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Protection des enfants ou répression des mineurs ?

Au moment même où un Code pénal pour les mineurs est en passe d’être adopté par le législateur, un rapport vient pointer les violences policières en France à l’encontre des mineurs. Et la question de se poser en ces termes : la France n’est-elle pas en train de privilégier la répression des mineurs au détriment de la protection des droits de l’enfant. Le glissement sémantique qui consiste, dans la réforme, à substituer le mot "mineur" à celui d’"enfant" n’a-t-il pas pour visée de stigmatiser les jeunes difficiles au risque de multiplier les entorses aux droits de l’enfant ?

Le projet de Code pénal pour les mineurs va bien au-delà d’une énième retouche de l’ordonnance de 1945. Il s’agit d’établir un régime de contrôle judiciaire pour les 13-16 ans et un régime de détention provisoire pour les 16-18 ans. Il s’agit aussi de rendre plus efficace la justice répressive des mineurs par des simplifications (ne subsisteront que 4 mesures éducatives sur les 18 que l’on compte aujourd’hui), d’employer un langage plus clair à l’égard du jeune délinquant (l’admonestation devient ainsi l’"avertissement judiciaire"). Le message de la fermeté s’affirme.

C’est aussi l’exigence d’efficacité qui préside avec le décret du 10 avril 2009 qui vient combler une lacune juridique. En effet, il n’existait jusque là aucun texte pour organiser la communication de pièces entre JAF et juge des enfants lorsqu’ils sont amenés à connaître des mêmes mineurs.

On retrouve dans le projet de loi les principales préconisations du rapport Vérinard à l’exception de celle visant à créer un tribunal correctionnel pour mineurs. Il semble que les arguments tirés de l’inconstitutionnalité probable de ce dispositif aient fait reculer le gouvernement.

Les droits des mineurs déférés devant la justice pénale ne sont pas pour autant préservés de futurs risques d’atteintes. Par exemple, le tribunal pour mineurs pourra juger en formation de juge unique. Donc sans les assesseurs sauf pour les peines lourdes ou en cas de mandat de dépôt ou quand le juge des enfants le demandera. En outre, le parquet pourra saisir directement toutes les juridictions, et passer ainsi par-dessus la phase de l’instruction. Il ressort plus généralement de l’esprit du texte que le procureur de la République devient le personnage central de la justice pénale des mineurs.

L’esprit préventif et éducatif de l’ordonnance de 1945 n’est en apparence pas remis en question. En tout cas pas ouvertement car si les auteurs du texte se préservent par une formule qui dit que le but de toute réponse pénale est éducatif, on voit bien que le respect de l’ordre public passe avant l’effort éducatif. En 1945, la France voulait compter sur sa jeunesse, même celle qui défiait la loi, aujourd’hui la méfiance systématique et la répression sont de mise.

Comme le souligne Jean-Pierre Rozencsveig, juge de enfants bien connu et auteur d’ouvrages et d’articles sur l’enfance, il eut été préférable de codifier tous les aspects liés au mineur et pas seulement le côté pénal. Il remarque un glissement sémantique qui n’est pas innocent : la substitution du mot "mineur" au mot "enfant", ce dernier terme étant sans doute désormais jugé trop compassionnel face à l’exigence de frapper toujours plus fort sur le plan répressif.

La responsabilité pénale ne commence qu’à l’âge de 13 ans avec toutefois, "un régime civil spécial" (garde à vue encadrée) pour ces jeunes. Le mineur de moins de 13 ans pourra aussi être jugé responsable civilement et condamné à indemniser la victime. 

Un rapport de la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité (CNDS) pointe les violences policières. Cette instance indépendante dont la mission est de contrôler la déontologie des forces de sécurité (police, gendarmerie, douanes, administration pénitentiaire), a remis un rapport qui accable les forces de l’ordre. Sur 614 dossiers traités, la CNDS a relevé 50 cas litigieux. 

Est-il normal que les plus vulnérables soient les victimes des représentants de l’ordre français ? Est-il vraiment judicieux de laisser un camp politique trancher tout seul dans le domaine si sensible de l’éducation et de la délinquance juvénile ? Entre les solutions dogmatiques que l’on veut nous imposer - le tout éducatif ou le tout répressif - n’y a-t-il pas de place pour les valeurs humanistes qui permettraient de rechercher un équilibre ?

par Voris : compte fermé mercredi 29 avril 2009 - 12 réactions
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