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Accueil du site > Actualités > Société > Quelle logique est à l’œuvre, si le progrès est suivi (...)

Quelle logique est à l’œuvre, si le progrès est suivi d’une mort sociale ?

Cette phrase est en partie empruntée à l’avis n° 101 du Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) pour les sciences de la vie et de la santé. Ce Comité d’Ethique devait répondre à la question suivante : « Sur quels critères peut-on fonder une décision équitable lorsqu’il s’agit de choisir entre deux impératifs souvent contradictoires : préserver la santé d’un individu et gérer au mieux celle d’une communauté de personnes ? » 

Après une critique brillantissime du nouveau mode de financement des hôpitaux, le Comité conclut : « Quelle logique est à l'œuvre, si le succès médical est suivi d'une mort sociale ? »

En effet, traitant de l’hôpital, le CCNE demande « de se réinterroger sur la mission primaire essentielle de l'hôpital. Celle-ci a en effet dérivé de sa mission originelle d'accueil de la précarité et de la maladie, puis de sa mission de recherche et d'enseignement, vers la situation actuelle qui fait de plus en plus de l'hôpital un service public, industriel et commercial qui a pour conséquence de déboucher sur un primat absolu donné à la rentabilité économique, au lieu de continuer à lui conférer une dimension sociale. »

L’hôpital est ainsi disloqué entre l’éthique et la finance[1]. Il s’enlise progressivement dans les méandres du libéralisme prédateur.

La recherche d’économies est devenue un véritable dogme, une vérité absolue, une nouvelle façon de penser le travail. Il faut absolument réduire les coûts ! Alors tout le monde y va de son idée, de sa vérité et nous devons applaudir. Les emplois coûtent chers ; il faut en supprimer ! Le chômage coûte cher ; abaissons les allocations et le nombre de bénéficiaires ! La sécurité sociale coûte cher ; diminuons la prise en charge des soins ! L’enseignement coûte cher ; réduisons le nombre de professeurs. L’Etat coûte cher ; livrons ses prérogatives au secteur marchand. Le contribuable paiera moins, le consommateur sera surtaxé et le client sera prisonnier de factures toujours plus lourdes !

Les économies ne servent pas l’intérêt de tous mais alimentent le profit de quelques uns.

Ainsi, huit millions de Français sont privés d’emplois, d’autres sont des travailleurs pauvres, d’autres sont privés de soins, d’autres de logements, et d’autres encore cumulent toutes les privations. Mais un emploi créé, c’est un investissement pour une société en marche. C’est un chômeur en moins. Plus que cela, c’est un citoyen qui retrouve sa place, sa fierté, son utilité sociale, son bien-être.

Les dépenses de santé sont un investissement d’abord pour combattre la maladie, pour assurer à la population un minimum de bien-être et d'épanouissement, mais aussi pour son incidence positive sur l’activité économique. Alors pourquoi détourner ces investissements au seul profit de quelques-uns ?

Cette course aux économies prédatrices disloque le travail et provoque de la souffrance là où l’on devrait caresser le mieux-être.[2]

Oui nous pouvons être fiers des progrès scientifiques, de cette évolution des savoirs qui embellissent la vie de ceux qui peuvent en profiter. Mais nos chercheurs se penchent aussi sur les maux d’une société qui, par sa force centrifuge de l’immédiateté et de la promotion de l’individu au détriment du collectif, exclut ceux qui ne peuvent participer au concours de l’insatiable performance.

Alors, quelle logique est à l’œuvre si le progrès est suivi d’une mort sociale ?

 Denis Garnier

Ouvrier, syndicaliste, auteur


[1] Denis Garnier « L’hôpital disloqué » éditions Le Manuscrit 2011

[2] Denis Garnier « Libérez-vous ! De l’économie contre le travail »- Editions Le Manuscrit 2011


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6 réactions à cet article    


  • Patrick Gaudray Patrick Gaudray 8 novembre 2011 11:02

    Merci de donner une voix à une avis important du CCNE.
    Vous devez souvent passer pour un irresponsable, si j’en juge par les thèses que vous défendez ! Ne vous inquiétez pas, je fais partie du même club ...
    En fait, lorsqu’on parle de santé (publique en particulier), on ne parle que de dépenses, que de déficit, que de la nécessité d’économies. On n’entend jamais ce que la santé rapporte, même au seul plan économique : combien de journées de travail sauvées, par exemple ? Bref, le discours publique sur la santé est biaisé, sans doute à des fins politiques.
    Se réinterroger sur les missions de l’hôpital, sur les fondamentaux de la santé, c’est un peu comme si l’on voulait parler du statut social de l’entreprise dans la société avant de parler de son capital ou de la rémunération des actionnaires et des spéculateurs : c’est fou, non ?


    • chems eddine Chitour 8 novembre 2011 17:28

      Merci pour ce texte superbe sobre. Tout y est ! Le procès d’une mondialisation laminoir, l’effilochement des solidarités. la prédation par l’oligarchie financière qui privatise les gains et mutualise les pertes selon les bons mots de Joseph Stiglitz prix Nobel d’économie. Comme quoi nous ne sommes pas seuls à penser ainsi....


      J’ai particulièrement apprécié :"Cette course aux économies prédatrices disloque le travail et provoque de la souffrance là où l’on devrait caresser le mieux-être.

      Merci le combat continue

      Pr.Chems Eddine Chitout

      •  C BARRATIER C BARRATIER 8 novembre 2011 19:29

        Un service public est d’intérêt général. C’est le cas de l’Hôpital. La qualité des soins ne dépend pas de la fortune du malade. C’est le principe de l’égalité de notre devise. Pour casser la République, il faut d’abord casser ses services. Casser l’ Hôpital avec des dépassements d’honoraires, et, en son sein, des consultations privées, l’hopital sert alors des intérêts particuliers et une médecine à deux vitesses. C’est la même chose pour l’Ecole. La République a été minée de toutes parts, et 2012 pourrait bien être l’année où sonnera l’hallali.
        Voir 

        « République : Résister à la pieuvre libérale et intégriste » 

        http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=204


        • jacques lemiere 8 novembre 2011 20:30

          Il ne faut pas exagérer.. tout n’est pas la faute du libéralisme...

          ça me semble aussi excessif que les libéraux criant libéralisme efficacité et moindre coût...
          Vous seriez plus crédible en montrant que la gestion actuelle de l’hôpital est simplement néfaste à la « santé »

          Je crois que tout simplement il y a plus trop de sous..

          • Garnier Denis Garnier Denis 9 novembre 2011 10:27

            Je n’exagère pas et d’ailleurs vous reprenez les conséquences de cette économie.« Il n’y a plus de sous » ! S’il n’y a « plus de sous » pour les services publics c’est le fruit d’une politique délibérée. Tout n’est pas la faute du libéralisme mais je vous renouvelle mon invitation par exemple pour lire L’Etat Prédateur de Galbraith.
            Cordialement


          • Mugiwara 9 novembre 2011 00:50

            article véridique pour ma part pour avoir vu ça de très près dans mon ancien lieu de travail. 


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