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Répétition du Karma pour Xavier Darcos

La réforme proposée par Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, ravive les éternels conflits qui agitent l’éducation. Et s’il ne s’agissait pas de tensions sociales, mais d’un principe plus profond et moins connu en Occident. Et si c’était le karma...

Il semble que la charge de ministre de l’Education nationale soit la première ligne de front du rapport de force entre la puissance publique et l’appareil institutionnel républicain. Quoi de plus républicain, de plus symbolique de l’institution publique française que l’école et, à travers elle, le système d’éducation instauré depuis plus d’un siècle dans notre pays ? C’est donc là que se cristallisent toutes les luttes entre les factions productrices de futures élites et futurs électeurs. D’un côté, il y a les gouvernants, les élus du peuple, qui croient détenir la volonté des nombreuses composantes de la population. De l’autre, il y a les agents de l’institution qui exécutent les ordres et les opérations de terrain, se confrontant au réel. Les uns pensent avoir raison du pouvoir conféré par la multitude, les autres affirment sur la base de l’expérience concrète que les premiers ont tort. Le conflit est inévitable. Le karma se répète encore et encore...

Depuis presque trente ans, parents, maîtres et élus s’accordent généralement sur la nécessité d’une transformation des institutions scolaires et universitaires afin de les faire coïncider avec les changements sociaux, culturels et techniques qui ont bouleversé et continuent de bouleverser le monde. Mais, depuis plus longtemps encore, les trois composantes, qui ont pour responsabilités de nourrir, former et protéger les générations futures, poursuivent une guerre continuelle selon des schémas stériles et parfois contre-productifs. Toutes tendances confondues, gauche, droite, centre, tous les ministres de l’Education nationale sont allés « au feu » et presque tous ont été, à un point ou à un autre de leurs tentatives de réformes, désavoués d’abord par le public (les parents et leurs enfants), puis par le corps enseignant (les maîtres et leurs élèves) et finalement par ceux-là mêmes qui leur avaient donné le feu vert de la réforme, les gouvernants (élus et administrés). Malgré cette répétition évidente et régulière des mêmes événements, personne ne semble remarquer le cercle vicieux dans lequel la société française tout entière est emprisonnée.

Tout le monde recommence, à intervalle d’une joute par mandat présidentiel, son manège et ses combats avec plus ou moins de manifestations, de manifestants, de coups et de jets de projectiles divers, pour finalement arriver à des lambeaux de mesures qui n’ont pas le temps d’être déployées qu’elles sont déjà rendues obsolètes par une nouvelle série de réformes imaginées par une nouvelle vague gouvernementale. Cette année, c’est M. Xavier Darcos qui s’y colle. Après les Savary, Devaquet, Bayrou, Jospin, Soisson, Beulac, Allegre, Ferry, Peyrefitte ou Chevènement, M. Darcos imagine qu’il dispose d’une réelle opportunité de réforme tant les parents sont excédés par la dégradation de la formation de leurs enfants, tant la société est fatiguée de la crise qui n’en finit pas, tant les gens en ont marre des statuts sociaux spéciaux de la fonction publique et notamment de ceux de l’enseignement. Malheureusement, M. Darcos semble tout ignorer du bouddhisme et du principe du karma. Mais que vient faire le bouddhisme là-dedans, me direz-vous ?

Le bouddhisme enseigne que le karma est construit par les pensées, les paroles et les actes de tous les individus existants. Comme toute production humaine, il se cristallise et s’organise autour de tendances, toujours plus fortes, et de cycles, de plus en plus répétés. Chaque année, notre population augmente et la force du karma s’accroît. Le karma, pour ainsi dire, ne connaît pas de baisse de la croissance, car ceux qui nous ont précédés font peser sur nous leur propre karma, par-delà même leurs disparitions. Devant une telle masse, les individus seuls ne peuvent plus faire face. Il devient alors nécessaire d’organiser la solidarité entre les composantes antagonistes de la société pour réussir une quelconque révolution des institutions. C’est à ce karma que fait face le ministre. Le gouvernement a été capable d’organiser et de boucler un Grenelle de l’environnement.

Pourquoi n’y a-t-il pas un Grenelle de l’Education nationale ? D’authentiques assises et débats publics sur l’éducation et ses conséquences pour l’avenir d’une nation ? Malheureusement, ce n’est pas la voie suivie par M. Darcos et son gouvernement. Suivant le principe du karma, l’issue de ce choix est déjà enregistrée dans la mémoire individuelle de chaque citoyen et dans la mémoire collective de la société française : manifestations, grèves, contradictions, échec... encore... et encore... Alors quand verrons-nous des hommes et des femmes considérer l’éducation de nos enfants comme un enjeu économique crucial et de long terme ? Peut-être faut-il que la finance mondiale s’effondre totalement et que le capitalisme se casse la figure une bonne fois pour qu’enfin le karma change. Les individus apprennent souvent de leurs échecs et changent ainsi leur karma, mais apparemment pas tous...


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3 réactions à cet article    


  • gaiaol 24 octobre 2008 12:30

    former les jeunes, tous les jeunes, leur donner les connaissances dues, au dela de leurs croyances, "les former et protéger les générations futures" car elles sont le devenir du pays, dans une école laique et républicaine égalitaire n’est plus qu’un rêve pieux pour l’éducation nationale. de réforme bricolée en moyens de plus en plus réduits, elle a échoué lamentablement. les écoles privées pululent et prennent le relais du rêve brisé. elles seules restent encore vigilantes à n’avoir pas un descriptif individuel de l’histoire et une distribution des postes plus équilibrée . dans ces écoles, les enfants (et leurs parents) respectent le dépositaire du savoir. pourquoi ne le font-ils plus à l’école publique ?

    de plus en plus dans les lycées publics, il y a deux enseignements : un pour la masse, l’autre pour ceux qui ont les moyens car le recrutement n’est pas toujours fiable. là ou il faut envoyer des anciens capables d’autorité on envoie des jeunes inexpérimentés, gardant les meilleurs pour les écoles ayant pignon sur rue. pourquoi ? parce qu’il y a enjeu politique ?

    la santé du corps enseignant dépend du repos de l’esprit. tant il est vrai que les enseignants n’arrêtent pas de s’en prendre plein la gueule depuis plus de 20 ans. en cultivant l’art de l’économie ou celui de l’indifférence, les différents gouvernants ont imposé leur rythme jusqu’à rompre l’équilibre fragile entre les dépositaires du savoir et ceux qui le reçoive.


    • morice morice 24 octobre 2008 22:09

       
      Pourquoi n’y a-t-il pas un Grenelle de l’Education nationale ?

      parce que les profs sont morts : regardez, même la Camif aussi.


      • richymars 25 octobre 2008 14:47

        Dans le bouddhisme, il y a la notion de Paramitas qui montre le chemin vers la Sagesse. Cette société a voulu ,par rejet de l’autoritarisme passé, devenir plus géréreuse à l’égard de ses enfants (1° Paramita : la générosité). Malheureusement, si on en reste là, on observe ce qu’il se passe actuellement dans les classes et dans les familles ,et plus largement dans la société, un trop plein d’agitation , d’émotions exacerbées , d’excitation et d’agressivité incontrôlées et maintenant incontrôlables.
        Par l’adage qui dit qu’on ne peut rejeter que ce que l’on a préalablement expérimenté, on comprend désormais qu’il faut passer à la deuxième Paramita : l’Ethique et par là même la discipline morale.
        Et c’est là que la crise de l’Education Nationale ,qui couve depuis près de 15 ans, rentre en résonance avec la crise financière et économique.
        Quand on réunira les vertus de l’Ethique avec celles admises de la Générosité, on pourra retrouver une certaine dignité dans l’homme.
        Mais les profs doivent encore beaucoup souffrir pour enfin lâcher leurs vieux conditionnements et leur peur du mot "Morale".

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