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Accueil du site > Actualités > Société > SNCM, une épopée tragique ?

SNCM, une épopée tragique ?

Nouvelle épée de Damoclès au-dessus du gouvernail de la SNCM… Le possible remboursement de subventions perçues par la SNCM de la part de l’Etat met en danger l’avenir de la compagnie maritime. Soumise à une « concurrence déloyale », un dialogue social « tendu », et des politiques corses ambivalents, la maison-mère Veolia veut en finir avec ce panier de crabes corso-marseillais !

Nouvelle péripétie dans l’épopée marseillaise SNCM… Mais cette fois-ci, l’obstacle pourrait bien être fatal et conclure l’aventure en tragédie (maritime) ! Détenue par Veolia Transdev à 66 % (filiale transport de Veolia Environnement ), par l’Etat (25 %) ainsi que par les salariés (9 %), la société accumule depuis des mois les difficultés…

Dernière en date : le remboursement probable des aides perçues par la SNCM de la part de l’Etat en 2007, dans le cadre d’une restructuration de la compagnie. La Cour de justice de l’Union Européenne devrait décider, d’ici l’été, si cette décision est compatible avec les règles du marché commun.

Si cela était avéré, la compagnie devrait rembourser la coquette somme de 50 millions d’euros ! « Cela nous mettrait dans en grande difficulté », s’alarme le directeur de la communication de la SNCM, Pierre Jaumain.

Une société à la dérive

Privatisée en 2006, la SNCM accumulent les pertes : 15 millions d’euros en 2011. Mais » la compagnie n’est pas endettée », veut rassurer Pierre Jaumain. Effectivement, la maison-mère Veolia , renfloue chaque année le trou de sa filiale, ce qui ne semble plus être du goût de la nouvelle direction…

La SNCM possède une mission de service public : « Assurer le service de continuité territoriale. (…) Elle efface le bras de mer entre la Corse et le continent, de façon à ce que comme l’ensemble des citoyens français, les Corses, puissent se déplacer sur tout le territoire », rappelle Yann Pantel, délégué syndical CGT de la SNCM.

Via une DSP (Délégation de Service Public) conclue entre la CTC ( Collectivité Territoriale Corse) et la compagnie maritime, les partenaires prévoient le nombre de rotations des ferries pour les passagers et cargos mixtes pour la marchandise, en fonction des besoins de l’île. « Même si nous n’avons que quatre passagers, nous sommes obligés de partir, cela fait partie du service public » précise le cégétiste.

A Marseille, les marins de la compagnie, affiliés CGT, syndicat le plus puissant du port marseillais, sont inquiets quant à l’avenir de leur société. Pour eux, la principale raison de leur perte est la » concurrence déloyale » de la compagnie Corsica Ferries, qui a cassé en 2001 le monopole de la SNCM. Les marins cégétistes manifesteront en France le 2 mai pour interpeller les deux candidats à la présidentielle sur leur condition

De son du côté de la direction de la SNCM, on entend relancer la compétitivité de la société en établissant « une nouvelle manière de travailler (…) pour gagner des gains de productivité (…) Aujourd’hui il y a toute une série d’accords qui rendent la gestion des effectifs compliquée », commente avec un peu de fébrilité Pierre Jaumain.

« la SNCM prise en otage ».

« Aujourd’hui l’essentiel de l’activité qui risque de bouger est liée aux décisions de la collectivité corse », atteste Pierre Pierre Jaumain. Une collectivité, qui, après avoir diminué la DSP de la SNCM, a accordé une aide sociale à Corsica Ferries pour réduire le coût de ses billets.

Stupeur et colère sur le boulevard des Dames, QG des marins cégétistes… Selon une source proche du dossier, la collectivité corse « prend en otage la SNCM pour que l’Etat augmente ses dotations ». Des dotations qui lui permettent de financer la compagnie maritime pour son service depuis 1986. Gelées depuis 2009, l’Etat n’a pas pris en compte l’augmentation du carburant… Un coup de gueule indirect qui tombe à pic en période électorale, non ?

En mars dernier, la collectivité présidée par Paul Giaccobi (PRD) décide de diminuer la DSP. Désormais les subsides subventionneront 410 000 places au lieu des 1,4 million initialement dotées . Ce qui entraîna immédiatement l’annonce, par Marc Dufour, d’un plan social de 800 emplois et d’une diminution de la flotte. Mais « rien » ne serait « acté », selon Pierre Jaumain.

Las de cette situation, entre « hurlements » de la CGT et collectivité corse instable, le Président du conseil de surveillance (où siègent les actionnaires) provoque et propose à la Corse de leur vendre la compagnie pour un euro symbolique !

De quoi faire plaisir aux communistes corses qui réclament depuis des lustres le retour à une compagnie publique et régionale dans le giron corse. Mais contre toute attente, le pouvoir exécutif refusera et supprimera après coup l’aide sociale. Quelques semaines plus tard, la CTC ( Collectivité Territoriale Corse), validera l’existence d’ une commission d’étude pour la création d’une compagnie maritime régionale ! Bella mancagna !

Veolia reprend la barre…

Ce théâtre corso-marseillais ne semble plus être du goût de la maison-mère. Reprise en main par Antoine Frérot, ex-bras droit d’Henri Proglio avec lequel il est en délicatesse depuis « l’affaire Borloo ». La nouvelle direction compte restructurer les 2600 filiales pour diminuer ses 15 milliards de dette, selon un membre de l’entourage de monsieur Frérot au Monde.

En avril, Veolia a annoncé la mise en vente de ses parts dans la société de transport Veolia Transdev. Le fond d’investissement Cube Infrastructure est intéressé, mais ne veut pas entendre parler de la SNCM. La multinationale française a donc décidé de reprendre les 66 % que sa filiale détient dans la SNCM.

En attente de la décision la Cour de justice de l’Union Européenne, les investisseurs ne se bousculent pas sur la passerelle de la SNCM. Si ce remboursement est imposé, Veolia pourrait déposer le bilan de sa filiale… Dernière option envisagée, faire retourner la SNCM dans le giron de l’Etat.

Si la SNCM disparaît, Corsica Ferries se retrouvera en situation de monopole. « Les prix vont exploser… Et vous pensez que Corsica va faire partir des bateaux l’hiver pour 5 passagers ? », s’exclame Yann Pantel qui voit une incidence forte sur les passagers.

Dans cette histoire dont l’issue est certaine, les présidentielles pourraient-elles changer les choses ? Les marins l’espèrent pour que leur périple s’inscrive dans le registre d’une épopée à la Lejabby et non d’une tragédie à la Sea France… Affaire à suivre !

Sarah Arnaud.

Retrouvez également notre vidéo sur News of Marseille


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7 réactions à cet article    


  • oncle archibald 28 avril 2012 07:37

    « Même si nous n’avons que quatre passagers, nous sommes obligés de partir, cela fait partie du service public » précise le cégétiste.

    Mais quand l’été nous avons deux mille passagers en partance, qui ont payé leurs billets, qui ont retenu des chambres d’hôtel, loué des appartements, là nous les prenons en otage et c’est un vrai plaisir à les laisser à quai, ne précise pas le cégétiste ...

    • Atalon 28 avril 2012 12:44

      Evidemment, quel scandale, prendre le service public en excuse pour gérer leur privilèges, voila toute l’action de ces cgtistes dévoyés, il faut le dire....


    • gordon71 gordon71 28 avril 2012 08:22

      ah cette société existe encore ?


      Les syndicats CGT en tête n’ont pas encore réussi à la couler ?

      • Atalon 28 avril 2012 12:45

        En cours....ouf !


      • arobase 28 avril 2012 14:23

        la sncm doit être nationalisée et être reprise par l’assemblée de Corse exactement comme la cie Air Corsica qui est florissante depuis qu’il s’agit d’une Cie régionale nationalisée. 


        quand aux syndicats, s’ils n’avaient pas été là, il y a longtemps que les Corses devraient traverser à la nage.

        archibald et atalon ne mettent pas en cause les dirigeants quand il y a grève.
        comme dit lepen, ce sont les travailleurs, ces « racailles », qui « prennent en otage », jamais les patrons. 
        .quand on dit des choses, il faut savoir de quoi on parle !! un travailleurs ne fait jamais grève par plaisir. il n’a que ce moyens contre les requins.

        sarkosy le sais si bien que son ennemi est le syndicat, tous les syndicats auxquels il vient de déclarer la guerre. tous , enfin pas le médef, cgpme ....bien sûr !
        et s’il est réélu il y a de fortes chance que face au medef, les travailleurs, tous les travailleurs de ce pays, se trouveront tous seuls pour se défendre ! ils diront merci à mrs archibald et atalon.

        demandez aux salariés de carrefour ce qu’ils pensent des prochaines suppressions de postes !! c’est le medef qui val les défendre ? ou sarkosy ?

        qu’ils aiellent passer un mois en mer, après ils parleront de « privilèges »

        pas vrai mr gordon71 ?

        si des subventions doivent être remboursées ce seraient plutôt celles perçues par la Corsica Ferries, qui est une compagnie privée italienne à 100%.

        pourquoi l’argent de mes impôts devrait-il subventionner des cies privées ?
        . elles sont libérales, contre le secteur public ? alors qu’elles se démerdent sans les aides des états. au lieu de vouloir le beurre et l’argent du beurre.

        comme en Manche et ailleurs dans les industries, remettons les entreprises entre les mains de ceux qui les font tourner , les travailleurs, arrachons les des griffes des actionnaires privés qui n’ont que le fric comme sacerdoce.

        • Proudhon Proudhon 28 avril 2012 17:53

          C’est vrai que dans les commentaires on retrouve toujours les mêmes connards qui croient défendre leurs intérêts et ceux de leur congénères au détriment des peuples. On ne les entends pas, ni la commission européenne quand l’Etat ou les collectivités territoriales subventionnent les entreprises privées, ne serait-ce que par l’allégement des cotisations sociales dont elles font l’objet depuis de longues années quand à l’opposé, les cotisations des salariés ne cessent d’augmenter.
          Les terrains où s’implantent les entreprises cédés gratuitement avec les raccordements en eau et en électricité gratuits pour quelques dizaines d’emplois à la clé qui dureront le temps d’un mirage quand l’entreprise fermera ses portes et ira s’implanter dans une autre commune. Les exemples sont innombrables dans notre nation de dictature des marchés...

          Corsica Ferries, ses subventions et son équipage de marins exploités à outrance (mauriciens ou panaméens). Et ces cons de français qui choisissent cette compagnie italienne au détriment de la française et qui viendront pleurer quand Corsica Ferries aura enfin le monopole et pourra pratiquer les prix qu’elle voudra et les enc..... bien profond comme les grandes surfaces par exemple se plaisent à le faire en permanence...

          C’était pareil au début, des prix plus bas que le petit commercant. Par contre, quand ils ont eu le monopole, alors là ce sont et les producteurs et les clients qui trinquent. Et les connards du début qui vantaient le marché libre changent de proie et se focalisent sur autre chose en oubliant l’exemple précédent.
          Vous me direz, c’est le propre du connard, cette attitude...

          a mediter :
          commission d’enquete demandee par l’assemnblee nationale sur la COrsica ferries

           
          Tourship Group basée au Luxembourg, Lozali basée en Suisse et Lota Maritime basée a Bastia sont 3 holdings entre lesquelles s’etablit Corsica Ferries France.
           Tourship Group a été menacée de liquidation judiciaire par le tribunal de Luxembourg en 1999 pour non présentation des comptes, et que Lota Maritime a été condamnée par le tribunal de commerce de Bastia pour retard dans le dépôt de ses comptes 2003. Par ailleurs, des audits économiques conduits par cabinet spécialisé ont relevé, à propos de Corsica Ferries France, beaucoup de flou, d’interrogations ou d’incertitudes tant sur la partie maritime de ses résultats que sur ses fonds propres.
           
          Ctte societe connaît de réelles difficultés financières (pertes de 7,9 millions d’euros), avec des pertes égales aux trois quarts de son capital, et une absence de fonds propres : 11 millions d’euros alors que la SNCM dispose de dix fois plus.
           
          « Une entreprise au bord de la faillite (une parmi la quinzaine de sociétés de la holding Lozali), véritable nébuleuse basée en Suisse quant à elle, reprendrait la totalité du service dit complémentaire lié au trafic touristique le plus rentable (c’est-à-dire les passagers), et se retrouverait de fait, en situation de monopole privé mais subventionné par l’aide au passager transporté, sur les dessertes de Marseille, Toulon et Nice. Autrement dit l’argent public irait au renflouement de cette compagnies privée. Enjeu : 30 millions d’euros sur trois ans rien que pour les lignes de Nice et de Toulon ».


          • parole 15 septembre 2013 17:26

            UN NAUFRAGE PRÉPARÉ ET HABILLÉ
            Mieux qu’un long discours : http://alainverdi.tumblr.com/

            Si vous lisez les articles de ce site, vous comprendrez qu’elle est la réalité.
            PS : ce n’est pas le « partit communiste » qui veut une compagnie régionale, mais les nationalistes corses. Ce n’est pas vraiment la même chose.

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