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Retour de stage ...

En direct de ma Segpa

Vidéo en contre-point  :

Le premier pas !

Nos élèves, âgés de 15 ans ont été plongés trois semaines durant dans le monde du travail. Après un petit stage découverte d'une semaine en mai, cette fois, c'était le grand plongeon dans la réalité. Ils sont en Segpa, à la fin de l'année ils seront orientés vers une filière courte. Les uns, iront en apprentissage, les autres se verront offrir des places réservées en Lycée Professionnel pour des formations très limitées.

Ce premier stage est un véritable test. De lui dépend en grande partie la réussite à l'examen final (Certificat de Formation Générale), la qualité du dossier scolaire qui sera présenté en fin d'année et la capacité de chacun à se remettre au travail pour leur six derniers mois scolaires. Le rapport de stage sera le support à bon nombre de travaux et servira de support à l'oral de leur examen final.

En ce lundi de retour au collège, nous avons souhaité regrouper les deux classes (seulement 22 élèves) dans la salle polyvalente. Chaque élève devant présenter son stage oralement devant ses pairs, répondre à leurs questions tout en suivant un plan d'exposé. Nous avions le double objectif de préparer l'oral de l'examen et d'informer tous les élèves sur les activités réelles de leurs camarades afin de pouvoir éventuellement choisir leur prochain stage parmi un des ces lieux d'accueil.

J'avais aussi l'intention de profiter de cette séance un peu solennelle pour effectuer un exercice que j'affectionne tout particulièrement. Durant la séance, je note une phrase significative (dans la mesure du possible) prononcée par chaque élève. Le lendemain, en classe, ils doivent retrouver qui a dit quoi tout en cherchant à retrouver dans quel secteur d'activité ce camarade exerçait son activé.

Être capable de s'écouter, prendre des notes ou bien se souvenir, donner du sens et de l'importance à l'expérience d'un camarade, ce sont des petits riens auxquels je suis attaché et qui sortent souvent de nos missions scolaires habituelles. Une fois encore, le lendemain je fus surpris de la fidélité des réponses et de l'écoute réelle qu'ils parvinrent à produire dans un environnement sonore qui ne me donnait pourtant pas pleine et entière satisfaction …

Chacun passa devant ce grand groupe. Pour maîtriser son appréhension le jour de l'examen, il faut parvenir à dominer des situations anxiogènes auparavant. C'est du moins ce que j'ai appris dans le monde sportif et je le mets parfois en application en classe … Je vous proposerai en fin de billet un petit travail où vous chercherez à trouver le secteur professionnel concerné.

Les interventions durèrent entre 6 et 10 minutes par élève. Je sais que cela peut vous sembler bien peu pour raconter une expérience de trois semaines. Nos élèves sont en grande difficulté avec la langue, ce travail qui parait facile, est pour eux d'une grande complexité. Le stage est également, une situation bien souvent faite de répétitions. Il n'est pas simple de dégager un récit élaboré.

Nous découvrons alors la véritable réalité de leur séjour. Notre visite ne donne qu'un aperçu très imparfait de leur quotidien. Nous réalisons que certains ont pris à pleines dents ce moment formidable, que d'autres sont passés totalement à côté de la complexité d'un métier. Il y a ceux qui se sont retrouvés véritablement au travail quand des camarades n'ont fait que regarder le temps passé. C'est la grande loterie des choix et des personnalités.

De ce grand moment, il y a les gagnants et les perdants, les déçus et les heureux, les désespérants et les belles surprises. C'est ainsi chaque année, il y a des miracles, des catastrophes, des confirmations et des points de suspension… C'est souvent une répartition qui détermine le résultat final, c'est terrible car c'est de leur future orientation dont il est question.

Nous avons eu le bonheur de retrouver trois garçons qui sont rentrés porteur d'une promesse d'apprentissage dans des métiers du bâtiment. C'est plus facile pour eux que pour leurs camarades filles qui rêvent presque toutes de devenir vendeuses de vêtements dans les beaux magasins du centre ville. Que faire pour que cesse cette farce de l'apparence et du futile ?

Nous avons une fois encore déploré deux arrêts de stage. Pour le premier, trois jours de stage et un arrêt de travail très douteux. Une fuite, une incapacité à prendre en compte les avertissements reçus et la triste réalité du monde de la mécanique automobile, le rêve des garçons qui se bercent d'illusions ! Ce mauvais départ risque fort de constituer un coup d'arrêt. J'aimerais tant me tromper.

Pour l'autre, la ligne jaune a été franchie. Un vol d'argent et de matériel, la faute impardonnable, rédhibitoire qui la conduira devant un conseil de discipline. Pour l'heure, aucune excuse, aucun remord et une incapacité à mesurer les dégâts collatéraux qu'elle a produit. Un lieu de stage définitivement perdu, une réputation qui rejaillit sur tout l'établissement et une gamine qui compromet son avenir immédiat.

Nous avons apprécié des parcours pleins de promesses, des efforts consentis, des difficultés surmontées, des enrichissements techniques de belle facture. Nous avons déploré, heureusement pour une petite minorité des stages sans contenu et sans envie, des élèves qui restent incapables de se rendre compte des exigences réelles du monde du travail tout en se pensant toujours supérieurs.

Beaucoup désormais savent ce qu'ils veulent faire, d'autres s'interrogent encore alors que le temps presse. Comment les en blâmer ? Ils n'ont que quinze ans et doivent si vite trouver une direction quand tant de leurs camarades n'auront à le faire que dans de longues années. C'est la loi de cette terrible injustice de l'inégalité des potentiels et des contextes personnels. Nous sommes souvent des témoins impuissants de drames douloureux.

Témoignagement leur.

=> Vente – Service aux personnes- Bâtiment – Automobile – Restauration – Nature

 

Phrase

Secteur

 

J'ai préparé du poisson. Je n'aimais pas faire le ménage !

 

 

Je faisais des tartes aux pommes. J'ai préparé une piémontaise !

 

 

Je me suis servi d'un pistolet à colle, j'ai posé des tourillons.

 

 

J'ai aidé des personnes à enfiler des vêtements « thermolactyl »

 

 

Le plus difficile : Porter les grosses fenêtres, c'était dur !

 

 

Le repas m'était offert à la cantine municipale. J'ai tourné dans 5 services

 

 

Le plus facile : Garder les maternels Il y avait une enseignante avec moi.

 

 

J'ai nettoyé la vitrine Je finissais à 20 heures, c'était un peu tard !

 

 

J'ai rangé la réserve. J'ai mis des bagues de taille J'ai orienté les clients.

 

 

J'ai appris à ficeler des rôtis, à débiter des steaks

 

 

J'ai déblayé la neige dans les allées avec un grand balai.

 

 

Je suis resté dehors avec l'équipe des jardiniers. C'est pas ce que je voulais faire

 

 

Je n'ai rien fait, j'ai observé simplement sans participer avant de partir.

 

 

Pour peindre au pistolet il faut une cabine qui chauffe à plus de 160 °C

 

 

Je voulais la plomberie, maintenant la serrurerie me semble possible

 

 

J'aimais partir en essai, on essayait les voitures qu'on venait de réparer !

 

 

J'ai cassé des plaques quand je les portais, j'étais mal !

 

 

J'étais en chantier à Chartres dans un funérarium pendant les 3 semaines

 

 

J'aimais travailler au chaud, là où il préparait les plats principaux

 

 

J'ai posé du lino avec un solier, un métier difficile : toujours à 4 pattes.

 

 

Je commençais à 6 heures, je devais me lever à 5 heures

 

 

En classe, nous avons décoré le sapin de Noël !

 

 


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15 réactions à cet article    


  • jaja jaja 14 décembre 2012 13:06

    Pauvres gamins ! Qui ose leur dire que le monde de l’entreprise capitaliste c’est le totalitarisme, le ferme ta gueule généralisé, l’humiliation comme le dénoncent les travailleurs de PSA dans le lien ci-dessous. ?...Le découvrent-ils à l’occasion de ces stages où ils sont en général accueillis par des travailleurs-tuteurs bienveillants et qui les ménagent....

    http://www.npa2009.org/content/%C2%AB%E2%80%89l%E2%80%99esprit-peugeot-est-fini%E2%80%89%C2%BB%E2%80%89-de-la-peur-%C3%A0-la-r%C3%A9volte%E2%80%89


    • C'est Nabum C’est Nabum 14 décembre 2012 20:23

      Jaja


      Le principe de réalité m’interdit de répondre à un discours politique qui suppose d’autres outils de lecture du monde. Eux, suvent en sont dépourvus. Que faire ?

    • foufouille foufouille 14 décembre 2012 13:19

      "Nous avons eu le bonheur de retrouver trois garçons qui sont rentrés porteur d’une promesse d’apprentissage dans des métiers du bâtiment."

      au prix espagnol ?


      • C'est Nabum C’est Nabum 14 décembre 2012 20:23

        foufouille


        Je souhaite rester correct !

      • foufouille foufouille 14 décembre 2012 13:21

        « Le plus difficile : Porter les grosses fenêtres, c’était dur ! »

        il etait paye ?


        • foufouille foufouille 14 décembre 2012 13:23

          « Pour le premier, trois jours de stage et un arrêt de travail très douteux. »

          il etait sous dialyse ?


          • C'est Nabum C’est Nabum 14 décembre 2012 20:25

            Foufouille


            L’envie de vous injurier me prend ! Je préfère laisser tomber !

          • foufouille foufouille 14 décembre 2012 22:01

            te genes surtout pas
            il est jeune, je connais

            sinon tu precise en tant que medecin
            avec tes pouvoirs magiques


          • Brontau 14 décembre 2012 17:16

             C’est avec un intérêt grandissant, Nabum, que je découvre chaque épisode de SEGPA. Ces jeunes, que vous nous donnez moins à voir qu’à tenter de comprendre dans la réalité concrète de l’expérience éducative que vous menez avec eux, et qui sont si éloignés de moi par l’âge, le milieu, le vécu, grâce à vous je mesure leurs détresses, leurs naïvetés, leur isolement administratif, social, culturel.
             Quand on sait que d’autres jeunes tellement plus favorisés sur tous les plans galèrent tellement, ne serait-ce que pour trouver des stages bidons, comment faire pour leur éviter de n’avoir d’autre avenir que l’exclusion ?
             Je sens votre désir et votre volonté farouche de faire en sorte que chacune de leurs expériences devienne structurante. Avant de pouvoir refuser et combattre les différentes contraintes et exploitations liées au travail ou à notre société, comme le soulignent certains, objectif que je partage, encore faut-il savoir qu’elles existent et être capable d’établir des priorités !
             Je m’en rend bien compte en effectuant le « devoir » que vous avez proposé à notre sagacité : il y a 3 propositions auxquelles je n’ai pu faire correspondre aucun métier ou activité connus, plus une dont je ne suis pas très sur d’avoir bien compris et deux ou trois autres qui m’indiquent juste une direction (restauration, espaces verts). Bon courage et à bientôt.


            • C'est Nabum C’est Nabum 14 décembre 2012 20:28

              Brontau


              L’exercice atteste à quel point leur expression ne fournit généralement que peu de détails explicites Ils sont dans la méta communication et notre guignol d’au dessus vient nous jouer des leçons d emorale qui sont parfaitement hors contexte !

              Ils ne peuvent exprimer pleinement ce qu’ils ont fait, j’ai tiré ce qui était le plus explicite de chacun et vous voyez à quel point c’est pauvre.

              Pourtant ils en ont parlé, ils ont donné des détails très périphériques. Ils cherchent à avancer et je leur montre le chemin.

              Merci de suivre leurs aventures

            • foufouille foufouille 14 décembre 2012 22:03

              fallait faire plus long et moins esclvagiste


            • subliminette subliminette 15 décembre 2012 08:13

              Bonjour Nabum,

              Quels sont les examens sérieux qui conduisent à orienter un gamin en SEGPA ? J’ai l’impression, mais je me trompe peut-être, que dès qu’un gamin éprouve une difficulté quelconque dans le circuit classique, hop, on le jette dans le « sac à linge sale » ( sans connotation péjorative) sans analyse sérieuse.
              Prenons l’exemple de la dyslexie : aucune formation des instits qui permettrait un dépistage précoce. Très mauvaise formation des professionnels de santé et psychologues scolaires qui assimilent la dyslexie à une maladie psychiatrique sans aucune connaissance de la réalité. IL faut souvent que ce soient les parents qui informent les pros sur la réalité de cette anomalie.
              Une fois mis dans le sac à linge sale, le gamin a peu de chances d’en sortir.

              J’ai connu un enfant physiquement handicapé (polio) que les profs ont voulu orienter vers un métier manuel ! Ses parents se sont battus. Aujourd’hui il dirige une banque (oui, bon d’accord, pour moi il a raté sa vie, mais bon....)


              • C'est Nabum C’est Nabum 15 décembre 2012 08:40

                subliminette


                Pire que tout, la dyslexie qui conduit immanquablement bien des gamins dans nos classes est un trouble qui peut être très bien encadré à la seule condition que les parents fassent les démarches qui conviennent.

                Nous avons des dixaines d’élèves totalement en rupture de lecture et d’écriture dont les parents ne peuvent, ne veulent, ne comprennent les démarches nécessaires. Et nous ne pouvons que constater les dégâts impuissants car c’est d’abord aux parents d’agir !

                Le linge sale c’est surtoutbmaintenant des gamins cassés incapbles de vivre dans une classe, de respecter les autres et les adultes, des diables livrés à leurs caprices et à eux-mêmes. Ceux-là ont été écartés du circuit pour fiche la paix aux classes ordinaires et viennent rendre nos classes spécialisées des leiux de tumulte et de désordre où il n’est désormais plus possible de travailler vraiment à ceux qui ont besoin de nous.

              • subliminette subliminette 15 décembre 2012 11:32

                Faut dire que ce n’est pas évident. Lorsqu’on a un enfant dyslexique on a d’abord l’impression qu’on est seul contre le système tout entier qui classe votre gamin entre débile grave et gibier d’H.P.
                Les parents capables de comprendre ce qu’est la dyslexie et de l’expliquer aux pros (qui devraient être au courant) peuvent se battre. Ils sont aussi capables d’opposer un refus net à des orientations crétines
                Mais les autres ? Ceux qui prennent la parole des pros pour parole d’évangile, ceux qui sont submergés par toutes les difficultés de la vie ? Ceux que le système domine impitoyablement ?

                Je pense que des progrès ont eu lieu, mais surtout grâce aux assocs de parents qui informent les milieux éducatifs. Qu’en pensez-vous ?


                • C'est Nabum C’est Nabum 15 décembre 2012 11:55

                  subliminette


                  C’est sans doute pourquoi les parents de nosn élèves ne font aucune démarche et abandonnent leurs enfants à des situations contre lesquels nous sommes totalements impuissants.

                  Ils aurient un ordinateur portable comme je l’ai vu parfois dans les classes ordinaires avec des renfants reconnus dys, cela irait nettement mieux

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