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Se surendetter en changeant de portes et de fenêtres

Dans ce cas du remplacement de portes et fenêtres, nous allons voir comment vous allez être fortement incités à vous surendetter, ce qui annihilera vos maigres gains financiers.

D'abord, arrêtons de prétendre que faire des économies d'énergie permet d'économiser de l'argent. Par exemple, un plan d'amortissement de panneaux solaires prévoit rarement le remplacement du chauffe-eau au bout de dix ans. 

Donc, vous avez décidé d'améliorer l'isolation thermique et acoustique (c'est à dire phonique) et vous commencez votre recherche de la qualité au meilleur prix.

Sachez que l'isolation acoustique vous décevra certainement malgré les promesses du commercial ("Vous n'entendrez plus rien.") Au mieux, certains sons seront assourdis (mais pas les bruits de roulement, entre autres). Il existe des coefficients : demandez-les et comparez-les à votre installation actuelle : vous constaterez souvent qu'il n'y a aucune amélioration par rapport à votre porte en bois. Les promotions font état de performances renforcées à ce sujet et c'est un argument de vente très utilisé. Il vous prendra l'envie de conseiller au commercial de faire vérifier son audition...

Quant aux performances thermiques, elles peuvent être réelles et vous apporter un confort de vie.

Vous vous jetez à l'eau et commencez à appeler des entreprises. Celles-ci réagissent rapidement, la concurrence étant rude du fait de la baisse des avantages fiscaux. À ce sujet, elles vous feront miroiter oralement une prise en compte de 15 % ; ce sera 13 % et uniquement sur les fournitures.

Vous pourrez alors apprécier le savoir-faire des commerciaux. Après avoir écouté vos souhaits, ils vous assureront avoir "le" modèle qui vous convient ; en réalité, ils n'ont souvent qu'une gamme de produits. Ils vous vanteront l'entreprise, sa stabilité (si vous insistez un peu, ils vous avoueront qu'elle a été rachetée trois fois mais que maintenant ça va mieux). Quand ils consulteront les barèmes, vous les verrez jeter un coup d'œil furtif vers vous car ils évaluent la marge qu'ils peuvent appliquer en fonction des rabais que vous solliciterez. Au moment de signer (surtout, reportez votre décision !), ils se lèveront et s'approcheront de vous. Puis ils vous féliciteront pour votre décoration intérieure, pourtant complètement ratée.

Rénovation ou neuf ? Ce n'est pas clair. La rénovation peut être le démontage total du cadre de la fenêtre, c'est impressionnant et peut causer des dommages au crépis, d'où "l'habillage" tout autour. Mais cette rénovation peut se faire en conservant le bâti en bois qui sera recouvert de PVC. Le neuf peut être posé en rénovation...

La qualité de la pose ne dépend plus de la plupart des entreprises. Vous constaterez que certains poseurs travaillent 12 heures (en plus des heures de trajet), ce qui signifie clairement qu'ils ont été contraints de devenir auto-entrepreneurs. L'un d'eux vous dira que dans l'entreprise (à bas prix) précédente, il ne gagnait que 200 € par jour alors que son chef (il y en a toujours un) avait 500 €.

L'entreprise a généralement deux objectifs : vous faire changer de portes et fenêtres bien entendu, mais aussi vous engager dans un crédit de type revolving, ce dernier étant lucratif pour eux ("Ça rapporte des points."). À cette occasion, vous entendrez le mot "sympa" qui est utilisé chaque fois qu'on veut vous berner, et l'argument "paiement de la première mensualité trois mois après, sans intérêt". Traduisez : "qui ne présente aucun intérêt". Trois mois après, cela correspond au délai habituel (sept semaines après le passage du métreur), mais les documents mentionnent six mois. Si vous voulez emprunter, faites le tour des banques ! 

Vous aviez peut-être économisé pour financer ces travaux, devinant ce qui vous attend après l'élection présidentielle... Même un prêt à taux zéro peut devenir difficile à rembourser car il ne sera pas compensé par les économies d'énergie, surtout en tenant compte de la hausse vertigineuse qui s'annonce.

Si vous réussissez à résister au discours enjôleur du commercial, vous recevrez des propositions de crédit variées dans les jours suivants et surtout, vous devrez résister aux sollicitations de votre banque. En effet, pour un établissement bancaire, il est inconcevable que vous ne fassiez pas appel à leurs services pour emprunter et placer l'argent que vous n'aurez pas dépensé, ce qui leur serait deux fois profitable. Dès qu'ils auront constaté que vous avez versé un acompte, préparez-vous à de nombreux appels téléphoniques et e-mails moralisateurs. Ils vous enverront aussi une proposition de crédit renouvelable, même si vos comptes sont assez garnis.

L'assaut final aura lieu quand vous aurez viré la somme nécessaire au paiement sur votre compte-chèque avec ce type d'e-mail dont vous redouterez le manque de confidentialité : "Étant donné que vous avez une importante somme d'argent sur votre compte, nous vous proposons un rendez-vous pour étudier les possibilités de la placer."

Tout est donc organisé pour vous entrainer dans la spirale du sur-endettement. Saurez-vous y résister ?

par Phil AUTEMPS (son site) jeudi 21 juillet 2011 - 46 réactions
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  • Par Talion (xxx.xxx.xxx.24) 21 juillet 2011 15:00
    Talion

    Pour avoir travaillé dans le domaine de la vente aux particuliers au sein d’une société bien connue pour ses méthodes de vente peu scrupuleuses (les initiés reconnaitrons...), le témoignage que vous apportez me parle tout à fait et je corrobore totalement vos déclarations...

    Ceci étant une précision importante est à effectuer...

    Si la société à laquelle vous faites allusion est bien celle à laquelle je pense, il est important de préciser que cette dernière ne peut continuer à fonctionner qu’en s’imposant un turn-over très important afin de renouveler le stock de commerciaux qui malgré un formatage et un endoctrinement des plus serrés, finissent (lorsqu’ils ont une conscience) par se révolter contre ce système qui exige de leur part ni plus ni moins que d’escroquer les personnes qu’ils ont en face.

    Bien entendu, cette incitation ne sera jamais directe, mais très fortement suggérée par des biais détournés (via leur responsables commerciaux, véritables âmes damnées du directeur d’agence et qui eux par contre présenteront les choses de manière beaucoup plus crues avec démonstration live à l’appui... Je peux en témoigner...).

    Après, deux évolutions possibles pour le commercial :

    1- Un sursaut de conscience (ça c’est moi...) entrainant une résistance passive dans son travail qui lui fera plonger son résultat (souvent d’ailleurs parce qu’il préviendra par un petit coup de fil discret son client concernant les dessous du produit que son responsable lui avait vanté la veille)... Le licenciement pour défaut de résultat est bien entendu au bout du chemin, mais on peut toujours gagner un ou deux moins de salaire en donnant le change et en promettant à son responsable que ce n’est qu’une petite baisse de régime passagère... (à escroc, escroc et demie !...  smiley )

    2- Il se découvre l’âme d’une vraie crapule prêt à toutes les bassesses et tous les coups de putes pour amasser de la caillasse à la fin du mois.
    Ainsi pendant un ou deux ans, notre ami (qui finira certainement responsable commercial) mènera la belle vie en sortant en boite avec ses collègues qui lui proposeront des "concours du meilleur commercial" avec soirée tous frais payés en compagnie d’une demie douzaine de putes offerte au vainqueur (véridique !).
    Ceci bien entendu sous les félicitations du directeur d’agence et du directeur régional qui ne seront bien évidement absolument pas dupes des véritables méthodes employée par notre fier et valeureux goret, mais qui fermeront les yeux tant que les clients mécontents de s’être fait arnaqués n’auront pas saisi la justice...
    A partir de ce moment là par contre, le commercial qui jusqu’ici était poussé à vivre grand train et à croire qu’il faisait partie d’une équipe (voire d’une famille !) qui caressait auparavant sa vanité et son narcissisme dans le sens du poil, va soudainement découvrir que les amis qu’il croyait avoir n’en ont jamais été et que la société qui lui avait ménagé un nid douillet et cotonneux ajoutera sa propre plainte à celle du client dans un effort pathétique pour sauver sa propre réputation ("Cet homme a trahi la confiance que nous avions placé en lui !... Jamais nous n’aurions pu penser que [...]").
    Je vous passe l’hypocrisie des responsables qui à se moment là se feront (comme des gros faux-culs) les apôtres d’une vertu qu’ils n’avaient jusque là jamais prêché, bien au contraire !

    ...

    Bref !... Tout ça pour dire que pour qu’un tel système marche, il est nécessaire de recruter parmi une population de désespérés, sans trop de plomb dans la tête et qui seront disposés devant le succès facile à faire une croix sur leurs scrupules...
    Les banlieues déshéritées sont malheureusement pleines de ces âmes damnées suffisamment désespérées pour croire une fois le frigo plein et le compte en banque en positif que leur galère est terminée et que la belle vie les attend.
    Pour peu que leur philosophie de vie soit de niquer son prochain, tirer les gonzesses et accumuler de la caillasse, alors ils constituent des recrues idéales dont il suffira de flatter la vanité pour leur faire faire n’importe quoi...

    Ces pauvres êtres se mettront alors à truander leur prochain et à se couper du reste de l’espèce humaine tout en se donnant bonne conscience et en ne réalisant pas que le système qui les a piégé les remodèles progressivement en une sorte de pseudo être humain dont l’âme a été depuis longtemps souillée par les considérations bassement matérialistes que leur nouvel environnement les encourage à nourrir et satisfaire.

    Ne leur jetez cependant pas la pierre car ces malheureux individus finiront un jour par se réveiller au moment ou leur tête s’encastrera dans le mur de la réalité, leur faisant alors misérablement prendre conscience du vide abyssal qu’est devenue leur existence.

    La reconversion de ces anciens "gagnants à qui tout souriait" sera alors d’autant plus difficile qu’il leur faudra avant de pouvoir ré-embrayer sur une profession digne de ce nom, désapprendre toute la merde qui leur aura été déversée dans le crâne par leurs formateurs...

    Je conclurai en précisant que pour ma part, je vois dans le parcours de ce type d’individu une parabole de notre société qui glorifie l’image, les apparences et le faire paraitre tout en oubliant la réalité du monde qui nous entoure... La crise économique et morale qui balaye actuellement l’occident sera ainsi le salutaire clou du cercueil d’une période que les historiens futurs catalogueront à n’en pas douter comme ayant sa juste place au sein des poubelles de l’histoire...

    D’ici là, si jamais un jour, vous voyez sonner à votre porte un jeune loup aux dents longues et habillé comme s’il allait à un mariage, évitez de lui ouvrir et surtout ne le croyez pas lorsqu’il vous assure qu’il est là pour vous rendre service et vous annoncer qu’il veut vous aider à faire des économies.

    Bonne journée à tous.  smiley

  • Par Talion (xxx.xxx.xxx.24) 21 juillet 2011 16:20
    Talion

    Malheureusement la société en question aurait tôt fait de me trainer en justice s’il me venait l’idée de la désigner trop précisément...

    A noter cependant que je dispose toujours des noms de quelques personnes qui seraient disposées à témoigner en ma faveur si le pire devait se produire.

    Néanmoins le terme "goret" par lequel les responsables avaient l’habitude de désigner les commerciaux derrière leurs dos devrait suffire à identifier la société à laquelle je fais référence.

    ...Et dire que ces idiots pensaient que nous étions dupes et que nous ne nous doutions pas de la façon dont nous étions qualifié par nos responsables...Quelle bande de crétins imbus d’eux-même !  smiley 

    Quant à la méthode de vente... Ça m’évoque trop furieusement certains souvenirs pour que ça ne puisse pas être ça...

    Mais juste pour que vous compreniez mieux, au sein de ce genre de boite, un vocabulaire particulier avait cours...

    Ainsi un client était "une tomate" (comprendre "une bonne poire")...
    Un commercial était "un goret"...
    Un client mécontent était "une torche"...
    Etc...

    C’est vous dire le respect de l’être humain au sein de ces glorieuses institutions qui pour forcer la main des pigeons avaient recours à des D.O. (Demande d’Opportunité) consistant en une mascarade théâtrale visant à faire croire par coup de fil interposé qu’une opportunité de remise était disponible là, maintenant, tout de suite... Et que le client devait dire oui ou non sur l’instant sans réfléchir.

    Pour info, la remise est toujours la même et systématiquement proposée... Soit pour forcer la main de "la tomate"... Soit pour conforter la vente et le dissuader de se rétracter (parce que sinon il perd la remise).

    Il faut comprendre que le boulot du commercial est d’hypnotiser le type en face en lui faisant gober l’idée que le produit qu’on lui propose est le meilleur et qu’en plus il en a désespérément besoin (ce qui la plupart du temps est totalement faux !).

    L’objectif est de répondre à chacune des objections du pige... Heu... Du prospect, en le maintenant dans ce que l’on appel "l’entonnoir de la vente" afin de l’amener à la fin sur la seule objection qu’il reste.

    A savoir : Le Prix !

    C’est pour cela qu’il sera important pour le commercial que tous les décisionnaires soit là lors de sa visite afin de ne pas se retrouver face à la seule objection à laquelle il ne peut pas répondre : "il faut que j’en parle à ma femme / mon mari / mon chat / ma belle-mère / etc... On voit ça et on vous rappel demain..."

    Là le commercial est niqué... Il peut remballer ses affaires et dire au revoir... Autant dire que la vente est baisée, parce que dans ce cas là "la tomate" peut entretemps se rendre compte que le commercial a essayé de lui refourguer de la merde à un prix indécent.

    Bref... Tout ça pour dire qu’il faut à la fin la seule "objection" qui reste à "la tomate" doit être le prix et que la D.O. doit être là pour casser ce dernier obstacle et arracher le bon de commande.

    Reste ensuite au "goret" à "conforter la vente" en revenant voir "la tomate" afin de le dissuader de se rétracter avant que ne se termine le délai prévu par la loi Scrivener.

    Une fois les 7 jours passés, tout le monde à l’agence peut souffler car l’affaire est officiellement dans le cul de l’âne...

    Reste plus qu’a trouver un autre pigeon afin de pouvoir atteindre l’objectif (inatteignable bien entendu) que votre responsable d’agence vous a fixé en début de mois.

  • Par francis (xxx.xxx.xxx.50) 21 juillet 2011 15:48
    francis

    J’aime beaucoup cet article ainsi que les commentaires qui suivent et vont nous amener, eux-aussi, un regard encore plus en profondeur

    Quelque chose m’étonne malgré tout.

    Aucun nom, aucune allusion à des entreprises précises...

    Mais dans quel monde vivons-nous pour qu’on ait tant peur, tout simplement, de dire.

    Ce que je vois dans tout cela, la puissance incommensurable et détestable des entreprises

    qui nous font tourner la tête plutôt que dire..

    Je c rois que nous sommes à un tournant très grave du langage.

    Une partie de notre liberté vient de foutre le camp...

  • Par franor (xxx.xxx.xxx.210) 21 juillet 2011 17:52

    Très bon article et excellent commentaire de Talion ou là on sent le cas pratique.
    Mais franchement régulièrement je suis amené à faire changer des fenêtres dans mon métier, donc il y a deux ans j’ai appeler cette société pour avoir un devis. Pour changer trois fenêtres en PVC, ils me demandaient le prix que me demande l’artisan avec lequel je travail habituellement qui lui pour ce même prix m’en change vingt dont une baie vitrée en alu.
    Donc ces boites qui font des pub radio ou TV et ont des armées de commerciaux et qui vous balancent des devis de 7900 euros TTC pour trois fenêtres alors que l’artisan du coin est à 8600 euros TTC pour 19 fenêtres PVC et une en alu, qu’il m’explique qu’il prend 0,40 % de marge ce qui est normal. Bref faites des devis certes vous n’obtiendrez peut être pas mes prix mais vous serrez au minimum trois fois moins chère que dans ces boites et ce sans négocier.

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