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Accueil du site > Actualités > Société > Réflexions sur la ville du futur

Réflexions sur la ville du futur

Un billet pour, entre autres choses, illustrer avec légèreté la prochaine échéance des municipales en 2008. C’est quoi une ville ?

Tous ceux qui ont pu suivre l’évolution des grandes métropoles françaises peuvent en témoigner. Les villes ont changé et plus spécialement les centres urbains avec quelques tendances qu’on retrouve d’une ville à une autre, attestant qu’une certain esprit de la construction urbaine est présent, tout comme Montesquieu avait trouvé dans la formulation des lois la trace d’un esprit qui en détermine les contours. Parmi les grandes villes françaises, il y en a deux que je connais bien, Nice et Bordeaux. Ces deux exemples dévoilent quelques tendances également présentes dans la capitale, Paris, dont les évolutions sont régulièrement narrées dans les médias, sur fond de polémique politicienne, alors que d’aucuns se sont récemment interrogés sur l’attractivité d’un Paris qui, actuellement, semble promis à devenir une résidence principale sans âme pour classes supérieures, un musée riche en Histoire pour touristes du monde entier et un lieu de villégiature pour voyageurs friqués et autres milieux d’affaires.

Au vu des changements récents, un thème domine la grande ville. L’automobile est l’ennemie de la cité, enfin, certaines automobiles, celles qui viennent de la périphérie et qui, à l’instar du métèque croqué dans la philosophie d’Aristote, ne sont pas déclarées les bienvenues, surtout pour les nuisances qu’elles occasionnent. En France, on achète du pétrole, on a largement de quoi approvisionner les véhicules, mais on a plein d’idées pour barrer l’accès des centres-villes aux automobilistes. Le péage urbain n’est pas encore en vigueur, comme à Londres ou Stockholm, mais on constate la mise en place de dispositifs érigés en « thérapie antimobile ».

Premier dispositif, limiter le déplacement et la vitesse. Pour cela, on a vu fleurir des ralentisseurs pas spécialement tendres pour les amortisseurs des véhicules. Certes, justifiés à la sortie des écoles ou en des cas spécifiques, mais pour beaucoup placés de manières que l’automobiliste jugera inopportunes. Et même illégales, à moins que les textes aient changé depuis quelques années. Les mauvais esprits ne sont pas les plus idiots. Ils supputent que dans certaines rues, certains quartiers, quelques associations de riverains ont leurs entrées à la mairie ou que quelque notable réside dans des lieux résidentiels classieux. Un autre système a été mis en place, celui des chicanes. Les riverains sont parfois excédés par l’imprudence (ou l’impudence) de quelques automobilistes pressés, alors les mairies ont mis en place les chicanes, autrement dit un stationnement alterné, ce qui oblige les automobiliste à quelques exercices d’autant plus pénibles que la marge de manœuvre est réduite par un empiètement excessif des véhicules garés. Cela dit, les gens sont sécurisés face à tous ces Alonso et autres Fangio du volant. Et comme sur un circuit de F1, les chicanes sont employées pour ralentir cette folle vitesse.

Pour ce qui est de la zone de déplacement, on aura constaté une extension des zones piétonnes suite à la première phase de la mise en place de ces lieux de promenade pour chalands et badauds, à la fin des années 1970. La rue de Nice où, en 1975, j’ai fait un vol plané quand une automobiliste me coupa la route et que la mob se mit à cramer, fut piétonnisée quelques années plus tard. A cette époque, toutes les villes, grandes et moyennes, se sont dotées d’une zone piétonne, tandis que les petites villes ont emboîté le pas. Soulac-sur-mer dispose d’une rue piétonne, et récemment, la station de Valberg et son esplanade réalisée à grands frais, merci Christian Estrosi et les fonds généreux du conseil général des Alpes-Maritimes. Plus récents sont les dispositifs de contrôle d’accès. A Bordeaux, l’hypercentre est parsemé de bornes d’accès. Les riverains disposent du sésame permettant de franchir ces nouvelles frontières urbaines, alors que les services publics et les livreurs peuvent sonner à un interphone pour abaisser ces bornes cylindriques coulées dans du métal. D’autres villes se sont dotées de dispositifs similaires, comme la petite station balnéaire d’Andernos, située sur le bassin, et qui a mis en place quelques chaînes mobiles limitant l’accès à son hypercentre, là justement où se situent la plupart des boutiques, ce qui permet aux consommateurs de piétonner sans être indisposés par les automobiles, tout en laissant l’accès aux riverains et livreurs.

Second maillon sensible dans l’usage du véhicule personnel : le stationnement. Si on ne peut pas laisser son véhicule dans un endroit, autant le laisser au garage et prendre son vélo ou les transports en commun. Hélas, ce n’est pas aussi simple. Le stationnement est aussi un élément à prendre en considération pour les habitants des grandes villes. Pas tous, car ceux qui possèdent où louent un garage sont exonérés de la hantise provoquée par la recherche d’une place pas trop loin de leur lieu d’habitation. Or, il se trouve que, malgré l’augmentation des constructions de logements, les municipalités ont mis en place une politique de réduction du stationnement. Des rangées de plots métalliques ont envahi les trottoirs pour empêcher le stationnement des véhicules. Honnêtement, cette pratique, même si elle peut indisposer les riverains (en général ceux qui disposent d’un garage), facilite, moyennant une tolérance des autorités, le stationnement de ceux qui n’ont pas d’autres possibilités et, le soir, c’est toute de même pratique quand on invite des amis qui peuvent se garer à proximité. Je ne parle pas du plombier ou du livreur qui en cas de nécessité peuvent stationner sur un trottoir. Mais dans certaines rues, les riverains ont décidé de chasser les véhicules. A Nice, si vous empruntez les rues de la ville, pas seulement celles près du centre, vous constaterez qu’un nombre de places important est dévolu aux livraisons. Devant une boulangerie on peut même trouver deux places pour livreurs. Certes, c’est utile, permettant d’éviter un stationnement en double file. Mais l’envers du décor, c’est que des milliers de places ont été condamnées et pas question pour un métèque de s’y garer, la fourrière veille et s’empressera de venir chercher le véhicule indélicat. Je ne sais pas comment cela se passe ailleurs mais pour sûr, les Niçois risquent d’avoir le palmarès de ceux qui se font le plus livrer.

Cette politique de l’automobile va dans le sens de la politique sociale mise en place par les municipalités qui cherchent à faire des centres-villes des zones résidentielles pour classes moyennes et supérieures et chasser les pauvres à la périphérie. Ce phénomène est en place, notamment depuis l’amorce de la montée du prix de l’immobilier. On comprend alors que la politique du stationnement entre dans cette logique puisqu’un garage n’est pas à la portée de toutes les bourses, se négociant 30 000 euros voire plus. Une autre idée de l’automobile et de la ville a été mise en place, sans que le volontarisme des politiques de la ville et les vœux de mixité sociale puissent inverser la tendance.

Le tramway entre également dans cette logique puisqu’il réduit encore plus le stationnement des véhicules privés. Le tramway justifie aussi l’extension des zones piétonnières ou bien en accès contrôlé. C’est le cas de Bordeaux, face au Grand Théâtre, avec son tout nouvel hôtel de luxe, et la place Pey-Berland, où se trouvent la cathédrale et l’entrée de la mairie, est devenue une esplanade après avoir été traversée par des millions de véhicules par le passé. Enfin, pas toute la place, car dans un recoin, un parking privé accueille des Citroën C6 qu’on devine être des voitures de fonction ou d’élus. Par contre, ceux qui viennent travailler en ville ont la facilité d’utiliser le tramway pour arriver le matin depuis leur dortoir de banlieue et y retourner le soir. Ce même tramway qui dépose les chalands face aux magasins pour le plus grand plaisir des commerçants. Que du bon pour la croissance ! Et des chalands dont le portefeuille n’est pas forcément vide car à la périphérie, il existe aussi des demeures cossues habitées par des gens à haut pouvoir d’achat, séduits pour aller faire les boutiques du cours de l’Intendance... ou alors de l’avenue Jean Médecin à Nice, là où passe le tout nouveau tramway. L’automobile a été condamnée sur une bonne partie de l’avenue alors que par le passé, on y circulait sur quatre voies. Tout a été fait pour faire de cette prestigieuse avenue une allée marchande avec ses enseignes de bonne facture. Cette avenue qui aboutit à la place Masséna, elle aussi transformée en esplanade, juste traversée au milieu, en direction de la mer, par l’avenue Félix Faure et sur le côté vieille ville par l’autre avenue conduisant vers Acropolis et le palais des expositions. On constate ainsi un même schème de développement impliquant une idée de la ville, ses transports, son commerce, sa circulation et « naturellement » (comme aurait dit Jacques Chirac), son habitat.

Un signe sur ce développement commercial. Les quais des Chartrons à Bordeaux, sitôt rénovés il y a trois ans, ont accueilli quelques enseignes populaires, du genre Truffaut, Planet Saturn ou Go Sport, des magasins qu’on trouve habituellement dans les grandes zones commerciales des banlieues. La greffe n’a pas pris, attestant d’un certain esprit de la ville. Maintenant, les locaux de ces anciens magasins ont été découpés pour accueillir des boutiques plus griffées, genre Minelli pour les dames bien chaussées à prix correct, et tout le reste, bref, un concept contemporain pour une ville classieuse avec des périphéries chics ou prolétaires ; on trouve de tout à la périphérie, en France comme dans les villes américaines.

Chacun pourra constater des évolutions similaires dans sa localité. Ce billet n’a pas une vocation idéologique, bien qu’une certaine candeur socialisante y affleure. Quant à la question de l’automobile, on ne peut y voir un avis partisan, vu que je suis un adepte du vélo.


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9 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 13 novembre 2007 13:48

    Le contre modèle se trouve actuellement à Paris ou la municipalité Marketing gauche caviar construit un nouveau mur de Berlin pour éviter que la populasse de banlieue ne viennent polluer par leur présence les quartiers des nouveaux riches de la municipalité PS-VERT

    Des rues très sales,des travaux partout,des commercants qui crevent car les consommateurs n’ont pas de place de parking .......... ;bref la liste des abérations est longues

    Un contre modèle de ce que le marketing peut produire en politique


    • Manuel Atreide Manuel Atreide 13 novembre 2007 14:38

      Ok Lerma ....

      fin des affirmations gratuites. Où trouvez vous les rues de Paris dans l’état où vous les décrivez ? Quelles sont vos preuves ?

      Ou est ce mur de séparation des « bobos » parisiens d’avec les banlieusards ? Si vous parlez du périf’, quand a-t-il été construit ?

      C’est bien joli de vouloir faire du commentaire politiquement incorrect, mais encore faut-il s’en donner les moyens. Pour le moment, vos commentaires font plus penser à un prurit du bon electeur de droite ulcéré de voir la capitale heureuse sous un maire socialiste qu’à une critique argumentée.

      Au boulot pépère !

      Manuel Atréide


    • Manuel Atreide Manuel Atreide 13 novembre 2007 14:48

      @ l’auteur ...

      Votre papier est particulièrement intéressant, surtout dans sa description du processus qui touche en ce moment les grandes villes françaises. En effet, c’est partout sinon une chasse à la voiture, du moins une réduction de l’espace qui lui est consacrée.

      En revanche, si vous vous étendez sur le concept de la voiture meteque (deja pas terrible comme concept, il y a aussi des meteques en centre ville ... si si je vous assure que meme le centre de Paris n’est pas encore un refuge pour millionaires), vous ne dites pas un mot sur ce qui a amené ce reflexe de refus de la voiture : les centres villes, urbanisés en d’autres temps, ne sont pas conçus pour un tel afflux de véhicules, et surtout pour permettre la dispersion de tous les gazs polluants. Les rues sont en centre ville étroites, les immeubles hauts. Alors, ou on rase et on reconstruit (proposition qui fut faite en son temps par Le Corbusier), ou on limite l’afflux.

      A cette réserve près, j’ai adoré votre papier. Belle plume.

      Manuel Atréide


    • tvargentine.com lerma 13 novembre 2007 15:17

      5, rue de la Montagne Sainte-Geneviève 75005 Paris,tous le quartier se retrouve avec des « travaux » qui plombent le commerce ,mais en velib ,sous la pluie il te sera facile de constater que tu as des travaux à tous les coins de rue

      A ce demander si le financement des partis politique en caisse noire du BTP ne continue pas.

      Ensuite,la saleté,elle saute au yeux,y compris sur les champs ou c’est vraiment CRADO !

      Ne pas voir tout cela,c’est etre aveugle

      Ensuite,je suis pas de droite,mais je regarde que le « TRAM » n’est souvent a moitié vide mais que cela necessite un vrai mur pour entrer dans Paris (en attendant les payages ?)

      Au lieu d’encourager la spéculation,la Mairie aurait du proposer un Grand Paris afin d’intégrer la banlieue dans un seul ensemble au lieu de créer un nouveau mur de Berlin par des « tram » qui ne servent pas à grand chose ,réduire les voies de circulations,alors qu’ils faut les élargir et démocratiser le prix des parking souterrains

      12€ pour 2 heures c’est cher !

      Surtout pour aller au ciné ? non ???

      Ha !! j’oublais,dimanche soir dernier,la tonne de papier et de detritus,au pied du palais Garnier c’est un modèle de proprété ????


      • Manuel Atreide Manuel Atreide 13 novembre 2007 18:18

        Ecoute Lerma,

        je vis à Paris depuis des années. J’ai connu Chirac, Tiberi et Delanoé en tant que Maire. Et si la ville n’est pas d’une propreté irréprochable, je dois dire qu’il y a eu des progrès de tous temps. Mais il y a un véritable coup d’accélérateur depuis 2001. Sans être parfaits les trottoirs sont nettement plus propres, ne serait-ce que par la disparition progressive des crottes de chiens.

        Les travaux dans la ville, c’est vrai, il y en a régulièrement. Mais cela ne dure généralement pas très longtemps et le résultat est toujours un mieux par rapport à l’état ante. Là encore, supporter quelques nuisances temporaires pour avoir un mieux ne me semble pas délirant. D’autre part, la ville a été peu bouleversée dans son quotidien, à deux exceptions : les couloirs de bus (mon dieu quelle progression, on circule enfin en bus !!) et le tramway dont les travaux ont duré longtemps mais qui permettent enfin aux boulevards des marechaux au sud de connaitre un véritable renouveau. Alors si ça ne te plait pas, tant pis, mais d’autres voient ça de manière très positive.

        Quand au « Grand Paris », je suis pour. Vraiment. Mais le Maire de Paris ne peut pas grand chose seul. Il est immédiatement confronté à l’accusation d’hégémonisme, au soupçon de faire disparaitre les communes de la petite couronne, souvent émis par des potentats (de droite la plupart) qui veulent garder leur pré carré. Seule une intervention de l’état permettrait de débloquer la situation. Que fait ton président chéri ? Quel est son avis ?

        Remets donc les choses à leur place et rends à chacun ses responsabilités. Bertrand Delanoé n’est sans doute pas parfait, mais c’est sans aucun doute le meilleur Maire que paris a eu depuis un temps fou. Et les parisiens le savent. Sinon, il ne serait pas en tête des intentions de vote ici à Paris. Mais, peut être est-ce cela qui te dérange, au fond.

        Manuel Atréide


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 13 novembre 2007 18:40

        Manuel, votre témoignage est intéressant, attestant une sorte de parallélisme entre Paris et Bordeaux, même si la couleur politique est différente. J’avoue pour ma part que les travaux du tram m’ont agacé et puis, une fois que tout a bien fonctionné, je trouve l’ensemble plus qu’honorable. Dans ces aventures, il y a toujours des gens lésés, je pense aux habitants près de la ligne de tram, avec les places de stationnement qui ont disparu mais au niveau du gain public, le bilan est excédentaire.

        Sinon, pour répondre à l’autre question, effectivement, la ville s’est trouvée saturée par la civilisation de la voiture. Il a manqué aussi un peu de discipline dans l’usage intempestif des véhicules personnels. Quoi qu’il en soit, le centre ville semble voué à être habité de plus en plus par des gens ayant quelques moyens, c’est aussi cela l’idée que je voulais faire passer


      • maxim maxim 13 novembre 2007 23:49

        alors,je vais vous parler de la transformation de la ville de Fontainebleau ,et de son nouveau plan de circulation ,de ses casses voitures et casses gueules aussi pour les cyclistes dont je fais partie ,aussi bien pour les grandes sorties vélo que pour mes petites courses en ville ..... pour plaire à ses amis ,le nouveau maire qui ne sera certainement pas réelu a fait aménager la ville aux désirs d’une poignée de gens influents ,et c’est du n’importe quoi ,pour soit disant améliorer la sécurité des piétons et rendre plus attractive la ville .....

        résultat ,les commerçants font la gueule car les clients ne peuvent pas s’arrêter devant le magasin si il y a des choses lourdes ou volumineuses à charger ,les camions de livraison bloquent toute la circulation à l’heure où tout le monde va au boulot ,et la rue de France ,une des artères principale est mise en sens unique en son milieu ,ce qui fait que celui qui habite à son extrêmité est obligé de faire le tour de la ville pour rentrer chez lui ( mon cas )avec les bus ,les camions,le trafic généré par cette déviation du flux .....

        je suis à 1 km du centre ville ,et maintenant ,j’en fais plus du double pour rentrer chez moi ....et bouchons garantis !!!

        résultat ,je ne vais plus que chercher mon pain ou à ma banque en ville à vélo,ou quelques menues courses et tout le monde fait de même .......

        les commerçants font grise mine ,les Parisiens qui venaient les Week End ,ne trouvant plus de place pour se garer ne viennent plus autant qu’avant ,et les cafés restaurants qui en vivent le ressentent...... bref,tout faux !!!!!


        • maxim maxim 14 novembre 2007 00:51

          j’ai fait un commentaire correspondant à l’article en question ,ou est il passé,je ne parlais que de ma ville et de son plan d’aménagement ...... pourquoi l’a t’on mis à la trappe ?????

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