Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Société > Spoliation des biens culturels par l’État : après l’archéologie (...)

Spoliation des biens culturels par l’État : après l’archéologie nazie, la France connaitra-t-elle l’archéologie communiste ?

Il est toujours intéressant les mois d'été en France de se pencher sur les lois que l'exécutif a passées en douce. Le journal Le Monde s'est essayé à l'exercice dans son édition du 8 septembre 2016 [1]. Toutefois, ses journalistes sont manifestement allés un peu vite en besogne : ainsi le quotidien national est passé à côté de la nationalisation par l'état des biens mobiliers présents sous nos pieds : ni plus ni moins que l'abrogation d'un droit de propriété ancestral.

En effet, jusqu'à présent le propriétaire d'un terrain était aussi propriétaire des vestiges matériels qui pourraient s'y trouver enfouis ; en précisant toutefois que l'inventeur du bien découvert pouvait en revendiquer la moitié au propriétaire. Avec la loi votée cet été [2], c'est terminé. L'État est présumé propriétaire de tout ce qui est mis à jour dans votre jardin. Si vous perdez votre alliance en or massif en jardinant et la retrouvez quelques mois plus tard, vous aurez à démontrer qu'il s'agit bien de la vôtre auprès de l'Administration : par défaut et en l'espèce, les services de l'État sont en droit de réclamer votre bien.

Il s'agit donc bien de la nationalisation - par un gouvernement socialiste et en catimini - des biens culturels se trouvant sur la propriété de chacun d'entre nous. Plus d'un quart de siècle après l'effondrement des états socialistes du bloc communiste et trois quarts de siècle après la fin de l'Europe fasciste, la République française renoue en 2016 avec les mesures d'un état totalitaire.

D'aucuns pourraient parler d'un retour au Peuple de son patrimoine. Mais ce type de logorrhée caractérise des cerveaux aussi malades que ceux qui ont pensé cette loi. En effet, le recul historique nous permet d'être clairs : ce n'est ni plus ni moins que la spoliation par l'appareil d'État et ceux qui le composent des vestiges archéologiques présents sur nos propriétés. Quel citoyen français s'est vu informé d'une quelconque volonté de l'exécutif de lui retirer le droit de propriété sur ce qui se trouve sur ses terres ? Y a-t-il eu un quelconque débat public sur l'abrogation de ce droit ancestral ? Non.

Quid maintenant ? Comment l'exécutif fera-t-il valoir son nouveau droit sur les présumés objets présents sur nos terres ? L'état créera-t-il spécialement une police pour le ministère de la Culture ? Au hasard ou sur dénonciation, ses agents devront aller interroger les Français sur ce que leurs travaux dans le jardin, aux champs, dans leur bois, leur auraient fait découvrir. Puisque l'État est présumé propriétaire de tout ce que contient votre terrain, la logique est implacable : du moment où vous possédez un terrain et une pelle, vous êtes présumé coupable. Avec des concitoyens abattus par centaines en plein Paris, écrasés par dizaines à Nice, nos services de police ont autre chose à faire. Sans parler du trafic de drogue et celui des êtres humains...
On le voit bien l'état n'a aucun moyen de faire respecter cette loi.

Des cerveaux malades oui... mais de surcroît torves. Car ils savent comme tout un chacun notre état impuissant. Il est donc fort à parier que ceux qui ont pensé cette loi ne veulent pas en faire la publicité. En effet, elle permet à l'intelligentsia en place de se prévaloir de la seule dignité de l'étude du patrimoine des Français. Le simple citoyen ne peut donc plus être historien ou archéologue en France. Seule une clique d'intellectuels parisiens ou appointés par la République seraient donc à même d'accéder et d'étudier les richesses historiques de la Bretagne, du Pays Basque, du Languedoc, de la Catalogne française, de la Savoie ? Allez dire aux Kanaks de Nouvelle-Calédonie qu'ils doivent passer par Paris pour avoir l'autorisation d'accéder à leurs objets sacrés ? La France totalitaire donc, minée par le combat d'arrière-garde d'idéologues de gauche aux dogmes que l'on sait pourtant bien nauséabonds depuis les expériences du XXe siècle.

Il ne faut pas se leurrer, l'histoire en France est une science d'État. La quasi-totalité des historiens et archéologues de profession sont payés par le gouvernement. Il est possible dans ce pays d'être condamné par les tribunaux pour de simples idées sur l'Histoire. On le comprend : au-delà de la spoliation du patrimoine culturel de chacun des Français, l'État tente de nier à chaque citoyen sa faculté à étudier par lui-même son patrimoine. Il veut ainsi garantir les fondements de son histoire officielle. Au lieu d'y faire face...

De surcroît, l'État a créé aussi une chasse gardée pour ses fonctionnaires ou agents publics de l'Archéologie : au premier rang desquels figure la calamiteuse et très syndiquée INRAP ; mais à laquelle il nous faut ajouter la noblesse scientifique d'État incarnée par les agents du CNRS, tout aussi discrète que méprisante et, bien qu'oisive, tout autant puissante.

Quid en pratique ?
. le propriétaire d'un terrain visitant les archéologues travaillant sur sa propriété et demandant ce qu'ils y ont trouvé se verra répondre : "Monsieur, tout ce qui a été trouvé sont les biens de l'État, cela ne vous regarde pas". En plus de couper matériellement le citoyen français de son Histoire, cela ne pourra que favoriser le vol du mobilier lors des opérations archéologiques.
. comparé à un particulier propriétaire, le caractère abstrait d'un état propriétaire et son impuissance à surveiller son bien entraînera les mêmes effets sur les dépôts archéologiques que sur les biens présents dans les ambassades : tout comme l'ambassadeur peu scrupuleux en accapare une partie, du mobilier disparaîtra des dépôts et rejoindra le marché noir. Qui veut de la statuaire romaine ?
. enfin, étant sûr d'être dépossédé, plus personne n'informera les services culturels de l'État s'il découvre quoique se soit d'intéressant sur sa propriété. Bien que rare, l'éventualité existait [3]. Le marché noir s'en trouvera d'autant plus renforcé.

Cette loi est donc une tragédie scientifique pour l'archéologie. Toutefois elle est surtout une tragédie pour l'identité française : en déconstruisant le lien matériel entre le citoyen et sa terre, cette loi s'attaque à la notion même d'appartenance à la nation France. Étant donné les circonstances actuelles, l'État joue contre son camp ...

À part enrichir des véreux des services publics de la République, gageons et espérons que cette loi aura autant d'influence sur le monde réel que celle que la République vota pour interdire le pantalon aux femmes. Dans la défaite, notre État a un don pour être en plus ridicule : "Sabordons la flotte !"

 

Gabriel Sarran

 

PS. oui, la France a en effet connu une archéologie nazie. Certains archéologues s'en sont fait une spécialité [4]. Indépendamment de la qualité de ces travaux, compte tenu de la quantité de mobilier archéologique en attente d'étude dans les dépôts archéologiques, on peut s'interroger sur le bien-fondé de financements ou de soutiens publics dont auraient pu bénéficier directement ou indirectement de tels travaux.

 

[1]
Tout ce qui a été voté pendant vos vacances d’été (ou presque)
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/09/08/tout-ce-qui-a-ete-vote-pendant-vos-vacances-d-ete-ou-presque_4994747_4355770.html

[2]
Article L541-4
Créé par LOI n°2016-925 du 7 juillet 2016 - art. 70 (V)
https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do ;jsessionid=61E6C489E9FD7B47E1DEBA969B80B423.tpdila10v_3?idArticle=LEGIARTI000032857657&cidTexte=LEGITEXT000006074236&dateTexte=20160909

[3]
Le trésor d'Arpajon
http://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/20081128.OBS3185/le-tresor-d-arpajon.html

[4]
Laurent Olivier, Nos ancêtres les Germains, les archéologues au service du nazisme, Tallandier, septembre 2012
https://www.connaissancedesarts.com/archeologie/les-nazis-et-larcheologie-en-france-11427/

 


Moyenne des avis sur cet article :  1.69/5   (13 votes)




Réagissez à l'article

16 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 10 septembre 10:14

    vu le temps de recherche d’un chantier archéo, mieux valait ne rien déclarer.


    • Alren Alren 10 septembre 11:41

      @foufouille

      Les « fouilles de sauvetage » sont rapides.
      Si l’on considère que la connaissance du passé est importante un mois de retard est-ce si important pour une construction qui a peut-être attendu autant de temps son permis de construire ?


    • foufouille foufouille 10 septembre 11:52

      @Alren
      franchement, j’ai lu beaucoup plus long.
      en plus, la plupart des trucs découverts finiront dans un hangar et jamais dans un musée.
      encore moins revendu. dans le cas ou ce ne sont pas des découvertes importantes.


    • Alren Alren 12 septembre 15:47

      @foufouille

      Beaucoup de découvertes archéologiques se font lors des travaux de terrassement entrepris pour créer un lotissement d’habitations dans un terrain précédemment voué à l’agriculture.
      Et beaucoup de ces découvertes sont des cimetières oubliés.

      Après les fouilles, les archéologues retirent les squelettes. Je doute que beaucoup de futurs habitants auraient aimé avoir un squelette humain sous le sol de leur maison !


    • howahkan howahkan 10 septembre 10:14

      communistes..où, ? lesquels...hollande et le ps smiley = nazi.......

      fallait oser...

      il est dit : Il s’agit donc bien de la nationalisation - par un gouvernement socialiste et en catimini - des biens culturels se trouvant sur la propriété de chacun d’entre nous.....

      socialiste ?? où ??


      • mat1223 (---.---.237.63) 10 septembre 10:22

        Le changement de propriété du mobilier archéologique ne concerne que celui trouvé dans le cadre d’une opération archéologique ou si un intérêt scientifique dans le cadre d’une découverte fortuite est démontré. Elle a pour objectif d’éviter la dispersion du mobilier archéologique entre différents propriétaires.
        Et ce n’est pas la peine de fantasmer, 95% du mobilier archéologique est fait de fragments de céramique, sans valeur marchande et sans valeur scientifique s’il n’y a pas d’études derrière...


        • Spartacus Spartacus 10 septembre 10:38

          @mat1223
          Si ces arguments étaient vrai, pourquoi la caste d’état gauchiste aurait fait une loi ?...


        • Alren Alren 10 septembre 11:36

          @Spartacus

          Pour dire que Hollande, son gouvernement et sa majorité parlementaire sont gauchistes, il faut vraiment ne pas être au courant de l’actualité  !!!

          Ou dire n’importe quoi pour exhaler sa haine d’une société plus juste et plus humaine.

          Ce qui est le cas de Spartacus qui a osé utiliser néanmoins, pour défendre ses idées d’ultra-droite, le nom d’un homme qui voulait libérer les esclaves de Rome donc un gauchiste, un révolutionnaire, un « rouge » avant la lettre !

          Il faut une loi pour que les choses soient claires, Spartacus.

          Quand on achète un terrain on n’achète pas le sous-sol ... que ne possédait pas non plus le précédent propriétaire, lequel, sinon, en cas de découverte de trésor par exemple, serait fondé moralement à en revendiquer une partie puisque le sous-sol n’aurait pas été vendu par lui et qu’alors il en resterait propriétaire !

          On ne possède pas le sous-sol et ce qui peut s’y trouver, car on ne l’a pas acheté. C’était déjà le cas pour les gisements de grande profondeur du type pétrole ou gaz naturel.

          L’auteur de l’article est de mauvaise foi quand il prend pour exemple quelqu’un qui aurait perdu un bijou sur son terrain et le retrouve : ce n’est pas un objet archéologique et il n’entre pas dans le cadre de la loi.


        • baldis30 10 septembre 18:58

          @Alren

          bonsoir,

          Attention de ne pas tout mélanger, et en particulier le code des mines qui ne s’applique pas au cas des objets culturels, en distinguant le cessible ( qui appartient au propriétaire du fonds), du concessible qui concerne par exemple les hydrocarbures, les minerais, .....

          Il y a eu tellement de sacrifices d’objets archéologiques faits en douce même par des aménageurs publics pour ne pas freiner un chantier qu’une sanction législative est tombée.... c’est clair !

          Se rapproche-t-on de certaines législations méditerranéennes bien plus dures ? voire suit-on des recommandations de l’Unesco après ce qui s’est passé au Moyen-Orient lors des récents conflits .....


        • Alren Alren 10 septembre 19:34

          @baldis30

          Je ne mélange pas. La loi nouvelle rejoint en quelque sorte le vieux code des mines. Parce qu’autrefois, les objets archéologiques (du moins en France) ne faisaient pas l’objet d’un trafic, même si certains objets finissaient dans des cabinets de curiosités, après un achat souvent à bon marché, le besoin d’une loi ne se faisait pas sentir.

          C’est très différent maintenant et les objets archéologiques peuvent avoir une grande valeur.
          Or je le répète quand on achète un terrain, on n’achète pas le contenu éventuel du sous-sol qui n’appartient pas non plus au vendeur qui ne l’a pas acheté au propriétaire précédent etc.

          En conséquence les objets de valeurs qui se peuvent se trouver dans le sous-sol appartiennent à la collectivité, donc à l’État pour finir dans des musées ouverts au public.


        • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 10 septembre 12:22

          Il s’agit sans doute, une fois de plus, d’harmoniser les pratiques dans les pays membres de l’UE en s’alignant sur l’Allemagne.


          Dans le droit allemand (et non pas nazi), un trésor est une chose qui s’est trouvée si longtemps dissimulée que son propriétaire ne peut plus être déterminé. Celui qui trouve un trésor acquiert déjà avec la découverte, voire la trouvaille, une copropriété de moitié, à moins que le droit régalien de trésor, se référant à des découvertes archéologiques, ne soit en vigueur.

          Je ne vois pas ce qu’il y a de « communiste » là-dedans. Serait-ce Pierre Laurent l’auteur du texte de loi ? Ou bien s’agit-il de la mise en pratique d’une idée marxiste ?

          Signalons au passage que le délit de « non-assistance à personne en danger » a été mis en p^lace en France pendant l’occupation allemande pour protéger les soldats allemands qui avaient tendance à se faire zigouiller sans que personne n’interviennes. Cette loi n’est pas abrogée ! Pourtant, celle-là a bien une origine nazie.

          • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 10 septembre 13:20

            @Jeussey de Sourcesûre

            Et c’est la seule loi qui considère comme délit.... ce que l’on n’a pas fait !

          • zygzornifle zygzornifle 10 septembre 14:04

            c’est quoi la rance papa ? pas la rance mon fils mais la France, regarde sur Wikipédia je crois qu’il y a une ligne la dessus .....

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

Auteur de l'article

Gabriel Sarran


Voir ses articles






Les thématiques de l'article


Palmarès