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Accueil du site > Actualités > Société > Société et représentation : de l’école « primaire » à l’Academy (...)

Société et représentation : de l’école « primaire » à l’Academy du spectacle

La « politique spectacle » ne cesse d’être évoquée toutes ces dernières années, parallèlement au paroxysme d’une « crise » (économique ? de civilisation ?) dont le début réel est situé de façon aléatoire, selon le point de vue idéologique ou l’angle choisi.

Bien des hommes politiques (sans remettre en cause la qualité de leur personne ou leurs compétences) ne rechignent plus à « promouvoir » leur mission pourtant si noble et essentielle, dans tout « talk show » suffisamment élu par l’audimat. Recourir à des artistes en période électorale, reconduite progressivement à chaque jour de l’année, atteste du professionnalisme en la matière. Le temps des vraies vocations et du sens de l’Histoire semble rejoindre inévitablement les vieilles lunes d’antan. Comme dans le milieu du spectacle, la politique « moderne » recouvre désormais un métier, presque un art.

Le cadre national ayant été fondu dans le seul pseudo idéal qui demeure, celui du gigantisme, de la mondialisation, les acteurs politiques semblent s’être peu a peu condamnés à un second rôle d’un niveau de plus en plus local, celui de chaque pays. Ce renoncement ou dessaisissement consenti, conduit de plus en plus à faire une grande part de figuration médiatisée. Nos élus en sont les premières victimes, pour peu que l’on sache le dévouement exemplaire de certains d’entre eux. La communication prend logiquement une importance croissante dans la gouvernance. Ce terme, au sens tout aussi multiple que la qualification de la « crise », l’aurait peu a peu emporté. Parler de Gouvernement sera-t'il bientôt suranné ? Chacun compare néanmoins la crise actuelle à celle de 1929. On implore encore le passé pour donner un peu de sens, mais comme on va voir la grand-mère abandonnée le dimanche, un fois par an. Le jeunisme participe de la même « spectacularisation » de la gouvernance par et de l’image. 

Un bon élu doit en effet être un « bon client » pour les médias. Il doit « passer » bien. Nos 12 millions de concitoyens survivant au seuil de pauvreté passeront, leur place. La gangrène du spectacle conduit certains à faire un régime, d’autres posent allègrement dans les revues « people » tout en dénonçant ce type de presse. Etre vu, et revu. Savoir se vendre, disent des conseillers. On l’assume en gros plan. Seuls ceux qui vendent seraient vulgaires ou fautifs. La presse fait son travail. Certains seraient bien inspirés de suivre son exemple.

La légitimité doit-elle désormais se gagner en première de couverture ? Les représentants du peuple devraient exceller dans la « représentation », au sens du spectacle. Ils ne sauraient alors que les victimes d’un système qui, sous prétexte de structurer une technique « moderne » de communication, leur retire peu à peu le fond au profit de la forme. Le profit reste une des finalités du spectacle. L’art pour l’art relève de l’héroïsme sacrificiel.

La crise serait donc le feuilleton quotidien le plus regardé, mais pas les conséquences. Les pauvres brouilleraient-ils l’image de la piste de danse ? Les coulisses n’ont pas à apparaître sur scène. Ainsi, la réalité sociale désastreuse rencontre en parallèle le règne croissant de la théâtralisation de gouvernance. Faute de pouvoir encore changer cette réalité, la fuite en avant scène s’impose en stratégie ou placebo. La réalité finira t-elle en secret d’état au royaume de la société du spectacle permanent ?

Une bonne campagne consisterait à « raconter une histoire », et que celle-ci soit en cohérence avec l’offre et la demande imaginaires du moment. La crise n’en finit plus de programmer de nouveaux épisodes. Conjointement à la maltraitance des pauvres sans cesse plus nombreux que l’on n’hésitera pas à accuser de voler les miettes qu’on veut bien leur concéder, songer enfin à l’autre bout de la chaîne. Ceux qui perçoivent ou s’auto-attribuent 1000 ans de salaire de base devraient quand même faire un petit effort. Le clou du spectacle, une trouvaille. Le suspens criminel aura été intense. Etre ou ne pas être, et rester, civilisé, humain. L’on pourra ainsi mieux regretter « d’assister » les personnes en danger, social. Les droits de l’Homme auraient-ils des limites. L’assistance à personne en danger, social ou autre, reste un devoir. Tirer le rideau sur la misère ? Le spectacle finira bientôt pour tout le monde. Une société ne repose pas sur sa tête.

Pour certains, le chaos actuel marquerait l’aboutissement du tournant défini comme « ultra libéral » durant les années 80, incarné par Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Pour d’autres, tout le malheur du monde proviendrait de la crise bancaire américaine plus récente. Les prophètes de malheur parient déjà sur la fin des temps. Des télé-philosophes se limitent à annoncer la mort de l’occident.

En attendant, modifier le mode de désignation ou déroulement du casting électoral occupe bien des « candidats ». Les émissions de téléréalité seront-elles bientôt diffusées en flux tendu jusque dans le JT ? La « démocratie d'image » à la mode de la téléréalité n’en finit pas de triompher. L’abstention durant les vrais scrutins sera compensée par les masses de "télévotants" payeurs. Donner au peuple la sensation de choisir ceux qui, ne lui laisseront bientôt plus que le choix de subir la crise reconductible chaque saison. Si les rares emplois encore accessibles sur le « marché » voient leurs durées de plus en plus limitées, la « crise » est bien en CDI. Qu’elle batte en retraite relève hélas d’un pur fantasme, et pour percevoir encore quelque gramme de retraite les citoyens auront un jour prochain à vivre leurs derniers instants au travail. Pour ceux qui en auront un. Le spectacle est fini.

Ainsi, la question des « primaires » est appelée à monopoliser durablement les informations. Le terme de « primaire » interroge par lui-même.

En parfait brouillage de la culture politique française, l’américanisation est en marche. Aux Etats-Unis aussi, deux grands partis se partagent à tour de « rôle » le pouvoir, les démocrates et les républicains. Le scénario devrait être partout simplifié dans le monde idéal démocratique. Ici, quelques « sous-partis » n’ayant droit qu’à figurer brièvement résistent encore, donnant quelques idées nouvelles à la trame habituelle. Le système des primaires induisant la polarisation sur deux camps, sauf à vivre une poly-téléréalité électorale ingérable, réduira à terme la diversité partisane. Vouloir conjointement redonner du pouvoir au parlement est bien contradictoire.

Le modèle américain que l’on entend progressivement nous imposer voit donc les électeurs présélectionner des candidats. Deux grands partis organisent ensuite des conventions nationales pour investir leur candidat vainqueur, ou désigné. Gardons que dans certains états, les primaires sont dites « fermées ». Ceux qui sont membres encartés du parti concerné peuvent seuls voter. Dans d'autres états, les primaires sont totalement « ouvertes ». N'importe quel électeur peut participer au vote. Certains sont invités à participer à l’émission, d’autres ne pourront qu’applaudir au signal du chauffeur de salle. Le PS se situe donc à mi chemin. Aux USA, les primaires permettent d’abord d’évaluer la cote de popularité des candidats. La logique est largement celle du marketing et de l’audimat. La politique spectacle devient plus encore prégnante et première. 

Les fameux « caucus » de la campagne américaine ne sont d’ailleurs pas sans rappeler nos « Universités d’été ». Des réunions s’apparentant de plus en plus à un défilé de beauté autant qu’a un concours de jolies formules pour le JT. Aux USA, le spectacle se fait aussi à domicile. Quoi qu’il en soit, difficile de ne pas songer à une répétition générale sur invitation, avant le grand show ouvert à tous. Tout y est scénarisé, les entrées et les sorties, les tenues vestimentaires. Du spectacle. Parfois des figurants viennent grossir les acclamations.

En adoptant un tel mode de désignation, le PS et Europe-Ecologie-Les-Verts inscrivent donc clairement notre pays dans la « culture » électorale américaine. Qu’il faille s’en réjouir n’est pas acquis. Notre pays a vu régulièrement des hommes d’état émerger plus naturellement dans la logique de l’Histoire. Qui peut imaginer un De Gaulle concourir dans le défilé des primaires ? La Politique, c’est sérieux.

Faute de pouvoir alimenter un vrai débat programmatique, ce mode de sélection réduit peu à peu l’enjeu à un combat de coqs, ou de personnes. L’élection trouve ici son acception la moins signifiante. Le caractère de l’une sera préféré à celui de l’autre, celui-ci saura rester plus calme que l’autre. Bref, le meilleur comédien triomphera. Et la vérité humaine, le chemin proposé à la nation, le « parler vrai » ? 

Comme durant la soirée annuelle de Miss France, les questions viendront souvent à la fin. Les jeux de rôle priment sur le projet politique. Le peuple est spectateur des jeux du cirque, l’enjeu est son propre destin. Primaires, vous avez dit, primaire.

Depuis 1962 l'élection présidentielle au suffrage universel a personnalisé le scrutin. Le règne plus récent de l’audimat n’a pas été pour atténuer les choses. Pire, la légitimité ou représentativité s’effacent peu à peu devant la « représentation ». Que tel ou tel fût « bon » fondera l’analyse politique. Il n’est pas dit que les hommes qui ont marqué et fait l’Histoire avant cette ère médiatique, furent de bons comédiens. Un Mendès France en danseuse de primaires ? Soyons sérieux.

La qualité première du politique doit être le courage, aussi celui de déplaire, dans l’intérêt général. Gouverner, ce n’est pas plaire. Le concours de beauté des primaires s’inscrit dans la facilité, dans l’image, dans le spectacle. La France mérite mieux. Résister à l’américanisation lui est en « général » assez naturel. Confirmer cette spécificité, d’autant plus que les USA portent toutes les marques d’une « culture » ou d‘un empire en pleine déliquescence.

Ne laissons pas la politique passer le casting d’un film de seconde zone, dans un registre vraiment très…primaire.

Guillaume Boucard


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