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Accueil du site > Actualités > Société > Qui a tué l’université, ce grand corps malade ?

Qui a tué l’université, ce grand corps malade ?

L’université comme à chaque rentrée fait parler d’elle. Toujours la même litanie, manque de moyens, encadrement et locaux, misère des étudiants, amphis surchargés, avec évidemment des différences locales prononcées. Mais cette année, une grande réforme a été mise en place paraît-il. Plus d’autonomie pour le recrutement, la gestion et la recherche de financements. Au vu de la lourdeur avérée de cette vénérable et vieille institution, il y a fort à parier que les réflexes et autres habitudes du système ne vont pas être balayées en quelques mois et que pour connaître l’impact de ces réformes, il faudra attendre des années, voire une ou deux décennies.

 

 

 

Pendant ce temps, la routine continue et le cours paisible des facs n’est troublé que par quelques faits divers et locaux. Peut-être, l’affaire Dunezat aura-t-elle eu le mérite d’attirer l’attention du public sur quelques travers affectant le fonctionnement des universités. Des histoires politiques, de gestion, des caisses noires, des étudiantes harcelées, des locaux délabrés... ? Non, rien de tout ça ! Xavier Dunezat a tout simplement démissionné après avoir été recruté comme maître de conférences, en ayant le courage et le culot de faire connaître ses griefs et ses critiques portant sur le fonctionnement ordinaire de ce monde universitaire, plus spécialement ses membres assurant la quintessence de sa mission, les enseignants-chercheurs, composés de professeurs, maîtres de conférences et ATER. En règle générale, les médias, pour des raisons obscures, sont réticents à évoquer ce genre d’affaire, mais c’était sans compter les moyens du net et le relais des blogs et listes de diffusion ayant permis à Dunezat de sortir de l’ombre et de voir son geste commenté dans un article du Monde daté du 15 octobre, faisant allusion à la lettre motivé de l’intéressé qui tout de même, relativise son courage car s’il démissionne de son poste universitaire, c’est pour réintégrer un emploi de professeur de lycée. Mais c’est quand même un sacrifice si l’on prend en compte les perspectives de carrière et le prestige associé à la fonction d’enseignant-chercheur.

 

 

Ayant reçu par mail le texte de Dunezat voici une semaine, et connaissant cette institution pour y avoir exercé quelques années (voir une bio bien fournie), je me devais de participer à l’éclairage d’un aspect méconnu de la fac, enfin, très bien connu de ceux qui y sont, mais guère relaté dans les médias car peu reluisant, dévoilant des pratiques peu conformes au sens du service public auquel on aurait pu s’attendre. Le texte est par ailleurs accessible sur un portail consacré aux sciences sociales. A lire pour un avis très bien détaillé et argumenté en cinq points essentiels.

 

 

Que retenir de ce témoignage ? Si tant est que ce Monsieur livre un tableau fidèle des pratiques universitaires (on peut lui accorder confiance, d’après les réactions suscitées sur les blogs ainsi que sur le billet paru dans Rue89), alors il faudra bien accepter de reconnaître que les difficultés inhérentes à la fac ne sont pas uniquement liées à un manque de moyens financiers. Il semble acquis que des dérives dites corporatistes ou individualistes soient monnaie courante. On pourrait aussi évoquer des comportements autocrates. Plus précisément, les pratiques déployées par les enseignants-chercheurs sont souvent finalisées en vue d’intérêts personnels et non pas subordonnées aux exigences requises pour proposer aux usagers, les étudiants en l’occurrence, le meilleur service possible. Et j’ajouterais aussi un autre point que Dunezat n’évoque qu’en filigrane, l’excellence et l’inventivité de la recherche effectuée au sein de cette institution. Voici en quelques lignes quatre points discutés dans le texte, et que je vais peindre rapidement, en prenant aussi appui sur mon expérience qui confirme le vécu de Dunezat, avec évidemment des nuances dues à la différence de spécialité et d’époque.

 

 

Premier point le recrutement. Compte tenu de la loi française, le recrutement des ES doit faire l’objet d’un concours ouvert à tous, moyennant un niveau d’étude sanctionné par un doctorat et, récemment, une inscription sur les listes de qualification. A ce sujet, cette procédure, lourde pour les enseignants et les aspirants, diligentée par le CNU, est déjà pervertie dans son usage. Dunezat n’en fait pas état, mais ce que je peux en dire, c’est que les commissions du CNU ont comme rôle non-dit d’éliminer un quota de dossiers afin d’alléger le nombre de candidatures devant être traitées par les commissions locales habilités à recruter. De ce fait, les dossiers présentés par des atypiques (qui seront les innovateurs de demains) sont rejetés. Passons maintenant au recrutement sur les postes offerts par chaque fac. Dunezat dénonce un piston. Le terme n’est pas des plus heureux car il renvoie à des pratiques banales visant à placer quelque connaissance, voire un proche de la famille. En fait, les commissions de spécialistes ont dans 8 cas sur 10 déjà pressenti l’élu selon un arrangement entre patrons de recherche cherchant à caser un doctorant ayant fait ses preuves dans une technique de recherche, tout en étant docile et corvéable. Le concours national n’est alors qu’une mascarade visant à rendre légal et ouvert un recrutement décidé à l’avance. Du coup, des candidats très doués sont recalés et d’excellents dossiers rejetés comme le souligne Dunezat. Par ailleurs, les candidats choisis sont connus pour leur aptitude à faire de la recherche normée, celle qui compte pour l’avancement des carrières et l’évaluation, mais ne sont aucunement recrutés parce que ce sont des as de la pédagogie. C’est là un problème majeur si on rappelle que l’enseignement est avec la recherche l’une des deux missions de l’université.

 

 

Cet enseignement justement, Dunezat a eu l’occasion d’en faire le tour et de souligner à travers deux points le fond de cette pratique. Les enseignants ne semblent pas avoir de la considération vis-à-vis d’étudiants qu’ils méprisent. Ainsi, les différents cours sont déterminés en fonction de convenances personnelles et non pas d’un souci pédagogique. Par ailleurs, les enseignants savent jouer de la défausse et parfois, balancer des jeunes maîtres de conférence dans des amphis pour des cours en première année, ceux qu’on sait être les plus difficiles à gérer. J’ai eu droit à ce cadeau alors que j’étais stagiaire et inexpérimenté, lancé dans l’arène en présence de 500 étudiants. Passons sur les négligences dans l’organisation des examens, le respect des étudiants, la notation et le reste, assez bien croqué par Dunezat. Complémentaire de ce point, la gestion du système est aussi dénoncée comme égocentrée et éloignée du souci collectif. C’est par exemple flagrant lorsqu’il s’agit de se préoccuper des fonds de bibliothèque afin de proposer un partage de savoir et d’aiguiller les étudiants les plus curieux vers des ouvrages passionnants. Les responsables de labo n’ont cure de participer à une activité qui ne leur procurera aucun avantage, si ce n’est celui que la conscience professionnelle accorde personnellement à celui qui s’acquitte d’une action désintéressée, mais qui entre dans la mission de service public.

 

 

Ce tableau fort peu reluisant est complété dans le deuxième point portant sur « le désert relationnel ». C’est un drôle de paradoxe. L’université est un lieu de transmission, mais les enseignants ne savent pas communiquer entre eux et entretenir un minimum de lien social qu’on croit pourtant banal tant il est répandu dans les couches populaires. Mais il semble que par un étrange envoûtement suscité par la fonction et le « désert affectif des couloirs », les universitaires se regardent en chien de faïence, pire, se détestent, s’envient, se jalousent, sont en perpétuelle conflictualité. Manque de chaleur, regards de travers ou absent, mais aussi mépris du personnel non enseignant, ceux que l’organigramme désigne comme ATOS, avec les secrétaires, les techniciens, les agents d’entretien. Jean-Fabien Spitz n’a rien d’un novice. Ce routard de la fac, philosophe du reste, a dressé un tableau accablant sur l’atmosphère délétère et démotivante qui règne au sein des facultés de sciences humaines. Ce qui paraît inquiétant, c’est le mépris affiché par certains vis-à-vis des savoirs et de toute velléité de s’investir passionnément dans les recherches. Il est mal vu d’arpenter les couloirs en ayant sous le bras un livre savant. La suite de cette recension du marasme des universitaires est exposée dans un long article, Les Trois Misères de l’université, paru en janvier 2000 dans la revue Le Débat.

 

 

Quelques remarques générales pour finir sur ce tableau que d’aucuns jugeront sombre au possible. Et en effet, l’avenir de l’enseignement dans les facs n’est guère reluisant. Les constats de Dunezat, Spitz, quelques autres et votre serviteur se complètent. On associera également, Judith Lazar étrangement oublié dans l’article du Monde qui s’est contenté de citer deux petits romans alors que cette dame, dont le conflit avec l’université a été tranché par une victoire en Conseil d’Etat contre le CNU (c’est rare, on ne gagne que rarement quand on attaque les services de l’Etat) et qui a commis un livre fort édifiant, Les Secrets de famille de l’université, paru en 2001 aux Empêcheurs de penser en rond, a été oubliée. A ce stade, une précision est indispensable. Ces faits ne doivent pas être pris comme généralités. Ils décrivent des situations qu’on trouve plus souvent dans les facs de sciences humaines que leurs homologues scientifiques. Et quelques universités relèvent de pôles d’excellence et doivent être exclues de ce sombre tableau. Il n’en reste pas moins que l’institution dans son ensemble est gangrenée par un esprit délétère et que ce qui fait défaut, c’est l’éthique, la conscience professionnelle, la passion d’un travail qu’on aurait pu croire gratifiant et intéressant, mais qui, d’après les témoignages, suscite quelques ressentiments et aversions. Est-ce un signe du nihilisme contemporain ? Laissons les disciples de Nietzsche jauger ce tableau.

 

 

Maintenant, il serait sans doute utile de penser à remédier à cette faillite de l’université. Ce qui suppose de trouver les causes de ce marasme. Elles sont complexes, entrelacées, héritées d’autres époques et de tendances actuelles où la désaffection des valeurs se répand, où chacun joue son rôle, empoche ce que la réglementation lui octroie, puis s’en va à ses occupations sans prendre souci de l’intérêt public. Le syndrome est bien ancré, depuis quelques décennies, aggravé par la massification, mais les responsables, ils existent. Ce sont les politiques qui ont ignoré l’institution, les mandarins de l’université, les présidents gestionnaires devenus notables, se servant de la fonction présidentielle comme tremplin pour un avancement, les médias qui n’ont pas pris la mesure du mal, et puis, on ajoutera toutes les petites démissions de la corporation, le jeu duplice des syndicats, les lâchetés. Contrairement à ce que croit BHL, le mal de la France ne réside pas dans son idéologie fasciste, mais dans les lâchetés ordinaires, les compromissions quotidiennes, les petits arrangements. Au bout du compte, on peut se demander s’il n’y a pas eu des connivences non organisées, des coïncidences disons, faisant que « l’amputation sociale » de l’université a été réalisée sur le terrain par cet esprit d’indolente compromission ordinaire, tout en étant projetée en haut lieu, dans quelques « instances secrètes » du pouvoir ?

 

 

Et Sarkozy, face à cette cathédrale des savoirs en ruine, il tente un ravalement, ou qui sait, une reconstruction, espérant qu’un puisse dynamiter les « mauvaises facs » comme on fait avec les barres HLM, pour construire à la place quelque usine à produire du citoyen employable dans l’économie de la connaissance.

 

 


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12 réactions à cet article    


  • Bernard Dugué Bernard Dugué 19 octobre 2007 09:36

    «  »« Ayant reçu par mail le texte de Dunezat voici une semaine »«  »

    «  »« Le texte est par ailleurs accessible sur un portail consacré aux sciences sociales. »«  »

    Bonjour, le lien est ici, j’ai oublié de le mettre dans le texte (si la webmistress veut bien le placer)

    sinon, c’est ici

    http://www.liens-socio.org/article.php3?id_article=2874#nh9


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 19 octobre 2007 10:05

      Une fac tentaculaire est comme une pieuvre qui est comme la mafia ?

      En tout cas, j’ai la pieuvre qu’un individu diabolique profane beaucoup de discussions sur Avox et je sais qui c’est, Maître Collard m’a refilé l’enveloppe avec son nom


    • haddock 19 octobre 2007 09:48

      Phote dans le titre tuer sa pran un Z comme Zorro .

      Omar .


      • tvargentine.com lerma 19 octobre 2007 10:24

        Enfin,vous ouvrez les yeux sur la réalité des disfonctionnements dans notre société,qui tiennent plus à ce que vous écrivez :

        "alors il faudra bien accepter de reconnaître que les difficultés inhérentes à la fac ne sont pas uniquement liées à un manque de moyens financiers. Il semble acquis que des dérives dites corporatistes ou individualistes soient monnaie courante. On pourrait aussi évoquer des comportements autocrates. Plus précisément, les pratiques déployées par les enseignants-chercheurs sont souvent finalisées en vue d’intérêts personnels et non pas subordonnées aux exigences requises pour proposer aux usagers, les étudiants en l’occurrence, le meilleur service possible’

        Oui,et vous reconnaissez du courage à Nicolas Sarkozy

        « Et Sarkozy, face à cette cathédrale des savoirs en ruine, il tente un ravalement, ou qui sait, une reconstruction, espérant qu’un puisse dynamiter les « mauvaises facs » comme on fait avec les barres HLM, pour construire à la place quelque usine à produire du citoyen employable dans l’économie de la connaissance »

        C’est bien,car vous comprenez que les difficultés dans ce pays ne viennent pas des français qui ont votés SARKOZY mais du comportement culturel d’une certaine culture de gauche qui par des idées « sans issues » amenent tous le service public (enseignement compris) par le bas.

        L’exemple de l’université est un exemple flagrant

        Avons nous vraiment des universités dignent de ce nom ?


        • Bernard Dugué Bernard Dugué 19 octobre 2007 10:33

          Il y a quelques Universités qui se portent bien, Grenoble dans les nanotechnologies, Jussieu, la Sorbonne, et plein d’autres

          Quant à Sarkozy, si vous pensez que je le complimente en évoquant les usines à produire des employables, je ne vais pas vous persuader du contraire...

          comme je n’irai pas convaincre celui qui croit que la terre est plate que c’est pas vrai


        • Zalka Zalka 19 octobre 2007 11:01

          Lerma, vous êtes ridicule. Une fois de plus, votre analyse d’un problème vous conduit à désigner comme cause du problème une catégorie de population : autrement dit un bouc émissaire. Evidemment, ce bouc emissaire est votre « ennemi », les vilains méchants rouges avec un couteau entre les dents.

          Que ce soit dans les discussions liés à l’islam, à la politique ou comme ici à l’éducation, vous appliquez en permanence la méthode du « mouton noir » à désigner. Voilà la vrai forme de terrorisme intellectuel, de facisme qui vous caractérise. (Et pas votre ralliement à Sarko, avant que vous ne pleurnichiez)

          Vous pensez combattre des personnes comme Michel Maugis (l’utra castriste d’agora vox), en réalité vous vous contentez de désigner un autre type de bouc émissaire.


        • ZEN ZEN 19 octobre 2007 11:53

          « ...des universités dignent de ce nom ... »

          Ce n’est pas l’université, c’est l’école primaire qui s’impose ici...


        • haddock 19 octobre 2007 14:04

          Les universités dignent de ce nom c’ est romantique comme tout , du verbe dignier , ex : pourriez-vous venir digner ce soir ?

          Les dindons dignes ne sont pas tous dignes d’un don .

          Ca m’ isole .


          • Yohan Yohan 19 octobre 2007 15:53

            @demian

            A quand un calendrier de tes pin-up ?


            • Mohammed MADJOUR Mohammed 20 octobre 2007 17:07

              > Qui veut la peau du CNRS ? par Mohammed (IP:xxx.x9.40.33) le 20 octobre 2007 à 17H00

              Il n’y a rien, aucune science à découvrir, aucune idée scientifique à faire valoir, aucune révolution scientifique à venir en dehors de la synthèse que j’avais adressée au Cnrs ainsi qu’à l’Académie des sciences et à plusieurs Universités en 2001, sous le Titre unificateur :

              « RECHERCHE SCIENTIFIQUE ET EPISTEMOLOGIE »

              L’Univers en entier matière et énergie, l’infiniment petit, l’infiniment grand et tout ce qui est intermédiaire est dans cette synthèse ! Vous comprenez...Moi je comprends très bien !

              MOHAMMED.


              • armand armand 22 octobre 2007 00:29

                Bof...

                On s’attend à des révélations catastrophiques et on a l’inventaire de toute grosse institution qui contraint de nombreux êtres assez complexes, fréquemment névrotiques (longues études obligent), à travailler ensemble dans un équilibre forcément précaire entre des missions différenciées d’enseignement, de recherche, d’administration.

                Le mode de recrutement ? Ce sont généralement ceux qui sont recalés à la qualification qui s’en plaignent. Le CNU n’a absolument pas comme mission clandestine de recaler un maximum de dossiers - je peux en témoigner de l’intérieur. Bien au contraire, et de plus en plus, le CNU aurait tendance à trop qualifier compte tenu du petit nombre de postes, suscitant forcément de grands espoirs suivis de grosses déceptions. Et les critères de qualification, souvent tendancieux et étroits d’il y a quinze ans, se sont élargis pour tenir compte d’un maximum de facteurs (notamment l’enseignement et l’administration).

                En quinze ans de temps, depuis que j’ai eu la lubie, me trouvant simple vacataire devant un amphi de 500 étudiants (ça ne m’a pas fait peur), de devenir enseignant-chercheur, j’ai franchi tous les échelons : chargé de TD, ATER, associé, MC, PR depuis trois ans. J’ai rencontré du sadisme psychologique, des oeillères, du mépris parfois, mais jamais la malhonnêteté, le bluff ou l’esbrouffe qui caractérise les autres milieux professionnels où j’ai trainé mes guêtres (militaire, sportif, littéraire, et j’en passe...).

                Au niveau local je vous l’accorde, on cherche tout naturellement à placer ses thésards. C’est normal car, appelons les choses par leur nom, le rapport maître- disciple est au coeur de la transmission du savoir, et si blocage il y a, c’est souvent dû aux membres médiocres et peu productifs des commissions (notamment les vieux MC...) qui font obstacle au recrutement des jeunes plus brillants. J’ai imposé le recrutement d’une MC absolument remarquable en menaçant de recourir au CA pour casser le classement préconisé, qui avantageait une candidate très jeune, docile, qui ne ferait pas de vagues.

                Mais justement, dans le monde feutré et parfois hypocrite de l’université, il faut savoir parler fort, dire non, se placer en opposition. Les intellectuels sont mal armés pour cela, et je reconnais que mon passé me donne un avantage.

                Vous brandissez la sempiternelle légende du ’mépris’ affiché pour les étudiants. Peut-être de la part de certains mandarins parisiens. J’ai l’expérience de trois universités de proximité (Le Mans, Lille, Littoral) et je peux vous dire que les étudiants sont au centre des préoccupations. Et qu’ils peuvent être très procéduriers en cas de défaillance ! Mais il y a aussi un revers de la médaille:livrés à eux-mêmes, les étudiants ont un comportement de consommateurs dans un libre-service:absentéisme, inattention, rares sont ceux qui font les préparations demandées. Et le système de compensation des notes les incite à se contenter des matières où ils ont de bons résultats et ne pas se fatiguer pour les autres. Comme dans toutes les relations professionnelles, lorsqu’il y a implication de l’étudiant, les profs savent lui faire bon accueil et l’encourager. Et quand un prof se passionne pour son cours, à leur tour les étudiants apprécient.

                Quant à la réforme actuelle, je vois surtout l’obsession de la concentration des pouvoirs. Sachez que dans les grosses facs américaines (citées en exemple), bien loin de réserver le recrutement à une mini-commission nommée par le CA, ce sont tous les enseignants titulaires du département qui votent. Et le président de la fac doit composer avec plusieurs conseils et non dominer de son pouvoir de veto un CA croupion comme celui qu’on nous prépare. Bizarre...


                • mat 22 octobre 2007 23:20

                  En partie d’accord. Pourquoi ai je l’impression que l’auteur de l’article veut régler des comptes avec l’université ? Il me semble que ce n’est pas sa première sortie sur le sujet. Pour avoir également cotoyé 3 universités (et avoir été recruté dans une université ou je ne connaissais personne et où je n’avais jamais mis les pieds), je ne retrouve pas mon quotidien dans ces commentaires. Je vois des enseignants chercheurs débordés, qui entretiennent des salles de TP jusqu’à pas d’heure, qui s’inquiètent pour les étudiants qui rament, qui organisent des cours de soutien en math pour les étudiants en difficultés volontaires.

                  Contrairement au texte de Monsieur Dunezat cité plus haut, je vois des chercheurs qui prennent plaisir à s’échanger leurs idées et découvertes, des pauses cafés animés (pas de désert relationnel ou social), des enseignants chercheurs present de 8h a 20h30 (sans blagues !!). Dans notre labo, nous sommes plus de la moitié a avoir été recruté en externe à la fac (oui, il y’a aussi du recrutement local). Je vois aussi un sujet de recherche qui marche, avec des publis et une exportation de la manip hors de la fac (à l’usage des médecins, biologistes, chimistes, physiciens..)

                  Les contraintes, je les vois surtout quand je commande des pièces pour la manip, où un papier doit être contresigné par le supérieur hierarchique, le chef de service, le comptable, puis validé par l’administration du campus. Je les vois dans les manques de moyens qui se traduisent par des pertes de temps. Je les vois dans le désintérêt des étudiants pour les sciences qui se traduisent pas une diminution spectaculaire des postes et donc un affaiblissement de la recherche par absence de postes.

                  Autre discipline, autre analyse ?

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