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Accueil du site > Actualités > Société > Retraites : en finir avec les non-dits

Retraites : en finir avec les non-dits

 Deux positions, toutes deux comptables, s’opposent concernant les retraites. Chacune, frileuse et non anticipative pour un sou, s’appuie sur des concepts déflorés et rancis, ayant pris un coup de vieux depuis la crise économico - financière. 

Celle du gouvernement en premier lieu. S’appuyant sur l’allongement de la vie - qui est pourtant la conséquence de l’armature de l’Etat providence à la française – pourrait se résumer, cyniquement ainsi : les retraites et l’action sociale ont rallongé l’âge de la vie des couches les pus défavorisées de notre société, il faudrait mettre tout cela en ordre. Au choix : vous vivez trop longtemps, il est temps de mourir. Ou alors vivre de plus en plus mal, ce qui revient au même.

Il ne vient pas à son esprit que des mesures pour améliorer la vie doivent se prendre avant la retraite, que celle-ci n’est pas le paradis sur terre, que les inégalités faites aux femmes, aux métiers pénibles, aux carrières courtes (par ce que leur formation l’exige), etc., ce sont des questions à régler pendant la vie active et non pas en fin de vie.

Il ne vient pas à son esprit que la réaction de ces couches sociales serait moins véhémente, si, pendant plusieurs décennies, en utilisant l’épouvantail du chômage, la vie active ne trouve d’épanouissement que dans l’eldorado hypothétique de la retraite.

Le moment cependant est mal choisi : depuis la fin des années 70, la « crise » rampante, réelle ou fictive, le discours de tous les gouvernements (avec des nuances certes importantes) se limite à répéter : il n’y a pas de sous, ceux qui travaillent sont des « privilégiés » par rapport aux bataillons de chômeurs de plus en plus fournis.

Puis survient la crise financière, et par magie, on trouve des fonds, des milliers de milliards, pour le secteur financier. C’est, qu’entre temps, la plus-value faite sur le travail et le capital a donné naissance, puis renforcé, les nouveaux venus dans l’économie mondiale, les « actionnaires », et leur spéculation. Certes ils existaient déjà, mais leur part, limitée par la loi et les Etats, restait constante. L’armature législative qui les contenait ayant sauté, les Etats ayant concédé au marché leurs prérogatives, les « marchés » sont devenus les maîtres du jeu. Ce n’est pas une question d’argent, ni de progrès, ni de fatalité. C’est une question idéologique, une question de volonté politique et de règles. Cela s’appelle la dérégulation, c’est à dire la fin des bornes, des règles, des lois qui constituaient, du moins en économie, l’Etat de droit.

Ainsi, les Etats légifèrent désormais pour faire accepter leurs abandons au profit du marché par les populations protégées de l’Etat et avec les quelles il avait un « contrat de confiance » qui s’appelle la cotisation. La cotisation est proportionnelle au salaire, à la masse salariale, à la population « active », au développement économique. Or, celui ci, l’économie dite réelle, s’effiloche au profit des investissement financiers et spéculatifs, par définition bien plus rentables. L’armature industrielle se délite, les salaires stagnent, les emprunts flambent. Le marché remplace l’Etat, les augmentations de salaires sont remplacés par des emprunts, la fiction de bien-être ou de survie n’existe que par la transformation des salariés en « emprunteurs » et qui survivent grâce à un coût de l’argent relativement supportable, concédé pour avoir la paix sociale.

Cependant, les grosses masses monétaires sont investies sur elles mêmes, et ce jusqu’à leur effondrement. Le coût de l’emprunt augmente et se tarit, les Etats deviennent emprunteurs, n’ayant plus la maîtrise de leur monnaie concédée au marché. Ils se font attaquer par le dit « marché », doivent faire des coupes à leur dépenses sans remettre en cause la suprématie et l’autonomie financière, et donc elles deviennent prédatrices de leurs propres populations, elles mêmes assujetties au marché, c’est à dire débitrices.

Les salaires les plus bas (qui n’avaient pas accès au crédit) deviennent une cible privilégiée « pour faire des efforts et des économies » c’est à dire à concéder plus de travail et moins de retraite par l’allongement et par la mort. 

En effet, l’allongement de la vie n’est pas une constante. C’est le bien -être de la retraite, l’usufruit d’une vie enfin encaissé qui la rallongent.

Toucher aux retraites, c’est sans doute, mettre un frein à l’allongement de la vie. Sans être énoncé, c’est probablement un des objectifs de ces reformes. D’autant plus que le chômage des seniors, de plus en plus important, intervient en fin de droits, entre le travail et une retraite désormais improbable. 

Le discours lénifiant portant sur la sauvegarde de notre système de retraites, et qui voudrait responsabiliser les citoyens quand à leur propre appauvrissement comme il les a « responsabilisés » quant à leur vie active en transformant tout groupe social en individus luttant pour leur survie en marge de leurs collègues, oublie sa propre responsabilité. Ce n’est pas les citoyens qui ont rendu les Etats dépendants du marché. Qui les ont affaiblis, qui les ont rendus débiteurs.

Le pouvoir actuel, qui avait déclaré que la réforme des retraites n’était pas à son programme, mais que la crise l’a rendue nécessaire, avoue ainsi indirectement sa part de responsabilité. Mais ne la comptabilise que sur le dos des populations les plus fragiles, refusant de porter le fer aux causes de cette crise. Nous ne sommes pas gouvernés par des sages (qui devraient s’abstenir d’utiliser de manière provocatrice le terme de « pédagogie »), mais par des irresponsables frileux, embourbés dans des situations inextricables, symboliquement inaptes de porter un message, brouillé qu’il est par des scandales de corruption (ou faisant payer par le contribuable leurs malversations précédentes). 

Quand aux syndicats, qui ont sans doute bien intégré les impasses étatiques et le mal fondé du discours gouvernemental, ils devraient enfin « globaliser » leurs revendications, intégrant le facteur justice sociale qui se fait et aux dépends du secteur privé et plus particulièrement à ses bas salaires et aux profit de leurs adhérents privilégiés, c’est à dire la fonction publique.

Il est temps, pour être plus crédible et plus offensif (et ne pas être accusé de protéger les « salariés nantis »), d’universaliser leurs demandes, d’exiger des règles comptables pareilles pour tous, et de porter le fer au sein du monde du travail, exigeant une meilleure vie pendant la vie, et non pas à la retraite. Il ne suffit plus de « suivre », « d’accompagner », les salariés qui luttent pour éviter leur licenciement, il ne faut plus être inhibé par le spectre du chômage. Il faut oser mettre l’Etat face à ses défaillances et son irresponsabilité et exiger le retour à l’Etat de droit.

Négocier, certes, mais réintroduire du politique, du sens, de l’espoir.

Paradoxalement, c’est le moment ou jamais. 


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6 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 10 septembre 2010 11:13

    "S’appuyant sur l’allongement de la vie - qui est pourtant la conséquence de l’armature de l’Etat providence à la française – pourrait se résumer, cyniquement ainsi : les retraites et l’action sociale ont rallongé l’âge de la vie des couches les pus défavorisées de notre société, il faudrait mettre tout cela en ordre. Au choix : vous vivez trop longtemps, il est temps de mourir. Ou alors vivre de plus en plus mal, ce qui revient au même« . et ne va pas dans le sens de l’Histoire de l’Humanité.
    « Travailler plus pour gagner plus ! » ou Le grand bond en arrière !

     »Les salaires les plus bas (qui n’avaient pas accès au crédit) deviennent une cible privilégiée « pour faire des efforts et des économies » c’est à dire à concéder plus de travail et moins de retraite par l’allongement et par la mort« .

    Il convient de cesser de considérer le concept de  »retraite par répartition" comme un horizon indépassable et de remplacer ce concept par celui de l’instauration d’une Allocation Universelle transitoire suivie de la génération d’un Dividende Universel permanent et évolutif, « fonds de pension national et privé », sorte de coopérative-capitaliste, solidairement et collectivement géré par une structure spécifique, indépendante de l’État et représentative des citoyens-électeurs-contribuables, qui transformera l’actuel capitalisme en un Capitalisme Anthropocentrique, Philanthropique et Équitable.
    (cf.
    Mémoires présidentiels : 2012 - 2022)
    Un nanti capitaliste (monomaniaque & sans complexe).

    Bis repetita placent...
    (parce qu’il se trouvera toujours des mauvais coucheurs, qui peut-être se reconnaîtront, pour me reprocher mon commentaire et remplacer l’argumentation par l’insulte)
    La liberté d’expression permet aux « anti-capitalistes » et aux "anti fonds de pension", et cætera, de répéter inlassablement leur thèse.
    Donc, n’en déplaise à beaucoup, la même liberté d’expression m’autorise également à répéter tout aussi inlassablement mon antithèse.



    • Kalki Kalki 10 septembre 2010 14:16
      « Créer c’est résister, Résister c’est créer... » - CNRP2P Foundation

      Obama a déclaré que ces riches contribuables exonéré d’impot ( comme en france et ailleurs), sont "les gens qui sont moins susceptibles de dépenser l’argent" pour aider la croissance de l’économie. Ainsi il décide de remettre les taxes de l’époque de Bill Clinton, sur les plus riches.

      Obama defends opposition to tax cuts for rich Americans

      "With all the other budgetary pressures we have - with all the Republicans’ talk about wanting to shrink the deficit - they would have us borrow $700bn over the next ten years to give a tax cut of about $100,000 to folks who are already millionaires," he said.

      “These are the folks whose policies helped devastate our middle class and drive our economy into a ditch,” the President said.

      “We knew it would take time to reverse the damage of a decade’s worth of policies that saw a few folks prosper,” the President said. “It will take more time than any of us wants to dig out of the hole created by this economic crisis.”

      President Barack Obama strongly defended his opposition to extending Bush-era tax breaks for the wealthiest Americans on Wednesday and delivered a searing attack on Republicans and their House leader for advocating "the same philosophy that led to this mess in the first place."

      Of the debate over the expiring Bush tax cuts, Obama said, "I believe we ought to make the tax cuts for the middle class permanent. These families are the ones who saw their wages and incomes flatline over the last decade — and they deserve a break. And because they are more likely to spend on basic necessities, this will strengthen the economy as a whole."

      "But the Republican leader of the House doesn’t want to stop there. ... He and his party believe we should also give a permanent tax curt to the wealthiest 2 percent of Americans.« Obama said these taxpayers were  »folks who are LESS LIKELY TO SPEND MONEY" to help the economy grow.

      RSA Animate - Crises of Capitalism, ( expliqué aux « économistes »)

      AND BY THE WAY : THIS WAR IS OVER . Cette guerre des classes est terminée.

      il est temps de FAIRE LA PAIX ECONOMIQUE

      Restez humble : tout absolument tout peut être fait avec des machines : y compris votre « travail ».


      • leypanou 10 septembre 2010 15:30

        Excellent article une fois de plus. Mais vous n’avez pas mentionné l’escroquerie intellectuelle des décotes pour nombre d’annuités insuffisant ou demande de liquidation de la pension avant l’âge légal, comme si toutes les personnes concernées ont fait exprès de ne pas avoir assez cotisé. Il y a des métiers où si les personnes sont « lourdées » à 55 ans ou même moins, elles n’auront aucune chance de retrouver un emploi. Déjà, il faut les avoir les 41 annuités si on est dans le privé. Un système qui traite d’une manière indiscriminée quelqu’un qui est sûr d’avoir son emploi jusqu’à l’âge de départ à la retraite et les autres qui peuvent être privés d’emploi avant cet âge et n’ayant aucune de retrouver un emploi est l’un des scandales de cette régression sociale.Cette majorité est une vraie calamité : il est grand temps que les Français s’en aperçoivent pour la chasser dès que possible et ce ne sont pas les propositions minimalistes du PS qui vont beaucoup changer la donne !


        • iris 10 septembre 2010 16:40

          je connais aussi des gens qui n’ont jamais travaillé -ont eu de l’argent-ont tout bouffé-
          peut ton leur donner une retraite comme une ouvrière qui a peu gagné et qui a travaillé + de 41ans ?? et qui va arriver avec une petite retraite.


        • galien 10 septembre 2010 19:14

          Je serait anarchiste de gauche dans les blaks blocks la première chose que je ferais c’est défoncer tous ces magasins de la bourgeoisie immonde.
          Mais voilà j’ai pas ma carte de la CIA.


          • glattering 12 septembre 2010 04:49

            D’ailleurs choisir l’argument démographique pour justifier la réforme est malin mais complètement faussé. Car prendre cet argument, c’est faire implicitement l’hypothèse qu’il n’y a aucun autre moyen d’action.

            J’en prends un, par exemple, sachant que les cotisations sont basées sur les salaires... Lutter contre le chômage en ayant une VRAIE politique industrielle, ferait diminuer le chômage, et augmenterait mécaniquement les recettes de la sécurité sociale (et oh miracle, à vérifier mais il me semble qu’il suffit de pas grand chose pour que ça suffise !).
            Seulement, si on ne créée que des emplois précaires qu’on a auparavant exonéré de cotisations sociales, évidemment, ça ne changera rien... (c’était vraiment malin le coup des exonérations sur les bas salaires !).
            Et puis ça ferait mécaniquement également diminuer le coût de l’assurance chômage... Double bénéfice.
            C’est là où les gouvernements (pas seulement celui là) ont complètement abandonné ce fameux sens des responsabilités dont ils se gargarisent si facilement quand il s’agit de casser des aides dont ils n’ont eux mêmes pas besoin !
            D’ailleurs au passage, arrêter de faire constament pression, à la baisse, sur les salaires permettrait de renflouer largement les recettes de la sécurité sociale, qui on ne le répètera jamais assez est soit disant en déficit car on a supprimé plein de sources de financement et non pas parce que ses dépenses ont explosé !!!

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