreux animaux. Il s'agit seulement de proposer que cette pensée utilise des mécanismes mentaux pré-linguistiques ou même non linguistiques.

On peut observer que Jean Piaget, qui exerça longtemps une influence déterminante dans l'élaboration de ce qui a été appelé une théorie constructiviste du développement intellectuel, ne distingue pas clairement entre l'inné et l'acquis en matière d'acquisition du langage par l'enfant. Selon lui, l'origine de la pensée humaine ne naît pas de la simple sensation, elle n'est pas non plus un élément inné. Elle se construit progressivement, dans le cadre de phases successives ou périodes que traverse l'enfant en fonction de son âge, chacune conditionnant l'autre. Lorsque l'enfant entre en contacts répétés avec le monde, il développe des unités élémentaires de l'activité intellectuelle, appelés schèmes. Mais, en ce qui concerne le langage, et bien que refusant l'innéisme, Piaget semble admettre qu'en se développant, le cerveau mobilise des ressources génétiques disponibles mais non encore valorisées.

La construction du concept de « langage-usage »

Pour sortir de l'enfermement qu'impose au linguiste les théories du langage-instinct, Evans a fait appel aux multiples études qui depuis 15 ou 20 ans se sont attachées à comprendre comment les animaux et plus généralement les êtres vivant communiquent, quels types de langages ou proto-langages ils ont élaboré pour ce faire, comment leurs cerveaux et plus généralement leurs corps et leurs sociétés se sont construits, au cours de millions d'années, dans le cadre d'une co-évolution néo-darwinienne avec la communication.

A ces bases fournies par les sciences du vivant, il faut dorénavant ajouter les apports d'une robotique évolutionnaire de plus en plus créatrice, montrant comment des communautés de robots peuvent dorénavant élaborer des langages encore simples certes, mais donnant fort à réfléchir aux linguistes. Pour les lecteurs de notre site, tout ceci n'est guère original. Il est néanmoins intéressant d'observer comment un linguiste un peu révolutionnaire tel que Evans en tire parti.

Le premier travail à faire, pour qui veut cesser de considérer le langage humain comme une exception dans la nature, spécifique à une espèce humaine elle-même exceptionnelle, consiste à démontrer que des langages, ou tout au moins des proto-langages, peuvent être retrouvés dans un certain nombre d'espèces animales. Vyvyan Evans rappelle en détail les travaux en ce sens qui se sont multipliés depuis une trentaine d'années, portant sur les primates, mais aussi sur les baleines, d'autres mammifères, les oiseaux et même les poulpes. Ou bien ces animaux ont été observés au naturel, ou bien dans le cadre d'expériences conduites en interaction directe avec un humain.

Concernant les primates, chimpanzés notamment, quelques expériences devenues célèbres ont consisté à élever certains jeunes comme des enfants humains, ou à leur enseigner le langage des signes. En aucun cas, ces animaux n'ont pu acquérir des capacités langagières aussi diverses et constructrices que celles des humains, mais les performances qu'ils ont manifesté montraient clairement qu'il existe une continuité directe entre leurs langages et les nôtres.

Très vite cependant s'est posé la question de distinguer entre langage et communication. Pratiquement toutes les espèces, animales ou végétales, ont développé des techniques de communication, le plus souvent entre individus, mais parfois aussi d'une espèce à l'autre. Même les bactéries ou cellules (notamment cancéreuses) communiquent entre elles afin de constituer des réseaux et réaliser des actions collectives. On a nommé « quorum sensing » la propriété qu'ont certaines bactéries de passer à l'offensive dans un organisme infecté en s'informant les unes les autres de leur nombre ou de leur virulence.

Mais s'impose la nécessité de montre en quoi le langage ne se réduit pas à la seule communication. Evans cherche à le faire, mais d'une façon un peu superficielle. Ceci parce qu'il n'a pas sans doute les bases suffisantes pour relier en détail la linguistique et les sciences devenues aujourd'hui très nombreuses traitant non seulement de la communication mais de l'information. L'approche technologique est aujourd'hui nécessaire, car elle permet de mieux comprendre le biologique. Evans mentionne certes les célèbres danses des abeilles, utilisant des symboles, une intersubjectivité, des référentiels géographiques, certains disent une récursivité propres aux langages humains. Il se demande à juste titre s'il s'agit de langages. Nous avons cru comprendre qu'il répondrait par l'affirmative.

Au niveau de l'humain, il rappelle que les innombrables processus de communication non parlée entre individus, sont des langages ou tout au moins des précurseurs des langages. Certains anthropologues considèrent d'ailleurs que les hominiens, avant de développer des langages vocaux, utilisaient des langages par gestes tout à fait efficaces. Ces faits démontrent la continuité qui existe dans la nature entre la communication et le langage proprement, de la même façon qu'existe une continuité évolutionnaires entre tous les êtres vivants sur le plan corporel, notamment concernant l'évolution des organes sensoriels et des systèmes nerveux.

Les origines

S'agit-il de mots ?

Le livre, qui est très documenté (il comporte presque 1/5 de notes et références (difficiles à consulter faute d'accès à l'internet) aborde un certain nombre de questions s'inscrivant dans cette approche biologique plus générale. Il pose notamment l'inévitable question portant sur la façon dont les langages sont apparus dans le cadre de l'histoire de ce qu'il convient d'appeler en simplifiant l'espèce humaine. Il n'hésite pas, si nous l'avons bien compris, malgré les nombreux préjugés contraires, à postuler que des formes rudimentaires de langage se sont manifestées durant la longue période ayant permis aux australopithèques de diverger de l'ancêtre commun qu'ils avaient partagé avec d'autres primates.

Il mentionne une hypothèse que nous avions nous-mêmes présentée 2). Ce fut sans doute le développement d'un usage systématique d'outils naturels déjà employés par divers animaux mais de façon discontinue, avec le développement corrélé (co-développement) des signes ou vocables de nature prélangagière désignant ces outils et leurs usages, qui a permis l'émergence du langage. Ceci donc bien avant l'époque de l'homme du néanderthal généralement considéré comme le premier homo capable de parler.

Mais cette hypothèse ne suffit pas à éclairer la question de l'origine du couple outil-langage. Pourquoi et comment certains australopithèques se sont-ils différenciés sur ce point capital de leurs contemporains primates ? Faut-il faire appel à l'explication un peu simpliste de la mutation génétique. S'est-il agit seulement de l'adaptation à un changement dans le milieu naturel s'étant imposé à ces australopithèques, changement n'ayant pas affecté les autres primates ? Dans ce cas, ce fut probablement une co-évolution, là encore, entre les modifications imposées à l'organisme, et donc aux gènes de ces australopithèques par l'adaptation à ce milieu nouveau, et leurs capacités neurologiques à la « vision » symbolique, qui a rendu possible l'invention de l'outil et du langage. Mais aussi séduisante que soit cette explication, elle peut paraître un peu « ad hoc ». De nombreuses espèces ont du s'adapter à des changements de milieu sans acquérir la capacité d'utiliser systématiquement des outils et des langages.

Ce qui nous paraît presque certain par contre est le fait que la généralisation et la diversification des outils et de leurs usages fut un des principaux facteurs, sinon le principal, ayant permis l'enrichissement de la pensée symbolique à l'origine des capacités langagières. Les neurones-miroirs cités d'ailleurs par Evans ont joué un rôle en ce sens. Ils sont à la base de l'imitation. La vue d'un geste bien déterminé, comme celui consistant à utiliser une pierre pour casser une noix, active dans le cortex des neurones-miroirs qui se réactivant à leur tour hors de la vue du geste, permet la répétition de celui-ci. Or si cette vue a déjà été symbolisée dans le cerveau du premier utilisateur, on peut admettre que la transmission de ce symbole vers d'autres individus s'est faite parallèlement. Cependant, de nombreux animaux utilisent des instruments et outils de façon aléatoire. Ils disposent pourtant de neurones-miroirs. Mais leur cortex est moins développé que celui de l'homme. La question de l'origine reste donc posée.

Le lecture du livre de Vyvyan Evans suscite de nombreuses questions de cette nature. Il ne les approfondit pas ou ne les évoque pas. Ce jugement n'est pas une critique, mais au contraire un compliment. En 300 pages, il ne pouvait tout dire. Il est déjà plus que remarquable qu'il oblige le lecteur à se poser des points d'interrogations. Par exemple, le langage crée-t-il son objet ? Autrement dit oblige-t-il l'interlocuteur à voir le monde de la même façon que le locuteur, tout au moins si l'un et l'autre partagent globalement la même culture. Qualifier quelqu'un de féminin l'enferme-t-il dans tous les symboles attribués à la féminité ? Evans évoque la question, mais il ne fait pas appel aux discussions contemporaines pourtant très éclairantes concernant le langage scientifique et sa capacité à représenter de façon symbolique, sinon à créer proprement dit, un réel considéré comme extérieur à l'observateur – aussi bien d'ailleurs dans le domaine de la physique macroscopique que dans celui de la physique quantique ? Dans un autre domaine, le rire et les pleurs, considérés comme le propre de l'homme, sont-ils liés et comment au langage ?

Une autre question doit être évoquée. Il s'agit de celle de l'imagination créatrice. Celle-ci est généralement considérée comme un des traits fondamentaux distinguant l'homo sapiens de ses prédécesseurs. Le langage y joue-t-il un rôle et comment ? Les « visions » générées par le cerveau et pouvant modifier les comportements, dans la vie courante comme en matière d'invention scientifique, reposent-elles sur des images mentales préconscientes ou inconscientes, créées par l'imagination, notamment dans le sommeil ? Ces images peuvent-elles être considérées comme des éléments de langage ? Ceci qu'il s'agisse du langage courant ou du langage scientifique évoqué plus haut.

Conclusion

Il est bien évident qu'un professeur de linguistique, aussi ouvert et curieux qu'il puisse être, ne peut à lui seul, pour traiter du langage, aborder toutes les sciences qui s'imposeraient pour ce faire. Il faudra l'entreprendre cependant un jour, mais en se plaçant dans une approche interdisciplinaire sans exclusives. Comment un singe apparemment comparable aux autres a-t-il pu en quelques millions d'années, dites aujourd'hui de l'anthropocène, évoluer jusqu'à devenir capable de provoquer un bouleversement climatique profond et une nouvelle extinction généralisé des espèces vivantes ? En quoi les capacités langagières ont-elles contribué à cette évolution ? Les successeurs éventuels de l'homo sapiens, dits post-humains, seront-ils des entités biologiques « augmentées », des entités langagières ou même des entités numériques ou mathématico-numériques de type algorithmique ? Que seront leurs langages ?

Pour commencer à répondre à ces questions (sans pour autant espérer échapper aux enfermements imposés par les pratiques et langages scientifiques contemporains), il faut remonter aux origines, celles de la vie comme celles de l'espèce humaine. Concernant cette dernière il faut remonter aux origines de son génome spécifique, se répercutant sur les origines de son cerveau, de sa conscience et bien évidemment de ses cultures et civilisations.

Compte tenu de la réduction continue des crédits affectés à la recherche fondamentale, sauf dans le domaine militaire, il est à craindre que notre civilisation, celle à laquelle le signataire de cette recension s'honore d'appartenir, refusant les solutions simplistes imposées par les religions et la violence, ait disparu avant d'avoir proposé ne fut-ce que des débuts de réponses scientifiques.

 

Notes

1) Nous lui avions nous mêmes il y a plus de 10 ans fait écho en présentant les travaux de Pinker. Mais depuis, Dieu merci, nous l'avons abandonné, pour tenir compte des innombrables travaux survenus depuis et portant sur les différentes formes de langage et de communication (incluant le domaine des entités et réseaux numériques) . Voir :
*http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2003/sep/pinker.html *http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2001/jan/s_pinker.htm

2) J.P. Baquiast. Le paradoxe du sapiens 2010


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1 réactions à cet article    


  • trevize trevize 28 octobre 2014 14:40

    Je ne vois rien de révolutionnaire dans ce travail.
    D’abord, il faudrait définir précisément ce qu’on entend par langage. Le langage oral et écrit de l’être humain n’est qu’une toute petite partie de ce phénomène.
    Je n’ai pas lu Chomsky, j’en suis resté à de Saussure et Lacan.
    Si j’ai bien suivi le propos, Chomsky conçoit une grammaire universelle innée chez chacun de nous, et Evans nie l’existence de cette grammaire universelle, mais il postule que nos cerveaux partagent un ensemble de capacité à construire graduellement le langage par imitation.
    Dans un cas, nous partageons tous le « produit fini » la grammaire universelle de Chomsky, dans l’autre, nous partageons tous un ensemble de capacités mentales à construire ce même produit fini, chacun à notre façon, mais des produits finis suffisamment proches pour que les individus parviennent à se comprendre au moins un peu les uns les autres.
     
    Bonnet blanc, blanc bonnet. L’hypothèse d’Evans a tout de même cet avantage de dynamiser le problème, en ne faisant pas de la grammaire un concept figé préexistant à l’homme, mais un construit social ; il ajoute une petite touche de constructivisme à tout ça.

    Bien sûr que les animaux ont leur langage ! les parades amoureuses, les postures de soumission ou de domination, l’utilisation de phéromones pour indiquer qu’on est sexuellement disponible, la danse de l’abeille indiquant la direction et la distance d’un champ de fleur ainsi que leur espèce, tout cela est de l’ordre du langage. Un locuteur transmet un message via un medium, message reçu et interprété par un interlocuteur, selon ses propres règles individuelles qui peuvent différer de celles de l’émetteur (là est toute le malheur et en même temps la beauté du langage)
    Même tout ce qui se déroule biologiquement dans notre corps est de l’ordre du langage. Un virus qui connaît le bon sésame peut envahir les cellules de son choix. Les cellules et les organes communiquent entre elles par l’intermédiaire d’hormones. Une réaction auto-immune, c’est un simple problème de compréhension mutuelle entre le système immunitaire et l’organe touché.

    "Par le terme de grammaire, sans entrer dans les détails, on peut désigner les règles simples utilisées dans nos propres langages modernes, par exemple l’existence de sujets, de verbes et de compléments, quel que soit l’ordre dans lequel ceux-ci sont exprimés. Or ces règles, que par ignorance nous considérons comme universelles, ne se retrouvent pas dans de nombreux langages, jadis florissants mais aujourd’hui quasiment disparus, ceux des aborigènes australiens ou des amérindiens du Canada, par exemple."
    Je ne suis pas d’accord avec ce paragraphe. Vous devriez préciser ce que vous entendez par grammaire. On dirait que vous évoquez ici la grammaire formelle, théorique d’une langue, celle qu’on apprend à l’école. Il n’est pas nécessaire de connaître dans ses détails toutes les règles de la grammaire d’une langue pour pouvoir la pratiquer !! Il n’y a qu’à voir comment certains de nos contemporains écrivent pour s’en rendre compte, lorsqu’ils confondent par exemple les verbes être et avoir (est/ait), ce genre d’aberration qui pique les yeux.
    Les aborigènes ne prennent sûrement pas de cours de grammaire formelle comme nous, pourtant ils partagent bien un ensemble de règles communes pour réussir à se comprendre entre eux, sinon ils ne feraient que bredouiller et gesticuler sans absolument jamais se comprendre. Ils ont simplement construit et intégré leur grammaire de façon automatique et pratiquent leur langue sans se soucier du pourquoi, sans chercher à l’expliciter formellement.
    De même, on peut pratiquer empiriquement la musique sans apprendre activement le solfège.

    Structuralisme linguistique puis épistémologique, systémique, théorie de l’information, constructivisme, puis co-constructivisme... tout ça raconte la même chose, tout ça tourne autour du même pot et décrit la même vérité crue, tellement crue que ceux qui la (re) découvrent sont obligés de la maquiller sous une tonne de jargon scientifique, de l’assaisonner à la sauce de l’époque pour réussir à la faire avaler à leurs contemporains (du moins, ceux qui surmontent l’horreur de remettre en cause le point de vue sur le monde qu’ils ont construit tout au long de leur vie).

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