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Quelle vie on mène quand on est stagiaire !

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Le stagiaire assigné aux photocopies...

Si l’on en croit la définition du Larousse, dictionnaire de référence depuis notre plus tendre enfance, le stage serait alors une « Période pendant laquelle une personne exerce une activité temporaire dans une entreprise ou suit des cours en vue de sa formation. » Voilà donc ce qui a pu induire les dirigeants d’entreprise en erreur ! Dans cette définition plutôt sommaire et assez peu explicite, il est vrai que ni les photocopies, ni les cafés ne sont exempts des missions du stagiaire. Il est encore moins prohibé de le considérer comme une main d’œuvre bon marché. Après la virulence de ce propos, les explications.

Le stage est une étape importante, voire primordiale dans la vie d’un étudiant. Il constitue une opportunité formidable pour lui, de mettre un pied dans la vie active et de se familiariser avec un univers encore inconnu, tout en mettant en pratique les enseignements théoriques qui lui sont dispensés dans le cadre de sa formation. Formulé de la sorte, le stage pourrait faire rêver. Pourtant, il suffit de quelques maigres recherches sur le web pour dénicher toutes sortes de pépites qui tendent à montrer que le stagiaire est plutôt un homme à tout faire qu’un étudiant en formation et considéré comme tel par les membres de l’équipe. On trouve des témoignages, anecdotes, offres de stage les plus scandaleuses, de recherche de « Directeur Régional Stagiaire » ou de « Directeur de cabinet stagiaire » non rémunéré bien entendu… Et ce contenu croustillant se fait de moins en moins rare sur le net. 

Quelle tristesse de constater que la tendance actuelle est plus encline à considérer le stagiaire comme un homme à tout faire plutôt qu’une ressource, qui après formation, peut représenter une aide de qualité et une richesse certaine pour l’entreprise.

Plutôt que d’évoquer la définition du dictionnaire Larousse, revenons aux fondamentaux et citons l’article L612-8 du code de l’éducation. Là est la définition du stage qu’il s’agirait de retenir. « Le stage correspond à une période temporaire de mise en situation en milieu professionnel au cours de laquelle l'étudiant acquiert des compétences professionnelles qui mettent en œuvre les acquis de sa formation en vue de l'obtention d'un diplôme ou d'une certification. Le stagiaire se voit confier une ou des missions conformes au projet pédagogique défini par son établissement d'enseignement et approuvées par l'organisme d'accueil » Claire. Précise. Efficace.

Il ne serait peut-être pas superflu de la part des stagiaires, d’apporter à leur directeur cet extrait du code de l’éducation dès le matin de leur arrivée en stage… En y accolant celui-ci : « Les stages ne peuvent pas avoir pour objet l'exécution d'une tâche régulière correspondant à un poste de travail permanent de l'entreprise, de l'administration publique, de l'association ou de tout autre organisme d'accueil ». Sous entendu, je ne pourrai être assigné ni aux seules photocopies ni à la seule conception de café pendant l’intégralité de mon stage. A la limite, une alternance entre les deux pour varier les plaisirs. Trêve de plaisanterie.

La ministre de l’éducation Geneviève Fioraso souhaiterait d’ici la fin de l’année 2013 revisiter le statut de stagiaire afin de mettre un terme aux abus des entreprises. Il s’agirait alors de fixer un quota de 10% de stagiaire au sein de l’entreprise afin de ne pas non plus exploiter ces jeunes gens considérés comme une main d’œuvre bon marché. Et il serait également question de mettre en place une protection légale pour les stagiaires. En espérant avoir du neuf d’ici peu, car il faut que jeunesse se forme. Car après tout, c’est elle qui prendra la relève ! 


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12 réactions à cet article    


  • alinea Alinea 21 novembre 2013 13:56

    Je vous comprends bien et, néanmoins, j’ai envie de vous dire ceci : le café et les photocopies, c’est le rôle de la main d’oeuvre marocaine, hein ? Il ne faudrait pas voir à mélanger les torchons et les serviettes. Quand aux stages, et au statut d’apprenti, tout le monde sait qu’avant d’apprendre vraiment, et , comme une initiation, l’apprenti fait les basses oeuvres ; et depuis toujours. Allez voir comment se passe la formation, non pas en entreprise, mais dans l’art, en Orient ; cela n’a jamais empêché les apprentis de devenir des maîtres !
    Donc, on ne déroule pas le tapis rouge aux stagiaires ? bien, à eux de faire leurs preuves ?
    Je ne soutiens d’aucune manière ce monde capitaliste, mais le stagiaire compte bien s’y faire une place, non ! alors il lui faut faire le parcours initiatique d’usage !!


    • alinea Alinea 21 novembre 2013 23:12

      Hervé : c’est une discussion qui nous mènerai plus loin qu’Internet le permet ; je suppose que tu sais que je ne cautionne en aucun cas l’exploitation de qui que ce soit ! Mais, par ailleurs, il est vrai que le petit jeune, le néophyte, le débutant, le stagiaire, l’apprenti a toujours été « charrié » exploité", etc.
      Après il s’agit d’une ambiance et de ce qu’on en tire. Dans le milieu du cinéma par exemple, on sait bien que les plus grands réalisateurs ont été les petits serveurs de café, mais, ébahis par ce qu’ils voyaient, apprenaient, etc.
      En plus, il y a qu’il faut bouffer et se loger, et par les temps qui courent, c’est pas gagné ; donc, je ne cautionne pas le moins du monde l’exploitation qui est faite des stagiaires, mais si des stagiaires en ont, ils ont à apprendre de partout où ils passent ! Ce sont deux mondes qui se conjuguent, plus ou moins bien d’ailleurs, mais que le stagiaire, sous prétexte qu’il a trois papiers validés dans sa poche, ne s’imagine pas qu’il vaut quelque chose !
      Mais tous les repères sont pipés de toutes façons ; ceci dit, les jeunes, issus d’un milieu protégé, ont tendance à penser comme des enfants gâtés ! pas tous, pas tous !! oui, je sais !!


    • alinea Alinea 21 novembre 2013 23:41

      Je veux juste dire, en deux mots puisque il est tard, et à Anne Lys aussi si elle vit cette galère, que si le stagiaire arrive sur son lieu de stage, non pas remonté comme un ressort, sûr de son savoir qui doit être reconnu et rémunéré à sa juste valeur, mais , humblement, à l’écoute, curieux de tout, y compris des rapports de pouvoir entre les gens, de l’incompétence ou de la mauvaise organisation, de la manière dont se prennent les décisions, être toute oreille, tout oeil, n’hésitant pas à distraire sa tenson en servant le café avec le sourire, en absorbant le maximum d’infos tous azimuts, ne tolérant aucune humiliation, mais avec doigté, acceptant quelques injustices, avec un sourire qui exprime sa perspicacité, bref, un stagiaire qui est capable de faire de toute expérience une expérience profitable, même si, au bout, il n’a pas de job dans cette boîte, il n’aura pas perdu son temps. Les jeunes doivent savoir qu’ils ne sont pas des mannequins qui se prostituent pour un job mais des êtres humains qui apprennent la vie. Toute chose qui passe à côté de la monnaie. Les jeunes ont l’avenir devant eux, il faut qu’ils en profitent ou plutôt, qu’il le mette à profit !
      Anne Lys, soyez curieuse, de tout !


    • alice au pays des merveilles alice au pays des merveilles 21 novembre 2013 15:33

      Et bien tout dépend de quels stagiaires (Alinéa et Anne-Lys).
      Ceux qui sortent des grandes écoles sont aussi exploités mais d’une autre manière. Payés 2/3 du smic, travaillant en moyenne 50 heures par semaine, ils sont recrutés dès l’attribution du diplôme (pour 6 mois) . 1ère fournée en juillet (diplômé de juin) 2ème en janvier (les diplômés de décembre) .

      Ca permet aux entreprises d’avoir des employés hyper motivés, très efficaces et pas cher du tout. 
      On vit une époque formidable !

       


      • alinea Alinea 21 novembre 2013 16:03

        Je trouve aussi ! smiley
        Mais ce que vous écrivez , c’est le principe numéro un du capitalisme, le stagiaire, s’il veut réussir dans ce système doit bien en connaître les lois, non ?


      • alice au pays des merveilles alice au pays des merveilles 21 novembre 2013 16:32

        Ben non Alinéa, ces jeunes sont dans le libéralisme, c’est pourquoi ils subissent !


        • alinea Alinea 21 novembre 2013 16:38

          C’était, comment dire, une forme de boutade, mais très sérieuse en même temps !  smiley
          Aujourd’hui, rien n’est dû, si on ne veut pas subir, on lutte pour changer le système et on arrête de croire que parce qu’on a obtenu quelques petits diplômes, on vaut ( de l’argent bien sûr !!!)


        •  C BARRATIER C BARRATIER 21 novembre 2013 16:48

          En France, le « stage en entreprise » s’est beaucoup répandu, et il constitue dès le lycée une découverte qui peut être valorisante du monde adulte. Même si c’est pour s’occuper de la photocopie, on « change d’air ». Les stages bien conçus donnent lieu à un mémoire supervisé apr le maître de stage. Il faut que le lycée ou l’université qui envoie son stagiaire et signe un contrat de stage évalue ce travail et qu’un lien s’établisse entre l’établissement d’enseignement et l’entreprise.Il y a des abus, des stagiaires très productifs et déjà formés peuvent être litéralement exploités, enchaîner les stages ans embauche en vue et sans décrochage d’une qualification supplémentaire que le stage eût pu faciliter. Souvent alors au poste de travail un stagiaire remplace un autre stagiaire.

          Le pis est l’apprentissage, lorsqu’il tourne le dos impunément à ce pouquoi il a été créé.
          La recherche du profit plutôt que de la formation.
          Voir en table des news :

          Taxe d’apprentissage, les milliards des syndicats patronaux

           http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=208


          •  C BARRATIER C BARRATIER 21 novembre 2013 22:08

            Je connais effectivement ce problème..Trop de demandeurs pour être stagiaires, cela donne des ailes aux profiteurs. Lemieux est alors d’aorganiser des stages entre lycées (à l’entretien, à la cantine, pour des travaux de peinture, à la bibliothèque, au secrétariat...) Le lycée ami est l’entreprise.


          • Mortargent 22 novembre 2013 03:33

            Cela fait plus de 20 ans que je travaille dans les métiers de l’hôtellerie. Et je peux vous dire que beaucoup d’établissements ne tiennent qu’avec des stagiaires.

            L’hôtellerie, et en particulier en France n’est plus un métier d’accueil, de service et d’hôte. C’est devenu une branche d’un simple marché financier. C’est géré par des financiers, c’est possédé par des groupes financiers, et au final quelque soit le travail que vous faites ou que vous réussissez, ce sont ces financiers qui en tireront tous les bénéfices.

            Dès lors, en tant que financier qui gère un établissement, vous préférez 10 salariés à 1300 euros par mois ou 5 salariés à 1300 euros et 5 stagiaires à 300 euros qui font et feront exactement le même boulot que les salariés ? Réponse facile. D’autant que tout l’apprentissage, toutes les bourdes, toutes les erreurs seront sous la responsabilité du salarié qui est sensé être le « parrain » formateur.

            Entre le stagiaire et la polyvalence ( deux mots magiques ), nous avons en 20 ans basculé dans un monde où ce qui compte c’est la rentabiliét financière et où le client n’est en fait qu’un portefeuilles ambulant.

            Certains établissements ont des contrats avec les écoles hôtellières françaises et européennes pour assurer un suivi permanent de la présence de stagiaires. En moyenne 2 ou 3 tous les 6 mois. Parfois d’écoles françaises, mais aussi anglaises ou néerlandaises.

            Et je peux vous assurer que ce sont des employés comme les autres. Avec les mêmes horaires de travail ( voir plus si ils sont logés sur place ), les mêmes reponsabilités, les mêmes vacations, et évidemment une simple petite paye de 300 euros...

            Et une surcharge de travail pour les employés « réels », qui doivent non seulement former ces stagiaires, corriger leurs erreurs, parfois refaire derrière eux ce qu’ils ont fait, etc... Et une fois le stagiaire « performant et efficace », on recommence à 0 avec une nouvelle fournée...

            J’ai connu des établissements où les éuipes de terrain étaient constituées à 1/2 de stagiaires. Que ce soit en réception, ou en restauration, ainsi que dans les étages. En gros 1/2 des employés de l’hôtel n’en étaient pas vraiment et faisaient pourtant tout tourner.

            Et qu’on ne vienne pas ensuite me parler de qualité de service, de prestations de luxe, de prestige et de charme de l’hôtellerie française. Ce sont de grands groupes qui sont avant tout des groupes financiers. Pas des hôteliers. Et cette mentalité se ressent à chaque instant.

            C’est un simple apperçu de mon expérience personnelle, mais je ne doute pas que dans d’autres métiers il en aille de même.


            • Anne Lys 22 novembre 2013 10:50

              Bonjour à tous et merci de vos réactions ! Oui Alinéa, étant étudiante, j’ai déjà vécu ce type de situation (et je serai sûrement amenée à le vivre encore à l’avenir) où j’ai dû effectuer des taches parfois ingrates (faire le café pour le patron est moins un mythe qu’on ne le pense). Mais je suis persévérante et optimiste, j’ai envie de croire que cette situation est presque un passage obligé avant des lendemains meilleurs et une reconnaissance du travail que je fournis (avec détermination et application). Faire ses preuves, toujours ! Là est la clé j’en suis intimement convaincue. En raison de mon jeune âge je n’ai pas connu tous les profils « types » de patron, et malgré le côté un peu réac’ de cet article, j’ai envie de croire qu’effectivement, comme l’a souligné Alice aux Pays des Merveilles, le traitement des stagiaires n’est pas le même partout,et que cela dépende des patrons et des domaines professionnels. En tout cas, le témoignage de Mortargent est explicite, l’hôtellerie n’est pas le paradis pour les stagiaires... J’ai hâte de voir ce que donnera concrètement la réforme lancée par le gouvernement, et si nous pourrons en voir les impacts prochainement. Fini le silence radio, mettons les choses sur la table comme l’a dit Hervé !! Et C Barratier, c’est vrai que l’on change d’air avec le stage, qu’on se familiarise avec un milieu que l’on ne connait pas mais c’est parfois difficile de se battre et de n’avoir aucune (ou presque) considération en retour. En gagnant de l’expérience, j’espère être valorisée et surtout que mon travail sera reconnu à sa juste valeur. Un combat de tous les jours et un combat acharné pour le stagiaire et qui plus est, un stagiaire femme... Mais ça c’est un autre débat ;)

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