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Regard de primate sur les réseaux sociaux : seconde partie

L’éthologie (l’étude des comportements) en particulier l’éthologie des primates apporte un éclairage intéressant au phénomène d’engouement pour les réseaux sociaux sur le web tels que Facebook.

- Les réseaux sociaux outils de séduction « masqués »

En bon primate, on ne se limite pas à rechercher des liens sociaux, mais nombre d’entre nous espèrent trouver leur partenaire d’un soir ou d’une vie. C’est pas toujours facile au bureau, vu les conséquences en cas d’échec, et dans les autres moments de la vie, c’est la course, la promiscuité imposée, donc le parcours du combattant.

Les Meetic et autres sites de rencontres commencent à se faire quelques cheveux blancs avec le succès d’un réseau comme Facebook qui permet à ses membres notamment d’illustrer leur profil par une photo.
Facebook permet d’accéder gratuitement (les sites de rencontres sont payants) à des milliers de photos de personnes et de connaître leur situation maritale, la ville ou le pays où elles vivent, c’est déjà beaucoup.

Par rapport à un site de rencontre, on avance masqué, s’inscrire sur Facebook ne veut pas dire « je cherche âme sœur », mais « je cherche à renforcer mes liens sociaux ». Donc la fierté est sauve, et c’est au hasard des contacts, des liens réanimés, croisés... qu’on espère faire The rencontre.
Par rapport à un site de rencontre, Facebook est plus rassurant, car il permet, comme dans la vraie vie, de rencontrer les amis de nos amis... donc a priori de rester dans notre univers socioprofessionnel, culturel ce qui maximise les chances d’un lien durable.

Tout cela sous la pression sociale de nos « amis » car sur Facebook, ce que vous dites aux autres membres, ce que vous leur envoyez, est porté à la connaissance de tous vos autres amis.

Malheur à celui qui se conduit mal, il aura à répondre de son comportement devant tous ses friends !
Il y a quelques mois, une nouvelle application est apparue qui facilite encore plus les rencontres et conquêtes amoureuses sur Facebook.

Le jour où les langues se délieront, et où l’on évoquera la séduction comme motivation première pour rejoindre les Facebookers... Facebook devra se battre pour préserver son attrait. C’est notamment parce qu’il avance masqué, qu’il séduit !

- Les réseaux sociaux comme outil d’influence et de pouvoir ?

Pour les primates les plus évolués comme les chimpanzés, la course aux « amis » est essentielle, surtout pour ceux qui veulent devenir chef. Plus on compte d’amis, de soutiens, plus on a de chances d’accéder au pouvoir. C’est la règle, un primate seul ne peut pas prendre le pouvoir.

Le chimpanzé doit en permanence se comporter de manière à conquérir des voix.
Tous les moyens sont bons, séduction, coup de main en cas de difficulté, voire intimidation parfois...

Dans notre inconscient collectif de primate humain, il est clair qu’un homme ou une femme de pouvoir doit être le plus entouré possible.
Les réseaux sociaux offrent l’illusion à ses membres d’être des personnes influentes et de pouvoir puisqu’elles leur permettent d’afficher sur "leur profil" leur nombre d’amis. Avec une cinquantaine d’amis, vous commencez tout juste à imposer un certain respect.

L’affichage public de notre capacité d’influence représente une information capitale qui justifie à elle seule, certaines adhésions aux réseaux sociaux.

Malheureusement le baromètre de notre popularité n’est pas des plus fiables. Tout simplement parce que les « amis » sur Facebook n’ont pas la même valeur que dans la vie réelle. Tout le monde est encore loin d’être sur Facebook, nos vrais amis ne sont pas tous membres loin s’en faut, donc il faut en aller chercher d’autres, des amis « virtuels » : ceux qu’on a rencontrés sur les plages corses l’an dernier, ceux qu’on a croisés lors du dernier séminaire, les amis de nos amis... Il faut dire qu’accepter d’être un ami n’est pas très impliquant.

Il suffit de répondre oui à la demande « d’amitié » en cliquant une fois ! Et c’est d’autant plus tentant, que ce nouvel ami, pourra afficher de son côté un nouvel ami au compteur, c’est donc une opération gagnant-gagnant !

Seule contrainte tout de même, ce nouvel ami, va découvrir tout notre réseau d’amis, il y aura accès, il pourra communiquer avec eux.

On comprend qu’avec de si faibles contraintes on puisse multiplier les amis et donner facilement l’impression de disposer d’un réseau d’influence sans fond.
Vouloir évaluer le pouvoir de chacun à partir des réseaux sociaux est une illusion, le pouvoir ne se mesure pas au compteur d’amis de Facebook, c’est clair.
C’est d’autant plus vrai que certaines applications permettraient d’acheter des amis sur son réseau. Pour l’instant le projet « Fake your space » a avorté, mais ce n’est que partie remise tant les appétits des internautes sont grands. Il s’agissait de choisir dans un catalogue, photos à l’appui, les amis qu’on voulait « adder » à son réseau affiché sur sa page. Histoire de doper le nombre d’amis et en particulier d’amis super valorisants à son compteur...

Ceci étant les réseaux sociaux offrent d’autres moyens pour afficher son influence, qu’un compteur d’amis. C’est le fait de créer des « groupes, hubs »... c’est-à-dire de fédérer des membres autour d’un enjeu, centre d’intérêt commun. Si vous créez un groupe qui attire plusieurs centaines de personnes, cela veut dire que vous êtes influent.

Mais, là encore, l’illusion est grande ; il est facile d’attirer du monde sur un groupe, car faire partie d’un groupe est peu impliquant, il suffit de cliquer sur la case « je veux faire partie du groupe ». Sachant que plus vous faites partie de groupes, plus vous êtes censé être « open minded » et plus vous avez de chances de vous faire des contacts, donc, là encore, tout le monde a intérêt à faire partie de groupes.
La plupart des groupes présentent peu d’intérêt, une fois créé, il ne s’y passe pas grand-chose, peu d’échanges dans les forums de discussions.
Pour l’instant, c’est la dimension ludique qui domine, il suffit de voir le nom des groupes « Ceux qui détestent couper un oignon »... «  Halte à la feuille de salade décorative », « Ne restez pas immobile sur la file gauche de l’escalator », « Sarko, non merci j’ai déjà un chien  »...

Cependant, il existe des groupes très actifs, qui ont eu un vrai impact, des groupes militants qui se battent pour faire pression, l’un des plus efficaces a été créé pour éviter que « Facebook ne soit récupéré par les annonceurs », il a collecté des millions de voix et a obtenu gain de cause.

Ce cas montre que les groupes virtuels ont un pouvoir de mobilisation et d’influence potentiel. Il faut être patient, pour l’instant, avec Facebook, on est encore dans la phase de découverte d’un nouveau joujou, il faudra attendre la phase de maturité pour pouvoir mieux appréhender l’impact de ces nouveaux réseaux sociaux.

Mots-clés

Société

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