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Silence les Amis

Autour des thèmes pourtant intelligents de la décroissance, de l’écologie, de l’économie solidaire etc. se développent des groupes assez fermés et plutôt paranoïaques qui se "forment à l’action pour créer un rapport de force" avec l’autorité autour des questions écologiques. Rencontre avec les « Amis de Silence »...

Vendredi dernier, Libération a publié un reportage au Camp Action Climat, organisé entre autres par les Amis de Silence à l’occasion d’un rassemblement d’activistes écologistes à Notre-Dame-des-Landes. La journaliste, qui a eu bien des difficultés à effectuer son travail, raconte ses mésaventures avec les membres du camp. Les participants refusent la présence des médias, leurs interdisent l’accès au site ou leur flanquent un accompagnateur obligatoire. La raison ? La presse caricature.

Et cela est vrai. Indéniablement, les journalistes préfèrent ce qui est "sexy" (par opposition à ce qu’ils considèrent comme ennuyeux) ou ce qui attise l’émotion. Ce mode de fonctionnement est enseigné dans les écoles, entretenu dans les rédactions, validé par les audiences ou les ventes (donc par vous). Une analyse fine de la réalité sera toujours supplantée par une image ou une info "forte". Des raisons économiques (l’investigation coûte cher : demande du temps) et politiques (l’autocensure est forte dans le milieu) abondent dans le même sens.

Pour autant, cela a-t-il un sens de réunir une assemblée extraordinaire "présence d’un journaliste sur le camp", et finalement de refouler l’envoyée spéciale ? Je n’en suis pas certain, et je crois même que cela dénonce une dérive inquiétante de certains mouvements écologistes ou altermondialistes.
Typiquement, je vois trois attitudes possibles face aux médias : transparence totale et pédagogie, connivence et manipulation ou bien contrôle, fermeture et opacité. J’ai été amené comme réalisateur à côtoyer ces trois modes de fonctionnement. Évidemment ces tendances se mêlent, et la position varie d’un individu à l’autre, mais on peut dégager une logique dominante dans chaque groupe.

La première attitude est en général prédominante dans les collectifs où l’action prime le bavardage, où les gens sont impliqués dans un projet constructif et concret. L’arrivée d’un média est perçu comme un phénomène périphérique, comme une source potentielle d’ennuis ou d’appuis, au même titre que n’importe quel autre facteur. Les personnes qui travaillent sur un projet concret, tangible et généreux, lorsqu’ils sortent des sentiers battus, voient se lever autour d’eux une foule d’obstacles et de soutiens dans toutes les directions. Bouleverser les habitudes, les conforts, les petits systèmes locaux de retour d’ascenseur ou simplement les idées reçues prend nécessairement la forme d’un combat - mais d’un combat de sa propre détermination à l’épreuve de la société. Le journaliste est donc perçu comme l’un de ces éléments dont on ne peut pas savoir à l’avance ce qu’il apportera. En général, dans ces groupes, on n’a rien à cacher, on accepte les caméras, et l’on explique sa démarche, on a besoin de la faire connaître. L’effort de construction prime, et le journaliste ne deviendra pas le centre du monde, même s’il le prend mal. Mais on trouvera le temps de lui parler sincèrement. C’est ce que j’ai vécu, par exemple, avec le Jardin Solidaire ou avec la Brigade des Activistes Clowns.

Le second cas est typiquement celui du monde politique, extrêmement rompu à l’exercice. On manie en "in" et le "off", on se tutoie, on fait partie du même monde ! On attend chacun quelque chose de l’autre, et l’on accepte implicitement de danser la valse diplomatique au nom de cet intérêt. On est allé assez loin en France dans ce petit jeu, si bien que Reporters sans frontières classe en 2008 l’indépendance de la presse française au 35ème rang mondial derrière le Ghana, la Grèce et le Mali. Les grandes entreprises jouent aussi habilement de ce petit jeu, qu’elles alternent avec la troisième posture...

Et c’est justement cette troisième posture qu’ont choisi nos amis du Camp Action Climat. Ils partent du principe que les médias sont forcément nuisibles. Ils veulent que ces derniers relayent exclusivement leur façon de voir. Tout ce qui pourrait être interprété autrement leur paraît dangereux, et doit donc être contrôlé. C’est de cette façon que la journaliste de Libération, forcé de suivre des accompagnateurs dans le camp écrit "Au fond de moi, j’ai l’impression d’être partie en reportage en Corée du Nord, toutes choses égales par ailleurs."

Je me suis retrouvé exactement dans la même situation durant l’été 2007. Avec L’Alphabet Désiré, qui sont mes amis avant d’être un groupe de chanson-poésie française, nous étions partis faire à notre manière une "tournée" estivale en France. Nous proposions à des particuliers d’organiser chez eux une soirée Concert (L’Alphabet Désiré) + Film documentaire (Mon film "Ce Jardin-là") pour laquelle nous nous rémunérions en faisant tourner un chapeau. Nous avions entendu parler du rassemblement des "Amis de Silence", et intéressés par leurs thématiques écologiques, nous avions imaginé naïvement débarquer à l’improviste et leur proposer gratuitement le film et le concert. Je suivais le groupe avec une petite caméra, et j’ai donc filmé notre arrivée... assez peu silencieuse. Je vous propose de découvrir la scène...


Nous avons finalement déposé la caméra et nous nous sommes baladés sur le camp. Tout de suite des rumeurs ont commencé à circuler comme quoi nous étions des journalistes et que nous voulions faire un reportage en cachette. Les gens se parlaient à l’oreille en nous regardant de loin... Nous étions éberlués. Ils nous ont expliqué que si une seule personne refusait d’être filmée on devait interdire la caméra. A notre proposition de concert nous nous sommes vus répondre "on a notre propre musique". Après environ une heure de discussion, des individus sont venus nous demander de quitter les lieux. Ils nous expliqués qu’ils étaient non-violents et qu’ils ne pourraient donc pas nous évacuer de force, mais qu’ils resteraient là à nous entourer jusqu’à ce que nous partions... Ce que nous avons fait après avoir rencontré quelques jeunes gens "embrigadés" dans ce mouvement et eux-mêmes un peu dépassés par l’état d’esprit général.

Je suis certain qu’il se passe des choses intéressantes entre les participants à ces réunions. Nombre des techniques qu’ils exposent sont intéressantes, tout n’est certainement pas à jeter, rien n’est jamais monolithique. Mais ce qui m’intéresse dans ce billet, c’est d’exposer une face peu connue et peut-être nouvelle des mouvements écolos.

Ce genre de fonctionnement signe à mes yeux les contradictions d’un groupe, qui consciemment ou inconsciemment, a quelque chose à cacher. Dans ce genre de situation, c’est peut-être ce que le collectif se cache à lui même qu’il craint de voir dévoiler par un tiers. Dans le cas des "Amis de Silence", en discutant un peu sur le camp, nous avons cru comprendre que l’association fonctionnait sur un mode très autoritaire, très rigide, presque militaire. Il ne revenait pas à chaque individu de devenir responsable. C’est le groupe, à travers sa hiérarchie et ses multiples commissions qui semblait décider de tout, mené ou influencé de façon informelle par un groupe plus petit, composé, entre autre, des fondateurs de l’association. Je voyais dans cette uniformisation, et dans cette crainte systématique du "dehors" tous les ingrédients de la dictature et de la propagande. J’ai été frappé de l’énergie dépensée à "contrôler" ; "filtrer" ; "interdire".

Lorsque je lis dans Libération, deux ans après ma rencontre avec les "Amis de Silence", que ces gens décident aujourd’hui de se radicaliser, qu’ils cherchent à créer un "rapport de force" avec les autorités, je me dis que nous avons là la graine d’un fascisme vert ; un prélude, peut-être, à des actions violentes au nom de l’écologie ; facteur supplémentaire de décrédibilisation des alternatives au néolibéralisme, de déstabilisation et de division de la population ; pour le plus grand bonheur des détenteurs du pouvoir, qui ne manqueront pas d’utiliser le phénomène à leur profit.


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18 réactions à cet article    


  • LeGus LeGus 11 août 2009 19:16

    Et bien, ils ont raison de ne pas parler aux journalistes.
    Ils sont favorable à la décroissance, et donc les journalistes qui bouffent grâce à la publicité leur taillerons forcement des costards de facho, avec leur ficelles habituelles mise hors contexte, choix des plans, coupes au montage, etc etc...
    Comme ici par exemple, je vous cite :
    "Typiquement, je vois trois attitudes possibles face aux médias : transparence totale et pédagogie, connivence et manipulation ou bien contrôle, fermeture et opacité....
    ...Les grandes entreprises jouent aussi habilement de ce petit jeu, qu’elles alternent avec la troisième posture...
    ...Au fond de moi, j’ai l’impression d’être partie en reportage en Corée du Nord, toutes choses égales par ailleurs.« 
    Et pourquoi pas Dassault, laguardère, Bolloré plutôt que la corée du sud ?
    Oui le choix de mes exemples et un peu orienté, mais c’est pour rester dans le contexte.
    Et pour finir :
     »Lorsque je lis dans Libération, deux ans après ma rencontre avec les « Amis de Silence », que ces gens décident aujourd’hui de se radicaliser, qu’ils cherchent à créer un « rapport de force » avec les autorités, je me dis que nous avons là la graine d’un fascisme vert."
    Et voila transformé en méchant les écolos pas assez Home aux gouts des partisans de la croissance toujours fut-elle verte.


    • geko 11 août 2009 23:08

      "Ce mode de fonctionnement est enseigné dans les écoles, entretenu dans les rédactions, validé par les audiences ou les ventes (donc par vous)« 

      Vous parlez pour vous l’auteur ? C’est vrai qu’il est plus facile pour un journaleux de choisir la voie de la médiocrité !

       »Y a pas de voleurs, je peux laisser ouvert en théorie y a pas de voleurs ici ? hein ? Ca ça veut rien dire, tsé les pauvres, méfies toi des pauvres !"

      Bonjour le décalage avec le contenu de l’article ! Le respect ne se dit pas, il se montre ! Toutes choses égales par ailleurs vous pouvez vous estimer heureux de ne pas avoir pris une bonne patate dans la tronche ! La moindre des politesses étant de se présenter avant de sortir la caméra !

      Lorsque que je vois des soit disant journalistes se pointer en terrain conquis le crâne bourré d’apriori, je me dis que le journalisme a perdu ses lettres de noblesses !


      • Jordi Grau J. GRAU 11 août 2009 23:33

        Beaucoup d’insinuations dans cet article, peu d’informations : ces gens-là ne veulent pas des journalistes, c’est donc qu’ils ont quelque chose à cacher. Et ce quelque chose, « nous avons cru comprendre » que c’était un fonctionnement autoritaire. Et ce fonctionnement autoritaire, joint à des idées « radicales », est certainement le prélude à un « fascisme vert ». Toutes ces insinuations sont d’autant plus redoutables qu’elles sont mêlées à des remarques gentilles (« Je suis certain qu’il se passe des choses intéressantes entre les participants à ces réunions. Nombre des techniques qu’ils exposent sont intéressantes, tout n’est certainement pas à jeter, rien n’est jamais monolithique. ») , qui donnent une apparence d’objectivité et de bienveillance aux propos de l’auteur.

        Je suis donc assez d’accord avec Le Gus : il n’est pas tellement étonnant que les « Silencieux » se méfient des journalistes comme de la peste si vous-même, Raphaël, écrivez ce genre d’articles. Peut-être est-ce une mauvaise tactique de leur part, puisque après tout il existe toujours des journalistes qui font bien leur travail. Mais c’est une tactique tout à fait compréhensible, et à bien des égards sensée.


        • Garry KASPAROV 12 août 2009 00:18

          Les partisans de la décroissance deviennent méfiants vis à vis des journalistes, à cause principalement de nombreux reportages qui caricaturaient, fut ce sans méchanceté, les décroissants et exposaient leurs idées sous un jour appauvri et très réducteur.

          Les décroissants s’en plaignent régulièrement.


          • Blé 12 août 2009 07:32

            Pas de pub dans le journal « Décroissance », juste de l’info et des analyses qui vont à l’encontre des journalistes qui appartiennent à une catégorie sociale qui fait parti de la classe des dominants.(Pour certains, malgré eux). Les journalistes ne vont pas couper la branche sur laquelle ils sont assis. L’intérêt général pour eux se résume à « leur intérêt » point barre.


            • Garry KASPAROV 12 août 2009 09:02

              C’est un commentaire très juste, qui décrit bien ce journal, qui montre à quel point les caricatures sur ce mouvement sont fausses.


            • Walden Walden 12 août 2009 09:58

              Attention, ce « camp action climat » n’est pas du tout représentatif de la mouvance décroissante. Leurs participants, qui ont commis et revendiqué le pillage d’un supermarché, par eux appelée « autoréduction », se revendiquent de l’action communiste révolutionnaire, cf. un extrait de leur prose parue sur http://juralibertaire.over-blog.com/article-34678233.html :

              « Sorganiser pour la subsistance semble impensable sans lattaque du dispositif supermarché. Que se nourrir devienne une expérimentation communiste !!! Soudés un temps pour mettre à mal un des temples de la marchandise nous a ouvert lappétit beaucoup plus que lorsque nous étions assujettis au portefeuille. Cette autoréduction a été une revanche joyeuse. Et le partage du butin prolonge le pied-de-nez fait aux conventions, aux codes et obligations du monde marchand. Mais rassurez-vous dautres coups sont possibles : les potagers collectifs, le vol à létalage et autres pratiques de bandits de grands chemins. »


              Ce groupuscule ressemble à un collectif de jeunes gens dont la culture politique semble assez confuse et pratiquant volontiers l’amalgame entre des notions qu’ils ne maîtrisent pas vraiment, prêt à se lancer dans une action irresponsable pour se procurer de quoi « festoyer » (sic).

              C’est pourquoi il apparaît un peu rapide de s’appuyer sur cet exemple de cercle effectivement très fermé pour supposer l’apparition d’un « fascisme vert », qui d’ailleurs à l’analyse, se révèle surtout « rouge ».
              Sachons décoder l’info :- )
              http://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/comment-decoder-l-info-l-exemple-60010#forum2195647


              • Pepe de Bienvenida (alternatif) 26 août 2009 04:08

                Il faudrait cesser de propager l’idée que l’ « autoréduction » était issue du camp climat. Quel est votre intérêt à vouloir le décrédibiliser ?


              • marie 12 août 2009 12:18

                le problème de fond c’est que la notion de peuple n’existe plus. Les journalistes ne peuvent-ils aussi vérifier le mal qui est fait à la nature, l’injustice..non, car eux font partie de l’élite des décideurs et les décideurs n’ont pas d’état d’âme, ils décident. ils rient des gens qui lancent les alertes ; on a l’mpression que nous ne vivons pas sur la mêm terre.

                journaliste et ogm je crains car quelle est le gus qui a pris la peine de s’informer (dieu sait que c’est pénible) sur le sujet ?

                alors il viendra et fera 10 lignes de lieux communs.


                • Herb 12 août 2009 12:59

                  La presse caricature, et alors ? J’ai un minimum d’esprit critique, je ne vais pas systématiquement gober ce que je lis. Ils n’ont qu’à faire connaître leur version des faits et laisser chacun se faire son opinion. Et même en admettant que la majorité des gens soit une grosse masse stupide, on peut tout aussi bien influencer cette dernière en caricaturant l’hypothèse « ils ont quelque chose à cacher ».


                  • Le péripate Le péripate 12 août 2009 13:05

                    Ce que vous racontez correspond à mon expérience. Rien à ajouter ni à retrancher. Et pourtant vous êtes semble-t-il plutôt favorable aux idées qui circulent dans ces groupes.

                    Mais ce n’est pas de la graine de fascisme : il s’agit bel et bien de comportements sectaires, dans le sens le plus rigoureux. La condition d’existence de ces groupes est dans le sectarisme. C’est leur oxygène, la bouc émissarisation du monde entier qui fonde le sens de leur groupe.

                    Vous remarquerez d’ailleurs l’étrange sens du dialogue de quelques intervenants.


                    • Montagnais Montagnais 12 août 2009 14:10

                      Ah ! L’auteur.. Vous croyez naïvement que le monde se vit et se fait encore par le petit bout d’un monocule, qu’il suffit d’exhiber un bazar à filmer en guise d’absolu laisser-passer. Déjà vieux enfants de la télévisie, de l’industrie de la réclame et de l’image stipendiée, très-complaisants envers vos Ego, bigots dévots du show, vous voyez pas les changements qu’arrivent au grand galop.. Refus des « media », outrage même.. ce serait l’atteinte absolue à l’humanité.

                      « M’am Michu.. Souriez ! Soyez heureuse.. On va vous filmer.. »

                      Même M’am Michu, elle en a plein le cul.

                      Foutez lui la paix.


                      • quen_tin 12 août 2009 14:41

                        Cet article est très intéressant.

                        On voit bien toute la problématique et les contradictions qu’il peut y avoir dans les mouvements alternatifs et leur rapport aux médias. D’un côté : les médias caricaturent effectivement ces mouvements, ils ne les prendront jamais au sérieux. De l’autre : certains groupes finissent effectivement par adopter des comportements totalitaires.

                        Soutenir une alternative au système dominant pose le problème du rapport à ce système (et donc à la majorité des gens). Répandre des idées nouvelles dans d’autres milieux, c’est aussi les confronter à un regard extérieur susceptible d’altérer la nature même de ces idées : appropriation, récupération, déformation, mais aussi éventuellement consolidation et enrichissement . C’est un mal nécessaire. Alors jusqu’où accepte-t-on la confrontation de ses idées au regard extérieur (et surtout de quelle façon) pour éviter qu’elles ne s’y noient ?


                        • dom y loulou dom 13 août 2009 02:23

                          vous essayez de justifier quoi ?

                          vous ne vous en rendez pas compte parce que vous pensez que tout le monde ne doit rien avoir à cacher, mais le respect basique vous fait défaut.

                          Vous dites dans la vid que vous êtes super respectueux et vous le pensez vraiment j’en suis sûr, mais la réalité de vos actes est tout autre, vous vous foutez carrément de la fille quand elle vous dit que le respect basique est de demander d’abord avant de filmer. Vous ne savez pas respecter son point de vue. Elle vous dit qu’elle n’a rien à cacher, mais qu’elle se méfie de ce que vous allez faire de vos images.

                          Et c’est vrais.

                          Je vais vous dire un truc : les aom ne sont pas que des images à la télé.

                          On vous entend dire au début « on va être l’animation du jour »...

                          c’est du respect d’arriver ainsi chez les gens ? Vous croyez qu’ils s’enmerdent et qu’ils ont besoin de vos caméras pour s’entertain ? Que cela devrait être un honneur ? Vous êtes superespectueux... et vous venez ensuite cracher en plus sur ces gens qui avaient apparemment raison de se méfier de vous ? 

                          aïe aïe aïe 


                          • Raphaël 13 août 2009 09:18

                            Merci beaucoup pour vos réactions, malgré leur virulence, car elles illustrent parfaitement mon propos. Me voilà revenu au camp !

                            Premièrement, je ne suis pas journaliste, comme nombre d’entre vous semblent le penser. Je suis réalisateur et monteur, et au moment de cette vidéo je suis en vacances avec un petit caméscope. J’ai filmé l’Alphabet Désiré pendant plusieurs semaines, un peu partout où l’on a été, et cela n’a jamais posé le moindre problème. De nombreuses personnes sont passés dans le champ de mon objectif sans que personne ne se sente offensé. C’est dans cet état d’esprit que j’arrive sur le camp. Quand aux remarques de mes collègues, (cf dernier commentaire) si elles sont remises dans leur contexte, elles n’ont rien de méchant, il y avait une excitation un peu adolescente je le reconnais, après avoir tourné des heures pour trouver la route, mais je vous assure que le fond n’était pas condescendant. Le fait est que nous sommes tous intéressés par la décroissance, tant par la théorie que par la pratique. Nous avons fait le choix de ne pas travailler ou de travailler moins, en consommant moins, et en comptant sur le système D et le réseau, l’échange. Le choix du temps libre pour réaliser nos projets plutôt que l’argent pour acheter, c’est une réalité concrète que nous vivons. Notre intérêt pour ce camp n’était pas feint.

                            Deuxièmement, je retrouve dans plusieurs commentaires la méfiance « a priori » vis à vis des médias, auxquels vous m’amalgamez. Sachez que, comme vous, je me méfie fortement de ce que produit la machine médiatique. C’est bien un système entier qu’il s’agit d’ailleurs de considérer, je connais beaucoup de journalistes honnêtes mais frustrés dans leur pratique, faute de pouvoir mener un travail profond de « recherche de la vérité ». Les rejeter comme individus malfaisants, tous en bloc, relève de la chasse aux sorcières et , pardonnez-moi, de l’ignorance.
                            Lorsque je lis dans vos postes la violence avec laquelle vous condamnez les journalistes auxquels vous m’associez, j’ai l’impression d’avoir écrit un pamphlet pro-media. Or à la relecture de mon billet, je suis rassuré, le propos est bien différent de ce que laissent penser vos commentaires. Que s’est-il passé ?
                            Il s’est passé que vous avez exprimé une subjectivité qui est la votre, et qui diffère de la mienne. Pour ce faire, vous avez cité des passages de mon article, nécessairement hors contexte, et pris en tenaille par vos propres commentaires, c’est à dire noyés dans un contexte complètement différent. Vous avez fait exactement ce que vous vous acharnez à dénoncer : et cela était nécessaire pour exprimer votre avis. Je ne vous en veux pas pour cela, je ne souhaite pas que vous cessiez d’écrire vos commentaires, je ne crie pas au mensonge ou à la manipulation. J’accepte que votre point de vue ne soit pas le mien, et ce qui m’intéresse, c’est d’y opposer mon avis plutôt que de censurer le votre. Vous connaissez cette phrase de Voltaire, « Je déteste vos idées mais je suis prêt à mourir pour votre droit de les exprimer ».
                            En outre, si les médias d’une manière générale présentent une société tronquée ou caricaturée, c’est aussi parce que c’est cette façon de faire qui produit de l’audience. Les alternatives existent (cf. Arte) mais elles n’attirent pas grand monde. Oui il y a une responsabilité du système médiatique, du politique, des journalistes, mais il y a aussi une grande responsabilité de la population elle-même, qui préfère se shooter à l’émotion que prendre du recul. C’est plus complexe que de dire « les journalistes sont tous les cons », attitude qui, au passage, ressemble fort aux caricatures que vous dénoncez.

                            « (...) avec leur ficelles habituelles mise hors contexte, choix des plans, coupes au montage, etc etc... » écrit Le Gus.
                            Vous semblez être des spécialistes des médias et savoir comment cela fonctionne. Je m’étonne alors que vous ne soyiez pas capable de différencier une équipe de mass media (TF1, France2, France5...) d’un réalisateur indépendant doté d’une petite caméra. Vous ne pouvez pas connaitre le fonctionnement médiatique et prétendre que je suis à la solde de la publicité et un instrument du pouvoir dominant, c’est de l’ignorance. Voyez mes films, lisez mon blog, laissez moi vous expliquer comment je travaille et de quelle façon je m’auto-finance, et vous distinguerez les médias de masse des médias libres, ces fameux médias vantés sur le Camp Action Climat comme le rapporte Rue89 : « Vive les médias libres »... Mais je suis typiquement un média libre !
                            Libre : indépendant. Indépendant des médias de masse, indépendant des Amis de Silence, il faut aussi accepter cela.

                            J’espère, pour finir que vous ne possédez pas de télévision et que vous ne regardez jamais de documentaires ou de reportages. Tous les programmes de divertissement produits par les médias de masse, les jeux télé, les téléfilms, la télé-réalité ne posent pas de problème de droit. Mais les documentaires d’auteur, plus fins, plus artistiques, moins formatés, plus en marge, aussi, de la pensée dominante, sont impossible à réaliser s’il faut s’arrêter pour demander une autorisation chaque fois que quelqu’un entre dans le champ. C’est une réalité. Ces programmes qui constituent à mon avis le haut du panier qualitatif, sur le fond ; et pour lesquels j’ai décidé de donner mon temps et mon énergie, n’existent pas si l’on respecte vos préceptes rigoristes. Ainsi lorsque vous interdisez un réalisateur de travailler au nom du pire, sachez que vous supprimez peut-être le meilleur. Vous n’avez aucun moyen de le savoir. La seule chose qu’il est facile d’identifier c’est s’il appartient à un média de masse ou pas, et dans mon cas, la réponse était évidente...

                            Au plaisir de vous lire de nouveau...


                            • benka 18 août 2009 16:14

                              oulala, doucement ! on repart sur le fascime vert, annoncé déjà par un journaliste de Presse Ocean sur le site d’Indymedia Nantes : http://nantes.indymedia.org/article/17977


                              Les régles de présence des médias sur le camp sont le fruit d’un conscensus entre les personnes qui ont préparé le camp climat, avec des positions qui vont de « pas de média » à « entrée libre pour les médias ». J’ai lu un billet quelque part qui dit grosso modo « c’est vrai qu’il n’y a pas que les people qui ont droit de controler leur image », c’est le remarque que je préfère :)

                              Des personnes étaient en vacances, d’autres préparaient des actions, certains débataient ou draguaient leur copine/copain... Toutes cette diversité fait que la présence des médias sur ce lieu privé pouvait être limité.

                              Pour avoir été sur le camp durant 2 semaines (préparation + camp), je pense que les Amis de Silence était les plus ’non-violent’, ils ce le sont assez fait reproché par les autonomes qui campaient à côté d’eux :)

                              Le « rapport de force » qu’ils veulent créer est tout ce qui a de plus normal, c’est le but d’une ONG comme d’un syndicat, d’un groupe politique... Ca ne traduit pas pour moi nécessairement une volonté de violence. Amnesty International le fait par des pétitions par exemple.

                              • Pepe de Bienvenida (alternatif) 1er septembre 2009 14:38

                                Tout à fait d’accord Benka. Et quant aux accusations de fascisme vert, « qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ».


                              • Patrick 27 novembre 2014 13:31

                                En résumé, Raphaël :

                                - tu as passé quelques instants dans ce camp et tu repars en employant le vocabulaire de Xavier Belin (fascistes verts, rien que ça... ah ah ah ! non mais vraiment)

                                - tu arrives en te demandant s’il y a des « voleurs », en parlant de se « méfier des pauvres » et en visant des « autochtones » (je cite la vidéo) et tu appelles cela une « attitude respectueuse ».

                                - tu dis que tu veux bien respecter les règles mais tu filmes alors que des personnes viennent de te dire qu’elles ne veulent pas être filmées (en fait ce n’est même pas une question de règles, mais de politesse).

                                - tu accrédites les paroles d’une journaliste bossant pour Rotschild, qui dit « avoir l’impression d’être en Corée du Nord » (sans rire, j’admire le sens de la mesure) parce que dans ce milieu on voudrait que les journalistes relayent uniquement « une façon de voir ». Mais au fait... quelle façon de voir ???? On ne sait pas. Hop, tour de passe passe. Ami lecteur, tu ne sauras pas ce que les Ami-e-s de Silence avaient à dire, parce qu’ils voulaient que le monsieur le dise sans travestir leur parole, et ça, c’est vraiment Coréen du Nord (au passage, ajoutons que lesdites personnes n’ont sans doute jamais mis les pieds en Corée du Nord, mais bon, faisons leur confiance, pour ce qui est de la vie chez les Barbares, ils en connaissent un rayon).

                                - « nous avons cru comprendre que l’association fonctionnait sur un mode très autoritaire, très rigide, presque militaire ». Ah oui tu as cru comprendre, d’accord, d’accord. Ben alors renseigne toi sur ce qu’est l’autogestion et la prise de décision au consensus, au lieu de dire n’importe quoi.

                                Perso je suis journaliste et je n’ai pas fait que passer aux Ami-e-s de Silence de façon superficielle (j’y ai été en tant que journaliste-reporter, je précise). J’y ai été très bien accepté, mais il faut dire que je commence par dire bonjour et non par sortir une caméra. Ensuite, si on me dit que sur ces Rencontres, l’idée est d’essayer pendant 15 jours de vivre sans téléphone, sans télé, sans appareil photo, j’arrive à comprendre ce principe d’expérimentation (absolument sans obligation). Si on m’explique qu’on n’écoute pas de musique enregistrée ni amplifiée afin que chacun sorte du rôle de spectateur, afin que tout le monde puisse jouer, le tout sans électricité nucléaire, je ne trouve pas cela sectaire, mais cohérent. Est-ce si difficile ?

                                Tu vois par toi-même ce qu’entraine ton papier : il y a des gens qui, en commentaires, sans avoir jamais mis les pieds sur ces Rencontres, expliquent que c’est un endroit totalitaire ou sectaire. Ça fera marrer tous ceux qui sont un jour passés aux Rencontres, lesquelles penchent nettement plus vers les Bisounours que vers Mussolini et la messe. L’ignorance alimente la bêtise, hélas, et c’est ta responsabilité de ne pas aller dans cette voie. Ce qu’il faut remettre en question, ce n’est pas le journaliste ou le réalisateur, mais ce à quoi en sont réduit les journalistes et les réalisateurs aujourd’hui : faire des papiers ou des vidéos à l’emporte-pièce après avoir survolé le sujet en quelques heures.

                                Un conseil : retourne aux Rencontres des Ami-e-s de Silence, sans a-priori et sans caméra. Tu y apprendras ce que le mot « bienveillance » veut dire, et au moins, tu pourras en parler en connaissance de cause.

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