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Accueil du site > Actualités > Société > Profs évalués par les chefs d’établissement : pourquoi pas les (...)

Profs évalués par les chefs d’établissement : pourquoi pas les parents et les élèves ?

A l'occasion de l'actuelle réforme, nous suggérons qu'élèves et parents d'élèves soient associés à l'évaluation des enseignants. Idée aussi absurde que choquante pour certains, mais qui ne manque pas d'arguments.

« Des proviseurs qui vont évaluer les enseignants, un entretien individuel tous les trois ans, la fin d’une progression de carrière largement mécanique… La réforme annoncée de l’évaluation des enseignants provoque un tollé. Les syndicats dénoncent un texte élaboré quasiment sans concertation et qui remet en cause leur métier. Le ministère explique qu’il faut moderniser un système qui ne satisfait plus personne. Retour sur l’une des dernières réformes du quinquennat dans l’Éducation nationale. » (Libé)

« Dans le nouveau dispositif d’évaluation, les enseignants bien notés se verront attribuer des mois d’ancienneté leur permettant d’évoluer plus vite. Selon le projet, chaque corps (les agrégés, les certifiés…) devra ainsi se répartir chaque année « 250 mois pour 100 agents ».

Libé rappelle aussi que l'inspection, parfois si redoutée par les profs, n'a actuellement que peu de conséquences sur leur évolution de carrière :

"(...)pour les profs qui ont le même échelon de carrière, la tradition veut que le chef d’établissement mette la même note à un demi-point près. De plus, les inspections sont rares : un prof peut rester jusqu’à dix ans sans en avoir. Sa carrière se déroule alors à l’ancienneté." (Libé en ligne)

Josette Théophile, directrice générale des ressources humaines du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur apporte une précision :

« Ils participeront aussi au processus d’autoévaluation des enseignants, qui vont analyser leurs propres pratiques, noter leurs difficultés, etc. » (Libé)

L'auto-évaluation nous semble un doux rêve : quel prof ira avouer qu'il ne contrôle pas sa classe, que les bavardages permanents et les portables sont plus audibles que son cours ?

Un chef d'établissement motivé et dynamique peut organiser des soutiens discrets entre les profs expérimentés et ceux qui débutent ou sont en difficulté, ou encore des groupes de parole, mais l'auto-évaluation annoncée nous semble démagogique ou relever du gadget politique.

Comme c'est d'usage, notre président ne tarit pas d'éloges sur la réforme !

« Moins d’enseignants, mieux payés, mieux formés, mieux considérés, mieux respectés. C’est la seule politique possible. »
Nicolas Sarkozy lors de son interview télévisée, le 27 octobre »

Oubliant au passage que tant d'enseignants ont été cette année lâchés devant les élèves sans aucune préparation ou stage pédagogique... Faute de personnel de réserve, l’Éducation nationale fonctionne quasiment à flux tendu !

Venons-en à notre proposition.

Les profs objecteront vraisemblablement que parents et élèves sont inaptes à juger de la pédagogie, que l'anonymat fleure bon l'occupation, ou qu'on croulerait sous les effets de style comme évoqué par l'excellent et drôlatique blog d'une prof, Food'Amour  : "Madame Machin c'est trop une salope avec un gros cul et elle a une haleine de phoque" (Elle a parlé de la réforme dans deux de ses papiers : "Entretien avec un vampire. » et « Reluque (Châtel)-moi ça ! »)

Cette idée s'apparente aux « testings » qui ont eu lieu à l'initiative d'associations, pratiques qui ont choqué une partie des professionnels concernés, mais qui ont permis quelques prises de conscience salutaires sur des manquements.

Voyons ces objections l'une après l'autre :

Leur inaptitude à évaluer les qualités pédagogiques d'un enseignant : certes, c'est un argument fort.

Mais un inspecteur qui parfois n'a pas enseigné depuis longtemps, et peut-être jamais dans des ZEP ou d'autres conditions difficiles, n'est pas forcément meilleur juge des qualités pédagogiques, surtout lors d'une inspection d'une heure et programmée. Quant au chef d'établissement, comment fera-t-il en pratique avec ce surcroit de travail ? Va-t-il passer son temps dans les cours de tous ses collègues, en sus de son travail actuel ? Est-il compétent pour juger de la pédagogie dans toutes les matières, langues, sciences, français, histoire-géo, sport, arts, philo ?

D'une manière générale, les qualités pédagogiques et humaines sont très difficiles à évaluer, de même que la compétence de celui qui va les juger...

De leur côté, les parents et surtout les élèves sont en première ligne toute l'année ! Et quel enseignant ignore l'instinct des élèves pour détecter un moment de déprime, une baisse de forme ? Bien qu'ils ignorent tout de la difficulté d'enseigner à des jeunes pas forcément motivés, pas forcément bien éduqués... ce même instinct fait qu'ils savent pertinemment quel prof est glandeur, lequel est zarbi, lequel est passionné ou passionnant, enthousiaste ou au contraire prêt à sortir de classe dix minutes avant la sonnerie.

Voir à ce sujet le papier du blog Food'Amour (page 4 du blog, 17 août), intitulé « Les pires profs que j'ai subis », ainsi que les commentaires où chacun y va de ses souvenirs personnels.

Petite métaphore Internet pour faire moderne : autrefois, pour se faire une idée d'un livre avant achat, on pouvait se fier à l'avis d'un ou plusieurs critiques littéraires. Depuis l'avènement d'Internet, lorsqu'on dispose d'un grand nombre d'opinions de lecteurs, on peut se faire une idée moyenne aussi pertinente, voire plus, que par la lecture du critique littéraire le plus compétent et objectif, simplement par l'effet de masse et la moyenne des avis. Ce serait un peu la même chose avec les élèves et les parents.

L'anonymat et son ambiance de dénonciations :

L'anonymat est préférable, compte-tenu de la possibilité que l'enseignant ait à nouveau l'élève, ou ses frères et sœurs. Mais il n'est nullement nécessaire que chaque parent et chaque élève attribue une note à chaque prof. Il ne faudrait pas créer une nouvelle usine à gaz.

Nous suggérons une synthèse, quelque chose de simple et sans paperasse inutile.

Par exemple : les élèves et les parents intéressés (pas forcément tous) classeraient les profs, en fin d'anée, selon trois groupes : bon, moyen, insuffisant, classement accompagné d'une synthèse des remarques, validée par les délégués de classe et par ceux des parents.

Avantages de ce système pour les profs :

Cette appréciation serait un bon contre-pouvoir face à l'avis du chef d'établissement, confirmant une bonne évaluation, ou en pondérant une mauvaise ; ce serait aussi une base opposable pour contester une appréciation jugée injuste.

Actuellement, l' inspection, rare et ponctuelle, peut très bien tomber à un moment où l'enseignant n'est pas en forme, après une dispute avec sa moitié, ou son quart (= la maîtresse ou l'amant). Alors que le jugement des premiers intéressés porte sur toute l'année scolaire.

Avantages pour les parents et les élèves : relayer plus facilement l'information. Aujourd'hui, par exemple, un prof fainéant qui fait le cours de sa vie le jour de l'inspection peut laisser aussitôt après repousser le poil qu'il a dans la main.... Un prof baratineur peut également embobiner l'inspecteur en lui ressortant le pédagol (= jargon pédagogique) parfois si prisé dans les Académies.

Autre exemple, vécu par mes enfants : un prof dont les élèves se plaignent qu'il fait souvent des remarques désagréables, désobligeantes, voire humiliantes. Actuellement, il est vain pour les élèves et les parents de s'en plaindre au prof principal ou au chef d’établissement, car la réponse du prof est connue par avance : les élèves sont des glandeurs, ils ont besoin d'être stimulés, les parents sont trop protecteurs, l'école est aussi l'apprentissage de la vie en société, la vie n'est pas un conte de fées, etc. - tous arguments parfaitement valables ! Mais pourquoi ce prof, et lui seul, fait-il l'objet de ces récriminations ? Parce que tout est dans la manière et dans la mesure : là où ses collègues font de la stimulation, lui/elle a un fond de sadisme dans sa personnalité... peut-être de façon inconsciente. Une synthèse des observations permettrait de faire remonter les remarques de façon plus pertinente qu'actuellement lors des conseils de classe.

Avantage pour les chefs d'établissement : avoir un deuxième avis sur lequel s'appuyer, soit pour complimenter, soit pour étayer une remarque désagréable, ou écarter l'accusation de subjectivité, de préjugé personnel. Certains suggèrent d'ailleurs que ceux-ci continuent d'enseigner à mi- ou tiers-temps pour garder le contact avec le métier et ses difficultés. Car cette réforme, en renforçant considérablement leur pouvoir sur l'équipe pédagogique, ne manquera pas de modifier les relations avec leurs ex-collègues, de les éloigner d'eux comme les chefs du personnel ou les DRH dans les entreprises.

 

Conclusion

La participation des élèves et parents d'élèves à l'évaluation des enseignants peut être vue comme le monde à l'envers  : les profs enseignent et évaluent, point, pas l'inverse. D'autre part, évaluer la pédagogie a toujours été quasiment mission impossible. Si cette réforme ambitionne un tel exploit, pourquoi ne pas réfléchir à l'intégration de ceux qui sont les premiers concernés - après les profs eux-mêmes ?

Un chef d'établissement, même expérimenté, n'est pas forcément compétent pour juger de la pédagogie dans toutes les matières. De plus, ce n'est qu'un seul homme ou femme, aux prises avec la subjectivité des relations humaines ; une évaluation parallèle par les élèves et les parents mettrait en place une sorte de contre-pouvoir, qui pourrait à l'occasion être une aide pour un enseignant qui s'estimerait injustement sanctionné. On sait bien en démocratie l'utilité sociale des contre-pouvoirs : parlement, syndicats, associations, presse.

Les modalités d'une telle évaluation conjointe seraient évidemment à peaufiner, à négocier par la concertation.

Voici par exemple comment on pourrait l'envisager, simplement et sans paperasse inutile, pour éviter l' usine à gaz : les élèves et les parents intéressés (donc pas forcément tous) classeraient les profs une fois l'an selon trois groupes : bon, moyen, insuffisant, classement accompagné d'une synthèse des remarques, validée par les délégués de classe et par ceux des parents.

Nous pensons qu'une telle réforme présenterait des avantages pour toutes les parties : pour les chefs d'établissement - un deuxième avis, un élément de plus pour forger et justifier leurs évaluations : pour les parents et les élèves - une meilleure prise en compte de leurs remarques ; pour les profs - un contre-pouvoir à celui nouveau des chefs d'établissements et une possibilité de recours devant une supposée injustice.

Dans tous les cas, cette réforme de l'évaluation des enseignants ne manquera pas de modifier profondément les relations au sein des établissements.


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57 réactions à cet article    


  • remopix remopix 21 novembre 2011 10:13

    Ainsi tout le monde évaluerait tout le monde. Pourquoi ne seriez-vous pas évalué par votre boucher ou votre boulanger ? Etes-vous un bon client ? J’ai l’impression qu’on marche sur la tête ! Mais, pourquoi évaluer ? quelles sanctions, quelles récompenses ? 


    • Krokodilo Krokodilo 21 novembre 2011 10:25

      Lisez les articles de Libé indiqués par les liens : les prix de votre boucher ne sont pas fixés par l’administration. La note d’inspection avait un rôle (très modeste) sur l’évolution salariale de l’enseignant. Le but affiché de cette réforme est de modifier les conditions de cette évaluation, tout en augmentant son impact sur la carrière des profs.


    • JPhilippe 21 novembre 2011 13:03

      De toutes les façons, son boucher on l’évalue : On y retourne, ou on n’y retourne pas. Il y a une liberté de choix. !!
      Ce n’est pas tout à fait le cas quand au choix des prof que l’on a en classe !


    • antonio 21 novembre 2011 10:51

      Tant qu’on y est, faisons aussi évaluer les médecins par les malades : les prestations des « mauvais » ne seraient plus remboursés par la Sécu...
      Vu le nombre d’inepties et de « critiques » que j’entends colporter sur les médecins du canton qui, sans être « géniaux » ( on ne leur demande pas de l’être ) font correctement leur travail...
      ça ferait de belles foires d’empoigne !


      • Krokodilo Krokodilo 21 novembre 2011 11:20

        Une association (Que choisir ?) a effectivement réalisé un « testing » auprès d’un échantillon de médecins généralistes, de mémoire je crois que c’était pour une première prescrioption de pilule, pour voir si la prestation minimum, questions sur les antécédents, tension artérielle, suggérer un bilan sanguin, était réalisé. Ca a d’ailleurs choqué la profession. je crois qu’ils ont fait la même chose auprès des pharmaciens, en envoyant une maigrichonne demander des produits pour maigrir ! Seuls quelques-uns ont refusé... Décoiffant.
        Mais là, c’est différent : il s’agit de mettre en place une rémunération (ou une évolution dans les échelons) légèrement variable selon l’évaluation, quelques points seraient attribués selon les cas, de façon moins symboliques qu’actuellement. Ce n’est pas moi qui propose cette réforme, mais si on la fait, je suggère d’y associer parents et élèves.


      • antonio 21 novembre 2011 10:53

        Que j’entends colportées, bien sûr !


        • morice morice 21 novembre 2011 10:53

          je suggère la notation par les poissons rouges du bocal du dirlo : ils sont présents dans l’établissement plus longtemps que le dirlo.


          • Krokodilo Krokodilo 21 novembre 2011 11:21

            Le ministère est à l’écoute du peuple et étudie toutes les idées, écrivez-leur !


          • Abou Antoun Abou Antoun 21 novembre 2011 11:08

            A l’occasion de l’actuelle réforme, nous suggérons qu’élèves et parents d’élèves soient associés à l’évaluation des enseignants.
            Porte ouverte à la démagogie, déjà assez présente (les ’bons’ profs sont ceux qui mettent de bonnes notes, non ?).
            L’évaluation doit être réalisée par des personnes ayant compétence pour cela. Même un chef d’établissement issu de l’ E.P.S. (ils sont nombreux), ne peut pas évaluer la pédagogie d’un prof. de maths.
            En outre le niveau de recrutement assez bas des chefs d’établissements, et la possibilité de le devenir par des promotions internes, font que ce corps est plus réputé pour sa servilité que pour des qualités intellectuelles reconnues.
            Le système des inspections, quoique très imparfait, était un moins mauvais choix. Elles devraient simplement être plus nombreuses.


            • Krokodilo Krokodilo 21 novembre 2011 11:23

              « (les ’bons’ profs sont ceux qui mettent de bonnes notes, non ?). »
              Là vous caricaturez, ni moi ni personne n’a dit ça.


            • taktak 21 novembre 2011 11:57

              Vous ne l’avez pas dit, mais ce n’est pas pour cela que le problème ne se pose pas. Il suffit de voir les innombrables recours contre les avis de conseil de classe pour passage/orientation : votre système porte en lui la dérive démagogique. Le bon prof sera celui qui fait plaisir. Par les notes, l’orientation, les activités... Hors le but de l’école n’est pas de faire plaisir.

              Sur le fond, votre article se plante, comme celui de libé d’ailleurs en ne posant pas le problème de fond : Que peut on évaluer individuellement ?

              Il est interessant de noter, et l’exemple que vous proposez d’un prof trop dur à votre gout, que vous développer ici l’idée d’un indicateur de « satisfaction » du prof. Indicateur individuel bien sur, qui doit être la base de l’augmentation de la part strictement individuelle de la rémunération.

              Votre indicateur, qui impacte uniquement l’individu, est en fait un indicateur global. Il évalue également l’ensemble des contraintes externes qui pèsent sur l’enseigant : pertinence des programmes, moyens mis à disposition..., et la performance des autres maillon du système :qualité de son administration, qualité des autres profs, et même qualité de l’éducation des enfants par les parents... Au final comment distinguer la part individuelle de cette satisfaction que vous indiquerez au final ?

              Plus généralement, il faut s’interroger sur ce dogme de l’évaluation de la performance individuelle dans des systèmes ou cette performance est avant tout un résultat collectif. Il me semble qu’il s’agit là surtout d’un moyen permettant de s’assurer de la docilité de l’individu à son évaluateur dont il est totalement dépendant, que ce soit dans le choix des « objectifs » évalués, du système mis en oeuvre pour les réaliser

              Pour reprendre l’exemple du boulanger : vous viendrez il à l’idée d’évaluer le « boulanger » de votre hypermarché sur la qualité de son pain.


            • Krokodilo Krokodilo 21 novembre 2011 12:15

              Je suis assez d’accord, mais mon article ne portait pas sur la possibilité ou non d’évaluer le travail d’un prof - j’ai indiqué que c’était difficile. Mais à partir du moment où l’on en met une en place, qui aura un réel impact sur leur carrière, je crois préférable d’équilibrer la notation du chef d’établissement par une sorte de deuxième avis. En lisant les commentaires après l’article du blog que j’ai cité, on voit bien que chacun se souvient de profs exceptionnels ou bizarres, la majorité restant dans le flou de la mémoire. Je proposais un système assez pertinent pour refleter fidèlement cela, mais assez flou pour éviter la prétention de pouvoir noter sur 20 la pédagogie ! De toute façon, je n’ai pas l’oreille de l’En ni celle du président !


            • Abou Antoun Abou Antoun 21 novembre 2011 13:07

              Le bon prof sera celui qui fait plaisir. Par les notes, l’orientation, les activités... Hors le but de l’école n’est pas de faire plaisir.
              Parfaitement exact !
              Pour de nombreux élèves et parents le ’bon prof’ c’est celui qui s’investit au maximum dans les sorties pédagogiques, les activités péri-scolaires, bref, celui qui ne fait pas son boulot. Et les chefs d’établissements, démagogues en chefs, sont sur la même longueur d’onde.
              Le ’bon’ médecin n’est pas forcément celui qui vous dit toujours que vous n’avez rien et que vous pouvez continuer à boire et à fumer. C’est parfois celui qui vous prescrit une potion imbuvable.


            • JPhilippe 21 novembre 2011 13:08

              Le boulanger est évalué, si son pain ne vous plait pas vous allez à la boulangerie d’à coté.

              Plus sérieusement, L’avis d’un seul serait en effet sujet à caution, mais pour un prof qui a 3 classes, l’avis moyen de 140 élèves a des chances réelles de vouloir dire quelque chose.

              On peut aussi réfléchir à d’autres formules, mais celle-là n’est pas si mal.


            • taktak 21 novembre 2011 14:01

              Merci pour votre réponse Krokodilo.

              Ce que je voulais souligner c’est justement le piège du raisonnement que vous tenez : puisqu’il faut payer « au mérite », il faut renforcer l’évaluation.

              Le piège est que pour la plupart des salariés (prof y compris) la performance individuelle reste conditionnée par un système sur lequel il n’ont que très peu de prise. le « mérite » n’est en fait que l’euphémisme de ce que les militaire appelle avec raison la note de gueule. Celle qui traduit l’appréciation souveraine du chef à décider de l’avenir de ses troupes. Cela peut avoir une certaine logique dans des organisations militaire, pas dans la société civile.

              Au fond, la logique de management actuelle, du privé, mais aussi du public vise surtout à briser la vision collective du travail au profit d’une fausse image de responsabilité individuelle, d’objectif personnel, d’évaluation personnalisée. Cela permet d’obtenir une meilleure docilité vis à vis de l’évaluateur, qui bizarrement est systématiquement le chef, mais surtout de faire intérioriser par le salarié les contraintes qu’on fait peser sur lui.
              Cela permet également de briser toute véléité de résistance collective, chacun se trouvant confronté seul à sa tache, alors que la solution est collective.


            • Krokodilo Krokodilo 21 novembre 2011 14:10

              Mais l’évaluation n’est pas nouvelle, cf. l’inspection. En somme, on ne tolérait l’évaluation que tant qu’elle était rare et quasiment sans effet sur la carrière !
              La réforme actuelle est peut-être aussi une bonne diversion pour faire oublier les coupes sombres, voire claires, dans les effectifs, et les problèmes de formation chez les jeunes..


            • Le printemps arrive Le printemps arrive 21 novembre 2011 11:21

              Bonjour

              normalement l’évaluation devrait être un outil plutôt qu’un objectif.

              Cet outil permettant de repérer les difficultés afin de mettre les moyens nécessaires à la progression des techniques pédagogiques de l’enseignant.

              Ah, je viens de dire un gros mot : « moyens »,
              -ça va coûter combien... ?
              - on n’a pas de sous !

              Le but de cet os lancé aux chiens affamés (que je respecte énormément) n’est pas d’augmenter le salaire des profs (argument publicitaire positif, b.a.-ba des techniques manipulatoires) mais de trouver une bonne excuse pour en virer plein, les promesses n’engageant que ceux qui les croient et qui ne sont pas concernés.

              Ouvrir ce débat, permet de ne pas parler du reste !

              Le reste étant : comment fait-on pour améliorer la qualité de l’enseignement, afin d’avoir de futurs citoyens aptes à évoluer dans un monde qui change sans arrêt ?

              Pardon, ce n’est pas le sujet ?
              - désolé....


              • Krokodilo Krokodilo 21 novembre 2011 11:25

                Les moyens, c’est important, mais ça n’est pas le seul point important, voir le vieux livre « Toujourrs plus » de De Closets (en gros, toute structure, minsitère ou autre) tend à demander toujours plus de moyens.
                Par ailleurs, comme:vous dites, difficile de discuter d’une réforme scolaire si on mélange trop de sujets.


              • Slipen’Feu 21 novembre 2011 11:34

                pour l’évaluation des prof par les élevés c’est fait
                mon cousin prof de math c’est fait tazer en cours


                • LE CHAT LE CHAT 21 novembre 2011 11:44

                  il doit rester du ressort de l’employeur de noter ses employés ! c’est lui qui les paie , après tout !

                  j’imagine déjà la caillera menaçant le prof
                  - si j’ai pas au moins 14/20 à l’interro , moi et mes parents on te saquera pour ton évalution !


                  • Krokodilo Krokodilo 21 novembre 2011 11:47

                    Oui, mais évaluer les qualités pédagogiques n’est pas du tout évident, et en confiant ce rôle àune seule personne, le risque d’injustice ou de mauvaise estimation existe. Jusqu’à présent, ça n’avait guère d’importance.
                    Le chantage du type racaille serait facilement neutralisé par le système que je propose.


                  • LE CHAT LE CHAT 21 novembre 2011 22:11

                    @crocro

                    oui , une évaluation par une seule personne, ça porte sujet à caution .
                    il vaut mieux l’avis d’un trio , mais qui sont du métier !
                    suis je compétent pour juger un prof , un agriculteur ou un pâtissier ? je ne pense pas.....

                    Quoi que .. J’ai constaté que les cours étaient de plus en plus bordéliques et destructurés


                  • Tristan Valmour 21 novembre 2011 11:46

                    Salut Krokodilo

                    Toute évaluation est par nature biaisée. Une évaluation standardisée (comme les tests de recrutement par exemple) implique de faire rentrer le candidat dans les cases, et le praticien est toujours insuffisamment formé à l’examen. Dans les contrôles scolaires, seuls les contrôles de maths offrent une mesure fidèle des connaissances du candidat, et les contrôles de SVT et de physique-chimie s’en approchent.

                    Les autres évaluations sont largement sujettes aux relations interpersonnelles et à la capacité de communication des individus. Combien de flambys dans les entreprises, administrations et associations sont bien vus alors que ce sont des nuls ? Un beau verbe, un sourire pepsodent, une claque sur l’épaule, un physique de rêve, de l’humour, une invitation au resto et le tour est joué : tu es bien noté. Si en plus tu es du même bord politique, soutiens la même équipe de foot, c’est bonus. A côté, le tâcheron qui fait bien son travail, qui ne dit jamais rien, ne sollicite ni ne revendique jamais rien, et est toujours là pour aider les autres parce qu’il connaît bien son métier, il n’aura aucune reconnaissance ni promotion particulière. Surtout s’il est gros (si, si, il y a des études statistiques qui prouvent que les gros, les noirs et les moches ont moins de promotions que les autres). Si tout ce qui brille n’est pas or, l’être humain aime quand même les artifices. Franchement, le prof qui présente bien va amadouer son public (parents, collègues, élèves, directeurs), cela ne signifie pas qu’il soit compétent. Et s’il ne l’est pas, on le lui pardonnera. Le critère principal d’évaluation dans ces cas là, ça n’est pas la compétence.

                    Pour éviter au maximum les biais, il faut identifier les critères objectifs de mesure. Et ils sont peu nombreux dans le cas de l’enseignement. On peut mesurer la ponctualité, c’est vrai, mais à part ça ? La réussite des élèves aux examens ? C’est déjà fait aux US, avec de récents scandales à la clef. C’est déjà fait au RU, avec des profs qui ne forment plus leurs élèves qu’à PISA et délaissent le programme. Dans les universités américaines, les étudiants notent leurs profs. Ca n’est pas concluant.

                    Dans le cadre de l’enseignement, on ne peut distinguer la mesure des compétences de la comparaison. Or, comment comparer un établissement de centre ville qui accueille de bons élèves triés sur le volet, et un établissement de banlieue difficile ? Les profs ne font pas le même travail, et surtout pas dans les mêmes conditions. Comment comparer deux classes au sein du même établissement ? Un individu est unique, mais un groupe est également unique ; c’est une alchimie unique. On ne peut comparer que ce qui est comparable, or pour établir des critères d’évaluation, les comités d’évaluation vont tenter de standardiser le processus pour donner un semblant d’objectivité. Tâche impossible.

                    Se pose aussi, comme tu l’as remarqué, la compétence de l’évaluateur. L’inspecteur est incompétent en ce domaine et le chef d’établissement ne l’est pas plus. En plus, combien de franc-maçons, de politisés, de syndiqués, qui ne vont pas mal évaluer leurs « frangins » ?

                    Ca n’est pas le président des cons qui voulait évaluer mensuellement ses ministres ?

                    Même dans les labos de psychologie cognitive, où on essaie d’évaluer avec le plus d’objectivité possible les construits et les processus cognitifs, on sait très bien qu’on n’évalue pas forcément ce qu’on veut évaluer, tant les processus sont imbriqués les uns dans les autres. Les évaluations psychométriques, qui quant à elles, se veulent mesurer la vérité du construit, à force de données quantitatives, eh bien, elle n’ont pas empêché la réforme des tests d’entrée dans les universités américaines en raison des multiples biais qui ont été détectés, notamment par le MIT qui en 2005 a indiqué dans un rapport que plus les essais étaient longs, plus la note était meilleure.

                    L’APA (American Psychological Association) a rappelé en 2008 ou 2009 que bien des psychologues ne savaient pas mesurer correctement ce qu’ils voulaient mesurer (QI, etc.).

                    Il existe aux US, quantité d’instruments et de protocoles de mesures dans le système éducatif. Ca n’a rien changé à la situation, sauf une augmentation des coûts.

                    Voilà ce qui va arriver en France : des sociétés spécialisées dans les évaluations (il n’existe plus de société française) vont proposer des évaluations standardisées et des protocoles d’évaluation. Les politiques et les pseudo-experts qui les entourent vont dire « banco, ça me semble bien », et avaliser tout ça.

                    Combien de psychologues et psychiatres ont évalué un criminel apte à vivre en société, et qui quelques jours plus tard commet un autre crime ?

                    Combien d’élèves ont été évalués comme cancres et ont superbement bien réussi ?

                    Combien de personnes brillantes et compétentes sont recalées par les tests qui mesurent le big five (la personnalité) ? Combien ont réussi à ces tests et se sont avérées être des catastrophes pour l’entreprise ?

                    L’évaluation, c’est majoritairement du pipeau, que ce soit l’évaluation d’une copie, d’une personne, d’un travail, etc.

                    Pourquoi c’est du pipeau ? Parce que nous adaptons notre comportement (donc notre performance), à l’environnement. Parce que l’évaluateur n’est pas neutre. Parce que les outils d’évaluation, aussi perfectionnés soient-ils, sont biaisés, il y a trop de relations entre les phénomènes pour les isoler. Bref, je peux passer pour un con pour certains, et l’instant d’après pour d’autres, un gars sympa. Je ne suis ni l’un ni l’autre, c’est fonction de la tâche.


                    • Krokodilo Krokodilo 21 novembre 2011 11:53

                      Tout ça est vrai, c’est pour ça que je proposais non pas une notation précise et standardisée (d’ailleurs selon quels standards ?) mais un système simple, trois groupes, bon prof, moyen, peut mieux faire, assortis de remarques, et validées par les délégués d’élèves et des parents pour neutraliser les idiots et le chantage.
                      Ou alors, si on estime que toute évaluation pédagogique est vouée à la subjectivité et à l’échec, il ne faut pas le faire. Mais pourquoi ne pas essayer quelques années ?


                    • Abou Antoun Abou Antoun 21 novembre 2011 11:56

                      Bonne contribution, merci !


                    • Krokodilo Krokodilo 21 novembre 2011 12:00

                      « Ca n’est pas le président des cons qui voulait évaluer mensuellement ses ministres ? »
                      Ah oui, MDR ! c’était loufoque : l’Etat qui engagerait une boîte privée pour évaluer ses ministres, un président pas fichu d’avoir une opinion de ses propres ministres qui sont théoriquement ses plus proches collaborateurs... On n’en parle plus...


                    • bnosec bnosec 21 novembre 2011 12:48

                      Krokodilo, êtes vous français ?
                      Vu que quand vous parlez du « président des cons », seriez vous leur chef ?


                    • Krokodilo Krokodilo 21 novembre 2011 13:17

                      C’était une citation du message précédent. Par ailleurs, étant donné que NS est le président de tous les Français, il est aussi celui des cons !


                    • Aldous Aldous 21 novembre 2011 13:03

                      C’est une idée qui va non seulement se révéler inefficace mais en plus elle va dégrader davantage encore la situation des enseignants.

                      -Inefficace car il est évident que les élèves ne sont pas qualifiés pour juger de la qualité de la pédagogie. C’est un peu comme si on demandait à un gamin de donner son avis en politique. Si on ne vote pas avant 18 ans ce n’est pas pour rien.

                      -dégradant car cela va placer, aux yeux des élèves, les enseignant dans un rôle de prestataire de service. Et donc il développement un comportement consumériste (qui existe déjà) vis à vis des enseignements.

                      En effet, au mieux, les élèves ne pourront se prononcer que sur les « prestations » de l’enseignant, pas sur la qualité de son enseignement ni de sa méthode.

                      Le prof sympa et laxiste sera bien noté et le prof sévère et exigeant sera cassé.

                      Mais un prof sympa ne fait pas un bon prof.


                      • Abou Antoun Abou Antoun 21 novembre 2011 13:15

                        Le prof sympa et laxiste sera bien noté et le prof sévère et exigeant sera cassé.
                        C’est déjà le cas pour la notation administrative car les chefs d’établissements sont terriblement démagos, jouant le plus souvent l’opinion publique, les ’clients’ (parents et élèves’ contre leur propre personnel).
                        Vous voulez être un principal ou un proviseur populaire ?
                        Dites à qui veut l’entendre et en catimini que vos enseignants ne sont qu’une bande de professeurs cosinus obtus.
                        Mais un prof sympa ne fait pas un bon prof.

                        Eh oui !
                        Ce qui n’empêche pas certains profs efficaces d’être sympas pour le même prix.
                        J’attends de mes médecins qu’ils me soignent, de mes profs qu’ils m’instruisent AVANT TOUT !!!!


                      • Krokodilo Krokodilo 21 novembre 2011 13:29

                        Je maintiens que l’instinct et le regroupement des avis sont pertinents pour juger des extrêmes, à savoir les très bons et les mauvais (fainéants et bizarres), pas plus (donc pas pour différencier deux profs tout-venant) mais pas moins.

                        Pour ce qui est du laxisme et des notes, c’est une question bien plus vaste : un prof a naturellement tendance à étalonner sa notation comme une courbe de Gauss (quelques bons quelques mauvais et les autres dans la moyenne) de plus elle dépend du programme et de son exigence, et, surtout, il y a déjà des arrangements pour faire réussir tel pourcentage au brevet et au bac...


                      • Abou Antoun Abou Antoun 21 novembre 2011 13:17

                        je crois que le directeur est parfaitement habilité à évaluer le prof
                        Non, il peut en faire une évaluation ’administrative’ (assiduité, ponctualité, etc.), c’est tout !


                      • Krokodilo Krokodilo 21 novembre 2011 13:25

                        Les enseignants ne semblent pas aussi convaincus que vous par la valeur de cette évaluation par le chef d’établissement. Je n’envisageais pas de mettre dans les mains des parents et élèves un outil trop puissant légalement, mais un petit contre-pouvoir, un deuxième avis.
                        D’accord, ils ne connaissent rien à « la complexité de l’action pédagogique », mais je maintiens que l’instinct et le regroupement des avis sont pertinents pour juger des extrêmes, à savoir les très bons et les mauvais (fainéants et bizarres), pas plus (donc pas différencier deux profs tout-venant) mais pas moins.
                        D’ailleurs, le chef d’établissement, fût-il expérimenté et sensible, est-il lui à même de différencier deux profs « moyens » ?


                      • vasionensis 21 novembre 2011 21:49

                         Bravo : en 29 ans, vous êtes devenu un virtuose de la langue de bois !


                      • Unghmar Gunnarson Unghmar Gunnarson 21 novembre 2011 13:10

                        Bonjour,

                        Des enseignes un peu partout dans le pays, des chefs de magasins qui gèrent leur boutiques. Un service évalué par des clients avec des taux de retour et indices de satisfaction permettant de déterminer qui est l’employé du mois. Le tout chapeauté par une direction générale des ressources humaines. C’est pas mal comme idée.


                        • Le printemps arrive Le printemps arrive 21 novembre 2011 13:34

                          La compétition, un gagnant et tous les autres sont des perdants !

                          PS : il m’a semblé reconnaître ,dans votre réaction, du 25ième degré fort agréable !


                        • clostra 21 novembre 2011 14:05

                          Pour avoir assisté à quelques Conseils de Classe, j’ai des doutes sur ce type d’évaluation, sachant que les Conseils de Classe sont souvent des défouloirs - probablement de salubrité professorale - (suppléante invitée par la titulaire qui voulait peut-être me faire entendre que j’avais un fils débile néanmoins bachelier à 16 ans...)

                          Non ! Nos enfants nous sont trop chers pour ce genre d’exercice périlleux.

                          Nos enfants nous sont chers et ce que nous voulons ce n’est pas juger un prof mais juger la pédagogie pour regarder ensemble avec les profs dans la même direction.

                          Ce qui signifie que nous puissions accompagner les profs dans leur mission.

                          Ne pourrait-on imaginer des tables rondes, en début d’année par exemple et en milieu ou fin d’année permettant d’ouvrir le dialogue, exprimer nos préférences, nos expériences, rapporter également le vécu de nos enfants. Ce qui nous ferait nous, parents, également progresser.

                          Haro sur les notes et tous ces tripe A !


                          • Krokodilo Krokodilo 21 novembre 2011 14:08

                            Je n’ai pas parlé de notes, il est impossible d’être aussi précis en matière d’évaluation pédagogique.


                          • vasionensis 21 novembre 2011 22:08

                             
                             Des tables rondes !

                             Dès qu’on veut étouffer une affaire, on nomme une commission parlementaire.
                             Dès qu’on veut noyer une question sous la logorrhée des médiocres, on organise une table ronde.

                             Il y a eu voici peu d’années une vaste consultation nationale - dont la conclusion était à l’avance pliée en deux dans la poche du ministre, bien sûr -au sujet de la réforme de l’Ecole.

                             Tout le monde était convié : parents, élèves, profs, passants qui ont vu de la lumière.
                            Ah, ça, c’en était, de la table ronde : on n’avait jamais vu autant de mémères des deux sexes avancer avantageusement autant de conneries.
                             On passe des années à faire comprendre aux élèves qu’avant de prétendre résoudre un problème, il convient de le formuler.
                             Et tout d’un coup, on ouvre les portes, et on invite le vulgum pecus à sortir ses IFOKON, ses YAKA, ses ZAVEKA.
                             L’Ecole est malade de la société qui prétend lui apprendre son métier.


                          • Krokodilo Krokodilo 21 novembre 2011 14:12

                            Faux : de nombreux parents se plaignent de l’absentéisme, ou des profs non remplacés lors de maladies et de stages, voire lors des séjours linguistiques.

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